‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 47 sur 62 · CHANT VII · texte numérisé non relu

CHANT VII

Encore une fois la bataille se ranime. Hector et Paris sortent des murs, et leur présence enflamme les soldats de pins belle. Hector, voyant tant d'ardeur dans tous les guerriers, s'avance bors des rangs. Il demande qu'un des héros de l'armée grecque sorle des rangs, et vienne le combattre. Les pins valeureux d'entre les Grecs se rassemblent ; le sort désigne le grand Àjax, celui qu'ils désiraient tous. « Oui, mes amis, s'écrie Ajax, celte marque est la mienne, et mon cœur s'en réjouit. J'espère triompher d'Hector, vous cependant, tandis que je prendrai mes armes, implorez Jupiter, fils de Saturne, dans le silence de vos cœurs, afin que les Trovens ne vous entendent pas; ou plutôt priez à haute voix, nous ne craignons personne; nul à son gré ne pourra me dompter par force ou par adresse; ne et nourri dans Salamine, je ne pense pas être un guerrier novice. *

Il dit : et les peuples adressaient leurs vœux au grand Jupiter; tous s'écriaient en implorant le Ciel:

« Puissant Jupiter, qui règnes sur l'Ida, dieu grand et majestueux, fais qu'Ajax remporte la victoire, et jouisse d'un honneur immortel; cependant, si tu chéris, si tu protèges Hector, du moin*

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accorde à tous les deux la même force et la mêmegloire. »

Tandis qu'ils parlaient ainsi, Ajax se couvre de l'airain étincelant. Dès qu'il a revêtu ses armes, il s'élance comme le farouche Mars, lorsque ce dieu allume la guerre parmi des peuples que Jupiter excite à combattre avec toutes les fureurs de la rage : tel paraît le grand Ajax, rempart des Grecs. Il sourit d'un air farouche, et s'avance à grands pas en agitant sa longue javeline. Les Grecs poussent des cris de joie. Le cœur même d'Hector est ému. Hector s'avance, balançant une longue javeline, il la jette contre le bouclier d'Ajax, et frappe la lame d'airain qui recouvre les dépouilles de sept taureaux vigoureux; la pointe aigué perce les six premières peaux, et s'arrête à la septième. Le noble Ajax, à son tour, lance un long javelot; le dard rapide frappe l'immense bouclier du fils de Priam , perce le brillant airain , pénètre la cuirasse éblouissante, et déchire la tunique près du flanc; Hector s'incline, et évite la mort cruelle; tous les deux alors arrachent ces fortes javelines , et s'attaquent avec fureur. Tels des lions dévorans ou des sangliers revêtus d'une force indomptable. Le fils de Priam, de sa lance, frappe le milieu du bouclier; la pointe se recourbe sans pouvoir rompre l'airain. Alors Ajax se précipite, et perce l'armure d'Hector; sa pique traverse

le bouclier du Troyen impétueux, le Liesse à la gorge, et un sang noir jaillit à l'instant; le brave Hector ne cesse point le combat; mais en reculant, il saisit de sa forte main un roc noir et raboteux qui gisait dans la plaine; il frappe l'épais bouclier d'Ajax, et l'airain fait entendre un son terrible. Ajax soulève aussi une pierre plus grande encore, et, la tournant dans les airs, la lance d'un bras vigoureux; le choc de cette pierre, aussi large qu'une vaste meule, brise le bouclier, frappe les genoux d'Hector, qui tombe renversé, mais toujours couvert des débris de son bouclier. Apollon le relève aussitôt; tous les deux, le glaive à la main, étaient près de se déchirer, si des hérauts, ministres de Jupiter et des hommes, ne fussent venus, l'un envojé par les Trovcns, et l'autre par Ils Grecs valeureux, Taltlrybius et Idauis ; tous deux, pleins de prudence, ils étendent leur sceptre au milieu des combattans, et Idacus, fertile en sages conseils, leur parle en ces mots:

«Cesse/, cessez vos comLuls; le puissant Jupiter vous chérit tous les deux : vous êtes l'un et l'autre de Yaillans gucirieis, nous le savons tous; mais déjà la nuit est arrivée, il est juste d'obéir ù la nuit. »

« Sage Idœus, répond Ajax, invite Hector à parler le premier; c'est lui qui a provoqué nos chefs Jes plus braves; qu'il commence donc A l'obéir,

et je t'obéirai à mon tour, s'il propose lui-même de cesser le combat. »

Alors le magnanime Hector, au casque éîincelant, dit aussitôt:

« Ajax, c'est un dieu qui t'a donné la force, la râleur, et la sagesse; oui, par la lance, lu l'emportes sur tous les Grecs. Cessons maintenant celte lutte cruelle; bientôt nous combattrons encore, jusqu'à ce que le destin nous sépare, et donne la victoire à l'un des deux. Déjà la nuit est arrivée; il est juste d'obéir à la nuit. Retourne vers tes navires; tu combleras de joie tous les Grecs, tes amis, et tes nombreux compagnons, tandis que j'irai dans la citadelle de Priam; ma vue réjouira les ïrovens et les chastes Trovennes, elles qui implorent pour moi la divinité dans son temple. Toutefois, faisons-nous l'un à l'autre des prés; ns glorieux, et que chacun des Grecs et des ïrovens dise : Ils combattirent animés d'une égale fureur $ mais ils se séparèrent unis par l'amitié. *

En parlant ainsi, Hector donne une épée enrichie de clous d'argent, avec le fourreau et le superbe baudrier; Ajax donne une ceinture éclatante de pourpre; ils se séparent : l'un retourne dans l'armée des Grecs, et l'autre se mêle à la foule des ïrovens, charmés de revoir plein de force et de vie ce héros qui a pu échapper à la valeur et aux mains invincibles d'Ajax; ils le conduisent

■Vers la ville, croyant à peine à son salut. De leui côté , les chefs des Grecs reconduisent auprès d'Agamemnon le grand Ajax, joyeux de son triomphe.

Lorsque tous les chefs sont rassemblés dans la tente d'Agamemnon, ce roi des hommes immole en leur honneur un fort taureau de cinq ans au puissant fils de Saturne; tous s'empressent autour de la victime, la dépouillent, la divisent en morceaux, qu'ils percent de longues pointes, les font rôtir avec soin, et les retirent de l'ardent foyer. Ces apprêts terminés, ils disposent le banquet, commencent le repas , et se rassasient de mets également partagés; mais le héros, fils d'Atrée, Agamemnon, avait honoré Ajax du large dos de la victime.

Cependant le lendemain de ce long jour de guerre le soleil naissant éclairait les campagnes, et du sein de la mer vaste et paisible s'élevait dans les cieux; lorsque les deux peuples se rencontrèrent sur le même champ de bataille pour ensevelir leurs morts, il leur fut difficile de reconnaître chaque guerrier; aussitôt, avec une onde limpide, ils enlèvent la poussière sanglante, et placent les morts sur des chars en versant d'abondantes larmes; mais le roi Priam ne permet pas qu'on se livre à. ces gémissemens. Alors, le cœur plein de tristesse, ils posent en silence les cadavres sur le bûcher, les livrent aux" flammes, et retournent dans les saints

remparts d'Ilîon. De même, les Grecs vaillans, le cœur consumé de chagrins, posent les cadavres sur le bûcher, les livrent aux flammes, et retournent vers les larges navires.

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