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IL EST PARTI AVEC LA VICTIME

— Mais vous êtes fou ! s'exclama le procureur Percevent.

■ — J'ai toute ma raison, monsieur le procureur... Il est parti avec la victime... vivante, en chair et en os, comme vous et moi, mes bons messieurs... et dont voici le signalement exact, si vous le permettez...

Le juge Marathon perdit toute retenue.

- — Nous n'avons pas le temps de permettre !

Puis, se tournant vers le procureur :

— ■ Le pauvre homme est toqué...

Courez donc au téléphone, monsieur Percevent, sans quoi nous allons rater l'arrivée du rapide à Paris, après l'avoir ratée à Rouen... <

... Et le procureur Percevent se précipita au dehors, pour lancer téléphoniquement le mandai d'amener, délivré par M. le juge Marathon, contre Properce, artiste mime, assassin présumé d'une présumée Madeleine Haubourg..

... Le juge d'instruction s'étail retourné du côté d'un méde< in légiste, plongé, depuis un instant, dans les plus absorbantes réflexions.

\ mis réfléi hissez, docteui . intei roge.i 1 il avec bienveillance, el \ ous vous demandez probablement par quel boul prendre le sujet, dans l'autopsie que vous allez faire ?

Je 1 éflé< hissais, naturellement . mon i»ni le juge, r< pondil le docteui Pou in, mais pas à l'autopsie du 1 a davi e, di ml je ne vois poinl d'ailleurs l'ut îlité immédiate, la moi t étant é\ 1

dniie... ci sa 1 ause 1 moins évidente...

Le i ou a\ ani été 1 1 aie le avec un instrument

§> LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE <g

— Tranchant ! c'est entendu, docteur, coupa M. Marathon.

— Je réfléchissais, poursuivit l'homme de science, au nom de la victime,., au nom que vous lui assignez, du moins, sur la révélation d'une simple lettre, trouvée dans la simple poche d'une simple robe...

— Madeleine Haubourg ?

— Oui, Madeleine Haubourg !... j'ai connu, à Rouen, un camarade qui s'appelait Haubourg, une sorte de détraqué, de sentimental... d'artiste, en un mot, qui n'avait de passion que pour son violoncelle, dont il jouait à ravir, entre parenthèses...

— C'est un instrument un peu triste, affirma M. Marathon... Moi, j'aime mieux le cor... Et ce Haubourg ?

— Ce Haubourg avait une sœur, une jeune fille très distinguée. Je ne sais pas si elle s'appelait Madeleine, par exemple, mais...

— Vous l'avez vue ?

— Oui.

— Eh bien! fit le juge en désignant le cadavre.

— Eh bien! s'ébahit le médecin, vous comprenez bien qu'il m'est impossible de la reconnaître — sans la tête !

Le juge se pinça le bout du nez et demanda :

— Vous connaissez l'adresse de votre Haubourg ?

— Non.

— Alors, dans ce cas, fit M. Marathon, subitement irrité, je me demande quel intérêt cela peut bien avoir, pour l'instruction!... A l'Amélie, sans adresse, qui envoie de Piccadilly une correspondance mystérieuse, nous n'allons pas, je suppose, ajouter un Haubourg de Rouen qui joue du violoncelle!... ah!

non !

Il se radoucit, vite ramené dans les bornes de la bienséance.

— Dites donc, docteur, l'important est d'aller au plus vite... Faites trans-

porter le ca davre à la Morgue et autopsiez !

— Est-ce absolument nécessaire ?

s'inquiéta le médecin.

— Absolument, répondit M. Marathon...

Oui, je comprends, je comprends... vous n'avez plus la main, et ça vous embête! Il n'y a jamais de crime à Dieppe... Mais, croyez-vous que moi-même, je ne l'aie pas perdue un peu, la main?

Voyez mon ardeur à l'instruction... Faites de même...

L'important...

— C'est d'aller vite ! je le sais, monsieur le juge... aussi je vais m'y occuper.

Il salua et sortit.

