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CHAPITRE VI

Hân-wen, après avoir pris congé de ses nouveaux amis, rentra sur la Montagne d'or, et se livra de nouveau à ses longues études. Le temps s'échappa avec la rapidité d'une flèche qui fend les airs. Bientôt arriva le concours d'automne : Hàn-Wen fit ses préparatifs de départ, et se rendit ensuite dans la capitale de sa province pour obtenir le grade de Kiu-Jiû. Le concours fut long et plein d'ardeur.

Hân-wen fut interrogé sur la philosophie de son pays. Il fil l'histoire de Fo-hi? le sage empereur, qui vivait deux mille cinq cents ans avant J. Ch. Fo-hi fut le premier philosophe de son royaume.

Comme l'écriture n'était pas encore inventée, il traça les lignes mystérieuses de sa sagesse sur des tablettes que l'on conserve encore. Après lui viennent les empereurs Yao, Ch'oun, You. Le premier règle le calendrier, établit la justice. Il fut si bon, que, ne trouvant pas ses fils dignes de monter sur le trône après lui, il y fit

monter un simple laboureur, Cboan, qui à son tour nomma pour lui succéder Youn, un autre laboureur comme lui. Ces trois princes ont fondé la philosophie des Chinois. Ils ont dit aux princes : Vos sujets fbnt vos enfans! ils ont dit aux sujets-. Dans votre roi reconnaissez votre père!

Le grand philosophe Confucius, venu après ces illustres empereurs, n'a fait que confirmer leur doctrine. Confucius était le contemporain de Solon : belle époque pour la philosophie humaine! En ce temps-là Thaïes vivait encore, Pythagore florissait, et Socrate allait naître! Dès sa plus tendre jeunesse Confucius se livra tout entier à l'étude des anciens livres; il v recueillait avec soin les maximes utiles à la conduite de la vie; il y conformait ses mœurs, et dans un âge si tendre il se préparait à devenir le précepteur de sa nation. Confucius exerça la magistrature et les charges les plus élevées de son pays; à cinquante- cinq ans il était le principal ministre de l'empire, et bientôt la nation comprit qu'elle était gouvernée par un sage. La paix régnait de toutes parts; les

mœurs et les lois étaient souveraines maîtresses. Les peuples voisins, jaloux de tant de prospérités, essayèrent d'y mettre un terme en corrompant les mœurs de l'empereur. Ils lui envoyèrent donc de belles esclaves, de savans cuisiniers, d'Habiles musiciens. L'imprudent empereur s'abandonna à ces dangereux plaisirs. Confucius le sage veut en vain s'opposer à ces tristes erreurs, l'empereur n'écoute plus sa voix. Il faut donc que le ministre se retire, il faut qu'il abandonne ses grands projets pour le bonheur public! Il s'éloigne en pleurant, et comme il n'avait jamais pensé qu'au bonheur du peuple, il fut bientôt plongé dans la plus grande pauvreté. Alors, triste speclacte! on vit cet homme sage réduit à la plus grande misère, sans asyle, sans pain, sans repos, en butte aux insultes des grands et aux mépris du peuple, qui est toujours ingrat. Une fois même un mandarin leva le cimeterre sur la tète de ce grand homme. Confucius ne courba pas la tête : « Si le Ciel me protège, dit-il, que peut contre moi la haine d'un homme puissant? »

Il mourut à l'âge de soixante et treize ans. Voilà ses dernières paroles : « Les rois n'observent pas ce que j'enseigne, il ne me reste plus qu'à mourir! n

Et ce qui arrive toujours aux grands hommes méconnus de leur vivant, cet homme, persécuté pendant sa vie, eut des autels après sa mort. Tous les sages, tous les magistrats, tous les lettrés, tous les empereurs du céleste empire se font honneur de ce titre : Disciples de Cbnfucius. Dans chaque ville de ces vastes royaumes des gymnases portent son nom, et chaque mandarin met pied à terre, quand il passe devant ce seuil vénéré. Chaque nouveau lettré lui doit un sacrifice; on l'appelle le grand maître, le saint, le roi des lettrés. Un diplôme de l'empereur appelle Disciples de Conjucius , ceux parmi ses sujets qui se sont le plus distingués. Sa postérité existe encore, et le chef de cette illustre famille est entouré des mêmes honneurs que s'il était lui-même Confucius. Les docteurs lui font les mêmes présens; l'empereur le reçoit à sa cour; c'est la seule maison de l'empire dans laquelle la no-

blesse soit héréditaire. «Je révère Confucius, disait l'empereur Youn dans un de ses édits, les empereurs sont les maîtres du peuple, et lui, il est le maître des empereurs. »

Hân-wen, interrogé par ses juges, rendit un juste hommage au sage Confucius, en récitant ses plus illustres maximes, comme un homme qui les comprend et qui les met en pratique. Ce fut là la partie la plus utile et en même temps la plus brillante du concours.

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