III
la mort vint le priver de ses deux appuis naturels, son père et sa mère; ils descendirent l'un et l'autre dans la tombe, et la première connaissance de Hân-wen dans la vie, ce fut la douleur.
Voici les premiers vers que Hàn-wen entendit chanter, quand son père Nanti fut mort :
A quelle heure de nuit sommes-nous ? nous ne sommes pas encore à la moitié de la nuit. Les flambeaux placés dans le vestibule jettent leur lumière. Des hommes sages arrivent , les cloches retentissent, et font sans cesse: tsiang-tsiang.
A quelle heure de nuit sommes- nous, bous sommes au-delà de la moitié de la nuit, et le jour ne veut pas poindre encore. Les flambeaux placés dans le vestibule donnent une lumière douteuse. Des hommes sages arrivent, les clochettes retentissent, et le bruit annonce qu'ils ne sont pas loin.
A quelle heure de nuit sommes-nous? Le jour arrive ; les flambeaux placés dans le vestibule rendent une lueur blanchâtre. Les hommes sages arrivent, et je vois briller leurs bannières.
Ainsi chantèrent les premiers arrivés pour les cérémonies funèbres; quand ils
furent tous réunis, il y en eut un qui chanta tout seul les vers suivans, et tous les assistans l'accompagnaient de leurs géuiissemens:
Les corbeaux aiment «les montagnes; ils volent en agitant également les deux ailes; ils volent; ils se mettent en troupe, et ils ont l'air de se reposer. Tout le monde est à l'aise, et moi je souffre. Et qu'ai-je fait au Ciel? que peut -on me reprocher? Pourquoi suis- je ainsi poursuivi?
La grande route est large, elle passe dans une plaine, elle est couverte d'herbes sauvages. Mon ame est accablée et comme percée de mille douleurs. J'ai mes habits de jour, et je suis couché, et je soupire du fond de famé. La douleur me fera vieillir trop tôt. Mon ame est étouffée par le chagrin, et ce que je souffre ressemble à un grand mal de tète.
A la vue des mûriers et des arbres Tsée , que mes païens ont plantés, je me sens tout^un coup rempli de respect et de religion. Je ne vois plus que mon père, je m'en repose sur ma mère. Mes cheveux ne sont-ils pas les leurs ! mes païens ne m'ont-ils pas serré dans leurs bras? ah ! pourquoi le Ciel m'a -t- il donné la vie, pourquoi dans un pareil temps?
Que ce saule est beau! 11 se déploie, et la cigale
chante auprès de lui. Que cette eau est profonde ! que ces joncs sont épais et touffus ! Je suis comme la barque qu'on laisse aller au gré de l'eau, et qui ne sait pas où elle s'arrêtera 5 je souffre, et je n'ai pas le temps de me coucher et de dormir.
Le cerf court, mais sans trop s'écarler de ses compagnons. Le faisan chante le matin, il appelle sa femelle. Je ressemble à l'arbre vermoulu, qui n'a plus de branches. Je souffre, et l'on n'en sait rien.
Que le lièvre se jette sur nous pour échapper au chasseur, nous pourrons bien lui faire grâce, et le laisser aller. Qu'il y ait un cadavre dans la route, il arrivera parfois au voyageur de l'en* terrer. Mais ce haut personnage est autrement fait, en pareil cas il n'aurait pas pi lié de ceux qui le méritent. Et moi dans mon angoisse je pleure bien fort.
Ce haut personnage avale la calomnie sans hésiter, comme il fait les rasades qu'on lui verse. Il n'est pas assez bon pour y regarder à deux fois. Ceux qui taillent des arbres regardent bien où ils mettront le pied ; ceux qui fendent le bois suivent toujours les lignes et les veines. Mais ce prince renvoie les accusés sans les venger, et il rejette l'accusation sur moi.
