‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 34 sur 62 · MAXIMES · texte numérisé non relu

MAXIMES

Celui qui, sincèrement et cle bonne foi, mesure les autres d'après lui-même, obéit à cette loi de la nature imprimée dans son sein, qui lui dicte de ne pas faire aux autres ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fit, de faire pour les autres ce qu'il voudrait qu'on fit pour lui-même.

Toutes les actions inspirées par la nature seraient

conformes à ses lois, si ces lois elles-mêmes étaient

bien connues. Tout bomme boit et mange ebaque

jour; mais combien peu sayent distinguer les sa-

vcurs louables! combien peu savent juger sainement les mets et les breuvages empoisonnés par la funeste multiplicité des assaisonnemens!

Combien était grande la sagesse de l'empereur Cboun ! Il se défiait de son propre jugement et de sa prudence, et s'appuyait, pour gouverner l'Etat, de la sagesse et des vues de ses ministres. Il aimait à prendre conseil , même sur les eboses ordinaires, et se plaisait à examiner les réponses les plus simples de ses conseillers. Si leurs avis lui semblaient quelquefois peu conformes à la raison, il ne les suivait pas; mais il dissimulait ce qu'il y trouvait de vicieux, entretenant ainsi la confiance de ses ministres, et cette candeur avec laquelle ils lui communiquaient leurs pensées. Quand leurs conseils étaient sages, il ne se contentait pas de les suivre; il affectait d'en faire l'éloge, pour animer encore plus ceux qui les avaient donnés, et les exciter à dé\elopper leurs sentimens. Si ces avis s'écartaient un peu du juste milieu qu'il faut toujours suivre, il en saisissait les deux extrêmes, les pesait mûrement dans la balance de la raison, et découvrait le point juste qui séparait également les deux termes opposés. C'est par de semblables soins que Choun devint un si grand empereur.

Régner, c'est diriger. Princes, donnez vousmêmes l'exemple de la droiture et de l'honnêteté: qui osera ne vous pas suivre?

Prince, tu veux administrer sagement ton empire ; essaie-toi dans l'administration intérieure de ta famille : en elle tu trouveras le modèle que tu dois suivre pour la bonne institution de tout un peuple.

Pour bien régler une famille, il faut d'abord se bien régler soi-même : il faut trouver dans sa propre personne le modèle qu'on doit se proposer dans le régime d'une famille entière.

Commence donc par rectifier ton ame , par dompter et modérer les affections qui la détournent de sa première droiture et l'abaissent vers le vice,

Quatre règles dirigent l'homme parfait : et je ne puis en obs rver exactement une seule! Je ne puis avoir pour mon père la même obéissance que je

prescris à mes enfans : je ne puis servir mon prince avec cette fidélité que je demande à l'homme qui m'est soumis : je ne puis avoir pour mon aine le ni. ■me respect que j'exige de mon cadet : je ne puis rendre à mon ami les devoirs que je voudrais lui imposer , le prévenir en tout, lui marquer en tout ma déférence.

Mais l'homme parfait pratique ces vertus, dont Pexerciee se renouvelle chaque jour. Il est circonspect dans ses moindres paroles. S'il tombe dans quelque faute, s'il ne remplit pas toutes les obligations qu'il s'est prescrites, il se fait violence à lui-même pour parvenir à s'en acquitter. Se présente-l-il à sa bouche une trop grande afïluencc de paroles, il sait en retenir une partie. Sévège censeur de lui-même, il veut que ses discours répondent à ses œuvres et ses œuvres à ses discours. Comment ne serait-il pas stable et constant? Je m'efforce de l'imiter: je suis ses traces, de loin il est vrai; mais enfin je les suis.

Il est cinq règles universelles qui régissent le monde. Ces règles sont: la justice qui lie le prince et le sujet; l'amour entre les parens et les enfans; le lien qui unit les épou.v ; la subordination entre les aines et les cadets; ce doux accord et ces devoirs mutuels qui unissent des amis.

ÎO.

Trois vertus conduisent à l'accomplissement de ces lègles : la prudence, qui fait 'iscerner le bien du niai -, l'amour universel , qui lie tous les hommes entre eux ; et le courage , qui nous donne la force de suivre le bien, de fuir et de détester le mal.

