F.S ORATEURS DE MON VILLAGE
Lorsque le seigneur p«d au jeu,... (Page 63.)
lire. Je payais encore l'huile et la chandelle; que ne fait-on pas pour son sang! Enfin il maigrissait à vue d'œil. Tant mieu.x, disait M. Antoine, la science maigrit les hommes. Ce n'est pas comme la nourriture du corps, qui les engraisse... Regardez,... moi! »
Un éclat de rire retentit dans tous les coins de la salle.
«C'est faux, murmura l'instituteur, je n'ai jamais dit cela. »
Georges Machette ne parut pas entendre ce démenti, et continua tranquillement :
a M. Antoine Denier voulut enseigner à mon Georges l'arithmétique, Tarpentage, l'orthographe; c'était dans le temps de la maladie de ma femme; j'avais des occupations par-dessus la tête, je ne pouvais surveiller mon (ils. Un jour pourtant l'idée me vint
de voir ce qu'il avait appris, je l'appelle : Georges, voici cent francs, va m'acheler de la farine à Saverne.
— Mais, mon père, je n'ai jamais acheté de farine.
— Comment, tu ne sais pas ce que coûte une livre de farine? Eh bien, à ton âge je faisais déjà le commerce et je gagnais ma vie. Dorénavant, Georges, tu ne mettras plus les pieds à l'école; je vois ce que vous apprend M. Denier, il vous apprend à rêver, au lieu de gagner votre vie honorablement. Il n'y a que les richards qui aient le moyen d'être si savants; ils ont des cuisiniers pour connaître le prix lit; la viande, des boulangers pour connaître le prix du pain, et des notaires pour connaître le prix des écus ! »
Gt; discours de l'épicier Machette eut un
LES OUATKrns DE MON VILLAGE.
Est-ce que M. Denier nous prend pour des fuus? iPage Tl.)
effet prodigieux : on vota le refus des quarante sous par acclamation.
Alors Jacques Romary se leva tout souriant, il lira sa grosse montre du gousset de sa culotte et dit :
« Messieurs les conseillers, voici deu.x heures, il est temps d'aller aux vêpres. »
Et l'on sortit gravement de la salle.
Le vieux maître d'école resta le dernier, selon son habitude, pour fermer la porte.
a Pourquoi mon père ne m'a-t-il pas appris son état de bûcheron? pensait le pauvre homme. Je gagnerais ma vie dans les bois comme tant d'autres. Au lieu d'avoir trentesix maîtres, je n'en aurais qu'un; je ne serais
pas forcé de plaire à M. le sous-préfet, à M. l'inspecteur, à M. le curé, à M. le maire, cà tout le monde. »
Il était bien triste!
Quant à notre maire Jacques Romary, seigneur et maître du Valtin, il descendait majestueusement la grande rue du village, suivi de MM. les conseillers municipaux, et se disait en lui-même :
« L'aiTaire est dans le sac ! Georges Machette a parlé comme un avocat. Le sous-préfet criera peut-être un peu, mais le curé sera content... Voilà le principal : ceux qui ont le curé dans leur manche n'ont rien à craindre!»
FIN DES ORXTECns DE MON VILLAGE.
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