II. \A BIEl
PBOPEBCB^ INTBBBOGEA LB GRIME ( 1\ ;o).
I /A' \GIQl E iVENTURE DV MIME PROPERi /■"
cien de la Grand' Rue qui lui a vendu de l'antipyrine, à cause de la migraine qu'elle avait attrapée sur la plage. — La dangereux- aconitine était pour l'autre! Je l'ai également confrontée avec le gérant du buffet qui lui a servi une absinthe-anis au moment du départ... Et je n'ai pas relevé une seule contradiction. Pas ça ! accentua-t-il, en mordant l'ongle de son pouce, pas ça qui puisse éveiller en moi une suspicion ! Elle ignore, aussi totalement que vous et moi, l'existence de Madeleine Haubourg !
— Ça ! c'est plus ennuyeux ! Mais vous l'avez confrontée avec son époux ?
— Parbleu ! et ça été le clou de mon instruction... jusqu'ici !
— Le clou ?
Oui... et vous avez raté une scène inénarrable... Je n'ai jamais vu une pareille harpie et une victime aussi bête que le mari !
Lue victime?... Properce?... Vous exagérez !
In peu plus, elle l'aurait giflé, devant moi, pour le faire parler...
.Mais il n'a rien dit ?
Naturellement, glissa le greffier...
puisqu'il est mime, de sou métier...
El le bonhomme chafouin abandonna
porte-plume inutile, pour étouffer, derrière se paperasses, un rire indiscret,
satisfait qu'il était de sa sortie.
Voule; -vous que nous la recommen < ions... la confrontation ? demanda M. o i rathon.
i plaisir, accepta M. Percevent.
Le greffiei se frotta le, mains eu signe u i ion nouvelle et, sur l'ordre imp i eux du pige, alla ouvrir discrètement el ucces \\ emenl les quatre pet ites portes des quatre piè< es i ont igu<
De la j. on, m o- le mime Propi r< e, a» i om-
pagné de M1 Aubin, avocat, ortit, triste
igné...
De la e< onde, n< i veuse et agit. . , la
silhouet ti rou{ e de Madel< ine Prop
Ltj doublée d'une ombre portée qui
était la robe noire de Me Wachs, sd défenseur. Alphabétiquement, M1' Wa | était le dernier du tableau de l'ordre et c'est le même hasard heureux qu l'avait désigné à l'inattention de l'accu sce.
Le docteur Poussin soutint Maxim Haubourg de ses bras assidûment ami eaux, pour franchir le seuil de la troi sième pièce.
Et de la quatrième, bons enfants mai:
au fond ennuyés de leui mission qu n'en était pas une, les deux inspecteur s'évadèrent.
L'huissier offrit des sièges, à la ronde M. Marathon toussa, se moucha, — c< qui redoubla la congestion de son visagt et, se tournant, avec affectation, ver M. Percevent, — une affectation simulé] pour en imposer aux accusés, — il di solennellement :
— Vous allez entendre, monsieur le procureur, l'explication du drame !
La phrase, par son énormité et sa pré tention, fit sourire imperceptiblement le deux agents, le greffier et le procure» lui-même.
Puis, fixant méchamment la dame ei rouge :
Veuille : répéter, devant M. le proqj reur de la République, votre interprétation de la nuk fatale.
Encore ' in Madeleine.
Encore ' osa Me Wachs, Oui, encore ' répéta le juge. Il tant mettre au point la seule chose impoi tante comme preuve décisive... L'interversion des chambres 13 et 1 1 .1 a est le no-ml gordien... Aidez-nous à le trancher et la just i' e vous eu sera reconnaissante.
Je vous ,11 d jà dit, sur tou i les tOM
1 iposta la d 1 ne en 1 ouge, que d ins cettd . j . m 1 \ antable histoire, je ne comprenais 1 nu , abs >lu h ii 1 ien !..., Vou - prétendez que Propert e 1 onnaissait une auta femme que moi, dont je serais le porti ait frappant I \h ' là, là ' monsieui le juga, m vous . onnais ûez le piei rot a fond..- Et
LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
je ne suis pas aveugle, au surplus ! Vous prétendez en outre que Properce est l'assassin de eette femme-là... Eh bien ! imbécile, rêveur, tout ce qu'on voudra... propre à rien... soit ! niais assassin, jamais ! Ici, je le défends, avec la dernière énergie... Et voilà pourquoi je ne veux pas vous dire où j'ai déposé la valise... — Vous craignez donc...
— Je ne crains rien. C'est pour le plaisir de vous embêter, et c'est tout... Ah ! ah ! la valise, se prit-elle à rire... Si vous saviez ce qu'elle contient... Ah ! ah !
— Tout ça, observa M. Percevent, n'est pas une réponse à la question. Vous n'expliquez toujours pas l'interversion des chambres 13 et 14... la nuit du crime... Pourquoi ?
— Parce que je n'en sais rien, tiens ! Properce que j'avais quitté, en train de se raser...
— Avec un rasoir ? s'inquiéta le docteur Poussin.
— Pas avec une bouteille, probable !...
— L'instrument tranchant, monsieur le
Inscrivez.
Madeleine haussa les épaules et continua:
— Properce que j'avais quitté, pour aller prendre l'apéritif, m'a dit en rentrant qu'un commis voyageur...
— Subterfuges et mensonges ! s'écria le juge. La déposition de M. Pied est en contradiction formelle... Il n'avait pas d'autres voyageurs...
— Signes évidents de culpabilité ! objecta le procureur.
- Assurément il y a quelque chose de pas clair... là-dessous, j'en conviens ! dit Madeleine... et si mon imbécile voulait parler, j'ai la ferme conviction qu'il établirait son innocence comme deux et deux font quatre.
— Vous croyez, vous aussi, madame, à l'innocence de Properce ? demanda, d'un ton doux et d'une voix faible, Maxime Haubourg.
— Si j'y crois?... Mais, monsieur, qui n'y croit pas, ici ?
iNDE FEMME VEXAIT DE P01 SS1 H LA PORTE (P. 57).
Et dans le solennel silence qui accueillit cette boutade de femme perspicace. Madeleine interpella l'accusé :
— Réponds donc, grand niguedouilïe...
Au lieu d'être toujours dans les nuages, à trois cents lieues de la question. Si c'est là le couronnement de ta vie d'artiste ! Il est propre le couronnement !
Et elle eut un geste, comme si au bout de ce geste, une gifle fût prête à pat tir ; et Properce eut un autre geste du coude levé, comme s'il eût voulu se protéger d'une gifle (pie la distance rendait pointant problématique. Et la dame eu rouge répéta :
LA
TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
— Parle, parle donc, pour une fois !
— Ah ! si vous vouliez parler, monsieur! implora Maxime Haubourg, avec une amicale persuasion.
— Tiens ! s'il voulait parler ! dit le juge.
je voulais ? fit lentement Properce... Dites : Si je pouvais !
— On peut ce qu'on veut ! observa judicieusement M. Percevent.
— Vas-}' donc ! grand benêt, l'excita une dernière fois sa compagne... Puisque tu sais bien que je ne croirai à ton crime que lorsque j'aurai la preuve devant les yeux...
