I. Le texte dit mot à mot : on le jeta avec les fièvres
lorsqu'Abimélek apprit l'emprisonnement de Jérémie, il alla trouver le roi Sédécias et sauva le prophète des mains du roi.
Pour la troisième fois, la parole de Dieu se fit entendre à Jérémie, disant : « Va trouver Sédécias et dis-lui : « Parole du Seigneur Dieu. » Jérémie se jeta alors à genoux, se prosterna devant Dieu et dit : « O Seigneur, ne m'envoie pas vers Sédécias, car il se met en colère quand je lui parle en ton saint nom. » Alors le Seigneur ordonna au prophète Jérémie de mettre par écrit tout ce qu'il lui avait ordonné, d'en composer une lettre, de la remettre à Baruch, son disciple, pour la faire porter au roi Sécédias. Le prophète Jérémie fit ce que Dieu lui avait ordonné; il écrivit une lettre, l'envoya à Sédécias, par l'entremise de Baruch, son disciple, auquel il enjoignit de la lire au roi en présence de la foule des Béni-Israêl. Baruch se rendit près du roi et le trouva assis avec ses courtisans, il se tint debout la lettre à la main et lut à haute voix la parole de Dieu. Lorsque le roi entendit les paroles de Baruch, disciple de Jérémie, il se mit en grande colère, prit la lettre des mains de Baruch, alluma du feu et y brûla la lettre devant les
Béni-Israël. Il ordonna ensuite de frapper Baruch et lui demanda où était Jérémie. Le disciple lui apprit en quel endroit se trouvait le prophète et le roi ordonna de l'amener chargé de chaînes. Les gardes se rendirent près du prophète et le trouvèrent occupé à tresser des feuilles de palmier ; ils exécutèrent Tordre du roi et ramenèrent en sa présence. Et lorsque lç roi vit le prophète entre ses mains, son cœur se remplit, il se mit à grincer des dents et il lui dit : « Je ferai répandre ton sang pour en remplir le plat où je mange; je, donnerai ta chair à manger aux oiseaux du ciel et tes os aux bêtes féroces de là terre. Gomment ton disciple ose-t4i parler ainsi devant moi ? Pourquoi fais-tu de fausses prophéties contre mon royaume et dis-tu : « Ton royaume te sera enlevé, ton trône sera renversé, le peuple sera mené en captivité et Jérusalem sera détruite de fond en comble? » Je le jure par les deux grands Dieux, Baal et Ross, je te ferai tourmenter et te ferai promptement mettre à mort; mais le meurtre aura lieu dans la prison, afin que je voie si tes paroles se réaliseront, ou non. »
Alors le roi ordonna d'attacher au pro-
phète les mains et les pieds, de le jeter en prison, de ne lui donner ni pain, ni eau, de sorte qu'il mourût de faim et de soif. Le prophète Jérémie se retourna du côté du roi et lui dit en présence des Béni-Israël : « Le Seigneur jugera entre toi et moi, ô Sédécias; car depuis plusieurs années, rien de mensonger n'est sorti de ma bouche. Voici trois fois que tu me jettes en prison et que tu veux m'y faire mourir. Tu comptes sur les faux prophètes qui t'ont fait de fausses prophéties; écoute maintenant la parole de Dieu. Le Seigneur Dieu dit : a O Israël, tu m'as mécontenté pour des idoles faites de main d'homme; c'est pourquoi j'éloigne de toi mon visage, ô roi, ainsi que du peuple d'Israël. Je vais enflammer ma colère et mes vengeances contre cette terre, je ferai venir le roi des Chaldéens, accompagné d'une armée nombreuse comme les sauterelles; il renversera les murailles de Jérusalem et dressera son trône au milieu de la ville.
Quant à toi, ô Sédécias, tu verras toutes ces choses de tes propres yeux ; on te prendra, comme une femme qui accouche, étendu sur ton lit; on couvrira ton visage d'un voile, comme l'on fait aux morts. Aihsi fe-
ront tes gardes dans l'espoir de te sauver et de Remporter vers le Jourdain; mais Dieu indiquera aux gardes de Nabuchodonosor l'endroit où ils devront te chercher. Ils te poursuivront et te rejoindront près du fleuve de Karbis; ils te jetteront à terre, découvriront ton visage et te ramèneront en présence de Nabuchodonosor. Tes yeux contempleront les siens, ta bouche parlera à la sienne ; il mettra à ton cou un collier, comme à un .chien : tes deux fils seront tués, l'un à ta droite, Tautre à ta gauche. Le roi de Babylone t'arrachera les deux yeux, il les mettra dans ta main, il t'emmènera à Babylone attaché à son char. La poussière et la cendre couvriront ta tête. Tu mangeras ton pain et boiras ton eau dans la détresse. Là-bas tu mourras et tu seras chassé comme on chasse un mulet au moulin. »
A ces mots, les serviteurs du roi se saisirent de Jérémie et lui firent ce que le roi avait ordonné. Et Jérémie le prophète dit :
« O serviteurs de Sédécias, attendez un peu, car dans ma bouche se trouve la parole de Dieu que je dois dire à Sédécias. » Quand les serviteurs l'eurent laissé libre, Jérémie se retourna vers la foule des Béni-Israël et leur
dit en présence du roi : « Ecoutez la parole du Seigneur : Voici ce que dit le Seigneur :
— J'ai caché les défauts de vos pères ; je les ai fait sortir de la terre d'Egypte et ils sont restés quarante ans dans le désert sans que leurs vêtements fussent usés, leurs chaussures déchirées ou leurs cheveux allongés; quant à vous, vous ne resterez pas un seul mois en chemin avant que vos habits ne soient usés et devenus comme des peaux % que vous n'ayez été obligés de les coudre avec des cordes et des fibres d'halfa * ou de chardon; les cheveux de votre tête descendront sur vos épaules comme ceux des femmes, et, au lieu d'avoir une colonne pour vous éclairer la nuit et le jour, vous marcherez devant vos ennemis à la chaleur du soleil et malgré la fraîcheur de la nuit. La chaleur de l'été, le froid de l'hiver vous accableront. Quant à la lune et aux étoiles, elles ne vous donneront plus leur lumière, si bien que vous serez dans les ténèbres, que
1. C'est-à-dire seront usés jusqu'à la corde, deviendront comme des peaux où il ne reste plus un poil.
2. Trait qui marque bien la provenance du récit. L'halfa était très connu en Egypte : il est à chaque instant mentionné dans la vie de Pakhôme.