C'esl-à-dirc le 16 avril
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deux frères anachorètes qui se firent bénir de lui et lui dirent : « Qui dort ici? » — Il répondit : « C'est Sérapion. » Et l'un des anachorètes dit à l'autre : « Lève-toi, viens avec moi, entrons près de lui afin qu'il nous bénisse. » Anba Jean leur dit : « Comme il arrive du désert et qu'il est bien fatigué, laissez-le reposer un peu. » — Ils lui dirent : « Pendant combien de temps s'est-il donc fatigué dans le désert? et cependant il n'est point allé jusqu'à Marcos de Tarmak, qui n'a pas son pareil parmi les solitaires qui habitent le désert, vieillard de cent trente ans, qui est resté quatre-vingt-dix ans sans voir un seul homme. Et d'aujourd'hui lorsque se seront écoulés quarante jours complets, il mourra, il se rendra près des pères qui sont dans la terre de vie et qui le recevront avec eux. »
Lorsque les deux frères eurent prononcé ces paroles, je m'éveillai de mon sommeil et je ne trouvai personne près d'anba Jean.
Je lui dis : « Mon père, j'ai vu telle et telle chose pendant mon sommeil. » — Il me dit :
« En vérité, c'est un songe envoyé par Dieu ; mais je ne sais pas où se trouve cette montagne. » Je lui demandai alors de prier pour
mqi et de me donner la paix. Je reçus sa bénédiction et je m'acheminai vers Alexandrie, ville située à une distance de douze journées de marche. Comme le songe avait excité mon ardeur, j'y arrivai en cinq jours, et je marchai dans le désert, où la marche est si pénible pendant le jour, malgré la chaleur du soleil qui rend le sable brûlant» Lorsque je fus entré dans la ville d'Alexandrie r j'interrogeai un marchand qui voyageait dans ce pays, je lui dis : « O homme, apprendsmoi où se trouve la montagne de Tarmak ', dans quel pays elle est située et à quelle distance d'ici. * — Le marchand me dit : « D'ici à Tarmak, il y a vingt-cinq jours de marche.
Cette montagne est située sur la frontière d'Ethiopie, en haut du grand fleuve. » — Je lui dis : « Comment pourrai-je y arriver ? »
— Il me dit : « Si tu veux naviguer sur le Nil, ce n'est pas loin ; si tu veux suivre le désert, tu dois te rendre à Assouan 2 . »
: i, En cet endroit, le manuscrit contient la leçon Barmak, qui se rencontre plus loin. Comme je ne connais ni le nom, ni la position de cette montagne, je laisse subsister l'orthographe primitive.
2. C'est le contraire qui doit être vrai. Quand il n'y a pas de vent, les voyages par le Nil sont indéfinis. Les tra-
58 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE
Lorsque j'eus entendu ses paroles, je pris une outre d'eau avec quelques dattes, et je confiai mon âme à Dieu. Je marchai dans le de'sert pendant dix j-ours, et je n'y vis ni bête féroce, ni oiseau, ni pluie, ni rosée, ni rien de ce qui se peut manger. Les dix jours écoulés, ma provision d'eau fut épuisée; et je me trouvai dans la détresse : je n'avais même plus la force de marcher. D'un autre côté je craignais de retourner sur mes pas à cause de l'engagement que j'avais pris avec le Messie, car je lui avais confié mon âme.
Je restai donc couché à terre comme un mort. Tout à coup, les deux frères que j'avais vus pendant mon sommeil, lorsque je me trouvais dans le couvent, vinrent à moi, s'approchèrent de moi et me dirent : « Tu devais attendre que nous fussions arrivés pour t'accompagner et marcher avec toi.
Lève-toi maintenant par la vertu de notre Seigneur! » Lorsque je me fus levé, je vis l'un d'eux qui regardait la terre ; il se retourna vers moi et me dit : « As-tu besoin
jets par terre, se font au contraire assez rapidement. Quoiqu'il en soit, c'est plus de 3oo lieues, que devait faire notre moine.