— Quelle preuve, donc ? pressa vivement M. Marathon...
— Lorsque vous m'aurez fait voir une tête coupée, pour un litre de cognac ! goguenarda la dame en rouge...
— Ah ! ne dis pas cela ! Madeleine ! ne dis pas cela !... Ce ne serait pas encore une preuve ! s'écria Properce avec épouvante.
Quand la dame en rouge avait proféré, quelques instants auparavant : « Qui ne croit pas à son innocence, ici ? »... personne dans L'honorable compagnie n'avait élevé la voix pour dire : « Moi ! » Parce que, dans L'imbroglio des circonstances, aucun, au fond de sa conscience, ne se jugeai! a pour sorl ir de L'obscurité de L'énigme... Mais voilà que, par un retour qui montrait, à Lui seul, toute La fragilité des jugements humains, l'imprudente parole du mime Properce indisposai! maintenanl contre Lui L'honorable compagnie et ramenait l'attention de tous sur la (amen se valise jaune qu'on i ommeni .ut à oubliei et ïui La tête de La vicl ime à Laquelle M. Marathon ue pensail déjà plus si ce n'est < omme à une piè< e égarée, d'un intérêt tout à fait sei ondaire...
i ni minute d'angoî le i iri nia autour du bureau Empire , Le »pe< tateui l'an d'interrogei Le >uie1 de pendule
formé par le juge, le procureur et le greffier... M Marathon s'ébroua:
— Ah ! ah ! mon gaillard, voilà un demi-aveu qui va vous coûter cher !
... Lorsque l'huissier passa sa tête par l'entrebâillement de la porte et annonça :
— Monsieur le juge... c'est le troisième inspecteur de la Sûreté !
— ■ Entrez, invita M. Marathon, d'un verbe puissant...
— Un qui peut se vanter d'arriver à pic ! ajouta M. Percevent entre ses dents.
Et tous les regards se portèrent, avecensemble, sur le personnage annoncé...
C'était un grand flandrin que rien de bien particulier ne désignait à l'attention ; mais ce n'était pas l'individu, par luimême, qui était en jeu ; c'était plutôt ce qu'il tenait en mains, d'une façon incommode et malhabile...
— Ciel ! s'écrièrent les uns...
— Mon Dieu ! s'exclamèrent les autres... — ■ La valise ! s'empourpra davantage,
si possible, le juge Marathon...
... C'était effectivement la valise, la célèbre valise de cuir jaune, que rapportait^ au bout de son long bras, l'inspecteur Dieudonné... Il l'agita, ainsi qu'un trophée, et la posant en travers du lune. m Empire, il lança mélodramatiquement :
— Voilà, messieurs, la tête de Madeleine Haubourg !
... Un murmure de dégoût parcourut l'assistance... Maxime Haubourg pleurait, à i haudes Larmes... Le mime Properce claquait des dents...
Vous amie/ pu nous prévenir !
firent in chœur Fleury et Dumoulin, à L'adre se de l >ieudonné...
I .m ils étaient intimement vexés qu'à leur détriment, et pourtant, à son tour, leur collègue accaparât toute l'attention de l'a 1 1 tance...
M. Percevenl présenta le juge, aât d'allei au pins vite, et Dieudonné, sa< hant à qui s'adre iei . l'adre a
Mon iieui Le juge, vous me pardonnerez d'avoir enfreint le3 règlements, mais
^ LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
US TROIS, NOUS AURONS RECONSTITUÉ IN DRAM] DU PLUS HAUT INTÉRÊT (p. 60).
j'ai été au plus pressé...' Je n'ai découvert l'objet en question que par le plus pur hasard, ce matin, à huit heures... Si j'avais observé les règlements et requis l'administration des pompes funèbres...
vous n'eussiez eu la tête — la tète et la preuve — que demain... J'ai sauté dans le train en partance, pour vous faire une surpriseagréable... monsieur le juge, et j'espère bien que vous ne m'en tiendrez pas rigueur...
— Je vous absous... fit M. Marathon...
Où l'avez- vous trouvée '■
■ — ■ Ah ! monsieur, si la prudence est la mère]de la Sûreté, le hasard en est le père ! . . Toute la nuit, j'avais fouillé les hôtels, les meublés équivoques, où descendent, d'ordinaire, les artistes... dans le genre de monsieur et madame... et nulle part je n'avais trouvé trace de leur passage... Et, ce matin même, rentrant de ma chasse infructueuse à mon point de départ, j'allais m'apprêter à vous téléphoner le résultat négatif de mon enquête... lorsque, fourbu de ma tournée nocturne, j'entre dans un petit café, rue d'Amsterdam, afin de me
LA TRAGIQUE IVENTURE DU MIME PROPERCE
remonter... juste à côté de la porte de sortie... Je m'assieds et commande un (iiamporeau...
Pourquoi un champoreau "J demanda le juge h' '
— Pour me remonter... Mais voilà qu'à peine assis. ..qu'est-ce que j'aperçois, dans un coin de la salle ?... Une valise jaune ! Je ne fais qu'un bond, vous pensez bien : et je demande au garçon à qui appartenait l'objet... D'une voix pâteuse et endormie, il me répond qu'une cliente l'avait déposée là, la veille... qu'elle devait revenir la prendre et qu'on ne l'avait pas revue... « Halte là ! » m'écriai-je... Et j'exhibe le signalement de madame... « Parfaitement çà ! » fait le garçon qui commençait à se réveiller... Je déclare mes noms et qualités, je passe dans l'arrière-pièce... j'ouvre le colis... et je prends le train... Une minute plus tard, monsieur le juge, je le ratais...
- Et dans la valise ? bégaya M. Marathon, ému.
- Voyez vous-même ! s'inclina l'inspecteur Dieudonné, avec à-propos.
M. Marathon avait laissé la parole à l'agent pour se donner le temps de reprenpropres esprits, et aussi pour frapper, par ce préambule explicatif, l'imaginai ion des coupables et de ses invités...
Ouvre/! ordonna-t-il au greffier, d'une voix légèrement trouble.
Le greffier, à qui l'opération répugnait, obéit avec répugnance...
( )li ! non... m' mi . . pas ici ! supplia Proper< e, blême d'épouvante.
( cite parole définit ive le fil baisser encore dans l'estime des honnêtes gens qui l'entouraient...
Et, de la valise jaune, le greffier relira, ivemenl , une >ei vih te en an
glantée, une ti te h aine e1 un r<
l ,,i iei viei le tut méthodiquement éten-
le bureau Empire...
i , tête tut délit atemenl pœi e iuj la gei viette
Et le greffier passa le rasoir aux mains tremblotantes du juge...
... L'émotion était à son comble : le masque de la morte, aux yeux clos, au grain de beauté plus noir sur la blancheur cireuse de la peau, était l'effrayant point de mire de toutes les émotions...
— Madeleine ! se larmoyait le malheureux frère.
— Comme elle me ressemble ! s'apitoyait la dame en rouge...
— Elle est en parfait état de conservation ! observa M. Percevent.