Une montagne est haute, une aulre est plus haute. Une source est profonde, une autre est plus
profonde. Le sage ne parle pas au hasard , car il y a des oreilles cachées contre les murs de la chambre. N'approche pas de mon pont; ne jette pas mes filets. J'observe avec crainte tout ce qui se passe, tout ce qui dépend de moi. Quant aux choses futures qui me regardent, et sur lesquelles je ne puis rien, que voulez-vous que j'y fasse?
C'est ainsi que les premiers souvenirs de Hàn-wen furent des souvenirs de deuil; c'est ainsi qu'il resta seul, orphelin de père et de mère, dans un petit lit et dans une pauvre maison. Heureusement pour Hân-wen il avait une sœur aînée, nommée Kiao-yong; cette sœur avait épousé un habitant du même district, appelé Li-kongfou. La sœur de Hân-vven voyant son jeune frère tout seul, le prit chez elle du consentement de son mari, et tous deux, ils relevèrent comme un fils. Le mari et sa femme voyant le jeune Han-wen si bien venir, et si joyeux , et si naïf, et si heureux, et si épanoui, qui jouait dans les allées du jardin comme un enfant, se le montraient du regard et de Famé, et la femme, heureuse de voir son petit frère si bien grandir, chantait ces vers à 'son mari :
Le concombre est d'abord petit, et pourtant il se répand au loin et en mille rameaux. Telle a été l'origine de la famille Tclieou. Elle a été d'abord dans le pavs où passent les fleuves Tsou et Tsi. Tan-fou vivait dans une caverne et dans un réduit souterrain où l'on avait percé des voûtes qui partaient l'une de l'autre. Il n'avait pas d'autre asile.
Le lendemain Tan-fou monte à cheval; il arrive au bord occidental du fleuve, au pied de la montagne de Ki, et ayant tout regardé avec sa femme, il s'établit dans cet endroit.
Les plaines et les champs v sont fertiles. La plante Kin s'v plaît comme la chicorée qui donne si bon goût à l'orge. Arrivés là, ils se mirent à délibérer et à faire cuire une tortue. Cela fait, et les présages étant bons, ils dirent: restons ici, nous v serons bien logés ; il en est temps, bâtissons une maison.
C'est là qu'ils ont adouci leurs peines. C'est là qu'ils ont fixé leur demeure. A l'orient et à l'occident ils- ont réglé les bornes de leur domaine et les limites de leurs champs. Ils se sont distribués en divers établissemens. Ils ont fait des lois sur la culture. Du couchant au levant ils n'ont rien laissé en souffrance.
L'homme qui avait l'œil à la construction de la ville, et celui qui dirigeait les travaux publics, lurent mandés. On leur #ovdonna de bâtir des
maisons, de prendre l'aplomb, à l'aide duquel les constructions sont perpendiculaires ; on disposa régulièrement la charpente; mais ce qu'on bâtit avec le plus de soin, ce furent les appartenions des morts.
L'ouvrage est en train, on emporte la terre à pleines corbeilles, on la met en tas. Les travailleurs fredonnent bruyamment leur hong-hong, d'autres y répondent en fredonnant leur ieng-ieng. Les murs s'élèvent, on ote ce qui passe le niveau, et on répare les irrégularités. On voit paraître maisons sur maisons. On frappe des cymbales, cela veut dire qu'on en a fait assez; mais le travail va toujours.
On met une porte à la ville capitale, on la fait bien haute, et c'est par elle que le prince a coutume de sortir et d'entrer. On y travaille tant qu'on peut. On établit un lieu pour les sacrifices, en vertu desquels on déclare la guerre ou l'on commence une entreprise.
Ce prince n'a pas échappé à l'envie, mais elle n'a pu mordre, et elle ne lui a rien pris de sa gloire. Les arbres Tse et Yu avaient poussé bien peu de branches, et les chemins étaient ouverts et libres. Les barbares s'enfuient, ils n'osent souiller, ils sont trop contens d'être encore de ce monde.
