‹ Contes et romans de l'Égypte chrétienneChapitre 27 sur 40 · VISION DE L'ÉVÊQUE THÉODOSE · texte numérisé non relu

VISION DE L'ÉVÊQUE THÉODOSE

au nom du père, le créateur, le vivant,

le Verbe \

Nous commençons avec Taide de Dieu à vous raconter, 6 frères qui aime\ le Messie, l'histoire de la grande vision que vit le père vertueux, l'évêque> le respectable anba Théodose, e'vêque de Gangres, l'un des trois cent dix-huit qui se réunirent dans la ville de Nicée, au sujet de iTronneur que Dieu a accordé au grand martyr, le saint George de Mélite, V étoile du matin, qui combattit avec vaillance jusqu'à la fin et obtint les couronnes célestes le

i . C'est la seule fois que cette invocation préliminaire affecte cette forme ; il y a sans doute erreur du scribe.

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Vingt*traisième jour de Barmouda ', Nous sommes ici réunis pour parler de sou beau martyre. Que ses prières agréables intercèdent pour nous près de Dieu ! Que la faveur de Dieu nous pardonne nos péchés.

Amen.

Gloire soit à Dieu, un en substance, triple en personnes et en attributs, au Père qui existe par lui-même! Gloire so it au Fils, le Verbe engendré du Père avant tous les temps, comme la parole de l'esprit et le rayon du soleil, qui a bien voulu s'incarner a la fin des temps de la sainte Dame, la douce Vierge en toute pureté' etjtout honneur, préférable au monde entier. Il naquit d'elle en homme parfait J , il fit des miracles, ressuscita des morts, fit marcher sur l'eau, ouvrit les yeux des aveugles, guérit les lépreux, délia les langues des muets; il se fît baptiser par le prêtre-prophète J , le grand saint, le

i. C'est-à-dire le ig avril.

1. Cet paroles signifient simplement que tien ne manquait à l'humanité de Jésus- Christ.

i. C'est la première fois que je trouve telle qualification appliquée à Jean le Baptiste, et je ne vois pas ce qui peut lui avoir donné lieu, sinon sa descend; ■acerdoUla. TOME II. g-

martyr généreux, Jean le Baptiste, et nous a appris que par le baptême nous obtenons le royaume éternel ; il jeûna pendant quarante jours et quarante nuits, afin de nous enseigner que par le jeûne nos péchés seront pardonnés; il souffrit en sa nature humaine, il fut pendu à la croix sans se dépouiller de ses divinités ', il rendit volontairement son âme noble entre les mains de son Père et sauva Adam de la géhenne; il fut descendu de la croix et mis dans le tombeau, il ressuscita d'entre les morts et monta aux cieux ; il apparut à ses disciples pendant que les portes étaient fermées pour nous apprendre quelle serait la condition de nos corps ressuscites ; il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Il leur souffla au visage et leur dit : « Recevezle Saint-Esprit ; à qui vous aurez remis les péchés, ils seront remis ; à qui vous les aurez retenus, ils seront retenus ; » et cela a été observé par leurs successeurs et les suc-, cesseurs de leurs successeurs qui ont pratiqué

1 . C'est sur ce point que la divergence existe entre les catholiques et les Coptes ; d'après les premiers l'homme seul souffrit, et non le Dieu ; d'après les seconds qui ne sont pas si grands clercs, la personne entière souffrit et par conséquent Dieu.

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les commandements divins. Ni le prêtre, ni le lévite dont a parlé le saint Évangile ne prirent soin de l'homme blessé par les brigands, quand ils passèrent près de lui; niais le bon Samaritain qui passa prit soin du blessé. C'est pourquoi le Sauveur dit à celui qui l'avait interrogé : « Tu as bien répondu, fais ainsi et tu seras sauvé! » Il monta aux cieux quarante jours après sa résurrection, il est assis à la droite de son père, sur le trône de sa gloire ; il viendra à la fin du monde pour juger les vivants et les morts par sa puissance. Gloire à l'Esprit-Saint procédant du Fils dès le commencement *„ Et tous les trois ne font qu'un seul Dieu ; qu'un seul Être adoré, digne d'être glorifié, près duquel nous aurons recours par l'entremise de la sainte Damé, afin qu'il nous guide vers son obéissance, qu'il nous protège contre son * mécontentement. C'est devant lui que nous nous prosternons, que nous faisons acte d'a T doration, que nous confessons qu'à lui le' pouvoir, la puissance et la grandeur jusqu'à

i . Peut-être y a-t-il omission de la part du scribe. La doctrine catholique veut que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils. Les Grecs veulent que la procession soit seulement du Père.

la fin des temps : Amen, amen, amen '.

Il dit : « Écoutez maintenant, ô mes amis, ce que j'ai vu de mes yeux, ce que j'ai entendu de mes oreilles, moi le pauvre Théodose. Il y eut autrefois un roi aimant Dieu, nommé Théodose, il eut une merveilleuse yision aux jours de sa royauté, il vit le saint, le grand saint Georges sortir des deux, au milieu d'une grande gloire, comme si l'archange Michel l'eût accompagné, il fit asseoir Théodose sur le trône de l'empire grec à cause de la bonne foi qu'avait celui-ci.

Après avoir régné pendant vingt ans, Théodosebâtit une grande église au nom du grand martyr le saint Georges, il rassembla les pères évêques pour consacrer l'église, il m'envoya chercher moi avec tous les -pères évêques : je me rendis à lui malgré ma faiblesse et ma vieillesse. Lorsque nous eûmes consacré l'église au nom de Dieu et du saint Georges, que les pères évêques chantaient, le roi qui était avec nous ainsi que tous ses vizirs et les gens de la ville, ordonna qu'on nous lût les actes du grand martyr le

i . Ce préambule est un parfait modèle de pathos copte ; il n'est intéressant qu'à ce titre.