Imposant le silence d'un coup sec du rasoir sur le rebord du bureau, M. Marathon demanda :
— Accusé, reconnaissez-vous la tète de votre victime 5
— Non... non... déraisonna Properce, les yeux hagards...
■ — Et ce rasoir, le reconnaissez-vous comme vous ayant appartenu ?
... Le mime se tut — ■ las d'en avoir trop dit, pour un mime...
Madeleine Properce s'adressa à M'W'achs, son détenseur. lTn tremblement significatif agitait son satané chapeau rouge, toujours posé de travers...
— Ah ! pour cette lois... j'espère que ce
sera un cas de divorce...
Pins tard ! plus tard ! nous verrons, l'accalma M'' Wachs.
Reconnaissez-vous ce rasoir, vous,
madame ? lui demanda le juge.
Oui, monsieur...
Très bien répondu, continui ' El croyez-vous encore, maintenant que nous avons la tête, la têteet la [>reu\ e, a riiiiiw, en* -■ de votre époux indigne ? Madeleine prit un temps pour répondre.
i >. i idémenl . les idées les plus contradii toires se heurtaienl dans sa cei velle à l'envw ; et l 'esl d'un ton na> ré qu'elle, répi »ndit :
fe connais « mon hn Mime mieux que qui que ce soit au monde, monsieur le juge... Eh bun ! malgré ses mensonges,
H M: AMÉLIE, VOILA MKN LONGTEMPS QUE JE RÉFLÉCHIS A TA PROPOSITION ( P. 83).
& LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
qui tournent tous contre lui... je ne dis pas.... que je crois à son innocence... mais je ne dis pas non plus que je crois à sa culpabilité !
— Qu'est-ce qu'il vous faut, alors ?
s'indigna M. Marathon.
Merci, Madeleine! balbutia le mime Properce.
Et, cependant que le docteur Poussin faisait réintégrer la valise à la serviette et à la tête, il dit à Maxime Haubourg, tout en larmes :
— Monsieur, je ne désire rien tant qu'une justice expéditive.... Qu'on me condamne, sur les apparences, mais qu'on me condamne vite !... Depuis quarantehuit heures, j'ai souffert toutes les angoisses imaginables... et les autres ! Et je n'attends plus rien des circonstances !... Pour me sauver, pour faire éclater mon innocence, il faudrait un miracle de la Providence... et je ne crois plus à la Providence...
— C'est M. Pied, le patron du Matelot Saxon, interrompit l'huissier en entrebâillant à nouveau la porte.
— Qu'est-ce qu'il veut encore, celui-là ! pesta le juge Marathon.
— Il a une lettre pour monsieur le juge...
— Qu'il entre.
M. Pied entra, — ■ mais il ne représentait pas précisément la Providence, implorée par le mime Properce. Il salua la compagnie, parce qu'il avait de l'urbanité dans ses manières, — et il sourit, parce qu'il était satisfait et qu'à l'opposé de ses pronostics, le crime lui avait donné une recrudescence de voyageurs, avides d'émotions violentes...
— Monsieur le juge, dit-il, voici une lettre que vient de me remettre le facteur, au nom de feu Mlle Haubourg! J'ai pensé qu'il était de mon devoir...
— Donnez ! donnez ! s'impatienta le juge...
M. Pied lui tendit la missive...
— De Piccadilly ! exulta le juge. .
— Je vous demanderai la permission de me retirer, insinua M. Pied. Mon hôtel est envahi et j'ai peine àsuffire... Imaginez, monsieur le juge, qu'on m'offre des cent et deux cents francs par nuit, pour coucher dans la chambre où... et que, ce matin même, deux jeunes maries, en voyage de noces...
— Fichez-nous le camp ! interrompit M. Marathon.
M. Pied salua, sourit et sortit.
M. Marathon s'était renversé au dossier de son fauteuil ; il avait brisé le cachet de l'enveloppe, déplié la feuille, sauté à la signature.... H murmura: « Amélie! »
Puis il lut.... et, à mesure qu'il lisait, son visage navré s'éclairait d'une joie nouvelle, rayonnante, — incommensurable !
— Ah ! Percevent ! s'écria-t-il, sans plus prendre garde à l'assistance, je les tiens !
— Qui donc ?
— Mon avancement et la croix, parbleu ! fit-il naïvement.
Déjà vexé d'avoir laissé échapper sa pensée de derrière la tête, il secoua la lettre en l'air et, avec une férocité joyeuse qui n'était cependant point le fond de sa nature, il s'adressa véhémentement au mime Properce...
— Accusé, levez-vous !
L'accusé se leva.
■ — ■ Une dernière fois, répondez à ma question. Il y va de votre vie... Connaissezvous Amélie de Piccadilly ?
— Je n'ai jamais mis les pieds dans Piccadilly, ni dans un autre quartier de Londres ; et je ne connais personne répondant au nom d'Amélie ! dit l'assassin présumé de Madeleine Haubourg.
— ■ Eh bien ! vous voilà, une fois de plus, pris en flagrant délit de mensonge. Il s'épanouit vers l'assistance :
— Ecoutez tous, messieurs, et vous, madame, écoutez ce que Amélie de Piccadilly écrivait, hier, à la malheureuse victime... Et si, après avoir écouté, un seul d'entré vous, et vous-même, madame,
& LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME l'ROPEUCE «g
illusionne sur la culpabilité de l'assassin, i présent... je veux bien être pendu ! In silence religieux s'établit autour de table Empire, et le juge d'instruction, 'une voix calculée, lut :
« London, 13 octobre.
« Ma chère Madeleine,
« Quelle épouvantable horreur m'écristu là ! Non, ma chérie, c'est impossible... Je t'en supplie, sur l'amitié que tu m'as toujours portée, attends jusqu'à mardi.
Je me suis arrangée pour aller à Dieppe. J'y arriverai au bateau de 3 heures 34, et j'espère t'y trouver... Ah ! ma pauvre Madeleine, je savais bien que Properce te jouerait un vilain tour !
« A mardi, sans faute. Courage et espoir.
« Ton amie qui t'aime,
« Amélie. »
... Vers le mime Properce, effondré, liviî, tous les regards malveillants des bonites gens étaient tournés. Et M. Maraion ricanait la phrase finale :
— Ah ! je savais bien que Properce le uerail un vilain tour !... Hé ! mon gailrd, qu'avez- vous à répondre ?
Properce, brusquement se Leva, d'un Hivernent d'automate...
Non ' non ' dit-il, c'est à devenir
fou... Pour me sauver, moi, innocent, j'implorais la Providence... et c'est la Providence qui m'accable !... Jusqu'à la fin, j'ai voulu ne rien dévoiler de l'épouvantable et tragique aventure dont je suis le lamentable héros, - — pour ne pas dire la victime.... parce que j'avais la prescience que vous n'ajouteriez aucun crédit à mon récit. Mais, maintenant, -r- oh ! je ne me forge pas d'illusions et sais que vous ne me croirez point davantage ! — maintenant que tout est perdu pour moi, — croyez-moi, ou ne me croyez pas ! — je vais tout vous dire...
