‹ Contes et poésiesChapitre 7 sur 30 · A MADAME E · texte numérisé non relu

A MADAME E

A réveiller votre voix me convie,

Ma pauvre muse endormie en mes bras.

Mais réveiller, c'est la rendre à la vie,

Aux vains regrets comme aux labeurs ingrats.

Voilà six ans que de ses lèvres closes

On n'entend plus sortir le chant léger.

Essaim dormant sur un buisson de roses,

Ses frais récits cessent de voltiger.

Et cependant elle était encor belle.

Oui, belle encor d'espérance et d'amour ;

Même il régnait comme un charme autour d'elle.

Hélas ! qui sait quelle grâce nouvelle

A ses accents pouvait éclore au jour?

Ce n'est donc pas faute d'avoir à dire

Qu'elle se tait dans sa force et sa fleur.

Cent faits d'amour sommeillent sur sa lyre,

Qu'elle eût parés d'un sourire ou d'un .pleur.

Mais j'ai soudain coupé court à ses veilles;

En l'endormant j'ai fermé ses oreilles

Aux chants émus qui montaient de son cœur.

Quoi I prodiguer et sa voix et sa flamme.

Lorsque ce monde est sourd à tout concert !

Je l'aimais trop cette enfant de mon âme

Pour l'envoyer chanter dans le désert.

Septembre 1859.

CJ^D

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