‹ Contes et nouvellesChapitre 9 sur 20 · LA VILLA M AT. AVIGLIOSA · texte numérisé non relu

LA VILLA M AT. AVIGLIOSA

que l'eau ne coûte rien à Rome, et d'une foule de petits tombeaux, parce qu'il est plus facile, en creusant le sol romain, de trouver des tombeaux que de n'en pas trouver.

Mais j'étais alors, continua Biaise, sous le coup de soleil de l'enthousiasme. J'appelais pin d'Italie le plus contrefait des arbres; palais, un monstrueux amas de marbre; et je m'agenouillais avec ferveur devant la première villageoise venue pour l'adorer comme une madone. Je jouais, en Italie, le rôle de don Quichotte en Espagne. Est-ce que l'Italie n'aura pas un jour son Cervantes?

— Je le souhaite de tout mon cœur, ajoutai-je en versant à boire à mon ami Biaise.

— La réception que me fit le comte Énée de Frontifero me ravit, et j'avoue, encore à présent, que sa villa justifie le titre de merveilleuse qu'elle porte, quoique Piranesi ne l'ait pas honorée de son crayon exagéraleur.

Dès ma première visite, le comte mit un noble empressement à me montrer les tableaux de sa galerie, qu'un jour très doux voilait d'un bout à l'autre. Des rideaux d'un vert tendre répandaient une ombre uniforme et imprimaient à lame attentive ce mystère religieux particulier aux églises. Sous cette influence de lumière affaiblie et de respect, les ouvrages sévères de l'école romaine se faisaient pardonner l'insuffisance de leur couleur, et les peintures de l'école vénitienne n'éblouissaient pas, aux dépens de la pensée, par leur éclat trop vif.

— Bref, tu fus enchanté, Biaise, de ta première visite au comte de Frontifero?

— Si enchanté, que je n'avais joui que par une fa-

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veur exceptionnelle de la liberté de parcourir sa galerie; ce qu'il m'apprit après m'en avoir laissé jouir dans ses moindres détails. Mes éloges le payèrent du reste de sa complaisance. J'épuisai avec lui le vocabulaire de l'admiration : beau! très-beau! corrosif! sublime! emportant! frémissant! hennissant! A la lin, je ne louais plus : je trépignais, j'étais en convulsion, en colère. Me portant à des excès blâmables d'exaltation, je fus sur le point de sauter sur les épaules du comte. Son grand âge et le nom d'Énée me retinrent seuls. Cependant l'usage était pour moi : les étrangers ne louent pas autrement. Il fut content. Pour l'être absolument de mon cùté. j'aurais désire voir ses tableaux dans un jour, sinon meilleur, du moins plus grand. Mais je modérai cette envie, comptant sur une prochaine visite, et heureux de me ménager des jouissances pour la durée de mon séjour à Florence.

— Préparez-vous à contempler, me dit ensuite le comte de Frontifero quand nous fûmes parvenus à la dernière travée de sa galerie, le plus précieux de mes tableaux, celui que je ne montre pas à tous les yeux.

— Un Tintoret?

— Mieux que cela.

— Un Raphaël? m'éeriai-je, pour couper court.

— Mieux que cela.

— Mieux que Raphaël!

— Ma fille. Regardez!

I comte tira un rideau, et je vis une jeune personne occupée à peindre une Venus, d'après le Titien.

— Elle s'appelle Venus, comme son modèle. La jeune jille se leva.

— Elle est digne de ce nom! m'écriai-je.

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Mademoiselle Vénus rougit, et me pria de lui dire mon avis sur la copie qu'elle peignait.

— Te voilà amoureux, mon pauvre Biaise! je gage.