— Minute ! minute ! entrava M. Marathon, en se levant précipitamment, — et toute l'assistance l'imita, — il fallait parler, lorsqu'on vous y invitait... Cette après-midi, Amélie de Piccadilly nous dira toute la vérité, et je ne tiens pas à ce que vous emmêliez encore l'écheveau qu'on débrouillera bien sans vous !
... Les quatre petites portes se rouvrirent.
... Les neuf clients du juge s'éclipsèrent.
... Les quatre petites portes se refeiv rnèrent sur eux.
M. Percevent se trouva seul, en face de M. Marathon, exultant et triomphant...
Lt M. Marathon invita M. Percevent à déjeuner...
COMMENT AMÉLIE QUI HABITAIT PICCADILLY CONNAISSAIT PROPERCE QUI N'Y AVAIT JAMAIS MIS LES PIEDS
... Des petites averses intermittentes brouillaient le ciel et des éclaircies subites l'illuminaient. Au dire des connaisseurs, c'était l'annonce d'un « grain ». Et M. Percevent, rendu sceptique par le résultat négatif d'une instruction, depuis quarante-huit heures menée à bride abattue, M. Percevent qui aimait les comparaisons, trouvait, dans la température et l'état du ciel, une comparaison toute faite aux évolutions incertaines de l'« affaire ».
Mais M. Marathon, en homme qui passe aisément d'une conviction à l'autre, avait la conviction dernière d'une éclaircie totale; et il n'était pas fait pour redouter le « grain ».
Le déjeuner qu'on lui servit dans le petit chalet du faubourg de la Barre, fut copieux ; il semblait que le brave homme récupérât toutes les forces nécessaires au coup de collier final à donner sur sa laborieuse instruction. H avait invité M. Percevent et, s'il n'eût écouté que sa joie, — le triomphe rend aisément joyeux, — il eût ouvert sa table à tous les témoins de l'affaire, — voire aux accusés.
Mais M. Percevent n'eut pas à le rappeler au respect de la magistrature, en général, et de sa haute situation, en particulier. Et c'est en tête-à-tête qu'ils terminèrent le déjeuner copieux, favorables prémices d'une solution satisfaisante.
... De leur côté, le docteur Poussin, le fidèle Achate du malheureux violoncelliste, le violoncelliste en personne et les trois agents de la Sûreté avaient élu un restaurant de choix, lace à la
plage... Pour eux, également, la solution était « au large », suivant un mot typique du médecin ; mais ils différaient sensiblement sur son interprétation...
Maxime Haubourg, entre la salade de céleri et le camembert, ne put s'empêcher de regretter que le juge Marathon eût empêché le mime Properce de parler, au moment précis où celui-ci en manifestait l'intention... Pour lui, — quoique à tout dire il n'eût plus d'opinion ferme, — la vérité était en Properce, en tous cas assurément mieux qu'en une petite personne, habitant Piccadilly et n'ayant jamais refoulé le sol natal depuis huit ou dix ans...
L'agent Fleury échafaudait les biscuits sur la table, tout en étayant les preuves de culpabilité. Les mensonges successifs où était tombé l'accusé ne faisaient que donner plus de solidité à ces preuves... L'instrument du crime appartenait à Properce... Donc, c'était rirrccusable confusion du criminel...
L'inspecteur Dumoulin qui avait eu sa minute de célébrité, au moment de l'arrestation de Madeleine Properce, frappa du poing sur la table... et l'échafaudage des biscuits à la cuiller s'écroula. ..
Allons donc ! fit-il, on a vu des
erreurs judiciaires avec, pour point de départ, de bien plus vraisemblables demi-preuves !
— C'est juste, approuva l'agent Dieudonné, l'agent à la valise. Dans tout crime, ce qu'il faut surtout considérer, c'est le mobile. Or, ici, où est le mobile ?
Les cinq hommes s'entre-regardèrent, interdits, et chacun répéta :
— Oui... où est le mobile ? ■
! TRAGIQUE AVENTURE DV MIME PROPERCE
imme personne n'avait de réponse satisfaisante à risquer, ils jetèrent leurs cinq serviettes, sur la nappe, et se sent...
... Arrêter un mime qui s'appelle Properce, à la descente d'un rapide signalé, n'avait été, pour l'inspecteur Fleury, qu'un jeu d'enfant... Pour son collègue Dumoulin, mettre la main sur une dame en rouge qui porte un grain de beauté apparent et est affligée de strabisme, n'avait pas demandé un grand effort d'invention... L'agent Dieudonné pouvait, on l'a vu, bénir le hasard, touchant le repêchage de la valise jaune.
A eux trois réunis, il fut convenu que découvrir, parmi deux ou trois cents passager «lu Sussex, bateau de la compagnie faisant le service de Dieppe à Newhaven, une jeune femme qui s'appelle Amélie et s'est annoncée aussi correctement, était l'opération de police la plus simple du monde. Et pour l'opérer, ils n'eurent même pas besoin de dévisager, sous le nez, les deux ou trois cents passagers du Sussex, à la de du paquebot, - mais à aller tranquillement s'installer dan-, le bureau de l'hôtel du Matelot Saxon où, suivant les prévisions d'une Sûreté avisée, la jeune femme annoncée vinl cons- ( iciK îeusement les joindre, à trois heures trente quatre minutes...
I 'était une jeune fille timide et
fluette, au visage doux, à la voix bien timbrée. Elle fran< hit le seuil de l'hôtel, en agitant, oilette sombre el
sobre, un pet ît réti< ule de < un vert . au fermoii ai< kelé... et demanda :
Mlle Madeleine Haubourg, s'il vous plaît J
M. Pied dé< ouvi it <>\i < lut vénérable de l.i < alot te (|iu l'oi ii. ni ri i .'■
pondit, ave< un oui ire aimable :
Ne n îez \ ou pa . tnadei
Amélie, de Pi< < adilly ? — ( )ni, mon ieui
l ). lif L'hôteliei , voit i troi ,
messieurs qui sont chargés de vous ré" pondre...
— Ah ! s'écria la jeune fille en pâlissant... le malheur est donc arrivé !
— Oui, mademoiselle... et si vous voulez bien nous accompagner...
Amélie de Piccadilly se tamponna les yeux de son mouchoir, roulé en pelote, et balbutia :
— Je vais vous suivre, messieurs... Et elle porta, dans un mouvement
d'amicale pitié que ne comprirent pas les trois inspecteurs, le petit réticule de cuir vert à ses lèvres, puis le baisa avec ferveur...
... Dans le cabinet du juge d'instruction Marathon, — et dans la même distribution, — la même figuration du matin attendait anxieusement le dénouement du drame... Le rideau se leva, c'est-à-dire (pie la porte s'ouvrit et qu'Amélie, suivie respectueusement de, trois agents de la Sûreté, lit. dans un silence recueilli, une entrée qu'il est aisé d'imaginer sensationnelle. Elle eut une minute d'étonnemenl .i se trouver en si nombreuse compagnie : et, d'un coup d'oeil circulaire, elle dévisagea le, personnages qui paraissaient poser devant elle, rangés, là, exprès, eu demi-cercle... comme devant un objectif. Elle tendit sa main tremblante au malheureux violoncelliste et murmura
— Vous ne me i.. onnaissez pas, mon-
Sieui Maxime J .. Depuis huit ans...