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saint Georges, car ce jour était le vingt-troisième jour de Barmouda. Nous écoutions en silence. Lorsqu'on fut parvenu à l'endroit où Dieu lui rend témoignage qu'il n'y a personne de semblable à lui parmi les martyrs, cette parole fut dure pour moi, et je me dis : « Beaucoup d'émirs, de vizirs, de gouverneurs, de rois en ce monde ont renoncé à la gloire mondaine, à leurs dignités, à leurs richesses, et sont morts pour le nom du Seigneur Jésus le Messie, au temps de Dioclétien, le roi infidèle; comment donc ce martyr serait -il plus grand qu'eux tous? »

Lorsque la Messe fut finie, que le soir fut venu, nous fîmes la prière avec le roi, ensuite nous nous couchâmes, et personne d'entre nous ne mangea quelque chose, pas même le roi qui dormit avec nous dans l'église, la veille du dimanche. Lors donc que la nuit fut venue, nous priâmes jusqu'à minuit; la prière finie on dit : Amen. Ensuite, ô mes amis, voici que nous nous assîmes pour causer avec le roi des grandeurs de Dieu, et voici que l'un des pères évêques fut ravi en esprit dans le ciel, il vit des mystères profonds impossibles à décrire pour tout

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homme qui habite la terre '. Il dit : Je me vis comme me tenant debout devant le trône de Dieu le Père, j'aperçus des millions de bienheureux glorifiant la Trinité sainte, égale en toute chose. Je vis tous les pères saints venir, selon leur rang, se prosterner devant Dieu, faire leur prière, puis se tenir debout rang par rang. Ensuite je vis quelqu'un jqui arrivait du dehors et qui s'avança jusqu'à l'intérieur du voile * : il avait Paspect d'un roi, était revêtu d'un diadème d'or, avait sept couronnes; il était monté sur un cheval plus brillant que le soleil 3 , il portait une épée. En un mot, il avait tout l'aspect d'un roi et sa dignité royale n'avait pas de fin.

Comme il arrivait, il était accompagné d'une suite nombreuse et je vis tous les saints se

i . L'auteur, ou plutôt le narrateur Théodose parle ici de lui-même à la troisième personne.

2. Les Coptes cachaient Dieu dans leur Paradis derrière un grand voile; peu de saints étaient admis à pénétrer derrière ce voile; il fallait être un saint Georges pour cela.

3. Il ne faut pas s'étonner de trouver des chevaux dans le Paradis; c'étaient des doubles de chevaux, comme les saints étaient des doubles humains. Tout s'y passait comme sur la terre, avec cette seule différence qu'on ne vivait que dans un bonheur perpétuel.

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prosterner devant lui. Je devins pâle ci je me dis : n 11 n'y a pas possibilité que je ne sache qui c'est! » Je regardais à ma droite, et je vis un moine qui avait des ailes comme celles d'un ange; il portait une couronne royale, il avait un vêtement dont nul parmi les rois de ce monde n'a le semblable. 11 tenait à la main droite une baguette d'or et son visage respirait la joie. Je l'interrogeai en disant : « Je te prie, mon père, de réapprendre qui tu es, toi que revêt cette gloire et qu'enveloppe cette grâce. » Quand à lui, il m'embrassa et me dit : "Je suis Paul, des gens deTouna; sois le bienvenu, ôberger Je notre vrai roi Jésus le Messie! » — Je me réjouis, et je lui dis : • O Seigneur mon père, je t'en prie, puisque tu m'as jugé dipnc de ton saint embrassement,apprends-moi quel .st ce grand roi qui est arrivé tout à l'heure et devant lequel tous les saints se sont prosternés. » — II sourit d'un sourire de béatitude et me dit : « Ne le sais-tu point encore ! » — Et je lui dis : n Comment le saura is-je? je ne l'ai jamais vu. » — Il me répondit alors et me dit : « Je ne t'ai envoyé chercher que pour te tranquilliser au sujet je ce que tuas dans ie cœur depuis hier à

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l'occasion du grand martyr, du saint Georges, l'ami de Dieu, l'élu, car il est plus élevé en gloire que tous les saints, selon la parole de notre Sauveur. Pour toute âme qui sort du corps, soit d'un homme pur, soit d'un pécheur, ses actions apparaissent clairement écrites sur un tableau spiritualisé ' ; elles restent devant l'âme à chaque instant. Et lorsque le Seigneur Jésus le Messie a voulu sauver pour nous son serviteur, il me rendit visite, me fit sortir de ce monde et m'accorda la grâce d'entrer dans sa ville céleste, de voir cet homme que tu as vu, qui porte le diadème de la royauté et qui a sept couronnes. Je regardai alors et je vis ce qu'il y d'écrit sur le tableau : C'est Georges qui est de la ville du Sud, celui qui est mort trois fois pour le nom de Notre-Seigneur Jésus le Messie. Et je vis les saintsse prosterner. Moi aussi, j'avais enduré beaucoup de souffrances pour le nom du Seigneur Jésus le. Messie et j'étais mort sept fois \ Je pensais en moi-

i. Ce tableau spiritualisé doit s'entendre aussi d'uq double de tableau. Comme dans l'enfer virgiiien tout était ombre, dans le paradis copte tout était double, plus qu'ombre et moins que réalité.

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