Le juge, suivi de son greffier, descendit au rez-de-chaussée et s'installa dans le fauteuil directorial du bureau de l'hôtel, afin de recueillir les premières dépositions du patron et de ses employés, alignés au long de la muraille, muets et passifs, semblant attendre un arrêt, pour leur propre compte. Le greffier avait descendu la valise, découverte dans la chambre, qui, selon les meilleures apparences, devait appartenir à la victime. Sur l'ordre impéra-

AU PORTE-MANTEAU, UNE ROBE DE DRAP BLEU, UN BOLÉRO DE MÊME ÉTOFFE, UN JUPON, UNCORSAGE ET UN CHAPEAU EN FEUTRE (P. 20).

is

& LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE <3

tif de M. Marathon, il l'ouvrit. La valise ne contenait qu'un nécessaire de toilette et quelques menus objets inutiles qui sont l'attirail ordinaire de toutes les femmes... plus une autre lettre aussi insignifiante que la première, trouvée dans la poche de la jupe, également signée Amélie, mais portant en suscription : Mlle Madeleine Haubourg, chez M. Maxime Haubourg, à Mont-aux-Malades, près Rouen...

— Mont-aux-Malades ! Mont-aux-Malades ! en voilà un nom de pays ! rumina M. Marathon Mais, saperjeu !

ça doit être le Haubourg à Poussin!...

Enfin! nous verrons après l'interrogatoire... un peu de méthode!... Properce... Haubourg... Haubourg... Properce! il ne faut pas chasser deux lièvres à la fois.

Puis, axant fixé ses lunettes, il souleva le rideau de jaconas de la fenêtre, à portée de s;i main. Il constata que la foule, aussi dense, aussi compacte, était toujours confiée à la garde de l'unique sergent de ville et, renonçant tout à coup à commander un service d'ordre, il attaqua immédiatement l'interrogatoire en ces termes

Monsieur l'hôtelier, vous ignorez peut-être la gravité de votre situation et l'énormité de votre responsabilité.

Veuille/, je VOUS prie, répondre à nies

questions sans réticences et sans tergiversations, avec toute la clarté désirable qui es! le signe distinctii d'une ■ ons< l'-n' e pure.

Le malheureux M. Pied, troublé pac

un préambule aussi pompeux, pâlit,

verdit, roula de gros veux, de droite a

gauche et de gauche a droite, tourna

fois de mi'- ia langue d ins ta bouche

et finît pat rei onqui i il son aplomb.

M<<n tieui Le juge, répondit -il, en

ti< .mi el en soumet tant .1 M Mara

thon un in folio à 1 ouvei ture sale,

1 mou tegistre des voyageurs qui

est, en quelque soi te, le témoignage

historique de ce que je vais vous raconter. Mais, avant tout, j'ai une prière à vous adresser...

— ■ Adressez, monsieur, acquiesça le magistrat.

— Je ne suis pas doué d'une élocution très facile, poursuivit M. Pied, et si, sur l'émotion naturelle qu'a produite en moi la révélation de cet épouvantable forfait, les questions viennent se greffer, me dérouter du fil de mon discours dont le sens vous paraîtra déjà sûrement bizarre, je ne réponds plus de rien... Car la vérité est si obscure, monsieur le juge... si obscure...

— ■ C'est à nous, témoin, de soulever le voile de la vérité, et non à vous ! répliqua sèchement le juge Marathon.

— Précisément, monsieur le juge, et c'est pour vous y aider de toutes mes forces, que je vous prie de ne point trop m' interrompre, afin de ne pas rendre tout à fait fantastique ce qui est déjà suffisamment étrange...

— Parlez, permit le magistrat impatienté, je verrai ce que j'aurai à faire... Mais surtout, n'altérez point la véracité des faits.

— Voici les faits, exposa M. Pied, en s'asseyant au bout du bureau, pour donner plus de lucidité à son récit et prendre un peu de repos mérité', depuis deux heures qu'il était à trembler sur ses courtes jambes...

