TOME IL
convenant aux enfants Hébreux. Us battirent des mains en s'écriant : ■ O Hébreux ! vous êtes des gens sans force! » Azerah leva les yeux au ciel, soupira, versa des pleurs et dit : • O Seigneur mon Dieu, regarde-nous et prends pitié de nous en souvenir d'Abraham ton ami.d'Isaac ton élu et de Jacob l'objet de ta bénédiction. Où est l'alliance que tu as faite avec tes serviteurs? N'éloigne pas de nous ta miséricorde, car, au milieu de ce peuple, nous sommes haïs plus que toutes les autres nations vaincues. Maintenant donc, à Seigneur, prends pitié de nous, car nous avons péché en ta présence; mais tu es misericorJieux et tu pardonnes les péchés. » Il ôta ensuite ses habits, descendit dans le fleuve, les remplit d'eau comme une cruche, les porta sur son épaule et accompagna les autres garçons à son école sans qu'il en tombât une seule goutte. Lorsqu'il fut arrivé, il arrosa l'école avec l'eau qui était dans son habit, et lorsqu'il eut fini, il remit son habit qui était see, comme si de rien n'était. Lorsque le maître d'école eut vu ce prodige, il se leva, se prosterna devant l'enfant et dit :
■ Vraiment je te dis que c'est toi qui sauveras ton peuple de la captivité! « Et de ce
HISTOIRE DE LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE 1 3g
jour il crut en la grâce de Dieu. Quelques jours après, ils voulurent puiser de l'eau comme d'habitude ; les enfants Chaldéens sortirent en se disant les uns aux autres :
« Séparez-vous des Hébreux, ne mangez pas avec eux, car ils n'adorent pas nos dieux. »
Ils se séparèrent d'eux et les frappèrent. Et lorsqu'Azerah vit cela, il frappa une pierre de son pied et en fit jaillir une eau tellement abondante qu'elle coula jusqu'aux pieds des enfants Chaldéens. Le maître se leva aussitôt, lui baisa les mains et lui dit : « Qu'as-tu de commun avec ces chiens à cause desquels tu veux faire périr la ville? » Azerah prit pitié de son maître, surtout lorsqu'il l'eut vu pleurer ; il se rendit à l'endroit où était la pierre, mit son pied sur elle et lui dit :
« Absorbe cette eau, car le Seigneur a dit qu'un second déluge ne viendrait pas sur la terre; mais le feu viendra qui la consummera jusqu'aux fondements. » Aussitôt la terre s'entr'ouvrit et absorba l'eau. Azerah se leva ensuite emmena tous les enfants Hébreux et s'en alla avec eux à l'école chaldéenne.
Sur ces entrefaites, le roi Kouros ordonna de rassembler tout le peuple des Hébreux et dit : « Apportez-moi les lyres avec lesquelles
vous glorifiez votre Dieu ; jouez-en en ma présence » — Ils répondirent : • Nous craignons d'en jouer dans un pays étranger, car notre Dieu ne le veut pas. » — Il [leur dit : « Faites ici comme vous faisiez dans votre pays. » Ils lui dirent : « Les enfants de Lévi sont ceux qui ont été choisis par le Seigneur pour nos chefs quand nous jouons de la cithare. » Kouros ordonna qu'on apportât une citfiare aux Hébreux qui se mirent à en jouer harmonieusement; ils s'accompagnaient en battant des mains et en frappant des pieds sur la terre '. Aussitôt la terre se souleva, comme si elle eut voulu rejeter les Béni-Israël dans leur pays, si bien que Jérusalem entendit leurs voix. Les Chaldéens jurent stupéfaits ; des nuées descendirent du ciel et recouvrirent tout le temple. Tous ceux qui se trouvaient à Jérusalem a surent que Dieu avait pris pitié d'eux Kouros fut
1. C'est encore ainsi qu'aujourd'hui les Coptes voient les Nubiens, les nègres du Sourdan et surtout les Barba riens se délecter en faisant de la musique.
2, Peut-être y a t-il ici une faute et devrait-on lire Babylone ; j'ai laissé la leçon Jérusalem à cause de l'incertitude qui règne toujours quand il s'agit des auleurs coptes - ' -
.A CAPTIVITÉ DE BABVLOKE 141
rempli de crainte et dit aux Hébreux : « Gardez-vous déjouer de vos cithares tant que vous serez dans ce pays, jusqu'à ce que vous soyez retournés dans votre terre. Là vous glorifierez Dieu. »
Cependant les soixante-dix années s'achevèrent. Il y avait trois hommes, à savoir Azcrah fils de Baria, Daniel fils de Batom et Ézéchiel fils de Nouri'; c'est à ces trois hommes que Dieu parlait et ils prophétisaient à Babylonc. Ils dirent : • Allons prendre vin bélier; nous irons dans le désert pour faire un sacrifice au Dieu d^Israél; comme nous avons entendu raconter de nos pères qui sacrifiaient un bouc pour leurs péchés, et le Seigneur envoyait son ange avec un sceptre de feu pour recevoir d'eux leur offrande.
Allons donc! peut-être la miséricorde du Seigneur est-elle prés de nous et nous en verra-t-il son ange pour recevoir de nous ce que nous lui offrirons. * Ils firent ainsi.
Quant à Azerah, il prit du boisd'Atrafis * (sic/, du bois d'ébéne, trois autres morceaux du
1. Le copiste s'est sans doute trompé et «mal ponctue ; de là Nouri au lieu de Bou\i qui était le nom du pire d "lizécbiel. Quayt aux deux autres ils sont d'invention copia-
142 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE
bois; il plaça le bélier en haut du bois, tourna son visage vers l'Est, c'est-à-dire dans là direction de Jérusalem et pria le Dieu d'Israël en disant.: « O Dieu de nos pères, le seul
Eternel ! toi qui as exaucé Abél, le premier martyr, de préférence à Caïn son frère, toi qui as créé Seth à la ressemblance d'Abel, qui as rendu vaine la force dés impies, qui as fait monter Enoch aux deux à causé de sa pureté et qui lui as appris les mystères célestes; toi qui, avant le péché d'Adam lui as donné l'autorité et as mis entre ses mains tout ce qui est sous le ciel ; je t'implore, ô mon Dieu, exauce mes prières et mes larmes, souVièns-toi de l'engagement que tu as pris avec Abraham en disant : Si tes fils observent les conditions de mon alliance, je perdrai leurs. ennemis. Maintenant donc, ô mon Dieu,, prends pitié de tes esclaves, car nous sommes prêts à mourir pour ton saint nom. Du haut de ton ciel écoute-nous aujourd'hui, accepte notre offrande, aspire son parfum, fais miséricorde et pardonne à ton peuple. »
Quand il eut fini sa prière, ainsi que ses frères, leur imploration monta vers le trône de Dieu et leur parole entra dans l'oreille du