A ALFRED DE MUSSET
Un poète est parti ; sur sa tombe fermée Pas un chant, pas un mot dans cette langue aimée Dont la douceur divine ici-bas l'enivrait.
Seul, un pauvre arbre triste à la pâle verdure, Le saule qu'il rêvait, au vent du soir, murmure Sur son ombre éploréeun tendre et long regret.
Ce n'est pas de Toubli ; nous répétons encore, Poëte de Tamour, ces chants que fit éclore Dans ton âme éperdue un éternel tourment, Et le Temps sans pitié qui brise de son aile Bien des lauriers, le Temps d'une grâce nouvelle Couronne en s'éloignant ton souvenir charmant.
Tu fus Tenfant choyé du siècle. Tes caprices
Nous trouvaient indulgents. Nous étions les complices
De tes jeunes écarts; tu pouvais tout oser.
De la Muse pour toi nous savions les tendresses,
Et nos regards charmés ont compté ses caresses,.
De son premier sourire à son dernier baiser.
Parmi nous maint poëte à la bouche inspirée
Avait déjà rouvert une source sacrée;
Oui, d'autres nous avaient de leurs chants abreuvés,
Mais le cri qui saisit le cœur et le remue.
Mais ces accents profonds qui d'une lèvre émue
Vont à l'âme de tous, toi seul les as trouvés.