... C'est samedi dernier, avant-hier,

11 du mois courant, à deux heures de

relevée, que la demoiselle Haubourg se i> ésenta «lie/, moi et me demanda nue chambre. Elle me parut . a première vue, une personne de bonnes mœurs, et je lui lis montrer le numéro 14...

1 1 .'... I J. VOUleZ -VOUS due j

Non, '-t. je dis bien..., vous verrez, plus tard... Comme elle u'a\.nt

qu'un sac de voyage, celui-ci, monieui le juge, je la hs paj ei d'pvana

il lui 1lein.1111l.il .1 elle séjoui IH'I ail lon^

1 1 mp .m M a/( /<</ Saxon. Elle m'- ré-

IX 11 WN DE MADELEINE ATTEIGNIT LA HAUTEUR DU FILET, AU-DESSUS DE LA TftTK DE PKOPERC. E... ( P. 20).

^ LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE

pondit qu'elle prendrait probablement le bateau, le lendemain ou le lundi au plus tard, pour Newhaven ; et, comme elle était seule, elle me demanda de lui faire monter ses repas dans sa chambre... J'accédai d'autant plus volontiers à son désir que c'était un bénéfice pour ma maison et une preuve de plus de sa bonne conduite... Et elle s'inscrivit, sur les registres de l'hôtel, comme vous pouvez le constater, sous le nom de Mlle Madeleine Haubourg, institutrice, venant de Rouen, allant à Londres...

M. Pied souffla, fit une pause et reprit :

— Or, monsieur le juge, le même jour, samedi, à cinq heures de relevée, un homme descendit à l'hôtel, lui aussi porteur d'une valise pour tous bagages, et me demanda si je n'avais pas chez moi une demoiselle Haubourg... Je suis pour la vérité, avant tout, et je répondis que oui... Alors, il me pria de lui donner une chambre, et comme je lui présentais le registre, il s'inscrivit à la suite de l'autre, sous le nom de Properce, artiste mime, venant de Rouen, allant à Paris... Et il fit suivre son paraphe de la mention : avec sa femme... Je sentais quelque chose de pas clair, parbleu ! Je réitérai, pour la forme, ma demande concernant son départ, et il répondit que « cela dépendrait... » avec un geste évasif, car, il avait l'air fort préoccupé. Et ce geste et ce « cela dépendra » me reviennent à la mémoire avec une précision tragique, maintenant que le forfait est accompli... Et je lui fis donner la chambre numéro 13..., à côté de l'autre, sans qu'il me la demandât, d'ailleurs... par pure amabilité... en simple commerçant qui ne demande qu'à être agréable à sa clientèle, monsieur le juge!... Ah! si j'avais su !... Mais dans notre métier, sait-on jamais!... Bref, monsieur, voici qu'à neuf heures du soir, M. Properce, qui était sorti en ville, rentre avec Mlle Haubourg. . . Mais je n'avais vraisemblablement pas

à me mêler de ce qui ne me regardait point ! C'étaient peut-être des gens mariés qui s'inscrivaient sous de faux noms — cela arrive — pour des motifs que je devais ignorer.. Dans notre métier vous comprenez ! Et puis, Mlle Haubourg s'était fait servir à dîner... Ils avaient tous les deux payé d'avance... je n'avais pas à m' immiscer dans leurs affaires... Bref, le lendemain, qui était hier dimanche... la demoiselle Haubourg se fit également servir ses repas, dans sa chambre — sauf le soir ; elle sortit à plusieurs reprises... soit seule, soit avec M. Properce... Ah ! une chose que j'oubliais, monsieur le juge, et qui peut avoir son importance... je ne sais pas, moi... c'est qu'elle sortait, une fois habillée en bleu, une fois habillée en rouge...

— Ah ça ! est-ce que vous vous moquez de la justice ? s'effara M. Marathon.

— Mes deux employés, ici présents, peuvent l'affirmer sur l'honneur, assura M. Pied.

... Charlotte et Gustave approuvèrent, d'un signe de tête convaincu.

