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à arranger, un testament à faire, par exemple, je puis vous envoyer de quoi écrire. »
Disant cela, Hamelin avait Tair ému, et dans le fond il Pétait, car on n^est pas Breton impunément.
Baudelot , voyant son hôte ému , lui prit la main.
« Voyez-vous, lui dit-il d^un air profondément convaincu, ce simple mot testament me fait plus de mal que cet autre mot la mort à Nantes; ce mot-là : Faites votre testament, m'a rappelé la mort de tous les miens. Je n'ai personne à qui léguer mon nom, mon épée, mon amour et ma haine : car c'est là tout le bien qui me reste. Pourtant cela doit être amusant et doux de disposer de sa fortune, d'être généreux au delà même de la tombe, de se figurer, en écrivant ses derniers bienfaits, les larmes de joie et de douleur qu'on fera verser après sa mort. Cela est honorable et doux, n'est-ce pas, capitaine? N'y pensons plus.
ce Je vais vous envoyer à dîner, dit Hamelin. Justement c'est aujourd'hui mon jour de fiançailles, et ma table sera mieux pourvue que de coutume. Ma fiancée vous servira elle-même. Monsieur. »
Baudelot aperçut à Tun des trous les plus élevés de sa cage une petite marguerite qui avait été se-
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mée là par un des premiers habitants du colombier. La jolie fleur se balançait joyeusement aux vents. Elle avait déjà attiré les regards de Baudelot ; il cueillit la jolie fleur.
Puis il la présenta au capitaine :
« C^est Tusage chez nous, capitaine, de faire à la fiancée le cadeau des fiançailles : soyez assez bon pour remettre à la vôtre cette petite fleur éclose dans mon domaine. Et à présent, capitaine, bonsoir : voilà déjà assez longtemps que je vous arrache à vos amours. Dieu se souviendra de votre humanité pour moi, mon hôte. Adieu, portezvous bien. Envoyez-moi à souper, car j'ai faim et besoin de repos. «
Et ils se séparèrent en se disant du regard un adieu amical.
On apporta à dîner au jeune Vendéen. La jeune fille qui le servait, jolie Bretonne aux dents blanches, aux lèvres roses, à Pair pensif cependant, comme cela convenait à une timide enfant des campagnes qui avait déjà vu passer tant de proscrits, servait Baudelot avec une attention sans égale. Elle ne lui laissait ni répit ni trêve qu'il n'eût mangé de tel plat, qu'il n'eût bu de tel vin : car Baudelot fut servi tout à fait comme les convives de la maison. Le repas était magnifique. Le colombier s'en ressentit; c'était presque comme au
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bon temps, quand les habitants ailés de la tourelle allaient ramasser les miettes du festin. Une fois, comme la jeune fille versait du vin de Champagne à Baudelot :
c( Comment vous appelle-t-on, mon enfant? lui dit Baudelot.
— Je m'appelle Marie, dit Penfant.
— Comme ma cousine, reprit le jeune homme. Et quel âge avez-vous, Marie ?
— Dix-sept ans, dit Marie.
— Comme ma cousine, » dit Baudelot.
Ici le cœur pensa lui manquer, songeant à sa belle parente égorgée par le bourreau ; mais il aurait rougi de pleurer devant cette enfant, qui avait déjà les larmes aux yeux ; et, ne pouvant lui dire autre chose, il lui tendait son verre.
Mais le verre était plein, mais dans le verre étincelait joyeusement le vin de Champagne, et sur ce* verre venait tomber le dernier rayon du soleil. Il ne faut pas tromper nos neveux : rien n'est plus vrai, le vin de Champagne a pétillé et le printemps est venu, même pendant la Terreur !
Voyant que son verre était plein, Baudelot dit à Marie :
« Tu n'as pas de verre, Marie?
. — Je n'ai pas soif, dit Marie.
— Oh ! dit Baudelot, ce vin que tu vois, qui
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pétille, n'aime pas à être bu par un homme tout seul; il est bon compagnon de sa nature, il se plaît au milieu des gais convives : c'est le plus grand soutien de cette fraternité dont tu as tant entendu parler, ma pauvre Marie, et que les hommes comprennent si peu. Fais-moi donc Tamitié de tremper tes lèvres dans mon verre, ma jolie Bretonne, si tu veux que je boive encore du vin de Champagne avant de mourir. )>
En même temps il portait son verre aux lèvres de Marie. Déjà Marie tendait ses lèvres, mais à ce mot moiu'ir son cœur gonflé déborda, et elle versa d'abondantes larmes qui roulèrent dans le vin joyeux.
« A ta santé, Marie! » dit Baudelot. Et le vin et les larmes, Baudelot but tout cela à la santé de Marie.
Au même instant le son du cor, le chant du hautbois, l'accompagnement des violons, se firent entendre.
tt Qu'est-ce cela? dit le jeune homme, posant son verre et passant tout à coup de Tenthousiasme au sourire. Dieu me pardonne, dit-il, c'est un bal !
