‹ Contes et romans de l'Égypte chrétienneChapitre 23 sur 40 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

En moins d'un mois, leurs vêtements furent souillés comme une vieille peau déchirée, leurs chaussures tombèrent de leurs pieds, leurs cheveux devinrent longs comme ceux des femmes. Le soleil brûla leurs corps, ils furent recouverts de boue et de crasse, et leur chair s'ouvrit : le froid de la lune et des étoiles les fit souffrir pendant la nuit tellement qu'ils tombaient la face contre terre, ne savaient ni ne pouvaient marcher. Ils tombaient à la renverse les uns sur les autres de faim et de soif. Ils levèrent alors les yeux au ciel et dirent : « Quelle différence entre notre état et l'état de nos pères, quand Dieu donnait la manne à Moyse, quand la source d'eau douce les suivait dans le désert 1 » La poussière tomba sur eux du haut du ciel, Peau douce se changea pour eux en eau salée, les femmes enceintes avortaient, celles qui nourrissaint rejetaient leurs enfants, car elles ne trouvaient plus de lait pour les allaiter. Enfin ils s'écrièrent avec de grands soupirs : « Tes jugements sont justes, ô Seigneur! et tu nous as punis selon nos péchés; car nous avons immolé nos enfants aux idoles et nous Savons irrité. Ce sont nos péchés qui nous ont attiré tous ces malheurs. 9

. Nabuchodonosor arriva enfin avec eux à -Babylone ; il entra dans son palais : ses fils et sa femme l'embrassèrent et il leur raconta tout ce qui lui était arrivé depuis qu'il les #vait quittés. Il revêtit ses vêtements royaux, il s'asâir sur son trône pour juger les Hébreux, et leur imposer leur travail. On compta qu'ils étaient au nombre de cent quatre vingt mille, outre les cinquante mille qui étaient morts en chemin, et sans compter les enfants morts dans les bras ou dans le ventrô de leurs mères. Nabuchodonosor ordonna de faire travailler les jeunes gens dans Ja boue pour faire fabriquer des briques, de faire fendre le bois et puiser l'eau aux vieillards, de faire tisser là laine aux femmes.

Chaque jour on lui montrait leurs travaux, comme ceux des esclaves, et il leur donnait pour nourriture du pain et de l'eau. Les Hébreux furent donc captifs à Babylone et subirent le joug de l'esclavage. Nabuchodonosor leur fit bâtir des villages, des maisons, des tours sur le bord du fleuve et des murailles tout autour de Babylone. Tous les jours les Chaldéens portant leurs lyres se rendaient sur les rives du fleuve et demandaient aux Hébreux : a Comment chantiez-

vous en l'honneur de votre Dieu l * — Et les Hébreux répondaient en soupirant : « Comment pourrions-nous chanter le Seigneur sur une terre étrangère? » Enfin ils s'écrièrent au milieu de leurs pleurs et de leurs lamentations : « Tu nous a punis, ô Seigneur, par le malheur qui nous a frappés 1 vois la confusion de nos visages. Nous avons cru autrefois que tu étais notre Dieu; nous t'avons irrité en n'écoutant pas tes prophètes, ô Jérusalem ! *

Les Hébreux étaient donc comme des esclaves pour le roi de Babylone. Nuit et jour le prophète Jérémie adressait pour eux des prières au Seigneur, car il voyait la détresse et les tourments qui accablaient le peuple.

Quant à Sédécias, il fut attaché au char de Nabuchodonosor jusqu'à ce que le roi fût arrivé à Babylone; puis pendant quarante ans, il dut conduire le mulet du moulin ; il souffrit tourments et endura misère plus que tout autre. Pendant tous les jours de sa vie, Nabuchododosor ne prit jamais pitié des Hébreux. Lorsqu'il fut mort, le persan Ouaqdous x lui succéda ; celui-ci tourmenta

i. .l'ignore à quel roi 6e rapporte ce nom.

les Hébreux par la faim et la soif, il dimi* nua leur nombre plus qu'il n'avait été fait du temps de Nabuchodonosor. Il donnait à chacun deux pains ■ pour deux jours et un peu d'eau ; il augmenta la quantité de travail qu'ils devaient faire et leur fit endurer beaucoup de maux, si bien que de leur grande quantité, il ne resta plus que quatre vingt mille personnes.

Les enfants des Hébreux apprenaient les sciences des Chaldéens; ils étaient au nombre de quatre-vingt-dix jeunes garçons qui allaient à l'école. Parmi eux se trouvait un jeune enfant nommé Azerah 2 que sa mère mena tout petit à l'école, alors qu'il ne savait distinguer le bien du mal. L'esprit de Dieu était en lui. Chaque jour, les enfants des Chaldéens et ceux des Hébreux sortaient de l'école pour aller puiser l'eau qui leur était nécessaire. Ils sortirent un jour et la cruche d'Azerah tomba dans l'eau. Les en« fants Chaldéens dirent quelque chose d'in-

i . Les pains des Coptes sont très petits ; un Copte qui travaille peut facilement en manger, malgré sa sobriété, deux ou trois par repas.

2. Ce nom a été sans doute inspiré par FAzarias de l'Ecriture : c'est TEzra- moderne.

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