— Je sais bien, poursuivit l'hôtelier du Matelot Saxon, que ça peut aussi n'avoir pas d'importance du tout... Je vous donne le renseignement pour ce qu'il vaut, monsieur le juge... Mlle Haubourg était habillée, tour à tour, d'un costume tailleur en drap bleu et d'un costume identique de couleur rouge...

Une manie de femme, probablement...

D'ailleurs, le costume bleu est dans la chambre...

— Et le rouge ? demanda le juge, avec hébétude.

— Ah ! le rouge, dit M. Pied... nous allons voir, plus tard... Ne m'interrompez pas, je vous prie — vous me l'avez promis — afin de ne point me faire perdre le fil de mon discours...

— Taisez-vous ! ordonna le juge, impatienté... Vous me racontez là des histoires de brigands...

— Hé ! riposta M. Pied avec à propos,

LA TRAGIQUE iVENTURE DU M! MF, PROPERCE

est-ce que ce n'en est pas une, monsieur le ju-

- ... Oui, si je l'écoutais, ferait dévier singulièrement l'instruction dont j'ai la charge.

— Alors, hésita M. Pied... il ne faut pas dire à monsieur le juge... ce qu'est devenue la robe rouge ?

— Mais, saperjeu ! si vous le savez... oui, dites-le!... Ah! vous en avez une façon d'expliquer les choses, vous !

— Voici, continua M. Pied, en faisant un effort visible pour rassembler ses idées, rendues confuses par l'intervention malencontreuse du juge d'instruction... Où en étais-je ?

— A hier soir, patron ! fit Charlotte qui, pour la première fois, desserrait les dents.

— Chut ! intima le greffier qui n'avait encore rien dit... Vous n'avez pas la parole, mademoiselle...

— • Ah ! bon! reprit l'hôtelier... Bref, hier matin, Mlle Haubourg se fit monter son déjeuner... Gustave est là pour affirmer qu'elle pleurait... Elle lui dit qu'elle ne dînerait pas à l'hôtel...

— - VOUS affirmez ? questionna .M. Marathon.

— J'affirme ! répondit le garçon d'hôtel... '

Elle étâil eh bleu...

— Inscrirez, greffier !

— Bref, continua M. Pied, hier soir, à dix heures, Properce et Mlle Haubourg rentraient... el Mlle Haubourg qûerel lait M. Properce <iMI était très pâle... < ;n j'oubliai i de vous dire em ore i ei i qui peul avoir son important e... je ne

moi ' M. Propert e prenait i pa , au dehors... et t haque fois ■ m ; Mlle Haubourg sortait seule, elle étail 1 1 iste et 1 1 ei \ ée... et t tiaqui qu'elle soi tait, avet M. Pi opi rce - elle . tait agitée t I un peu extravagante... i ii.i t lot te i i là poui l'affii ni. i

Vous l'affii m'/ ' que il ionna M Ma i ,ii Iimii, empoi M pai la rout in< ,

— J'affirme, dit la petite bonne...

Mlle Haubourg est rentrée, hier soir, à dix heures, avec M. Properce... Elle était en rouge...

— înscrivez, greffier! répéta M. Marathon, suant à grosses gouttes et n'essayant même plus de comprendre.

Et il bégaya, comme dans un cauchemar :

— En bleu ! en rouge ! Qu'est-ce que cette comédie-là signifie ? Une chatte n'y retrouverait pas ses petits!

— Maintenant, reprit M. Pied, me voici arrivé au point culminant de mon récit. ..Je passe sur la nuit du crime, où pour moi tout est obscur... et c'est du départ, ce matin, de M. Properce et de Mlle Haubourg...'

— ■ Encore ! bondit le juge, cette fois exaspéré pour de bon... Allez-vous soutenir à nouveau qu'une femme dont le cadavre est là, sous nos yeux, tangible, palpable, réel... Assez ! assez ! vous êtes le jouet de votre propre imagination !

