CHANT XV
Pendant le sommeil de Jupiter les Troyens sont repoussés parles Grecs. Jupiter en s'éveillant voit les Troyens en déroute; il voit Hector étendu sur la poussière et presque sans vie. Le père des dieux et des hommes jette sur Junon des jeux pleins de colère. — «Trompeuse déesse! voilà donc l'effet de vos artifices! a — En même temps le dieu envoie Iris, sa messagère, à Neptune. — « Prompte messagère des dieux, allez rapporter à Neptune tout ce que vous allez entendre. Obligez-le d'abandouner le combat et de se retirer soit dans l'assemblée des dieux, soit au fond de la mer. Que s'il refuse de m'ohéir et s'il méprise mes ordres, je lui conseille de penser sérieusement aux moyens de m'eViteret de n'avoir pas la témérité de «'attendre, quelque puissant qu'il soit; car je suis plus puissant que lui; nus forces sont infiniment au-dessus des siennes, et comme son aine, je suis son roi et son mailie : cependant il a l'audace de s'égaler a moi, à moi que tous les autres dieux ne regardent qu'avec respect et saisis de crainte!
Neptune obéit à Jupiter, il abandonne l'armée et se plonge dans la mer. En même temps Jupiter envoie Apollon auprès d'Hector.
Apollon obéit avec joie, il s'élance des sommets du mont Ida avec la légèreté d'un épervier qui fond sur les timides colombes, et dont aucun oiseau n'égale la rapidité. Il trouve le fils de Priam assis; car ses forces étaient un peu revenues; il avait déjà reconnu ses compagnons qui étaient autour de lui; la sueur froide avait cessé, et il respirait avec moins de peine depuis le moment que Jupiter avait pensé à lui.
Apollon, s'approcbant, lui dit : « Hector, fîls de Priam, d où vient que vous êtes assis là sans force; êtes-vous blessé? a
En même temps il inspire au fds de Priam un généreux courage : dès que la voix du dieu a frappé ses oreilles, Hector vole à la tète des escadrons. Comme des cbiens et des bergers poursuivent avec ardeur un cerf ou une chèvre sauvage, qui, trouvant heureusement le secours d'une roche inaccessible, ou d'un fort qu'on ne peut percer, se dérobe à leurs poursuites, les chiens aboient en vain aulourde son asjJc ; mais par leurs cris furieux ils lancent un terrible lion, qui, fondant sur eux, les écarte en un moment et les met en fuite; tels les Grecs poursuivaient les Trojens à grands coups d'épées et de piques; mais lorsqu'ils virent Hector
à la fête 'le ses troupes animant ses soldats , leurs courag s furent abattus; ils n'espérèrent plus leur salut que de leur retraite.
Après un combat acharné, Hector s'approche de la flotte d< s Grecs : « Amis, criait-il à ses soldats : apportez des torches allumées, et secondez mes efforts; voici enfin l'heureux jour que Jupiter nous accordé, et qui va nous dédommager de toutes nos pertes; nous allons réduire en cendres ces vaisseaux, qui contre la volonté des dieux nous ont apporté des maux sans nombre, par la faiblesse et par la lâcheté de nos vieillards, qui lorsque je me suis mis en état de venir combattre, m'ont toujours retenu et ont empêché les troupes de me suivre; mais si jusqu'ici le puissant Jupiter nous a donné un esprit d'élourdissement , aujourd'hui il nous donne et la prudence pour entreprendre, et la force pour exécuter.
Ici le chant du vieil Homère s'anime encore. On croit que la voix va lui manquer; mais au contraire, sa voix est plus forte et plus sonore. Ce grand poème qu'il raconte va s'augmenter d'un nouveau guerrier, de Patrocle. Prêtez l'oreille, enfons! quand Patrocle s'avance dans la mêlée, Achille n'est pas loin.