Si, si ! je vous - remets... » étouffa Maxime Haubourg.
Le procui eui Pei i e> ent s'était levé et lui oiti ait galamment >a i baise, à l'extrémité droite du bureau Empire...
Mu . les 5 eux de la jeune fille allaient de Madeleine a Propen e et de Propen e a Madeleine et elle s'assit, sans remei ■ tei , faute de goût ex. nsable , n de telle i circon tan» e . Puis, taisant
& LA 1KAGIQUEIA
Eh 1 I Kl- PI MIME ri<OI'EK( E
un visible effort sur elle-même, accablée par sa douleur renaissante, elle s'adressa au mime et demanda :
— C'est vous, monsieur Properce ?
— Oui, mademoiselle... s'étrangla l'artiste mime.
— Et vous, Madeleine Properce ?
ajouta-t-elle, à l'adresse de la dame en rouge.
— Probable! fit l'autre.
Amélie fronça"* le sourcil, choquée par la trivialité de cette réponse ; elle se tamponna encore les yeux, posa son réticule à sa droite et son mouchoir à sa gauche, et prêta au juge Marathon, ce qu'il lui demandait, — une attention soutenue.
— Mademoiselle, commença M. Marathon, vous êtes appelée ici, comme témoin à charge, et je vous invite à ne
LE COUP DE TÉLÉPHONE SUBPRIX M. MARATHON ENTRE LE ROT ET l' ENTREMETS (p. Ô2Ï.
P> LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCË G
pas vous dissimuler la haute gravité de votre témoignage...
Je ne comprends pas très bien, dit la jeune fille.
ius allez comprendre, mademoiselle... Commençons par le commencement... Où avez-vous connu et depuis quand connaissez-vous le nommé Properce, artiste mime ?
- Monsieur, répondit la jeune fille...
je vois ce jeune homme pour la première fois de ma vie...
M. Marathon faillit éclater d'un coup de san.,'...
Comment ! comment !... Mais c'est de la démence, à la lin, cette histoire où personne ne se connaît... X 'avez-vous pas écrit, ce matin, à l'adresse de la feue demoiselle Haubourg, cette phrase qui est un aveu : « Ah ! je savais bien que Properce te jouerait un vilain tour
— Certes !
— Eh bien ?
Eh bien I monsieur, je répondais à la dernière lettre de Madeleine. J'étais la confidente de ses chagrins intimes et je savais...
Vous saviez quoi ? s'écria M. Marathon,... Dites-le tout de suite, bon sang • le bon sang ' qu'on en finisse une fois pour toutes ! Vous Baviez... vous seule... mieux que n >us évide amenl puisque vous <'iie/. l'unique confidente... que le mime Properce était L'assassin <le Madeleine Haubourg, hein ?
Amélie de Piccadilly resta une iutei loquée, ans répondre ; se
ent, d'un ûguranl à l'autre ,. Mais a . ant repi is Le jen - des réalité . i omprenanl enfin La > en di autoui d'un bureau Empire, elle se Lamenta
' |uc veut dire i ette nouvelle Lai \ loue, mon l Vu u ' M. Propen e L'a
de Madeleine ' Mai jamai i de ta vie, mon »ieui le jug< ' El > ma
pauvre amie avait écouté mes conseils, il est probable, qu'au contraire M. Properce l'eût empêchée de se suicider !...
Et l'écho multiplié répéta, d'une bouche à l'autre de la compagnie stupéfaite :
« Suicider!... suicider ! !... suicider! ! ! t Le mime poussa un profond soupir de soulagement et, les yeux au plafond, emplis de larmes débordantes, il murmura :
— Serait-ce enfin la Providence?
— Hé ! c'est à le croire ! insinua le procureur Percevent.
M. Marathon prit son air méchant, l'air qui lui allait si mal lorsqu'il voulait forcer sa nature et arrivait ainsi à ne rien faire avec grâce...
— Vous pensez bien, mademoiselle, que vous n'allez pas, d'un seul mot, démolir un jour et demi d'instruction serrée!... Ah! fichtre non !... Et si vous vous imaginez qu'on va vous croire sur parole... Ah ! non ! ah ! non !... Et puis... Suicide] !.., C'est facile à dire1...
faut-il des preuves '
— Les voici, monsieur le juge, répondit Amélie.
Elle ouvrit le petit réticule vert, au fermoir nickelé, en extirpa un paquet de lettres, religieusement conservées dam leurs enveloppes respectiv»
Elles sont rangées par ordre...
dit-elle, depuis Le jour OÙ, pOUI son
malheur, ma pauvre Madeleine .1 rencontré, à Rouen, sous La Gro loge, le mime Properce...
Lise/., monsieur... et vous comprendrez mieux l.i vél ité, mieux que je ne
pourrais vous aidei à La démontrer!
en 1 pondant à V09 questions
Lisez ! hou ;onua M. Marathon, en pa anl li 1 Ici très an greffier.., Nous allons voii < <• que nous allons voii I...
I 1 Le gi effi( 1 . apri ■ ■'< \ re as air< pr< a« Lablcment de L'ordre des dati , Lut
LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
d'une voix nasillarde, en commençant natnrellememt par la première:
Mont-aux-Malades, le 23 septembre.
» Ma chère Amélie,
Voilà bien longtemps que je réfléchis à ta proposition. Au fond, je ne demanderais pas mieux que de changer ma vie si triste et si monotone. Lorsque je
Mais, pour moi, quel avenir possible ?... Il y a des moments où je prie le bon Dieu de m'ôter la vie qu'il m'a donnée puisque, pour moi, la vie n'est qu'une succession de peines et de misères ! Puis en réfléchissant bien, je me demande si, en allant te rejoindre à Londres, je ne chan-
JAMAIS, JAMAIS, MONSIEUR LE PROi l/REl/R QUE JE VIENS D
rentre de mes leçons, je ne pense qu'à pleurer ; mais je ne voudrais pas faire de peine à Maxime, et je suis obligée de sourire pour ne pas lui montrer e fond de mon cœur... Le pauvre gar- ;on supporte l'existence besogneuse que îous menons avec une tranquillité (pie 'envie, parce qu'il est un homme...
, JE M Al yéi.V LES VINGT-QUATRE HEURES E PASSER (P. 68).
gérais pas, comme on dit, mon cheval borgne pour un aveugle ! ... Oui, je comprends ; j'aurais l'existence plus assurée, la certitude du lendemain... Mais au prix de quelles amertumes ?