— Et Charlotte ? dit M. Pied, tranquillement... Et Gustave ?... Et M. Pierre, le gérant du buffet de la gare maritime, chez qui, une demi-heure avant la découverte du cadavre sans tète, M. Properce a pris un café crème et Mlle Haubourg une absinthe anis... Si j'ai la bet-

lue, monsieur le juge, il est assez, curieux que l'aient, à la fois, et Charlotte, et Gustave, et M. Piei i e I

Assez ! assez ' tonna le juge...

Nous n'avons pas besoin de vos sornettes! L'interrogatoire est terminé!

... El le greffier fil signer la déposition au patron du Matelot Saxon et à ses deux coadjuteui >.

\l. Marathon avait repris ses esprits, dissipé le cauchemar de M. Pied.

t N travail soutei rain s'opi rail dam la forte tête...

Il inventait une piste, une piste

,i lui. une piste sérieu te, i elle là, .1" cumentée, possible, où toute, i. pra

LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE

habilités convergeraient vers un argument raisonnable... Et il en fit part à son greffier, confidentiellement, presque amicalement...

- J'aperçois la lumière !

Ah ! s'ébahit le greffier, avec une confiance admirative.

Et le juge Marathon, — ■ comme s'il eût posé les deux membres d'une équation facile à résoudre, où, pour lui, homme sagace par profession, il n'y avait pas d'inconnue — expliqua brièvement, sèchement, d'un trait :

— Properce... artiste... Un frère de la victime... artiste... Bon ! les deux ne font qu'un = l'assassin... Une inconnue mystérieuse... en rouge... Une Amélie qui attend la victime à Piccadilly...

Parfait ! Les deux ne font qu'une = la complice !...

Avec de pareils éléments de certitude, M. Marathon se rengorgeait. Il plia son index sur son front et énonça :

— Serait-ce un fraticide ?... J'aperçois la lumière !

... Mais ce qu'il aperçut de plus clair, pour l'instant, ce fut le docteur Poussin qui opérait — ne sachant opérer autre chose — une rentrée inopinée... Un bruit de voiture qui ferraille, une rumeur de foule qui s'agite, parvinrent aux oreilles de M. Marathon. Il comprit la silmul tanéité de la vision et du bruit, c'est-à-dire l'enlèvement, pour la Morgue, du corps de la victime...

— Je ne ferai l'autopsie que cet après-midi, si vous m'y autorisez, fit le médecin... D'autant plus que nous avons tout lieu d'espérer un éclaircissement...

— Ah ! bah !

— Oui, monsieur... Le commissaire vient de recevoir de Rouen, où le crime a été annoncé aux journaux, dès ce matin, une dépêche... et une dépêche, voyez si j'avais l'intuition de la réalité !... signée de Maxime Haubourg, le camarade dont je vous parlais...

— Le violoncelle ?

- Non, le violoncelliste... Il demandait des renseignements complémentaires et le commissaire n'a pas cru devoir lui celer la triste vérité... Le malheureux sera ici au train de 2 heures 17.

— Ici, là... ici! Il sera là, à 2 heures 17 s'empourpra le magistrat.

Et sa certitude devint vague ; la lumière qu'il voyait, tout à l'heure, s'obs-

SI SEULEMENT NOUS AVIONS La TÊTE POUR RECONSTITUER LE CRIME (p. 14).

§» LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE «g une éclipse totale... Il

curcit — subit ronchonna :

Alors, quoi 2... ce n'est pas lui

>sin D

Le docteur, légèrement ahuri par une

question aussi saugrenue, allait répondre,

quand le procureur Percevent entra

comme une trombe et répondit pour lui...

— Nous le tenons ! monsieur le juge... nous le tenons !... Le commissaire central de la gare Saint-Lazare téléphone que l'assassin Properce vient d'être arrêté à la descente du rapide et qu'après l'interrogatoire d'identité, il va être ramené, par un inspecteur de la Sûreté à l'express de i heure 25 qui arrive ici à 4 heures 45 !

— Ici! là... ici! Il sera là à 4 heures 45 ?... balbutia l'heureux juge, avec une incommensurable joie dans l'accent... Ah!

monsieur le procureur, quelle instruction rudement menée!

— Malheureusement, ajouta M. Percevent, Properce n'avait pas de valise...

