Il faut entendre ce don des seuls animaux
secours du Dieu vivant, de sorte que si ces vaisseaux, les bois, les lances, l'or o* les chosesque l'on transportait par mer se trouvaient en péril, par la foi dans le nom du saint Georges, toute chose allait seule à travers les airs jusqu'à ce qu'elle fût entrée dans l'église du saint.
Ces grandes vertus, ces prodiges nombreux, chacun les croyait; mais quelquesuns aussi ne les croyaient pas. L'un des serviteurs de l'église se mit à en voler les biens ; ils les emportait dans sa maison. Le saint martyr patienta à son sujet pendant cinq années entières , dans l'espoir que peutêtre le serviteur se repentirait de son péché qui lui serait pardonné. Mais le serviteur ne cessa point d'agir de la sorte. Tout ce qu'on lui donnait en disant : ■ Porte-le à l'église, » il le portait à sa femme en sa maison, comme autrefois Judas qui volait la bourse du Sauveur et portait ce qu'il volait à sa méchante femme en sa maison '; car tout ce que l'on donnait au Sauveur, celui-ci le mettait dans la bourse entre les mains de Judas et Judas
j 242 CONTES ET ROMANS D'EGYPTE
: le volait pour le porter à sa méchante
femme. C'est pourquoi il fut saisit par cette grande tentation et il se pendit tout seul.
Tous les autres apôtres, dès que le Seigneur les eut choisis pour l'apostolat, abandonné-
I rent leurs maisons, leurs femmes et leurs
enfants pour suivre le Fils du Dieu vivant, excepté le seul Judas qui ne suivit pas le Seigneur, mais qui allait trouver sa femme et restait seul avec elle dans cette souillure. C'est pourquoi le diable prévalut si bien contre lui qu'il le rendit étranger à Dieu.
Ainsi quiconque obéira à sa méchante femme deviendra étranger au Dieu qui Ta créé. Cet homme était de même serviteur dans l'église du saint Georges; on lui donnait, ainsi qu'à ses compagnons, tout ce dont il avait besoin, et il portait les offrandes en sa maison.
Cependant le saint martyr fit entrer en lui un démon très méchant qui lui fit endurer de très grandes souffrances, le jour et la nuit. Le démon le conduisit dans l'église, il parla par sa bouche, disant : « C'est moi qui ai volé une foule de choses appartenant à cette église et les ai emportées dans ma maison.
Allez en ma maison vous les y trouverez. •
Lorsqu'on y fut allé, on les y trouva comme il l'avait dit. Deux mois après de semblables souffrances, le saint Georges eut pitié de lui et le guérit. L'économe le chassa de l'église. Quiconque entendit raconter cela rendit gloire à Dieu et au saint Georges.
Huitième prodige du saint Georges, le saint martyr.
II y avait à Antioche un homme riche, nommé Eulogios. H avait un vaisseau qui naviguait sur la mer, chargé d'une grande quantité de marchandises. Cet homme était charitable, il faisait de grandes aumônes aux pauvres et aux infirmes; il donnait des offrandes et des prémices à toutes les églises de la ville d'Antîoche, faisait un grand banquet deux fois par an pour tous les clercs de sa ville, mangeant et buvant souvent avec l'archevêque, priant Dieu à toute heure, visitant les prisons. II avait une foule de richesses et se rendait souvent à l'église du saint Georges, surtout en ce grand jour de fête qui est le vingt-troisième jour de Pharmouthi; il priait dans l'église et lui faisait
don d'un quart de pièce d'or ', mangeait et buvait avec l'économe, puis s'en retournait en paix dans sa maison.
Ii advint qu'après douze ans de cette vie, le diable, l'ennemi de quiconque croit en le Christ, lui porta envie à cause des charités qu'il faisait. Il souleva un noir tourbillon de tempête sur la mer. Le vaisseau d'Eulogios se trouvait dans le port ; les matelots craignirent que le vaisseau ne se perdît sous eux et qu'ils ne fussent emportés en mer. Ils se levèrent, ils transportèrent sur le rivage les vases et tous les vêtements qui leur étaient nécessaires; ils se rendirent eux-mêmes sur le rivage et passèrent la nuit dans le deuil. Alors le vent emporta le vaisseau, sans qu'ils pussent savoir où il était allé. Ils se fatiguèrent à le chercher, mais ne le trouvèrent point; ils se rendirent près d'Eulogios et l'informèrent de tout ce qui était arrivé.
Quant à lui et à sa femme, ils pleurèrent et furent dans la tristesse. Ensuite ils rendirent grâces à Dieu, disant : « Qu'il soit fait selon
I. Il peut sembler étonnant d'après ce qui précède que l'aumône fut relativement si petite ; cependant le sens du mot employé en cette occasion ne peut être mis en doute.
la volonté du Seigneur! que le nom du Seigneursoit béni a jamais! Si le Seigneur veut nous faire mise'ricorde, nous ferons un autre vaisseau comme celui que nous avons perdu. ■ Ils se parlèrent ainsi pour s'encourager l'un l'autredansle Seigneur;ils comptaient sur les biens qui se trouvaient encore entre leurs mains. Or voici que le diable leur envoya une autre épreuve plus forte encore que la première.
Il y avait un homme du pays d'Egypte qui e'tait un très grand voleur. Comme on le poursuivait pour le mettre à mort, il se leva, s'enfuit et, par une providence de Satan, il arriva sur le bord de la mer. Il trouva une barque naviguant vers Antiochc, il y monta et arriva dans cette ville. Il habita prés de la maison d'Eulogios. Quelques jours après, se près de la maison d'Eulogios, il dede ses ouvriers pendant deux ans ; ouvrage pour Eulogîos. Comme on ne savait pas que c'e'tait un voleur, on eut confiance en lui. Mais lui, il trouva deux autres brigands comme lui, il devint leur compagnon, comme le dit l'Écriture : Chacun se joint à celui qui lui ressemble. Ils prirent alors de concert la résolution de piller maison d'Eulogios.
Lorsque le jour de la fête du martyr, fut proche, c'est-à-dire le vingt-troisième jour de Pharmouthi, il advint qu'Eulogios s'apprêta, et uue foule d'autres hommes avec lui, à se rendre à l'église . Pendant qu'ils y étaient, il arriva aussi, par la volonté de Dieu, que la belle-mêre d'Eulogios devint malade et mourut. Sa femme se leva avec ses frères, ils allèrent, ils la pleurèrent, ils laissèrent l'homme d'Egypte dans la maison, Alors il se leva, il entra à la hâte dans la maison avec ses compagnons ; lorsqu'il les eut fait entrer avec lui, ils mangèrent, ils burent, ils passèrent la nuit entière à piller la maison d'Eulogios. Ils enlevèrent l'or, l'argent, tout ce qu'il y avait de bon. Ils trouvèrent une barque d'Alexandrie, ils y montèrent, ils se rendirent à Alexandrie. Ils exposèrent tous les vases d'Eulogios, il les vendirent pour un grand nombre de pièces d'or ; ils les ajoutèrent aux autres de sorte qu'ils firent une somme de trois mille pièces d'or.
Il advint qu'à son retour de l'église du saint Georges, Eulogios trouva sa femme et tous les siens dans le deuil ; on lui apprit ce qui avait eu lieu. Il fut grandement affligé pendant nombre de jours. Ensuite il prit