— Amoureux fou. 0 Italie! pensai-je. patrie du soleil, des arts et de la beauté! Dieu créa la beauté pour l'Italie et la laideur pour les autres pays. Quels cheveux sabins avait mademoiselle de Frontifero ! quels regards toscans! quel cou volsque! quelles mains samnites! quelle peau campanienne! quelle grâce de bas-reliefs dans sa tournure! Odieux! murmurai-je encore en l'admirant; odieux! cent fois odieux le souvenir des Françaises, et des Parisiennes surtout! Il n'y a pas une Parisienne qui soit sculptée, qui ait du style. Ce sont de jolies femmes, voilà. Et qui est-ce qui n'est pas jolie femme?

— Comme tu étais loin, mon pauvre Biaise, des blanchisseuses de'Gentilly! Et qu'arriva-t-il de cet amour?

— Attends. Pour m'achever, mademoiselle Vénus de Frontifero parlait le français comme l'italien...

— C'était un prodige.

— Elle avait même l'accent de Versailles. Je trouvai sa copie admirable de tous points. Nous allâmes déjeuner ensuite sous un bosquet de ses jardins, les plus ravissants de la terre. Les arbres de France sont des bourgeois à côté de ces princes de la végétation. Quels poèmes que les fleurs d'Italie. Nos roses puent: nos jasmins infectent, comparés à ces fleurs. G Florence! la bien nomraée, la ville des fleurs!

— Tu disais toujours cela, Biaise?

— Oui, mon ami. Je ne te parle pas des fruits. De même que le prince Carraccioli trouvait que la lune de Naples était plus chaude que le soleil de Londres, de

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même, moi. je trouvais que les écorces des citrons de Florence valaient mieux que les pèches de Mon treuil.

— Enfin0

— Bourré d'admiration, d'enthousiasme et d'amour à la fin de cette première et délicieuse visite, je pris congé du comte de Frontil'ero et de sa iîlle, mademoiselle Vénus. L'un et l'autre m'accompagnèrent jusqu'à la grille de la villa maravigliosa , me faisant promettre de venir les revoir bientôt.

Comme je les saluais pour retourner à Florence, le comte de Frontifero me dit : — Le lien des arts est celui de l'amitié. Permettez-moi de vous donner un avis, quelque familier qu'il vi vous paraître. Florence est une ruine pour les étrangers. <>ù est la nécessité de se ruiner? Pardon, encore une fois, de ravaler votre attention à des détails mesquins de la vie. Mais la vie existe. Je sais un hôtel noble, décent, commode, à deux pas d'ici. Vous y serez bien nourri, parfaitement loge, à un prix raisonnable. J'insisterais encore pour que vous y allassiez, quand même je n'aurais pas un éminent intérêt à vous savoir notre voisin .

— Mais comment! comte, je serais trop heureux d'être a deux pas de votre palais. C'est moi qui dois me confondre en excuses de voir un homme de votre rang, de votre naissance, de votre fortune, de votre talent, s'abaisser à me chercher un logement. Je me rends de ce pas à l'hôtel que vous m'indiquez.

— - A l'enseigne de Brutu s sacrifiant ses fils.

Beau pays! m'écriai-je en saluant le noble comte Énée. Jusqu'aux enseignes de l'Italie qui sont une moralité et une peinture! Question résolue pour l'Italie : ramener à la vertu par les enseignes de cabaret.

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— J oublie de te dire une chose, ajouta Biaise avant de terminer cette première partie de son récit : le comte de Frontifero portait un habit de velours rouge.

Moi, j'ai oublié d'en dire une autre bien plus importante au lecteur. Biaise avait soixante mille livres de rente. Il peignait par goût et non par nécessité.