— Là n'est pas le principal, répondit étourdiment M. Marathon qui ne pensait déjà plus à la tête de la victime... Le point capital, pour mon instruction, c'est ...l'arrestation de l'assassin.

Les yeux vifs, il se frottait les mains d'aise, tout remuant, tout exubérant, apercevant, sans doute, une nouvelle Lumière... Il s'exalta :

— Le frère de la victime à 2 heures 17 !

in à 4 heures 45 !..

été vite en besogne, avouez-le

— il e 1 midi moins serva 1<: pro< tireur, et

Ah ! j'ai

le quart, ob-

nous n'avons

pas volé le plaisir d'aller déjeuner...

Les trois hommes étaient prêts à partir. M. Marathon se retourna sur M. Pied et lui intima rudement, avec un fort soupçon dans le timbre de sa voix :

— Vous, monsieur Pied, et vos employés, tenez-vous, à toute réquisition, à la disposition de la justice !

Et les trois hommes sortirent — ■ suivis du greffier.

La foule, d'elle-même, s'était dispersée, sans le secours de l'unique sergent de ville, grâce à l'heure du déjeuner qui sonnait, impérieuse...

Et le juge, absorbé dans l'effort démesuré de sa tâche, murmurait, en regagnant seul sa maison, le long des quais, à ras des bassins où les pavillons étrangers, au haut des mâts, battaient allègrement, dans l'air vif :

— Amélie !... Amélie, de Piccadilly !

Voilà le seul point noir à l'horizon... Pour le reste... Haubourg !... Properce !... Properce!... Haubourg!... Ce n'est plus qu'un jeu d'enfant et je serais le dernier des juges d'instruction si, à cinq heures, cesoir, le mystère n'était éclairci. ..

Il s'arrêta, — pensa, — ■ profondément...

— Oui... comme point noir, il y a aussi la dame en rouge!... qui pourrait bien ne pas être Amélie de Piccadilly !

Puis, subitement décidé à quelque coup de tête, il retourna sur ses pas, en disant :

I Ju'esl ce que je risque ?

LE MANDAT IMPRKVU

Le train filait à travers la campagne normande, grasse, plantureuse et fastueuse des fastes de l'automne. Les collines d'herbes rousses, par endroits pelées, s'échelonnaient, se superposaient aux hêtraies, dépouillées de leurs dernières feuilles...

Au bas des vallées, au ras des prés, de minces ruisseaux, en entre-lacs, dessinaient furtivement des glissements de couleuvres...

... Et un autre panorama violent de rocs cuits et durcis, couronnés de bruyères ingrates, succédait brusque, par à-coups, à la douceur des herbages désertés, dans le cadre tressautant de la portière...

Properce, dans son encoignure, songeait, les yeux perdus dans la fuite rapide des paysages... Le sifflet de la locomotive s'irrita, siffla avec colère... On dépassait la gare de Mantes... Le train basculait sous l'aiguillage au changement de voie ; il ralentissait un instant sa marche... puis refilait, récupérait son allure...

De l'encoignure, à la portière opposée, la voix de sa compagne maugréa :

— Quand tu auras fini de faire ta tête... tu sais, tu me préviendras ?

Le jeune homme, avec une grande douceur, répondit :

— ■ Mais je ne fais pas la tête... tu ne comprends pas ce que c'est qu'une indisposition...

Ils occupaient, seuls, le compartiment ; elle en profita pour manifester, à son aise, plus d'aigreur. Elle s'était levée de la banquette, tirait le petit boléro de drap rouge, ajusté à sa taille, tapotait sa voilette encageant le canotier et, nerveuse, agressive, reprenait :

— Et puis, tu sais, j'en ai par-dessus la tête, d'une vie pareille... Voilà quinze jours que nous sommes sans engagement... parce que monsieur a une indisposition !... Ah ! non, mon petit, faut pas me la faire !... Est-ce que ça a le sens commun de rester toute une semaine à Rouen où il n'y a rien à fiche... sous prétexte de courir les

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