Et voilà comment la sœur de Hàn-vven élevait son jeune frère en chantant des vers
à son mari. L'enfant s'arrêtait au milieu de ses jeux, puis il arrivait à petits pas devant sa sœui\ et ilTécoutait chanter.
C'est ainsi que la sœur de Hân-wen apprit à son jeune frère l'histoire de la noble famille des Tcheou :
La noble famille des Tcheou descend d'une femme de Kiang-yuen ; et comment? Celte femme était sans enfans; elle priait de tout cœur, elle faisait des sacrifices parfaits. Le Seigneur et Maître de toutes clioses avait laissé la trace du grand doigt de son pied : elle s'y attacha, et voilà que dans ce lieu désert, où il s'était arrêté, elle sentit remuer profondément son sein 5 de là elle conçut. Elle séjourna dans une maison voisine, et y accoucha d'un fils, de ce Heout-si, d'où sortit la noble race des Tcheou.
Le terme de sa grossesse arrivé, elle mit au monde son premier enfant, comme la brebis son agneau, sans travail, sans douleurs, sans plaintes, sans souffrances, ce qui présageait bien les hautes qualités de l'en fiant. Mais aussi, ce que fait le Seigneur et Maître de toutes choses, il le fait sans cfYbr! , et il agrée les sacrifices. C'est ainsi qu'elle mit l'enfant au monde.
Elle le jela dans un petit sentier, et les bœufs et les brebis n'avaient garde de marcher sur lui 5
ils le caressaient même. L'enfant ayant été jelé dans un grand bois , il se trouva là des bûcherons. Elle le jeta sur la glace , et les oiseaux étendaient les ailes pour le protéger. Les oiseaux s'en allèrent; alors Heout-si commença à crier, et à crier bien haut, de manière à être entendu dans les chemins au loin et au large.
L'enfant rampait des pieds et des mains. Il grandit et prit des forces, et il demanda à manger. H commença à cultiver des fè\es , et les fèves qu'il avait semées, et les grains qu'il avait semés, soit maïs, soit froment, levaient vigoureusement et magnifiquement; quelle récolte de grands et de petits concombres!
Quand Heout-si se mit à la culture, il avait assez de gens pour l'aider. Quand il avait ôté d'un champ les herbes qui l'infestaient et qu'il les avait moissonnées, il y jetait de bonne semence; mais des semences brutes dont la cosse ne s'ouvrait pas , il les froissait, faisait fendre les cosses, et quand la semence était ainsi préparée, il la mettait en terre , et peu à peu les germes venaient à poindre , ils s'élevaient en épis, et les épis se formaient en grains et mûrissaient; on les voyait beaux et pleins et penchés par leur propre poids. C'est ainsi qu'il cul une maison et un champ dans le pays de Taï.
Il donnait le meilleur grain aux semeurs; c'étaient différentes sortes de mil et de froment, les unes
noirâtres , les autres à deux grains par cosse, les unes rosées, les antres tirant sur le blanc. Une partie de son blé restait en tas au champ après la moisson; il enlevait le reste sur son dos ou sur ses épaules pour s'en servir dans les sacrifices, dont il fut l'auteur, pour faire des offrandes.
Et voici comment se font nos sacrifices et nos offrandes : on broie le blé au pilon; puis on le tire du mortier, on le vanne, on le froisse bien à la main, on le lave dans l'eau, qui tombe dans le vase en murmurant seou-seou , et enfin on fait cuire les gâteaux à la vapeur et à la fumée de l'eau bouillante. On prend jour pour jeûner et se purifier le cœur; on offre de la graisse parfumée d'herbes; on a pour cela un mouton en l'honneur de l'Esprit. On fait rôtir et griller la chair; afin que Tannée d'après soit heureuse.