Quelques faibles dispositions qu'un homme ait apportées en naissant, s'il est brûlé de l'amour de s'instruire, s'il ne se rebute point dans l'étude de la vertu, il approchera bien près de la prudence. Si, encore embarrassé de l'amour de soimême, il s'efforce cependant à bien faire, il ne sera pas éloigné de l'amour universel envers ses semblables. S'il rougit constamment à la moindre proposition illicite ou honteuse, s'il la rejette avec pudeur, il sera bien près d'acquérir le véritable courage.

On veut savoir mon sentiment sur le courage. Sagit-il du courage des peuples qui habilent le midi, de ceux qui occupent les régions boréales? ou plutôt, n'est- il pas question du courage qui vous convient, à vous qui cultivez la sagesse?

Traiter avec indulgence ceux qui leur sont

subordonnes; ne pas corriger toujours, et ne corriger jamais Irop sévèrement leur paresse ou leur lenteur ; ne pas soumettre légèrement les réfrac la ires à des supplices, mais supporter patiemment leuis fautes, et leur offrir le mojen de les réparer : tel est le courage des peuples méridionaux; c'est ainsi que, réprimant eux-mêmes la passion de la colère, ils amènent insensiblement les esprits à la raison.

Coucher avec intrépidité sur des cuirasses et des faisceaux de lances ; être insensible à la crainte, et passer la vie, sans gémir, dans les travaux et les dangers : voilà le courage des nations boréales; voilà ce que peuvent faire des hommes braves et robustes. Mais leur courage est mêlé de beaucoup de témérité ; il n'est pas même retenu par le frein delà justice, et ce n'est point, mes chers disciples,, pelui que j'attends de vous.

Le sage, toujours attentif à se vaincre lui-même, se prête et s'accommode aux mœurs et au génie des autres : mais, toujours maître de lui-même, il ne se laisse amollir ni dépraver par les habitudes et les exemples des hommes lâches et elïéniinés, et n'obéit point en toute occasion avec indifférence. Ce courage exige des efforts.

Au milieu des hommes qui .s'écartent de la droiture, lui seul, toujours ferme, reste droit et juste, et n'incline vers aucun parti. Ce courage est bien estimable !

Si la vertu, si les lois sont en vigueur clans l'empire;'s'il exerce lui-même une magistrature; au faîte des honneurs, ses mœurs sont toujours les mêmes : il suit le même genre de vie qu'il menait dans une condition privée, et ne se laisse point enfler d'un vain orgueil. Oli ! combien est grand ce courage !

Mais, au contraire, si les vertus sont méprisées; si les lois sont négligées; si tout est confondu; lui-même, pressé par la misère, assiégé par la douleur, et conduit à une mort honteuse, se montre inébranlable, ne sait point changer, et reste attaché fortement au plan qu'il s'est formé. Voilà le plus haut degré du courage! Il consiste dans une victoire continuelle sur soi-même !

Autrefois les sages empereurs gouvernaient leurs Ktats à l'aide du gouvernement domestique. Ils recevaient avec amitié les envovés des plus faibles princes tributaires. Ces princes, à limitation de l'empereur, n'osaient mépriser la veuve la plus pauvre, l'orphelin le plus délaissé : à plus forte raison accueillaient-ils les hommes distingués par leurs lalcns, leurs lumières, ou leurs vertus. Les gouverneurs, à leur tour, se conformaient à l'exemple de leurs maîtres, et marquaient des égards au dernier valet de leur maison : ils ne pouvaient

donc en manquer pour leurs femmes et pour leurs tu fans. Ainsi la paix el la concorde florissaient dans l'empire; on n'y connaissait point les dissensions, les querelles, les soulévemens, le tumulte.

O vous, ami de la sagesse, ne goûterez -vous pas un jour la satisfaction la plus douce, si vous avez travaillé constamment à prendre les sages pour modèles, si vous avez mis tous vos soins à les imiter ?

Lorsque, par vos travaux et votre constance, vous aurez acquis un nouveau trésor de vertus; .si des disciples, des amis, viennent des contrées les plus éloignées écouter vos leçons et se former par vos exemples, votre joie ne sera-l-ellc pas encore plus vive ! en pourrez-vous cacher les heureux transports?

Mais si le contraire arrive, si vos talcns et vos vertus restent ensevelis dans l'obscurité la plus profonde, si personne ne tous consulte, si tout le monde vous néglige, vous approcherez de la perfection, tous mettrez à vos vertus le dernier sceau, en ne vous affligeant point de celle indifférence, en ne vous indignant pas de ce mépris, contint de ce que vous avez fait, heureux de ce que vous possédez, tranquille sur ce qui est liens de vous el qui dépend de l'opinion des autres.

