‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 61 sur 62 · CHANT XXIII · texte numérisé non relu

CHANT XXIII

Au camp des Grecs les soldats d'Achille honorent de leurs larmes le corps de Patrocle. Thétis leur inspire un désir insatiable de larmes et de deuil. Le sable même est baigné de pleurs. Achille luimême donne l'exemple des larmes.

Cependant les Thessaliens quittent leurs armes, détellent leurs chevaux, et s'asseient devant les vaisseaux d'Achille, qui leur fait le repas des funérailles. Tout retentit du mugissement des taureaux et des cris des brebis, des chèvres et des autres animaux qu'on égorge autour de Patrocle; les ruisseaux de sang coulent de tous cotés autour du lit, et les feux allumés pour faire rôtir toutes ces victimes éclairent tout le rivage.

En même temps Achille fait signe à ses troupes de prendre les armes et de monter sur leurs chars. Dans le moment les chars marchent à la tête du convoi. Ils sont suivis d'une nombreuse infanterie', et au milieu le corps de Patrocle est porté par ses compagnons, tout couvert des cheveux qu'ils se «ont coupés pour marque de leur deuil; Achille

marche immédiatement après. Il est tristement penché sur le corps de son ami, dont il soutient la tête, et pousse de longs soupirs, car il conduit au tombeau le plus cher de ses compagnons.

En arrivant sur le lieu du bûcher, iis déposent le corps sur le rivage, et Achille, s'éloignant un peu, coupe ses beaux cheveux blonds, et les dépose sur le corps de son ami. On entasse le bois, et on élève un prodigieux bûcher de cenl pieds en carré. On place le corps au plus haut étage; on égorge un nombre infini de moulons et de laureaux, et Achille couvre de leur graisse tout le corps de Patrocle depuis les pieds jusqu'à la tète, et culasse ces victimes tout autour de lui. Il place ensuite aux deux côtés des urnes pleines d'huile et de miel, et en poussant de grands soupirs, il jette sur les bords quatre de ses plus beaux chevaux. Il avait neuf chiens domestiques, qu'il nourrissait pour la garde de son camp; il choisit les deux meilleurs, les égorge et les jette avec ces chevaux. Enfin, pour achever d'apaiser l'ombre de son ami, il immole douze jeunes Troyens des plus vaillans et des meilleures familles, car l'excès de sa douleur et un désir outré de vengeance ne lui permettaient aucune modération.

Les os de Patrocle sont recueillis dans une urne d'or. Les Grecs déposent cette urne dans la tente d'Achille; et les couvrent d'un voile précieux.

Après quoi les jeux funèbres commencent autour de la tombe du jeune héros.

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