On remplit différens vases, et l'odeur des viandes s'élève agréablement dans les airs. Cet hommage plaît au Seigneur et Maître de toutes eboses , qui veut bien l'agréer. Mais pourquoi parlons-nous de l'odeur des offrandes et du temps qui convient à ces soi tes de sacrifices? Dès que Heou-tsi eut institué ces sacrifices, le peuple cessa de commettre des crimes ; il ne fit plus rien dont il eût à se repentir, et voilà où il en est encore.
Quelquefois c'était l'oncle de Hân-wen qui veillait à l'éducation de son jeune ne-
veu, car il l'aimait comme un fils. Il lui enseignait la morale et les lois, l'agriculture, et ce qui vaut mieux, il lui apprenait à vivre en homme honnête et poli, et comment on traite ses hôtes et ses amis. Ainsi, quand un ami venait le voir, l'oncle de Hân-wen le recevait tout de suite avec les paroles de l'hospitalité :
Le cerf brame doucement, et l'herbe parfumée yit dans la campagne. J'ai reçu un hôte illustre, on chante en jouant du che, on chante en jouant du cheng1 ; on lient à la main une boîte pleine d'étoffes de soie, et on la lui offre par honneur. Ceux que j'ai fait mes amis me montrent le grand chemin de la vertu.
Le cerf brame doucement , et l'herbe parfumée vit dans la campagne. L'hôte illustre qui se tient chez moi, a un air de grandeur ; sa vertu jette un magnifique éclat; il n'oublie ses peuples en rien , et sa sagesse en remontre aux sages. Quant à moi , je tire mon bon vin de la cave, et je veux que mon hôte illustre s'en donne à cœur- joie.
Le cerf brame doucement, et l'herbe parfumée vit dans la campagne. J'ai un hôte illustie; je le fêle avec iiu concert; les lyres Che et Khi rc-
l Instrumens de musique chinois.
tentissent, et le plaisir, qui naît de l'harmonie, se tient long-temps dans l'ame. Je tire mon bon vin de la cave, et je veux que mon hôte illustre s'en donne à cœur-joie.
Et les jours de fête, quand ses amis tardaient trop à venir, au lieu de s'emporter et d'être irrité, l'oncle de Hân-vven avait encore des chansons pour ses amis absens:
Le bois qu'on abat retentit et répète tschingtsching. L'oiseau qui caresse l'oiseau de même espèce chante et dit: ing-ivg; il s'élève du fond de la vallée, et s'en va au haut d'un grand arbre, répétant son ing-ing , et appelant par là son ami. Ainsi nous vovons que les oiseaux parlent, et qu'ils peuvent appeler et demander leur ami. Quoi donc? l'homme étant l'homme, sera-t-il seul à se passer d'amis? L'ami qui entend ce que je dis ici, l'accueille assurément et avoue cette doctrine de fraternité.
Ceux qui abattent le bois à force de bras, fredonnent bruyamment leur hou-hou. Ceux qui font du vin, le clarifient avec des paniers ou avec de l'herbe. J'ai apprêté un agneau pour le festin; j'invite de vieux "amis de même nom. S'ils ne venaient pas, que ferai s-je? n'importe, je ne dois pas me désoler si fort. Oh ! j'arrose et je balaie
ma maison comme il faut; j'ai neuf plats sur table; j'ai un beau mouton pour faire grande chère; j'invite de vieux amis de divers noms. Ils ne prennent pas la peine de venir; eb bien, que ferons-nous? n'importe, je ne dois pas leur en vouloir.
On abat du bois dans les escarpemens; on clarifie beaucoup de vin ; on a rangé une foule de vases; nos pères ne sont pas loin. Ceux qui oublient la vertu et la bienfaisance, font jeûner leurs amis et les reçoivent mal, et ils ont grand tort. Pour moi, je prends ce qui me reste de vin et je le clarifie; si je n'en ai pas, j'en vais acheter pour fêter mes amis ; je frappe des cymbales, et je leur fais dire: han-kan. Je danse tantôt incline, tantôt bien droit. Dès que je le puis, je verse à mes amis du un clarifié.
