‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 53 sur 62 · CHANT XIII · texte numérisé non relu

CHANT XIII

Toujours des combats, toujours des mourans et des morts, toujours Flector seul contre l'armée des Grecs ; Hector partout soutenant l'effort des deux Àjax. Les cris redoublés des deux armées remplissent les airs et montent jusqu'au palais de Jupiter.

CHANT xiv.

Junon, qui protège les Grecs, songe enfin à venir à leur secours. Elle voit Jupiter sur le mont Ida , et elle cherche les moyens de surprendre l'esprit de ce dieu , malgré son égide et sa foudre. Junoi) veut endormir la prévoyance et la sagesse de Jupiter. Dans ce dessein elle se rend à l'appartement que son fils Vulcain lui avait élevé de ses mains immortelles, et dont les portes solides et bien posées fermaient avec une clef si habilement travaillée, qu'aucun autre dieu n'avait le secret de les ouvrir. Dès qu'elle y fut entrée, elle s'enferme, et d'abord avec une liqueur divine elle lave son beau corps ; clic emploie ensuite une essence

précieuse et d'un parfum si exquis et si siiîï til , qu'on ne pouvait y toucher sans qu'une vapeur céleste, en se répandant dans le brillant palais de Jupiter, ne remplit en même temps de sa délicieuse odeur le ciel et la terre. Quand elle eut donné un nouvel éclat à sa beauté avec celte essence divine, quand elle eut peigné les beaux cheveux de sa tête immortelle, et qu'avec ses belles mains elle les eut partagés en cent boucles et cent anneaux différens et d'un lustre merveilleux, elle prit une robe éclatante, que Minore elle-même avait brodée et où elle avait représente diverses figures aussi admirables que singulières ; cette robe magnifique s'attachait au-dessous du beau sein de la déesse avec des agrafes d'or. Pour ajuster sur sa taille majestueuse les plis de celte riche étoffe, elle met une ceinture enrichie de cent houpes d'or; elle orne ses oreilles de boucles à trois pendans, travaillées avec un art infini , et dont la grâce et L'éclat accompagnaient admirablement les charmes et le feu de ses jeux. Cette reine des déesses couvre sa tête d'un voile très- fin, qui venait d'être achevé, et aussi éclatant que le soleil. Enfin , à la grâce de ses beaux pieds elle ajoute celle d'une chaussure aussi galante que magnifique. Quand elle eut mis la dernière main à sa parure, elle fit emprunt à Venus de sa ceinture sous un prétexte mensonger. Venus détacha sa ceinture, qui était d'un

tissu admirable. Là se trouvaient tous les charmes les plus séducteurs, les attraits, l'amour, les désirs, les amusemens, les entretiens secrets, les innocentes tromperies et le charmant badinage, qui insensiblement surprend l'esprit et le cœur des plus sensés. Elle lui remet cette ceinture. «Recevez ce tissu, lui dit-elle, et cacbez-le dans votre sein; tout ce que vous pouvez désirer s'y trouve, et par un charme secret qu'on ne peut expliquer, il vous fera réussir dans toutes vos entreprises. »

La vénérable Junon se prit à sourire, et en souriant elle cache ce charmant tissu dans son sein. Les deux déesses se séparent; Vénus retourne dans le palais lumineux de Jupiter, et Junon, s'élevant du haut sommet de l'Olympe, monte légèrement sur le sommet du Gargare, qui est le sommet le plus élevé du mont Ida. Jupiter la voit et l'appelle : «Où allez-vous, Junon? je ne saurais vous voir vous éloigner de moi. Restez. Si vous l'ordonnez, je vous cacherai dans un nuage d'or que le soleil lui-même ne pourra pénétrer. » En même temps il prend la déesse dans ses bras. Sur l'heure même la terre fait sortir de son sein un tendre gazon ; le délicat lotos, le safran parfumé, l'agréable jacinthe naissent à l'envi sur la montagne sacrée; un nuage d'or les couvre comme un voile nuptial , et une brillante rosée, rafraîchissant les airs, jette ses parfums de toutes parts. Ainsi le père

des dieux et des hommes, vaincu par l'amour et par le sommeil , dormait tranquillement sur le plus haut sommet du mont Ida, auprès delà déesse, la tète nonchalamment penchée sur son sein immortel.

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