» Tu connais aussi bien que moi tous les périls de notre profession. Et ne Vaut-il pas mieux garder une pauvreté
D LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE <3
indépendante, que d'aliéner sa liberté,
en recevant, pour toute compensation, un peu moins de mépris, mais en supportant presque autant d'abaissement. Tu t'en souviens, à la pension, ma chère Amélie, j'ai toujours eu cette âme fière qui est le pire cadeau que la nature m'ait pu faire ! Tu me dis aussi (pie je pourrais, plus aisément, trouver un « parti », « m'établir »... Hélas ! j'ai tant fait de rêves à ce sujet, tant de réves qui ne se sont jamais réalisés, que je ne sais plus si le rêve n'est point préférable à la réalité ! C'est vraiment trop d'orgueil, peut-être, pour une jeune fille, sans dot et sans relations, mais je te jure que je n'épouserai jamais que l'homme que j'aimerai... Voilà huit ans que tu as quitté Rouen ; depuis huit ans, tu n'as jamais cessé de me donner de tes nouvelles ; lu es restée ma meilleure amie d'enfance, pour ne pas dire la seule.
Crois bien que si, après avoir réfléchi a ta proposition, je n'y accède point, n'est pas pour moi. (".'est pour .Maxime. Je n'oserai jamais lui parler de ton projet, fe sais qu'une séparation, dans 1 1 tances, lui sérail trop
pénible, ht tu <•., avec Maxime, !
personne que j'aime au monde... Plus tard, peut-être... nous verrons... Mais je n'ai guère i onfiam e en ma bonne étoile !
i is-moi dans les huit jours.
fe i embi a e de tout cceui i le re Amélie,
El pui ■. quoi ? lit M. Marathon, en
.'■< arquillanl des yeux ahui i , qu'e I i e
uve J I >'i.- M Maxime Hau-
on, hiei matin... et que
il était bel et b nte de...
neura thénii . poui pi iei Dieu de lui
la vie, .il"! i qu'elle gagnail non
nêtement ion pain quotidien, à donnei
: . enfant ■ qui en ont b
i .h donnei de leçon • '
— Permettez, monsieur, il y a encore trois lettres, intervint le greffier...
Continue/. ! se résigna le juge...
Et le greffier, tirant de son enveloppe la seconde missive, continua de la même voix nasillarde :
i Mont-aux-Malades, 2 octobre.
» Ma chère Amélie,
» Il fait, ici, un froid de loup et depuis que Maxime n'a plus d'engagement au Théâtre-Lyrique, on n'allume le poêle qu'après la Toussaint. Il n'y a pas de petites économies pour nous ; nous en sommes à regarder à l'achat d'un timbre-poste... Tu vois si la vie est gaie, ma pauvre Amélie. Mais l'aventure qui m'arrive est tellement extraordinaire que je ne résiste pas au désir de te la conter. La voici :
» Avant-hier, comme je revenais de chez Mme Lerat - j'ai dû te parler dans mes lettres de cette Mme Lerat, celle qui dit à sa fille « de ne pas être » trop aimable avec son professeur, parce
que ces gens-là sont des domestiques, » un peu plus instruits que les autres » et voilà tout... » donc, en revenant de chez Mme Lerat, je remontais la rue Jeanne d'Arc, lors [ue, près de la tour de la Grosse-Horloge, je m'entendis appeler par mon nom... b Madelein • ' [e me retournai et vis un grand jeune homme, à la mise excentrique et à l'aspect très doux, qui rougit jusqu'aux oreilles, enleva s m chapeau et me dit
aVeC respect :
[e vous prie, mademoiselle, de me pardonner mon impair ; mais il y ,i entre vous et Miidelcinc, ma fe rime, une ressemblais e si frapp tnte, si ex
ive el »i i m icu te, qu'im olontai i m. -ni le. 1 1 .pu vou î a fait reto m nci m'a
1 1 happ ' 0 ii i le ie Ami lie, tu te
dis... (i I .'mi est exposi e ;\c< iortes de mé- ,i m, . loi iqu'on mai i lie ieule dans la i ne et qu'on revient de chez Mme I erat, où l'on est traitée en domestiqin [e le . m i d'abord . mai \ l'attitude de
LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
LE MONCEAU DE PAl'EKAf
ES DERRIÈRE LEgUEL SE DISSIMULAIT t] DU GREFFIER (p. 68).
AGE CHAFuriN
ce grand garçon timide me fit vite revenir sur cette impression... Il me dit encore : « Ne croyez pas que je sois » un plaisantin; ce que je vous dis est » l'exacte vérité... C'est curieux !... c'est » évidemment bien curieux ! »
» Et sans me demander la permission de m'accompagner, il se mit à marcher machinalement, à côté de moi.
Il était tombé dans une profonde rêverie et répétait, en fixant le bout de ses bottines :
» C'est curieux... c'est excessivement curieux ! » En toute autre circonstance à peu près pareille, j'eus prié l'importun de passer son chemin et de me laisser poursuivre le mien.
A la vérité, je dois te dire que je ne le fis point et que je ne sais même pas pourquoi je ne le fis point. Tout en marchant, il m'apprit qu'il s'appelait Properce, qu'il était artiste mime et qu'il n'y avait guère de grand music-hall où il n'eût pas joué. Il m'apprit, en outre, qu'il était marié depuis six ans, à une femme qui s'appelait Madeleine et me ressemblait, comme deux gouttes d'eau se ressemblent. Et il me donnait ces renseignements d'une voix uniforme,
monotone, reflétant une extrêmedassitude. Si c'était un plaisantin, tu vois, ma chère Amélie, qu'il n'était pas dangereux. Et il me montrait tant de sincérité dans l'accent que je lui répondis spontanément que le plus curieux était que je m'appelasse également Madeleine. Il en fut frappé, comme de stupeur, et répondit :
» Oui c'est bizarre, c'est extraordi- » nairement bizarre... Mais, plus bizarre » encore que la ressemblance de figure, » c'est la façon de s'habiller qui est iden- » tiquement la même... La coupe de votre » costume tailleur est la coupe du cos- » tume de Madeleine, à la couleur près. » C'est le même chapeau canotier, c'est » la même voilette à pois ; la même façon » de disposer les cheveux, le chignon » lourd, très bas, est pareil ! Ah ! oui, » c'est bizarre, bien bizarre ! »
» Il poussa un profond soupir et ajouta:
a Oui, plus étrange que la ressemblance o du visage... qui est merveilleuse pour- » tant ! Madeleine a, comme vous, made- » moiselle, un grain de beauté sur la » joue gauche... et dans les yeux, ce... ce » tour particulier... Ah! c'est étrange, et
LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE <g
je voudrais îque vous la vissiez, vous en - stupéfaite ' J'écoutais toujours ce qu'il me racontait et je me demandais où il voulait en venir; lorsqu'il s'arrêta et me dit, :. l'avoir respectueusement saluée:
Excusez-moi, mademoiselle, de vous avoir raconté des choses qui ne vous intéressent pas. Nous ne nous rencon- » trerons probablement jamais plus; nous o sommes, clans la vie, deux passants in- » différents l'un à l'autre... et pourtant » je sens bien que je ne vous oublierai pas desitôt, vous qui êtes la ressemblance de la fe mue à qui j'ai lié mon sort. » » Va il rebroussa chemin sur ces mots...