Et les amis à leur tour avaient des chants pour leur hôte, e< c'était à qui célébrerait le plus la magnificence de leur ami par des chansons et par des vers; car la joie appelle la joie, le vin appelle le vin, les bons vers appellent les bons vers. Voici ce que chantaient les amis de Li-kong-fou:
Ecartez les bœufs, écartez les bœufs, qu'ils n'aillent pas brojcr sous leurs pieds les touffes de
joncs qui croissent le long du chemin. Les arbres commencent à bourgeonner et à donner de l'ombre. Arrangez-vous entre frères, ne vous brouillez pas , ne traitez pas vos parens en étrangers , mais en proches. Pour moi, je dis à mes parens de s'asseoir, je fais mettre la table et préparer un repas.
On fait le repas ; tout est à sa place. Les valets qui servent distribuent leurs fonctions : les uns présentent les plats, les autres versent à boire. On lave les coupes, on les range; on sert les viandes et les sauces. Il y a des viandes qui grillent sur la biaise , et d'autres qui rôtissent à la broche. Il y a des mets exquis : ce sont le foie et le museau des quadrupèdes. Cependant le concert va toujours, les uns chantent en chœur, les autres frappent des cymbales.
Les arcs sont bigarrés de figures sculptées dans le bois; ils sont solides, et ils ont chacun quatre flèches faites exprès. Les flèches partent et vont au but. On fait choix de certains hôles à cause de leur adresse. L'arc bariolé est tendu autant qu'il peut l'être; on tire quatre flèches, qui restent droites au milieu du but; mais les hôtes sont modestes, l'un ne méprise pas l'autre.
Toi qui as dirigé les offrandes et les cérémonies, lu nous as fêlés avec de bien bon vin ; tu nous as donné une grande coupe à boire- Nous te souhaitons une longue vie , un grand âge et des épaules
ridées par la vieillesse comme la peau du poisson Taï. Veuille le Ciel que dans ta vieillesse tu aies quelqu'un pour le mener et te soutenir; que la vieillesse soit belle, qu'elle soit honorée et comblée de biens!
Et lorsque le jeune Hàn-wen allait avec son beau-frère dîner chez les amis de son oncle, ceux-ci, charmés de sa bonne mine et de son air modeste et de toute la grâce de sa personne, le recevaient avec les paroles de bienvenue :
Les canards Fou-j se trouvent sur le fleuve Kin» Le jeune Kong-chi vient se mettre à table, et nous sommes charmés de le voir. Le vin que vous nous donnez est clair, les viandes que vous nous servez sentent fort bon. Le jeune Kong-chi mange avec nous , cela nous portera bonheur.
Les canards Fou-v se tiennent dans les ruisseaux' sablonneux. Le jeune Kong-chi vient au festin; il vient : tant mieux pour nous. Vous nous donnez du vin en abondance, vous nous offrez des mets cxcellens. Le jeune Kong-chi mange avec nous; cela nous portera bonheur.
Les canards Fou-j se tiennent dans les îlots. Voici le jeune Kong-chi qui vient se mettre à table. Vos vins sont clarifiés et vos mets sont exquis. Le
jeune Kong-chi mange avec nous, cela nous portera bonheur.
Les canards Fou-y se tiennent sur l'eau. Le jeune Kong-chi est tout fier d'être de notre grand repas. Il est à table dans les appartemens dédiés à nos ancêtres. Il faudra bien que le Ciel nous favorise. Cet enfant mange avec nous : cela nous portera bonheur.
Les canards se tiennent suites torrens. Le jeune Kong-chi arrive, et nous nous réjouissons tous ensemble. Le bon vin nous met en belle humeur. Les chairs grillées ont une odeur agréable. L'enfant mange avec nous, cela nous portera bonheur,