Où les discours sont apprêtés, où tous les dehors sont flatteurs, ce n'est pas là qu'il faut chercher la probité.

Si le sage a l'extérieur d'un homme léger, si ses gestes sont désordonnés, ses mouvemens sans décence; s'il aime à courir inconsidéiément par la lille, s'il ne paraît occupé que de jeux, de bagatelles , de plaisirs, il n'aura pas d'ascendant sur les siens; 011 n'apercevra que ses ridicules; il se rendra méprisable et perdra bientôt le fruit des sciences qui lui auront coûté tant d'études et de travaux.

Ne contractez pas de liaisons avec des gens qui valent moins que vous : vous en recevriez du dommage sans en retirer aucun profit. Attachez-vous aux hommes qui valent mieux que vous; faitesvous honneur de les suivre.

Souvenez-vous de la faiblesse humaine : il est de notre nature de tomber et de faire des fautes. En avez-vous commis, ne craignez pas de les ré-

parer, n'hésitez pas un instant; n'épargnez pas les efforts pour vous Relever, et rompez généreusement les liens qui vous embarrassent.

Le pauvre qui ne flatte personne pour sortir de la misère; le riche qui n'est pas gonflé d'un vain orgueil, méritent des éloges : mais ils n'ont point atteint au comble de la sagesse. Ils ne peuvent être comparés au pauvre qui vit heureux dans l'infortune; au riche, qui se plaît à connaître encore des devoirs, qui prévoit les revers sans les redouter, et qui se soumet en tout à la raison.

Le sage ne s'affligera pas de voir les gens qui l'entourent négliger ses talens, et ne tirer aucun fruit de ses travaux; car tout cela dépend du caprice et de la volonté des autres : il se reprochera plutôt de n'avoir pas lui-même assez connu les hommes, de s'être trompé dans le choix de ses amis, de n'avoir pas su quels étaient ceux qu'il devait fuir ou rechercher.

Conduisez-vous toujours avec la même retenue que si vous étiez observé par dix veux et montre par dix mains.

Les grandes richesses produisent les grands soins ; le grand nombre des en fans de nombreuses sollicitudes, et la longue vie des maux d'une longue durée.

Examine bien si ce que tu promets est juste, ou si tu peux le tenir : la promesse faite ne doit plus être révoquée.

Rectifie les pensées. Sonl-elles pures, tes actions le seront de même.

Apprends à bien vivre , tu sauras bien mourir.

Nourris -toi, sans te livrer aux délices de la table; loge-loi, sans rechercher les aises de la mollesse. Agis avec soin ; parle avec prudence , et ne t'applaudis point à loi-même. Recherche surtout le commerce des sages; que leurs conseils soient tes lois; et te voilà bien avancé dans l'étude de la sagesse.

Si nous ne discernons pas au premier regard ce qui est injuste et honteux, comment nous en garan lirons-nous dans la pratique?

Quand les sujets ne seront contenus dans le devoir que par les lois; quand ceux qui voudraient les enfreindre ne seront arrêtés que par la teneur des supplices; le peuple, il est vrai, s'abstiendra des grands crimes, mais ce sera par une crainte senile. Tel qu'un vil esclave, il n'osera faire le mal; mais il ne le haïra pas, il n'en aura pas de honte. Ne crojez pas même qu'il persiste dans le devoir; car il ne sera retenu que par la crainte; et c'est toujours un mauvais précepteur.

On regarde aujourd'hui comme un tendre fils ((lui qui nourrit son père. Esl-ce-là tout ce qu'on exige? Mais il n'est point de chevaux, de chiens, qui ne trouvent quelqu'un qui les nourrisse. Si les secours que l'on accorde à ses parens ne sont pas dus à l'amour, au respect, quelle différence y a-l-il entre nourrir son père et nourrir un cheval?

\ oulcz-vous discerner le bon du méchant? Cela est bien difficile. Cependant observez voire homme, considérez ce qu'il fait, ce qu'il médite : car les médians font ordinairement des choses injustes et honteuses , et les bons des choses honnêtes et justes.

Le sage n'esf point un vase qu'on emploie seulement à quelques usages : orné d'un grand nombre de qualités diverses, il est propre même aux plus grandes choses.

Il établit par sa conduite les principes qu'il veut donner aux autres : c'est par son exemple qu'il les instruit. Il agit d'abord, ensuite il enseigne. Le philosophe reprend par son silence le disciple à qui la nature a prodigué une trop verbeuse éloquence.

