CHANT XII
Cependant le combat continuait avec acharnement. Les Grecs, pour mettre à couvert leurs vaisseaux, avaient élevé une muraille, défendue par un large fossé. La mêlée était grande autour de ces rclranchemens. Hector arrive, et ses chevaux reculent devant le large fossé. Hector renvoie son char; tous les Troyens, à son exemple, mettent pied à terre et marchent contre les murailles. Celte fois les Grecs se battaient par nécessité encore plus que par courage. Les Trojens, conduits par Hector, franchissent le fossé et montent aux murs. Ils arrachent les créneaux, ils abattent les défenses; ils déracinent les grosses masses de pic ires qui appuient les tours; en vain les Grecs se défendent, conduits par les deux Ajax. Hector s'élance dans les rclranchemens et s'écrie :
» Suivez-moi, généreux Trojcns! enfonçons les murailles et brûlons les vaisseaux des Grecs! »
Tous les Trojens l'entendirent, et se jetant à corps perdu, la pique à la main, ils embrassent les créneaux de la muraille. Hector, trouvant devant la porte une grosse pierre fort pesante, la saisit à deux mains; car le fils de Saturne l'avait rendue légère. Levant donc cette affreuse masse, et ferme sur ses deux pieds, qu'il tenait écartés pour donner plus de force au coup, il la jette, et le rocher tombe justement contre le milieu de la porte, qui en mugit effroyablement. L'horrible poids de celte niasse brise les gonds; les plancbes se séparent; les poutres ne résistent point, et le monstrueux roeber tombe bien avant au-delà du mur. Hector le suit, semblable à un noir tourbillon qui couvre tout d'un coup la terre. L'acier étincelant dont ce héros est revêtu jette partout des éclairs; et tenant deux javelots à la main , il fond sur ces bataillons étonnés de sa force et de son audace. Dès que la porte fut abattue, les dieux immortels auraient pu seuls arrêter Hector en s'opposant à son passage; le feu surprenant qui sortait de ses jeux répandait partout la terreur. Enfin , se tournant vers les Trojens, du milieu de la mêlée, il leur ordonne de franchir le retranchement. Us obéissent sans hésiter; les uns entrent par-dessus le mur, les autres passent par la porte qu'il leur avait ou-
verte. Les Grecs prennent la fuite, se retirent vers leurs vaisseaux, et tout est plein de confusion et de désordre.