Je me logeai, comme je te l'ai dit, à l'hôtel de Brulus sacrifiant ses fils. Il n'était pas des plus élégants; mais de mes croisées j'apercevais la villa maravigliosa, et cet avantage valait bien le plus fastueux mobilier du monde. Ensuite, rien ne m'était facile comme de me figurer que le Domimquin avait occupé ma chambre, et que je me servais du pot à eau de Paul Yéronèse. Mon aubergiste n'était pas un homme à égorger ma chimère avec son couteau de cuisine. Au contraire; si bien que, lorsqu'il m'arrivait de lui dire : Signor Policastro, ne serait-ce pas chez vous que Bramante, se trouvant dans l'impossibilité de payer un plat de haricots à un de vos aïeux fort âpre à l'endroit de la carte, dessina sur le mur le portrait de ce plat et de ces haricots, et s'acquitta de cette manière pittoresque?

— Comment! si c'est ici; où voud riez-vous que ce fût?

— Me montreriez-vous ce souvenir d'un grand homme? Ici le signor Policastro balbutiait et se rejetait sur les

Fiançais, spoliateurs universels de l'Italie. Évidemment

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les Français avaient emporté le dessin et le mur dans un fourgon. Outre son amour pour les arts, mon aubergiste avait un prodigieux talent de cuisinier. La cuisine italienne! mon ami, rien ne l'égalait à mes yeux. Je souriais de mépris au souvenir de la cuisine parisienne, sans poésie et sans fromage! cuisine de la décadence propre à produire des peintres de genre et une foule d'autres maladies; mais la cuisine historique est là. Du fromage partout, du fromage dans les légumes! du fromage dans la viande; du fromage dans les fruits, du fromage cuit dans du fromage.

— Rien ne manque à notre gloire nationale! s'écria un jour il signor Policastro en posant devant moi six mets au fromage.

— Rien, ajoutai je, signor Policastro, si ce n'est de mettre du fromage dans le café.

— Je laisse un instant il signor Policastro pour passer à son noble voisin, le comte Énée de Frontifeio, et à sa gracieuse fille, Vencre d\ Frontifero.

Mes visites à la villa maravigUosa se multiplièrent. Je fus de la maison au bout de deux mois.

Ma passion pour mademoiselle Vénus marcha du même pas que mon enthousiasme pour la galerie de son père, la cuisine de leur voisin, mon aubergiste Policastro, et que mon ravissement pour l'air bleu et les rayons jaunes. La vérité m'oblige à dire que le comte m'interdit peu à peu, sous divers prétextes, l'entrée de sa galerie.

Tu t'imagines peut-être que j'aimais sa fille à la française, naturellement et avec discrétion, ramassant son gant pour toucher sa main. C'était un amour lyrique et par stances; je lui disais une canzona de Pétrarque, elle

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me répondait par un sonnet. Il est bien entendu que je ne lui déclarai pas ma flamme dans un salon, sur un prosaïque fauteuil, entre le chambranle d'une cheminée et un cordon de sonnette. Nous nous parlions d'amour italien, chaud, ardent, mêlé de fleurs et de poison, dans les jardins de la villa maravigkosa, tout pleins de ruines, de cyprès, de tombeaux. Le jour fortuné où je lui exprimai un aveu qui la rendit rouge comme un laurier-rose, elle était entourée de pierres funéraires. Sous ses pieds on lisait :

DUS HANIBUS.

Sa main droite flottait sur cette inscription :

AELIAE ROMANAE COMVGI DDLCISSIMÀE

Et quand je portai mes lèvres à son front, manière antique de recueillir une douce réponse, je lus au-dessus de sa tète :

SUB ASCIA DEDICAVIT.

Que ta pudeur se rassure : bientôt devaient se célébrer mes fiançailles avec mademoiselle Vénus de Frontifero.

— Et tu l'as épousée? Et la galerie est à toi, et la belle villa maravigliosa t'appartiendrait?

— Écoute. Je n'étais pas fâché de connaître dans le pays la réputation de mon futur beau-père, avant de me lier pour toujours à sa lîlle. La villa est un bourg, et chaque maison de ce bourg, hôtellerie, magasin, atelier, dépend de la villa; juge si les locataires me dirent du bien du seigneur Frontifero, leur propriétaire. On me savait sou ami, je répéterais les rapports élogïeux qu'ils m'en

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feraient. De là quelque adoucissement au prix de leur loyer. 11 y eut apologie universelle.

