‹ Contes et romans de l'Égypte chrétienneChapitre 8 sur 40 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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62 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE

la souillure du péché. Ne crains plus, ô mon âme, ne sois plus remplie de frayeur, car les milices angéliques t'accompagneront.

Ecoute le chanteur David, disant : « Les milices angéliques garderont ceux qui sont remplis de crainte, et les sauveront. » O mon âme, le Messie est avec toi, sois forte.

Heureux le serviteur qui accomplit la volonté de son maître ! »

Il récita ainsi beaucoup de paroles des Écritures, puis il sortit à l'extérieur de la porte par laquelle on avait accès dans la grotte. Il pleura, puis m'ayant vu, il me cria et dit : ■ Viens, au nom du Seigneur le Messie, mon frère Sérapion; approche- toi de moi, mon fils, donne-moi le salut '. • Et lorsque je me fus approché de lui, il m'embrassa de ses deux bras avec une vigueur semblable à celle d'un jeune homme, il me baisa, pleura et dit : « Ton parfum, ô mon fils Sérapion, est celui des hommes spirituels ; c'est bien ce que tu as fait, puisque tu t'es donné la peine de venir voir ma vieil-

térielle, mais ayant tous les membres du corps, par conséquent une bouche. Il ne faudrait donc pas voir dans cette expression ce qu'on nomme un substantif pronominal . 1. C'est-à-dire embrasse-moi.

lusse. Il y a quatre-vingt-quinze ans que je n'ai vu un autre homme! mais je désirais le voir, ô mon fils, depuis de nombreuses années '. » Ec lorsque je fus entré dans sa grotte, il me dit : • O mon fils Sérapion, il y a quatre-vingt-quinze ans que j'habite dans cette caverne sainte sans que mon œil ait vu même un animal, sans que j'aie mange le pain des hommes et que je me sois revêtu des vêtements que l'on porte d'ordinaire dans le monde. Je suis resté ici pendant trente ans dans la faim, ia soif, la nudité et au milieu des combats que me livrait Satan.

J'ai mangé de la poussière, j'ai bu de l'eau puante et je suis resté pendant vingt ans ■ dans la plus grande détresse. Les Satans me disaient : • Nous te noierons dans le fleuve. Plusieurs fois, ils m'ont chassé d'ici jusque

i. Il est étonnant qu'un homme qui est depuis yî ,ius

compter avec le ministère des Anges. Ou plutôt, on Juit voir ici une sorte de raison d'être du récit donnée par

i. Peut-être faut-il voir dans ce chiffre une «mai du copiste, puisque plus bout et plus bas on parle de tien:.: iclion peut disparaître si l'on fait de ces e période déplus grande détresse eut ore que

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dans le chemin de la montagne ; il ne me restait plus ni chair, ni peau que Ton pût distinguer '. Ils criaient et me disaient :

« Lève-toi, va-t-en dans ton pays, quitte le nôtre : personne n'est venu ici depuis le commencement du monde. » Et lorsque pendant trente ans je me fus habitué à souffrir tout avec patience, à endurer la faim, la soif, la nudité et les combats des Satans, alors la faveur de Dieu descendit sur moi, il Ordonna à mon corps de faire pousser du poil en si grande quantité que ce fût un poids pour mes os, tellement ce poil était lourd ; il m'envoya aussi une nourriture spirituelle 2 . Les Anges me firent monter vers le ciel et je vis le pays des royaumes, les habitations des saints, le paradis des faveurs et l'endroit

1. Il faut entendre ces mots de la couleur brûlée et tannée que dut prendre le corps sous l'action d'un soleil torrifiant. La croissance du poil qui se détermine après trente ans paraît assez étonnante ; mais, comme je l'ai déjà dit, on peut s'attendre à tout chez les Coptes. D'ailleurs, la chose peut-être peut avoir quelque réalité. C'est affaire à la médecine d'en juger.

2. Ce mot spirituelle doit s'entendre dans le sens de l'origine et non de la substance. On verra en effet plus loin que la nourriture est fort réelle, mais apportée par les Anges.

où fut l'arbre dont Adam et Eve ont mangé; je vis Enoch et Élie dans la terre de vie, et tout ce que je demandai, on me le montra. »

Et lorsqu'il m'eut adressé ces paroles, je lui dis : « O mon père, comment as-tu fait pour parvenir jusqu'ici ?» — Il me dit : « Je suis venu de la ville de Tanis où j'apprenais la sagesse des philosophes. Lorsque mes parents furent morts, je me dis : Voici que comme eux je sortirai aussi du monde, et de ma propre volonté, avant d'en sortir malgré moi. J'ôtai mes habits, je me plaçai sur une planche au milieu du fleuve, les vents soufflèrent et me jetèrent sur cette montagne. »

Lorsqu'il m'eut dit cela, je fus dans la stupéfaction en voyant son corps; je fus rempli d'une grande crainte, car il n'avait de l'apparence humaine que la parole : il parlait en effet comme les hommes. Lorsqu'il vit que j'étais rempli d'effroi, il me dit : « Ne crains point, mon fils, de voir un corps renouvelé et changé. » Il me dit encore : « Est-ce que le monde est habité comme auparavant? »

— Je lui dis : « Oui, mon père ; plus encore qu'auparavant. » — Il me dit : « Est-ce qu'il y a encore des hérétiques, qui ont la puis-

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