‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 45 sur 62 · CHANT V · texte numérisé non relu

CHANT V

Cependant, au fort de la mêlée, Minerve rencontre le dieu Mars : « Mars, Mars, fléau des humains, dieu souillé de sang,, destructeur des remparts, jamais ne laisserons-nous combattre seuls

les Grecs et les Trovens. Qne Jupiter décide Ie>quel de ces deux peuples il veut combler de gloire. Eloignons-nous; redoutons la colère de Jupiter. »

Ainsi parle Minerve. Mais la bataille recommence de plus belle. Phériclès, l'habile ouvrier T élève de Palcar, tombe sous les coups de Mérion, le fer pénètre au-dessous de l'os jusque dans les entrailles; Mégès immole Pédiée, fils d'Agénor , la lance s'enfonce dans la gorge, déchire la langue, et le Troven, en tombant sur l'arène, serre entre ses dents le froid airain.

Mais le plus vaillant de tous, celui qui immole le plus d'ennemis, c'est Diomède, le fils de Tvdée; il s'élance à la tète de l'armée: tel, franchissant une haie, un lion blessé légèrement par un berger qui gardait ses brebis dans un fertile pâturage, loin d'être terrassé, sent accroître ses forces; le pasteur n'ose plus secourir son troupeau; il se réfugie au fond de Pétable, les brebis délaissées sont saisies de crainte; elles fuient pressées les unes coîîlre les autres, et le lion avide se précipite dans la vaste bergerie : tel l'ardent Diomède s'élance dans la foule des Trojens.

Tout cède à Diomède, il entasse des montagnes de morts. En vain Enée le Tioven, fils de Vénus, dirige contre Diomède ses chevaux et ses chars; Diomède pousse au Troven , d'un coup de javelot il abat Pandarus; le Irait guidé par Minerve s'en-

fonce près des narines, au-dessous de l'œil, et la pointe ressort au-dessous du menton. A cette vue Enée s'élance pour enlever aux Grecs le corps de Pandarus. Diomède, voulant arrêter Enée, saisit une pierre. O prodige! deux hommes de nos jours ne la porteraient pas. Diomède l'enlève sans effort, il la jette contre Enée, il le frappe en dessous du flanc. L'os est brisé, les deux nerfs rompus, et la pierre raboteuse a déchiré la peau. Le Trojen tombe sur ses genoux; de sa forte main il s'appuie sur la terre, et une nuit sombre enveloppe ses jeux.

En ces lieux , sans doute , aurait péri Enée , roi des hommes, si la fille de Jupiter ne l'eût aperçu, Vénus, sa mère, qui le conçut du pasteur Anchise. Aussitôt elle coule ses bras plus blancs que la neige autour de son fils chéri; elle le couvre des plis de son voile éclatant, en fait un rempart contre les traits, de peur qu'un des cruels enfans de Danaiïs ne le frappe dans le sein, et ne lui ravisse le jour.

Ainsi la déesse arrachait son fils aux dangers de la guerre. Mais Diomède poursuivait Cypris de son fer étincelanl; il ne voyait en elle qu'une divinité timide, et non l'une de ces déesses qui président aux combats des héros, telles que Minerve, ou lîellone, fléau des cités. A peine l'a-t-il atteinte à travers la foule, que, se précipitant avec furie,

le fils du magnanime Tydéc alonge sa lance, et le fer acéré blesse légèrement la main délicate de Vénus. L'arme cruelle perce le voile divin , tissu par les Grâces elles-mêmes, et déchire la peau dans l'intérieur de la main , à l'origine des doigts. Aussitôt s'échappe le sang immortel de la déesse; vapeur éthérée qui coule dans le sein des dieux fortunés, eux qui ne se nourrissent point des fruits de la terre, et que le vin n'a jamais désaltérés; aussi n'ont-ils point un sang grossier comme les hommes, et nous les appelons immortels. Vénus, en poussant un cri d'effroi, loin d'elle rejette son fils; mais le brillant Apollon le protège de sa main divine, le couvre d'un nuage d'azur, de peur qu'un des cruels enfans de Danaiis ne le frappe dans le sein, et ne lui ravisse le jour.

Qui pourrait dire où se serait arrêté Diomède dans celte fatale journée? Heureusement Hector, le fils de Priam, arme poussé par le dieu Mars. Aussitôt Hector s'élance de son char velu de ses armes. En même temps Enée reparaît plein de Aie; en même temps du côté des Grecs accourent Uljsse, Ajax et Diomède; plus que jamais le combat est sanglant et terrible : on se presse, on se pousse, on se lue, les deux armées font des prodiges de vaillance; cependant les Grecs reculent enfin, mais à pas mesurés; c'est une retraite, et non pas une fuite. Minerve, qui

Toit dn liant du ciel les Grecs reculer devant le dieu de la guerre, monte sur son char, et descend elle-même dans la mêlée. C'est Minerve, qui par la main de Diomède frappe le dieu Mars à l'endroit du flanc qu'entoure la ceinture. Mars est blessé, il pousse un cri terrible; on dirait le cri de neuf à dix mille combattans ! Une profonde terreur saisit tout à coup les Grecs et les Trovens, tant fut terrible le cri de ce dieu insatiable de carnage !

Cependant Junon7 reine d'Argos, et Minerve, protectrice, retournent dans les palais du grand Jupiter, après avoir éloigné des combats Mars, le fléau des mortels.

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