Quiconque agit toujours et ne médite jamais, finira par perdre sa peine. Quiconque médite toujours et n'agit point, sera sujet à l'erreur. C'est en effet s'exercer que d'étudier et d'apprendre : mais si l'on ne médite pas ce que l'on étudie, si l'on n'j ramène pas souvent ses réflexions, on n'aura qu'une érudition ténébreuse, aussi stérile que l'ignorance.

Celui qui, par indolence, ou par une orgueilleuse confiance en lui-même, ne consulte ni les livres ni les maîtres; qui, sans jamais s'exercer,,

se contente de se livrer à une oiseuse et stérile contemplation des choses, n'en atteindra jamais que les ombres : il ne connaîtra que des images vaines et trompeuses ; il se reposera dans sa science mensongère, ou plutôt il tombera d'erreurs en erreurs. ft

Savez- vous une chose, annoncez hautement que vous la savez; en ignorez-vous une autre, avouez ingénument votre ignorance. L'homme ne peut tout savoir; mais il doit apprendre et connaître ce qui est de son devoir; il ne doit pas supposer qu'il connaisse ce qui lui est inconnu; encore moins doit-il vanter aux autres ses erreurs, leur en imposer et se mentir à lui-même. Prenez du temps, donnez-vous de la peine pour considérer mûrement les choses, et consultez ceux qui en savent plus que vous.

Faites prudemment un choix de tous les discours que vous entendrez. Gardez le silence sur ce qui vous paraîtra douteux, et ne parlez même qu'avec circonspection de ce que vous croirez certain : c'est ainsi que vous pécherez rarement en paroles.

Entretenir l'amour et la concorde dans sa fa-

mille', faire régner la vertu parmi ceux qui nous sont soumis , c'est gouverner en effet, c'est exercer une magistrature utile et glorieuse. Pourquoi donc rechercher une magistrature publique? Est-ce seulement pour se voir décoré du titre de magistrat?

Je ne sais à quoi peut être bon l'homme sans foi qui trompe dans ses discours et qui manque à ses conventions. On ne peut lui confier une charge publique : on doit .s'en défier dans les affaires particulières.

Au lieu de ces nombreux services et de ces mets recherchés qu'on vous présente avec faste , et souvent à regret, j'aimerais mieux à table la frugalité de nos ancêtres, et l'amour, la concorde, les égards mutuels des convives. Dans les pompes funéraires, au lieu de cet appareil somptueux et de ce luxe funèbre qui n'est dû qu'à l'orgueil , j'aimerais mieux une douleur sentie, des larmes sincères et de longs regrets de celui qui n'est plus.

Le bourg le plus faible, le plus resserré, le plus inconnu, ne renfermât-il que vingt familles, est assez glorieux, si l'amitié, la bonne foi régnent parmi ses habilans. Imprudent qui refusera d'éla-

blir sa demeure clans cet asvle de l'amour et de l'innocence !

Les médians ne peuvent supporter long-temps ni les douleurs et la pauvreté, ni les richesses et les honneurs. Mais le sage, quelle que soit sa fortune, se repose dans sa seule vertu.

L'homme honnête peut seul aimer les hommes en sûreté, peut seul en sûreté les haïr.

Les hommes recherchent les richesses et les honneurs ; mais, si la raison l'ordonne, le sage n'hésitera pas à les rejeter. On fuit, on hait la pauvreté^ l'humiliation, le mépris; mais si le sage est injustement pauvre, humilié, méprisé, il ne se permettra rien de honteux pour sortir de cet état.

Tu veux passer pour philosophe, et tu n'as pas le courage de cultiver la véritable sagesse : de quel droit t'arroges-tu ce titre?

Je n'ai encore vu personne qui aimât la vertu, qui eût horreur du vice j car aimer la vertu, c'est

avoir pour elle une passion ardente, enflammée,

exclusive, incapable de lui rien préférer; et pour

haïr le vice, il faut craindre d'en être un seul

instant souillé.

Celui qui suit le matin la vertu peut mourir le soir; il ne se repentira pas d'avoir vécu, il se consolera de mourir.

Le lettré qui s'est appliqué à la philosophie, et qui rougit de porter un mauvais habit, de prendre un mauvais repas, ne mérite pas que vous parliez avec lui de philosophie.

Le vrai sage n'est pas déterminé à agir ou à ne point agir; c'est la convenance des choses qui le conduit.