Mais un événement me fournit les moyens d'apprécier plus directement le caractère et les mœurs du comte, mon futur beau-père.

Un soir que, retiré dansjna chambre, je dessinais un buste d'après l'antique, j'entendis du bruit à côté. Minuit sonnait. Les chiens avaient cesse d'aboyer, les chanteurs de se mêler aux aboiements des chiens: un calme universel régnait dans la maison et dans les greniers. Conduit par le bruit que faisaient deux voix, je me dirigeai vers la cloison, et, à travers les fentes, j'aperçus Policastro. mon aubergiste, éclairant le comte de Frontifero qui entra et s'assit dans un fauteuil. Policastro posa la lampe sur la table et s'assit également.

Policastro ouvrit un livre, qu'à sa forme et à ses taches de graisse je reconnus pour être celui des recettes journalières. C'était un grand livre au fromage. Le comte prit une plume, et, après avoir parcouru avec une ^raviir qui semblait alarmer son compagnon, il se mit en posture d'écrire.

— Voyous, messer Policastro, vous dites :

D1HEB l'OCli DM FAMILLE ANGLAISE.

Deux pollaslri 30 IV

Un jambon rôti. . 50

Un bricoli stracinato 10

Fegato à la milan n-v 1:2

P sta frolla .S

Tolal 110 fr.

Rien que cent dix francs ! Tous les jours donc la bau-

80 LA VILLA MARAVIGLIOSA .

teur de vos additions diminue, à l'exemple des pyramides d'Egypte. Vous vous ensablez, signor Policastro. Vous nous ravalez. Les Anglais ne voudront plus venir chez nous. Ils aimeront autant faire des économies en France qu'ici, Cent dix francs! vous vous imaginez sans doute qu'on obtient des canards avec des œufs d'araignée.

— Mais, seigneur comte, les Anglais ont encore accusé la carte d'être bien pesante.

— Qu'ils restent chez eux, ces voleurs! bientôt ils ne nous laisseront pas un seul Caracalla sur pied, ni un seul tombeau; ils emportent tout à Londres. Dans peu c'est à Londres qu'on ira voir l'Italie. Mais revenons au foie à la milanaise. Une fois pour toutes et par Bacchus, voulezvous doubler vos prix, oui ou non?

— Mais on dit que j'écorche, que je lapide les voyageurs.

— Lapidez! on leur en montera des villas comme la mienne ! belles eaux, superbe galerie, pour des bricoli stracinati à dix francs! — Puisque vous n'avez pas le courage de votre profession, Policastro, je vais vous assigner l'invariable prix de chaque mets; si vous y dérogez, je vous chasse.

Et le comte écrivit sur le tableau où étaient gravés les noms de tous les mets qu'on trouvait à l'hôtel de Brutus sacrifiant ses fils, les prix de chacun d'eux.

-— Mais, signor, s'écriait à chaque ligne l'honnête Policastro, personne ne demandera plus de poisson frit ni de légumes bouillis, si vous les portez si haut. Respectez au moins les ragoûts au fromage; vous les dénaturaliserez par vos exagérations de prix. Vous exilez les lagllarin'i, vous perdez les ravioli. Ah! seigneur comte, grâce

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pour les macaroni. Ne les profanez pas. Depuis cinq cents ans, c'est un prix fait. Les peuples antiques n'y ont pas touche. C'est un prix sacré. Vos pères l'ont fondé. Votre aïeul Énée!...

L'impitoyable comte Frontifero, appuyant sa main gauche sur son épée, comme pour soutenir son bon droit, traça sur la carte le prix onéreux et nouveau des macaroni, et il se leva.

Policastro saisit les pans de son habit rouge.