Quoique, à bien réfléchir, ce grand garçon «-ut plutôt l'air d'un détraqué, ,u histoire, je ne te cacherai pas que l'en fus fort émue, plus peut-âtre que i'- n'aurais du l'être. Je ne parlai point de ma rencontre à Maxime, puce qu'il eût pu en prendre o nbrage et me reprocher dem'être laissée aborder dans la nu-, par un inconnu... Pourtant, v.i : < e garçon est un garçon très bien m sans arrière-pensée!... Toute la nuit, je pensai à cette coïncidence bizarre et je ne sais quelle curiosité ;e me poursuivit ; j'aurais voulu voir mon sosie !...
Eh ' bien, pour abréger, ma chère Amélie, ]«• l'ai vue ' e1 i 'est i omme pai hasard 'i'"' ma i m iositi a i té jatisfaite... Ecoute la suite de mon aventure...
Hier, en revenant de i nez Mlle Rim bert, j'ai dû te parler de Mlle Rimbert , cette vieille toquée qui me paye ,,n ti. oi< le i a< net poui apprendre à son pei roquel le •
.,ni devant Le Palais de fu itii e, qu'aperçu je ? L homme de la veille, l,. nez '-ii l'air, en h. on d'admirei la fameuse lu< ai ne de ■' s le flamboj ant ...
Ah ! trépigna La dame en rouge, en Interrompant la lecture du greffier... C'était ça ton goût pour le style flamboyant !... Hypocrite ! Tu vois où cela t'a mené, et c'est pain bénit !
— Madame, rugit le juge Marathon, encore une interruption dans le genre de celle-ci et je vous fais refourrer en prison.
— H; ! riposta la dame agitée, on a bien le droit d'être jalouse... j'espère...
Un mot de plus...
La dame en rouge s'apaisa et le greffier, ne sachant plus où il en était, ânonna et poursuivit sa lecture.
» ... ad-mi-rer la fa-meuse lucarne de style flam-boyant. J'aurais pu passer derrière lui, sans qu'il m'aperçût; mais mou trouble de la veille n'était pis encore dissipé et ma curiosii aussi vive... Je m'approchai et l'abordai hardiment. « C'est vous, mademoiselle, » fit-il, tout troublé... c'est e !
» Sans m'arrêter à ce que i el en< ire paraissait avoir de désobligeant pour
moi, car, au tond, je sentais bien qu'il
m- l'était nullement, j'engageai la conversation... sur mon sosie, naturellement . tenez, mademoiselle, me dit-il, si n vous voulez la voir et vous rendre
< ompte de L'e ttraoi din lire i • n blance, faites un détour par la rue des
Fo oui \ 1 1 1 : elle est en ti .nu de
» prendre son absinthe a la terrasse d d'un i afé qui fa.il L'angle de la t ne
Percière fe vous ai tendrai .m 3quai e
du Mu-- e el VOUS me due/ si |'.u
Soil ! d acquiesi ai je, m j'allai pi »qu'à la i ne Pen ière, la i u«- Percièi e, tu s us bien, où demeurait L'aumônier, L'abbé Dubor...
\ 1 1 du cat effecth ement,
rime bm ait I... I ne fe nme, ma
\mi lie, qui i tait mon poi trait
vivant ... de te âge de même taille,
A LA TKKKA *MI l> 1 '•
Al'K, BFFBCTIVBMBNT, UNE FEMME BUVAIS (P. 86).
& LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE <g
de même allure... habillée de semblable façon, à la différence qu'elle portait un costume tailleur de cheviote rouge, alors que le mien est de cheviote bleue ! Et, à la vue de cette femme, trop absorbée à verser, goutte à goutte, de l'eau dans son breuvage, pour m'apercevoir, un trouble immense m'envahit, une émotion neuve me remua le cœur, comme si tout mon sang y eût afflué !... Il existait une femme au monde qui me ressemblait — déraisonnablement, à s'y méprendre ! Une femme qui portait, sur son visage, les signes distinctifs qui déparent le mien ! Et je fus prise d'une angoisse inexprimable. J'aurais voulu lui parler, l'interroger, lui sauter au cou, savoir de quelle façon elle s'exprimait, apprendre sa pensée, savoir...
savoir si cette femme avait une âme pareille à la mienne, souffrait de mes souffrances, espérait de mes espérances, vivait intimement de ma vie intime...
Une minute, j'eus l'idée folle de traverser la chaussée, de courir à sa table et de lui dire : « Je m'appelle Made- » leine... Est-ce que vous êtes la même » Madeleine ou bien une autre Made- » leine ? »
» Oui j'étais folle, ma pauvre Amélie!
Mais je repris vite ma raison ; je m'éloignai et allai rejoindre le grand garçon timide qui était le mari de cette Madeleine-là ! Je ne crois pas qu'il s'aperçut de mon bouleversement, ou s'il le vit, il n'y attacha pas l'importance qu'il avait pour moi... «Eh bien ! made- » moiselle ? me demanda-t-il. — J'ai vu, » répondis-je... — N'est-ce pas, insista-t-il, » que le cas, s'il n'est pas unique, est tout » à fait merveilleux ? — Oui... merveil- » leux! » répétai-je. Mais j'avais toujours la volonté de savoir si l'âme de cette Madeleine était semblable à la mienne et je dis incidemment : « Il faut que je » rentre chez mon frère, à Mont-aux-Mala- »des... » Alors, naturellement, comme la veille, il marcha à mes côtés, l'air triste et
absorbé... Je savais ma phrase une amorce suffisante. Il me demanda naïvement qui j'étais, où j'habitais ; et je lui racontai confiamment ma vie, ma simple vie... Il s'intéressa beaucoup à ma vie, mais sembla s'intéresser davantage encore à celle de mon frère, lorsque je lui eus avoué sa passion artiste et sa manière de vivre. Il soupira : « Oh ! il doit être heureux, » s'il réalise seulement une parcelle » de son rêve!... »
» Mais il ne causait toujours pas de lui, ni de sa femme Madeleine, et il fallut, pour qu'il vînt à l'objet de ma curiosité, que je lui posasse des questions directes. Et c'est avec une amertume profonde qu'il m'avoua : « La ressem- » blan.ce qui vous apparie à ma femme, » Madeleine, s'arrête sûrement à la res- » semblance physique. C'est déjà suf- » fisamment troublant. Ma femme a beau- » coup de défauts et peu de qualités...
— Imbécile ! grogna la dame en rouge, à cette phrase révélatrice...
Un chut impérieux l'arrêta. Le greffier poursuivit...
» Mais je sais m' accommoder de ses » défauts, en les supportant, comme des » maux dont je ne suis pas responsable. » Elle est ivrognesse et violente. Or, moi, » je ne bois jamais et mes camarades » m'estiment, pour mon caractère pla- » cide. Si j'étais ivrogne et brutal, le » ménage serait impossible ; et il est » possible, parce que nous n'avons ni les » mêmes défauts ni les mêmes qualités... »
J'écoutais ces paroles étranges tomber de ses lèvres avec une gravité sereine et résignée ; et je fus comme honteuse que sa femme Madeleine, ivrognesse et violente, me ressemblât si
LA TRAGIQUE AVENTURE DU M 1 M F. PROPERCE
étrangement. Il me dit encore: - Si j'avais eu un engage nenl à Rouen, j'aurais eu plaisir à connaître votre frère... » Je ne sais pas pourquoi je lui répondis vivement : Non !... non!» Il me dit encore, connue la veille : « Excusez-moi, made- » moiselle, nous ne nous rencontrerons probablement jamais, à moins...