La vertu occupe tout l'esprit du sage; et l'intérêt, tout celui du méchant.

Le philosophe est habile à discerner ce qui s'accorde avec la vertu; et le méchant, ce qui s'accorde avec ses avantages.

Je compare celui qui néglige les connaissances

\cs plus nécessaires, à un homme qui resterait le visage appuyé contre un mur, ne pouvant avancer d'un seul pas, ni rien voir autour de lui.

Que faire de l'homme qui ne demande jamais le principe et la raison des choses?

Le sage est lent dans ses discours, et prompt dans ses œuvres.

Dans les premiers âges de ma vie, quand j'entendais parler les hommes, je croyais qu'ils agissaient de même. J'ai reconnu que je me trompais. J'écoute encore à présent ; mais j'examine si les actions répondent aux paroles.

Un magistrat qui, dans sa conduite, ne fut pas toujours au-dessus du reproche, a obtenu, même après sa mort, un titre honorable. C'est qu'il aimait l'élude, c'est qu'il se plaisait à s'instruire, c'est qu'il ne méprisait pas les magistrats inférieurs, c'est enfin qu'il daignait même consulter les gens du peuple. Tant de modestie lui a mérité des honneurs qui le suivent encore dans le tombeau.

II faut avoir pour ses anciens amis les mêmes égards que dans l'amitié commençante.

Réfléchissez d'abord sur ce que vous voulez entreprendre, pesez mûrement les choses, examinezles plus d'une fois. Après cela, ne tardez pas davantage. Pourquoi perdre le temps à délibérer, quand il faut ;igir? Vous allez, par trop de prudence, pécher contre la prudence même.

Dans les mechans, haïssez le crime. Mais, s'ils reviennent à la vertu, recevez-les dans votre sein comme s'ils n'avaient jamais fait de fautes.

Rougissez de ces paroles étudiées par lesquelles on charme les oreilles, de ce sourire gracieux et trompeur par lequel on flatte celui qu'on veut gagner, de ces politesses excessives par lesquelles on cherche à capter la bienveillance. C'est l'art des hommes légers et perfides, qui disent tout ce qu'ils veulent, et ne disent rien pour la vérité.

La société ne demande que de la candeur et de

la bonne foi : il est houleux de caresser ceux qu'on liait ou qu'on méprise.

Que les vieillards se reposent en paix, qu'on pu une de leurs dernières années des soins respectueux; que la cordialité règne entre les amis, entre les égaux; qu'on traite avec douceur, avec condescendance la tendre jeunesse qui n'a pas encore acquis toutes ses forces : c'est le vœu du genre humain ; c'est le mien.

O honte de ce siècle! où trouver un homme qui soit pour lui-même un censeur sévère , un témoin, un accusateur, un juge; qui reconnaisse sa faute, s'appelle lui-même au tribunal de sa conscience, s'avoue coupable, et se punisse?

L'homme prudent et juste donne à l'indigent, et n'ajoute pas à la fortune du riche.

Ne refusez pas les largesses du prince. Si elles sont inutiles à votre famille, recevez- les pour les distribuer aux malheureux.

La sagesse cl la probité du père ne peuvent

couvrir la sottise et la méchanceté du fils. La folie et la mauvaise conduite du père ne peuvent juste* ment obscurcir les vertus du fils, ni l'éloigner des honneurs.

Que mon disciple Hoei est sage ! Un peu de riz bouilli fait sa nourriture, une tasse d'eau le désaltère, un coin de la place est son gîte. Homme vulgaire, sa vie te parait misérable; mais elle ne lui fait rien perdre de sa gaieté.

Celui que les forces abandonnent s'arrête au milieu de la route; mais il ne faut pas se croire lâchement au terme, avant de commencer à marcher.

Ceux qui connaissent la vertu, et qui savent combien elle mérite d'être aimée, ne sont pas comparables à ceux qui l'aiment, qui la recherchent, qui la poursuivent. Mais ces amans de la vertu n'égalent pas encore ceux qui jouissent déjà de cet objet si justement aimé.

Pourrons-nous appeler carrée une figure qui ne sera pas terminée par quatre angles égaux? De même aussi, le roi qui n'aura pas les qualités

d'un roi, l'homme qui n'aura pas les qualités de l'homme, méritera-t-il le nom de roi, mériterat-il le nom d'homme?