— Je vous dirai tout ce que je pense maintenant. Aucune considération ne me retient plus. Votre conduite est odieuse. Malheur à la maison cl Énée ! sa destruction approche.

— Taisez-vous, Policastro, ou je saurai vous remplacer.

— Vous ne l'oseriez, comte!

— Qui m'en empêcherait?

— Votre intérêt.

— Bah !

— Voulez-vous donc que je fasse connaître ce qu'est votre villa?

— Policastro, mon ami...

— Voulez-vous que je publie ce qu'est votre galerie ?

— Policastro, mio carol

— Faut-il que je dise ce qu'est votre fille?

— Policastro! Policastro! mon associe. Voyons, ne nous fâchons pas, je rabattrai quelque chose sur les macaroni, et que la paix règne entre nous.

D'un trait de plume Frontit'ero moditia le tarif des macaroni, et L'aubergiste et le comte se serrèrent la main, comme deux souverains heureux, après un congrès ora-

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geux, de terminer l'entrevue par une plus étroite alliance.

— Biaise, ton comte est un fou.

— Pas si fou ! tu t'en convaincras plus tard. Je le fus, moi, quand j'eus été témoin de cette scène où mon beaupère, descendant d'Énée, m'était apparu sous les traits d'un restaurateur et où il avait été si mystérieusement question de la villa maravigliosa, de sa galerie et de la belle Vénus, celle qui m'apportait en dot la galerie et la villa. Y avait-il quelque tache à sa réputation ? Voulezvous que je dise ce qu'est votre fille? cette menace de l'aubergiste Policastro tonnait à mes oreilles. Vénus étaitelle coupable?

Quand la paix fut conclue entre l'aubergiste et le comte, celui-ci ota son habit rouge et l'accrocha au mur, posa son chapeau sur un coin de la cheminée, dénoua son épée, et releva les manches de sa chemise jusqu'aux coudes.

— Quand tu voudras, fit-il ensuite à Policastro, je suis prêt.

Policastro sonna, et aussitôt il courut vers l'escalier où j'entendis du bruit. Il revint; après avoir fermé la porte à triples tours, il vida sur une longue table des légumes, des poissons, des volailles et des fruits en quantité. Il ouvrit ensuite une armoire dans laquelle il prit des vases de cuivre de toutes façons.

— Mais c'étaient donc des sorciers, Biaise, que ces g(ns-là?

— C'étaient des cuisiniers.

Armé d'un coutelas, le comte dépeçait des volailles, taillait des légumes, hachait les uns avec les autres, tan-

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dis que mon aubergiste allumait le feu dans l'àtre, et aromatisait avec des épiées au fond des casseroles les comestibles que son illustre compagnon y précipitait.

Imagines-tu ma stupéfaction à l'aspect d'un descendant d'Énée transformé en sous-chef de cuisine, et la nature de mes réflexions en voyant le possesseur de la poétique villa maravigliosa éplucher des carottes? Jusqu'à deux heures de la nuit, il éventra ainsi des poulets sans laisser paraître sur son visage la moindre honte. Quand tout fut en train de cuire et qu'il jugea son ministère accompli, il se lava les mains, rabattit ses manches et ses manchettes, passa son habit, renoua son épée. et. le chapeau sur l'oreille, il attendit que Policastro l'éelaiiàt jusqu'à la porte par laquelle ils étaient d'abord entrés tous les deux. Rien ne peut se comparer à la rapidité avec laquelle s'opéra dans l'aubergiste le changement de manières.

L'égal du comte une minute auparavant., il redevint, devant l'habit rouge, le vassal respectueux, le locataire timide, le valet le plus empressé. Son bonnet dans la main gauche, le chandelier dans la main droite, le corps en deux doubles, il reconduisit le comte en l'assurant de son éternelle fidélité.

Je ne renvoyai pas à une seconde entrevue avec mademoiselle Venus de l'rontifero, tu le penses bien, l'oeea-

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