‹ Contes et poésiesChapitre 16 sur 30 · A ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

A ALFRED DE MUSSET

Un poète est parti ; sur sa tombe fermée Pas un chant, pas un mot dans cette langue aimée Dont la douceur divine ici-bas l'enivrait.

Seul, un pauvre arbre triste à la pâle verdure, Le saule qu'il rêvait, au vent du soir, murmure Sur son ombre éploréeun tendre et long regret.

Ce n'est pas de Toubli ; nous répétons encore, Poëte de Tamour, ces chants que fit éclore Dans ton âme éperdue un éternel tourment, Et le Temps sans pitié qui brise de son aile Bien des lauriers, le Temps d'une grâce nouvelle Couronne en s'éloignant ton souvenir charmant.

Tu fus Tenfant choyé du siècle. Tes caprices

Nous trouvaient indulgents. Nous étions les complices

De tes jeunes écarts; tu pouvais tout oser.

De la Muse pour toi nous savions les tendresses,

Et nos regards charmés ont compté ses caresses,.

De son premier sourire à son dernier baiser.

Parmi nous maint poëte à la bouche inspirée

Avait déjà rouvert une source sacrée;

Oui, d'autres nous avaient de leurs chants abreuvés,

Mais le cri qui saisit le cœur et le remue.

Mais ces accents profonds qui d'une lèvre émue

Vont à l'âme de tous, toi seul les as trouvés.

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