— Hélas! disait Marie, hélas! oui, c'est un bal. Ma jeune maîtresse ne voulait pas danser, mais son mari et son père Font voulu. Elle va être bien malheureuse ce soir ! »
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A ces mots le jeune Vendéen :
« Oh ! dit-il, ma bonne Marie, si tu es bonne, comme je crois, fais cela pour Pamour de moi. Va, cours, vole, dis à ta maîtresse que le comte Baudelot de Dairval, colonel de chevau-légers , demande la permission de présenter ses respects... Ou plutôt ne dis pas cela, Marie ; ou plutôt vat'en trouver mon hôte et non sa femme, et dis-lui que son prisonnier s'ennuie, que le bruit du bal va l'empêcher de dormir, que la nuit sera longue et froide, que c'est une charité d'arracher un malheureux jeune homme aux tristes réflexions de sa dernière nuit; que je le prie, au nom du ciel, de me laisser aller à son bal cette nuit ; qu'il a ma parole d'honneur que je ne songerai pas à m'échapper. Dis-lui tout cela, Marie, et dis-lui encore tout ce qui te viendra à l'âme et au cœur. Parle un peu haut, afin d'être entendue par ta maîtresse et d'intéresser ta maîtresse pour moi ; et grâce à toi, Marie, je n'en doute pas, il se laissera fléchir. Alors, si je suis invité à ce bal, alors, mon enfant, envoiemoi le valet de chambre de ton maître; dis-lui qu'il m'apporte du linge blanc et de la poudre pour mes cheveux — on doit trouver encore un reste de poudre dans le château ; — dis-lui aussi qu'il m'apporte un habit de son maître et qu'on me prête mon épée, seulement pour me parer ce
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soir : je ne la tirerai plus du fourreau. Mais va donc, va donc, Marie, va, mon enfant. »
Et le jeune prisonnier tour à tour pressait et retenait Tenfant. A voir cela on n'eût pu s'empêcher de rire et de pleurer tout à la fois.
Quelques instants après parut dans le colombier le valet de chambre du capitaine Hamelin. Ce valet de chambre était un vieux bonhomme trèsfidèle à la poudre, très-fidèle aux vieux usages, très-regrettant l'aristocratie, dont il était un des membres et un membre fort actif. A la Révolution française ce valet de chambre avait perdu beaucoup de son importance. Il est vrai qu^il était devenu membre du conseil municipal, mais dans ces hautes fonctions il regrettait plus d'une fois ses longs téte-à-téte avec les hauts personnages qu'il avait ajustés dans sa jeunesse. Quoique municipal, ce coiffeur était un bonhomme qui n'avait été dévoué à M. de Robespierre que parce que celui-ci, seul dans la France libre, avait osé conserver la poudre, les manchettes et les gilets brodés.
Il apportait au prisonnier un habit complet que le capitaine Hamelin avait fait faire quand il était plus jeune, quand il était marquis, et pour aller à la cour voir le roi, quand il y avait un roi et une cour. Cet habit était fort beau, et fort riche, et fort
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élégant; le linge était très-blanc, la chaussure très-fine. L'hôte de Baudelot n'avait rien oublié, pas même les parfums, et les senteurs, et les cosmétiques d'une toilette de marquis d'autrefois. Baudelot confia sa tête au vieux valet de chambre, qui la para avec toute complaisance, non sans pousser de profonds soupirs de regret. Baudelot était jeune et beau, mais il y avait longtemps qu'il ne s'était paré. Quand donc il se vit tout habillé, tout frisé, la barbe fraîche, le regard animé par le repas qu'il avait fait et par le violon qu'il entendait au loin, Baudelot ne put s'empêcher de sourire et d'être content de lui, et de se rappeler ses belles nuits de bal masqué à l'Opéra avec M. le comte de Mirabeau.
Il n'y eut pas jusqu'à son épée qu'on lui remit au sortir du donjon, en lui rappelant son serment de ne pas la tirer. Il était nuit quand il traversa le jardin pour se rendre à la salle du bal.
A ce bal étaient conviées les plus belles dames révolutionnaires de la province. Mais vous savez que les femmes ne sont pas tellement révolutionnaires qu'elles ne restent quelque peu aristocrates quand il s'agit d^un brave, spirituel, élégant, jeune et beau gentilhomme qui sera fusillé demain.
Revenons à notre histoire. Le bal des fiançailles
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commençait. La fiancée était M"'' de Mailly, la petite-nièce de cette belle de Mailly qui avait été si aimée de M"'** de Maintenon. C'était une jeune personne blonde et triste, malheureuse évidemment de se livrer à des noces et à la danse dans ces temps de proscription ; c'était une de ces âmes fortes qui sont très-faibles jusqu'à une certaine heure fatale qui n'a pas encore sonné pour elles; mais, quand cette heure de force a sonné, c'en est fait, celte faiblesse d'âme devient une énergie invincible ; rhéroïne remplace la petite fille ; les ruines d'un monde ne suffiraient pas à intimider celle que tout à l'heure le moindre signe de mécontentement faisait frémir.
Éléonore de Mailly était donc fort triste et fort abattue. Les compagnes de son enfance imitaient son abattement et son silence. Jamais vous n'aviez vu une fête bretonne aussi triste ; on sentait dans ce bal une confusion inexplicable : rien n'allait, ni la danse, ni les danseuses ; le malaise était général. Les jeunes gens eux-mêmes, près des jeunes belles demoiselles, ne cherchaient pas à plaire, et le bal était à peine commencé que déjà tout le monde, sans que personne pût se dire pourquoi, désirait que le bal fût bientôt fini.
Tout à coup la porte de la vaste salle s'ouvrit lentement, et je ne sais pourquoi tous les regards