HISTOIRE DE MARC LE SOLITAIRE 5g
d'eau pour boire ?» — Je lui répondis :
« Oui, mon père. » Alors il me montra de l'herbe nommée Qadmia * et me dit :
« Prends de cette herbe et marche par la vertu de Dieu. » Lorsque j'eus mangé un peu de cette herbe, je fus guéri de ma lassitude, comme si je me fusse plongé dans l'eau ; mon âme fut remplie de force et de joie, mes yeux furent reposes comme si je n'eusse jamais fait le moindre chemin. Alors le frère me montra un rocher vers lequel je devais me diriger d'abord, pour aller ensuite vers le saint. Il me dit enfin : « Ne t'assieds jamais ; » et il me quitta.
Je marchai vers ce rocher pendant sept jours. J'arrivai alors à la montagne et je montai sur son sommet. Il n'y avait rien dans la montagne, et elle est tellement élevée que les hommes pensent qu'elle touche le ciel. Lorsque le troisième jour, je fus arrivé au sommet, je vis le grand fleuve qui coulait en bas de cette montagne où je marchai pendant sept jours sans y rien voir. La dernière nuit, je vis lès anges qui descendaient près du saint, chantant et disant :
« Heureux que tu es, et heureuse ton âme,
i. D'après les dictionnaires, ce mot désigne une sorte d'oseille.
ô anba Marcos : voici anba Sérapian que tu désirais voir. Vois-le donc et réjouis-toi. » Lorsque j'entendis cette voix, je fus rempli d'une grande crainte, je marchai en face de cette apparition, jusqu'à ce que je fusse arrivé à la grotte où était amba Marcos. Lorsque les anges furent remontés au ciel, je m'approchai de la grotte et j'entendis la voix d'anba Marcos qui disait : « Mille ans près de toi, ô Seigneur, ne durent pas plus que la dernière journée qui vient de s'écouler. Tu es heureuse, ô mon âme, car tu ne t'es pas réjouie dans les plaisirs. Vous êtes heureux, ô mes deux yeux, car Satan n'a pu dominer sur vous deux, vous avez discerné le mal et votre regard ne s'est pas incliné vers les sentiments du monde, ce qui est une cause de réjouissance pour les saints ; vous n'avez pas regardé comme regardent celles dans lesquelles Satan a placé son trône, je veux dire les beautés qui sont les filles d'Eve, la mère du péché. Tu es heureuse, ô mon ouïe, car tu n'as pas entendu la voix du mh^ar ' qui est fait pour
i Ce mot dont on n'a pu me donner l'explication doit sans doute désigner ici un instrument de musique, ou peut-être un musicien.
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les femmes du monde, et tu n'as pas écouté les mauvaises paroles. Vous êtes heureuses, ô mes mains, car vous n'avez saisi nulle chose parmi les marchandises de Satan, et mes pieds n'ont point marché dans un chemin qui conduisait à la perdition. Mes pensées ne se sont jamais égarées dans les choses vaines; mon âme. s'est efforcée d'arriver à la vie lumineuse et, comme dans le feu, s'est purifiée dans la pureté angélique par suite des visions spirituelles qui lui ont été révélées. Mes oreilles sont aussi devenues pures en entendant ces voix saintes; mes narines ont été remplies de l'agréable parfum qui embaume ; mes mains ont été sanctifiées par l'attouchement de la croix, mes pieds bénis pour avoir fait de nombreuses génuflexions et s'être tenus debout pendant mes prières ; mes pensées n'ont jamais été flétries du souffle de cette terre. Bénis donc Dieu, ô mon âme, car il te pardonnera tous tes péchés. Pourquoi es-tu triste, ô mon âme? Satan n'a aucune puissance contre toi, car dans ta bouche ' ne se trouve pas
i. II ne faut pas s'étonner de trouver ici ce mot appliqué à l'âme. Pour les Coptes, ainsi que je l'ai montré ailleurs, l'âme était le double du corps, un peu moins ma-