Je me nourris des mets les plus communs; mon coude, replié sous ma tète, me sert d'oreiller quand le sommeil me presse; cl je puis assurer que, dans cette ue si dure, le philosophe sait trouver des plaisirs; car la vertu a ses délices au milieu des souffrances.

Il est trois choses dont je parle rarement, et toujours en peu de mots : des prodiges; des affaires publiques; et des esprits célestes, dont la nature et les attributs sont tellement au-dessus de notre intelligence, que nous sommes incapables d'en parler dignement.

Que deux hommes seulement soient avec moi, je saurai bien trouver entre cu\ un maître, et peut-être tous deux me donneront-ils des leçons. Si l'un est bon, et l'autre méchant, je suivrai les vertus du premier : j'observerai en silence les vices du second, je me sonderai moi-même; et, si je me trouve infecté de quelqu'un de ces vices, je me corrigerai.

11 .est trois choses que le sage doit révérer : les lois de la nature, les grands hommes, et les paroles des gens de bien.

L'homme honnête est toujours paisible, égal et tranquille. Toujours le méchant vit dans le trouble, et des douleurs secrètes dévorent son cœur.

Si le magistrat rend à ses parens 1rs devoirs que lui prescrit la nature, les sujets, à son exemple? se disputeront à qui observera mieux la vertu. S'il accueille les hommes que leur âge ou leur mérite rend respectables , le peuple respectera les sages et les vieillards.

L'oiseau, près de mourir, n'a plus qu'une voix lugubre et gémissante; mais c'est au lit de mort que l'homme fait surtout entendre la voix de la vérité.

Recommandez au peuple l'observation des lois, et non l'étude des sciences.

L'homme confiant et robuste, qui hait la pauvreté, troublera facilement la tranquillité publique.

Le méchant est digne de haine; mais, s'il s'aperçoit qu'il est haï, il devient encore plus dangereux.

Apprenez, comme si vous saviez encore peu de chose. Craignez hien de perdre ce que vous avez appris.

Que peut-on reprendre dans l'empereur Yu? Econome, sobre et frugal dans ses repas; mais en même temps libéral et magnifique, il vivait durement lui-même, et faisait vivre le pauvre. Simple et modeste dans ses vêtemens ordinaires, il étalait une pompe imposante, lorsque, dans les cérémonies sacrées, il revêtait les habits sacerdotaux. Son palais clait humide et sans faslc ; mais il n'épargnait ni les trésors, ni les travaux, dans l'utile construction des canaux, des réservoirs, des aqueducs. I

On portail autrefois des chapeaux tissus du chanvre le plus fin: on les porte à présent de soie. J'abandonne volontiers, dans ces choses indifférentes, la respectable antiquité, et je me conforme à l'usage.

Né dans une condition obscure , élevé dans l'humiliation, j'ai eu pour maitre le malheur; et il m'a beaucoup appris.

Je n'ai vu personne qui fut aussi flatté de la beauté de la vertu, que des grâces et de l'élégance d'un beau corps.

La constance peut avancer lentement ; mais elle n'interrompt jamais l'ouvrage qu'elle a commencé, et produit enfin de grandes choses. Apportez chaque jour une corbeille de terre, et vous ferez enfin une montagne.

Souvent on voit s'élever de terre une herbe tendre, qui ne donnera jamais de fleurs; on voit souvent briller des fleurs, qui ne donneront jamais de fruits.

Les enfans et les jeunes gens méritent de notre part une sorte de vénération; savons-nous ce qu'ils doivent devenir, et s'ils ne vaudront pas un jour mieux que nous? Mais l'homme de quarante à cinquante ans qui n'a rien fait encore pour la

gloire, ne mérite, quel qu'il soit, la vénération de personne. C'en est fait de lui.

Se plaire à recevoir des avis , et les négliger, c'est ne pas se nourrir des mets dont on aime la saveur. ■

Comment me comporter avec l'homme qui écoule respectueusement mes exhortations, et qui n'v conforme pas sa conduite? Je l'abandonne. Je ne ferais avec lui que perdre mon temps, et lui faire perdre le sien.

On peut enlever et réduire en servitude un général vaillamment défendu par une armée entière; on ne peutôterau plus faible des hommes la liberté •de sa pensée.

Être velu d'une robe déchirée et grossière, et ne pas rougir devant son ami couvert des plus riches étoffes; c'est un courage bien rare.

C'est dans la mauvaise saison qu'on aperçoit jii< 1rs pins et les cyprès ne perdent pas leurs feuilles*

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