‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 35 sur 62 · III · texte numérisé non relu

III

Comme cet oiseau sauvage, que je vois sur le sommet de la montagne, connaît bien le moment où il doit prendre son vol, le moment où il doit se reposer! C'est qu'il n'a d'autre maitre que la nature.

Si vous entendez un homme discourir disertement de la vertu ; s'il appuie ses discours des raisonnemens les plus solides; si ses auditeurs charmés croient que cet homme est tel que l'indiquent ses discours; ne vous hâtez pas encore de prononcer que cet homme nourrit une solide vertu dans son cœur»

Celui qui possède la vertu parlera toujours assez bien pour la recommander aux autres; mais celui qui parle bien de la vertu ne la possède pas toujours.

Faire parler de soi la renommée, c'est être célèbre; mais ce n'est pas être illustre. L'homme solide, droit et sincère, qui mesure ses discours et ceux des autres, qui aime ses devoirs, et ne s'écarte jamais de l'équité, qui observe le visage et les veux de ceux qui lui parlent, et n'adopte pas leur sentiment sans réflexion; tel est l'homme que

j'appelle illustre , s'il est à la télé des affaires; que j.ipjxlle encore illustre, s'il se renferme dans les simples devoirs de sa famille.

Accumulez toujows en vous de nouvelles vertus, ne vous contente/ jamais de celles que déjà vous avez acquises, et, dans celte recherche laborieuse, ne pensez pas aux avantages que vous en pourrez recueillir.

Se déclarer une guerre opiniâtre, combattre ses défauts nuit et jour, ne se pas oublier soi-même pour rechercher oisivement et témérairement les défauts des autres; voilà ce que j'appelle habiter en effet avec 6oi; voilà ce que j'appelle en effet se corriger.

Chérir les hommes, les renfermer tous, en quelque sorte, dans son sein; telle est la véritable piété : les connaître; telle est la véritable prudence.

Ne vous hâtez pas d'approuver l'homme qui est aimé du peuple, ni de condamner celui qui en est haï; mais je regarderai comme un sage celui qui est aimé des bons et haï des médians.

ÎOI.

Il est facile au sage de bien servir; il lui est moins aisé de plaire. Il se montre trop difficile, il condamne trop ouvertement les plaisirs qui ne s'accordent point avec la raison et l'honnêteté. L'homme sans mérite sert mal, mais il sait plaire.

Le sage jouit de la plus profonde paix; mais il ne connaît pas les vains plaisirs de l'orgueil. L'insensé s'applaudit à lui-même ; mais il ne connaît point la paix de l'ame, parce qu'il ne connaît pas la vertu.

io3.

Une grande pauvreté d'actions se trouve souvent jointe à la plus brillante richesse de paroles.

io4.

Les anciens étudiaient pour eux-mêmes, ils cultivaient les sciences pour parvenir à la sagesse; on étudie à présent pour briller aux jeux des autres, et pour mériter des honneurs, des richesses, et de vains applaudissemens.

io5.

Le sage rougit lui-même de ses paroles quand elles surpassent ses actions.

io6.

On me reproche de courir de royaume en royaume, de prêcher partout ma doctrine, de capter les applaudissemens de la multitude, et de mendier peut-être des dignités. Non, je ne fais point commerce de paroles vaines; mais je condamne, mais je hais celui qui, n'aimant que lui seul, se cache dans les calamités publiques, cl n'ose même penser à faire revivre les lois, à ranimer les moeurs, à retirer les hommes de la dépravation.

Il est d'une grande ame de repousser les injures par les bienfaits.

Le sage se demande à lui-même la cause de ses fautes; l'insensé la demande aux autres.

Le philosophe garde la gravité; mais il n'est pas dur cl intraitable : il aime la société; mais il ne se laisse pas emporter dans le tourbillon.

La véritable faute est de commettre des fuites, et de ne se pas corriger.

Observez un grand homme dans les petites choses ; vous ne pourrez encore savoir ce qu'il fera dans les grandes. Observez dans les petites choses un homme ordinaire; vous verrez bien qu'il n'est capable de rien de grand.

Dans l'exercice de la ver lu , ne le cédez pas même a votre maître.

Il est des amis utiles; il en est qui sont bien pernicieux. On trouve de grandes ressources dans Pami droit et sincère , dans l'ami fidèle, et dans celui qui écoute volontiers. Rien n'est plus dangereux que l'ami qui trompe par un extérieur composé, l'ami lâche et flatteur, et l'ami babillard.

Trois joies sont utiles, et trois pernicieuses. II est utile de se réjouir de la pratique de ses devoirs, du récit des bonnes actions, de l'amitié d'un grand nombre de sages. Il est pernicieux de mettre sa joie dans l'orgueil et la vanité, dans la vie oisive et licencieuse, dans les festins cl les voluptés.

Le sage est constant, et non pas opiniâtre.

Un tigre s'échappe de sa loge et cause de grands désastres; qui en accusercz-yous ? n'est-ce pas celui qui devait le garder?

Contemplez ce que les autres ont de bon , comme si vous n'étiez pas encore parvenu jusquelà. Contemplez ce que les autres ont de mal, comme si vous touchiez du doigt de l'huile bouillante.

Il faut observer neuf choses pour suivre la sagesse :

1 .° Considérez sous toutes les faces , observez et cherchez à bien connaître, ce qui s'offre à vos regards.

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