Il hésita. Je demandai : « A moins? — » Je vais rester quelques jours à Rouen, Aurai-je le plaisir de vous rencontrer » une dernière fois ? » pressa-t-il. Je lui répondis vivement : « Demain, trou <rez-vous » devant l'hôtel de Bourgtheroulde... — Ah ! oui, m'interrompit-il, avec une admiration d'archéologue qui m'irrita..., la merveille, la fameuse merveille édifiée en [486 h aujourd'hui déshonorée par une n maison de banque !...» Je lui tendis la main et terminai : « Je serai heureuse de h causer avec vous, puisque nous ne nous rc verrons jamais... « [l me salua encore et partit...
Den ain, je le reverrai ; < t je t'écrirai, chère Amélie, la suite de mon aventure. 'I on amie qui t'embrasse,
» Madeleine. »
M. Marathon poussa un long soupir de ;.n tion, et s'adressanl vivemenl à Maxime Haubourg :
Eh bien ! monsieur le violoncelliste,
qu'en dites-vous, maintenanl ?... Esl 1 e
(pie votre sœui 1 onnais >ai1 !<■ mime Pro-
peri e ?
Puis, e !• loin riant vers M. Percevent, il
s'apitoya ( oiniqueiiient :
— ( 'esl bien drôle, la vie d'aï liste !
La mélan< olie du mime Pi opei • ( entuail ;i 1 1 n vi lations ; et 1 omme le d'in ti n' 1 ion lui demandail s'il re< on n 11 ail la vérai ité de 1 et te lu toire, il
1 pondit
intérêt voulez vous que Mlle Haubourg ail eu à tnenl il '
I )iie doiM , vous, mon gaillard, je voua invite à répondre pai oui ou pai non, •'aigrit le juge d'instrui tion el ne pas
nous flanquer de vos réponses à triple sens, avec lesquelles vous espérez encore égarer la justice.
Le mime haussa les épaules :
— En quoi la justice a-t-elle besoin de moi, pour s'égarer ?
— Assez sur ce ton ! commanda le juge, et passons à la suite, et voyons ce qui s'est passé devant l'hôtel de Bourgtheroulde...
Il s'emhrouilla, suivant son habitude, et dit au greffier :
- Poursuivez !
Et le greffier poursuivit, par la troisième et avant-dernière lettre du paquet :
« Mont-aux-Malades, 9 octobre,
» Ma chère Amélie.
Voici quatre jours que je t'ai laissée sans nouvelles. Tu me pardonneras. 11 s'esl passé tant d'événements en quatre jours ! Depuis quatre jours, j'ai vécu plus qu'en quatre ans. Depuis quatre jours, chaque jour je vois M. Properce. Mon Dieu! pourquoi ai-je rencontré cel homme? Oh! n'imagine rien de mal, ma pauvre amie ! Situ savais quel garçon bien élevé...
et d'un tait ' Si tu savais, si tu pouvais
savoir quelles heures douées el délicieuses j'ai d'abord passées en sa compagnie !
Pourquoi Dieu n'a-t-il pas permis que je rencontrasse cel homme si\ ans plus toi J .. cet homme qui a lié son destin à une femme qui s'appelle Madeleine <•! me ressemble physiquement d'une façon si stupéfiante 1.., Pourquoi ' l u te rappelles qu'au catéchisme, l'abbé I >uboi nous disait :
l , di ein de la Pro\ id< ru m 1 1 j >. n. trab'esl - fe 1 ommei 1 e à le 1 roirel El moi qui, voilà huil jours, étais tout à 1.1 1 1 ho tile à ton projel d'allei te n joindre.
.1 1 ondi 1 m'j v< lisposée. < >ui, ma
, i,éi n-, la « hose esl irrévocable ! J'ai dit à
Ma\lllle que |e [i.ll l.ll | | I |e pal }.., Je pals,
es supplii .n . malgré toute la
peine qn<- je lui cause.... pan 1 que je dois
LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE
or
partir. J'espère pouvoir trouver encore une situation, comme tu me L'indiquais; en tous
cas. je m'en remets à ton amitié. Je ne veux pas restei ici quarante-huit heures de plus... Donc, samedi, je pars pour Dieppe ; je prendrai, lundi, le paquebot et serai à Newhaven dans la soirée. Si tu peux venir au devant de moi, écris à cette adresse : Hôtel Au Matelot Saxon, Dieppe... C'est une auberge où nous sommes descendus, Maxime et moi, voici tiois ans....
» Maintenant, mettons un peu d'ordre dans mes idées, et je vais t'expliquer pourquoi je pars... Il m'est impossible, en quelques lignes brèves, de te raconter tout ce que m'a dit M. Properce sur sa vie et tout ce que je lui ai confié sur la mienne. Il faudrait, pour cela, des heures de conversation. Nous en parlerons. Sacheseulement qu'enhardi par ce que je lui
avouai de ma misérable vie, il me fit part d'un projet qui le hantait depuis notrepremière rencontre. Il me demanda si j'avais des préjugés contre le métier qu'il exerçait, que d'aucuns considéraient comme dégradant, d'autres comme un art très élevé. Je lui répondis qu'il n'y avait pas de métiers déshonorants, lorsqu'ils étaient exercés avec foi. Et il fut très soulagé de ma réponse et me déclara qu'il se réjouissait fort de mon opinion personnelle et de la profession de mon frère qui, lui aussi, comprendrait sûrement son dessein et l'approuverait. Il me proposa de m'associer à son art... Quoique je fusse un peu
démontée par cette proposition inattendue et que j'en éprouvasse quelque contrainte, je m'efforçai de ne le lui point montrer.
» Cela l'enhardit davantage et il devint si éloquent pour me démontrer toute la beauté que nous pouvions réaliser, l'effet unique que deux femmes, si parfaitement semblables, ne manquerait point de produire, dans "ip pantomime bien réglée...
» Ah ! si éloquent !
Et il s'exalta à un tel point qu'il ne i^y me fit peut-être pas
^^ ' partager toute son
exaltation, mais me troubla profondément... Je n'en parlai pas à mon frère ou je ne lui en parlai qu'indirectement, avec ruse, afin de démêler s'il réprouverait une telle entreprise, au cas où je m'y déciderais.. . Non point que j'eusse le désir d'y accéder...
non. Mais j'ai tant besoin d'un changement dans mon existence que je ne pouvais dire non, du premier coup, en toute sincérité... Le lendemain de cette déclaration, je revis M. Properce ; je le revis le surlendemain et je l'ai revu hier... Et, chaque jour, plus pressant, il a renouvelé sa proposition ; ce serait, m'a-t-il déclaré, la récusation de son rêve... Je ne comprenais pas ; j'avais peur de comprendre... Et, chaque jour, des longues conversations échangées entre nous, je suis revenue à la maison, plus accablée, plus désespérée, avec encore plus d'indécision !...
» Dix fois, vingt fois, j'ai été sur le point d'avouer la chose à Maxime ; heureu*