‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 50 sur 62 · CHANT X · texte numérisé non relu

CHANT X

Ulysse s'en va pendant la nuit pour explorer le camp desTroyens: il a pour compagnon Diomède, le fils de Tydée. Ces deux héros vont comme deux lions au travers des ténèbres, et marchent au milieu des morts, des armes et du sang. Hector de son côté envoie aux vaisseaux des Grecs ,Dolon , très-léger à la course. Dolon jette un arc sur ses épaules, se couvre d'une peau de loup, munit sa tête d'un casque de peau de fouine, s'arme d'un javelot , et se met en marche pour l'armée des Grecs, dont il ne devait jamais rapporter de nouvelles à Hector. Dès qu'il a traversé toute l'armée de Troie, plein d'ardeur il se jclfe dans le chemin battu. Ulysse l'aperçoit, et se tournant vers Diomède, il lui dit: «Diomède, voilà un homme qui vient à nous du côté des ennemis. Je ne sais si c'est un espion qu'on envoie dans notre armée, ou si c'est quelqu'un qui vient dépouiller les morts. Mais laissous-lc passer et s'avancer un peu dans la plaine; nous courrons ensuite après lui, et s'il est plus léger à la course que nous, souvenez-vous de le pousser du côté des vaisseaux, la pique baissée. en le détournant toujours, afin qu'il ae puisse nous échapper et regagner le côté de la ville. »

En achevant ces muts, ils se jettent tous deux

iv. 5

assez près du chemin et se baissent derrière des monceaux de morts. Dolon passe sans aucune circonspection. Quand il fut loin d'eux , environ l'espace que les laboureurs laissent entre deux; charrues de mules, ils se lèvent tous deux et se mettent à sa poursuite. Les deux héros l'atteignent et le saisissent. — «Où vas -tu? lui dit Ulysse? yiens- tu dépouiller les morts, ou bien Hector t'envoie- t-il pour observer ce qui se passe dans notre armée? parle- moi sans déguisement! »

Dolon raconte en tremblant aux deux héros ce qu'il sait de l'armée des Troyens. Guidés par ces avis fidèles, Ulvsse et Diomède entrent dans le camp ennemi, où ils font un grand carnage; après quoi ils rentrent en triomphe au camp des Grecs, qui les reçoivent avec des cris de joie. En même temps, pour nettoyer la sueur et la poussière dont ils sont couverts, ils se jettent dans la mer, et s'étant bien lavés et rafraîchis, ils entrent dans des bains magnifiques, où ils se baignent et se frottent d'huile pour conserver leurs forces. Après le bain, ils s'asseyent pour prendre un léger repas ; et pui* sant le vin dans l'urne avec des coupes d'or, ils font leurs libations à Minerve pour lui rendrq leurs actions de grâces de son secours.

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