A ALFRED DE MUSSET
Au concert de nos pleurs ta voix s'était mêlée. Entre nous, fils souffrants d'une époque troublée, Le doute et la douleur formaient comme un lien. Ta lyre en nous touchant nous était douce et chère ; Dans le chantre divin nous sentions tous un frère ; C'est le sang de nos cœurs qui courait dans le tien.
Rien n'arrêtait ta plainte, et ton âme blessée La laissait échapper navrante et cadencée.
Tandis que vers le ciel qui se voile et se clôt De la foule montait une rumeur confuse.
Fier et beau, tu jetais, jeune amant de la Muse, A travers tous ces bruits ton immortel sanglot.
Lorsque le rossignol, dans la saison brûlante De l'amour et des fleurs, sur la branche tremblante Se pose pour chanter son mal chei: et secret. Rien n'arrête l'essor de sa plainte infinie, Et de son gosier frêle un long jet d'harmonie S'élance et se répand au sein de la forêt.
La voix mélodieuse enchante au loin l'espace.... Mais soudain tout se^tait; le voyageur qui passe Sous la feuille des bois sent un frisson courir. De l'oiseau qu'entraînait une ivresse imprudente L'âme s'est envolée avec la note ardente ; HéBis ! chanter ainsi c'était vouloir mourir !