‹ Contes étrangesChapitre 34 sur 94 · ISSA. SE MOUCHA · texte numérisé non relu

ISSA. SE MOUCHA

sèment, je me suis toujours retenue à temps... Non plus que je craigne maintenant nue réprimande de sa part... Il ne serait pas homme à s'effaroucher d'une semblable idée — au contraire !... Non plus que, moi-même, j'y éprouve une répugnance quelconque... non ! Il y a autre chose, et cette autre chose, je ne m'en suis aperçue qu'au moment où j'ai pris mon courage à deux mains pour déclarer à Maxime que j'avais résolu de partir à Londres et d'y trouver une situation moins précaire... A ce moment-là seulement, j'ai été éclairée sur mes propres sentiments, sur le mouvement si spontané qui me faisait agir de la sorte, sans trop savoir pourquoi... J'ai compris que depuis que je l'avais rencontré, je m'étais trop complue dans sa société, et j'ai compris pourquoi je m'y étais si imprudemment attardée !... Tu devines ma pensée, ma chère Amélie... ■■

Pit : pai ! Vive, preste, une double

gifle avait fait écho, parmi l'auditoire, à

cette déclaration, suspendu la parole nasillarde du greffier et fait rugir, dere-

< nef, M. Marathon.

— Saperlipopette ' Vous n'allez pas vous flanquer une tripotée, dan, mon , abinet, sous les v< ux de M. le proi iireur de la R 'publique, j'esp re '

La double gifle avait pour origine, on l'a d.vin', le bras impatient et vengeur ,1,. la dan •• en roui e et, pour destinataire, la figure blême du mime Propen e. Mai- la doubl< ' ifle n'arriva pa â s i destination, OU du moins se trompa d' •

\ l'aveu i impie et ïi toui hanl de la

malheureuse Mad< leine Haubourg I u

m.i pen • ■ . ma i h< re Amélie .. i

Maxime ll.mi.om;', mû pai une impul-

ion no istible de fraternelle piti<

, t, d'un élan, pré* ipifc dao ■ Les bra du mime Propen Malheureu ement, â i impie

et si touchant, la dame en rouge avait fait ressort et bondi également, son bras vant, en un demi-cercle, une magistrale gifle, avec, pour point de mire, la figure blême de l'époux-mime. Et, à l'instant précis où le demi-cercle se refermait, la tète hirsute du violoncelliste avait intercepté la communication et reçu, en plein visage, la double claque retentissante... Pif! Paf!

■ — C'est bien fait pour vous, monsieur Haubourg, conclut M. .Marathon... Ça vous apprendra à vous mêler de ce qui vous regarde !

— Il ne faut jamais mettreledoigl entre l'arbre et l'écorce, observa M. Percevent, en souriant finement, croyait-il.

M. Marathon rétablit l'ordre en invitant Je violoncelliste à accaparer la chaise de Properce, séparant ainsi les deux époux et rendant moins probable une agression de la femme légitime et irritable. Et le greffier, resté en suspens, sur la d tion enflammée, put continuer dans un

silence relatif...

voilà, ma chère Am ■lie, pourquoi je le fuis. Ah ! mon amie, je voudrais être morte '... Lorsque, tantôt, j'ai quitté M. Properce, - car je viens de le i e\ oir

aujourd'hui, - eu re nonlant la rue

d'Arc j'ai eu le dessein de me ■ i le roues d'un tramway p nu en fini) , fêtais trop faible... je n'ai pas i ne mon dessein à exécution, el je suis rentrée à la maison, plus di sol e, pin i perdue que jamais ' El c'esl ma d. solation el mon a< i ablemenl qui m'ont donni la force d'exposer à mon frère la i. olution que j'avai ; prise P

i Je pat ' ['ai vu tantôt M. Properce, i omme je \ iens de te le due ; je Lui a\ ais donné onde/ you . poui une parole défi- 1 m au e j'ai fait pai I de ma i, solution u en a ét< al tei ré , M bien v u, a on di e ipoir, que les préoccu-

LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PRQPERCE

pat ions secrètes n'étaient pas les miennes ! I) m'a dit : « Réfléchissez encore... Jus- » qu'au dernier moment, je ne perds » pas tout espoir... Peut-être reviendrez v vous sur votre parole... Réfléchissez. » Si vous le permettez, j'irai à Dieppe... » avec ma femme... Il faut qu'elle ne » sache rien... Elle ne comprendrait » pas... »

» Je lui ai répondu : « Je descendrai au » Matelot Saxon, sur le quai Henri-IV... » Venez toujours... Mais je ne crois pas » que je puisse changer d'avis... » Il a imploré : « Réflécnissez ! Je serai comme » votre frère... N'êtes-vous pas l'image h vivante de celle à qui j'ai lié mon » sort !... » Alors je suis partie, en courant ; et il était si absorbé qu'il n'a pas vu que je pleurais !...

» A bientôt, ma pauvre Amélie. Je t'écrirai, de Dieppe, l'heure de mon départ et de mon arrivée à Londres.

» Ta » Madeleine. »

— Ouf! fit le juge, ça commence à se dessiner. Mais si Mlle Haubourg avait réellement l'intention de se suicider, et si elle s'est réellement suicidée, ainsi que l'affirme

Mlle Amélie... elle aurait bien dû s'arrêter à son premier projet... le tramway de la rue Jeanne-d'Arc !... Cela eût joliment simplifié les choses...

Puis, s'adressant directement au mime Properce :

— Alors, mon garçon, vous ne vous étiez aperçu de rien ?... Vrai, vous n'êtes guère perspicace !

— Soyez charitable, monsieur le juge, répondit Properce, avec ure certaine hauteur, et dispensez-vous de faire de l'esprit sur une chose aussi purement belle !

— Ironique! ironique, maintenant! s'irrita M. Marathon... Ah ! ne faites pas le malin, vous savez !... Vous n'êtes pas encore hors de mes mains !

Et, au greffier, d'un ton bourru, vexé, il commanda :

— Finissons-en !

M. HAKATHON S 1": TA II' KEN \ KIISI', AI DOSSIKH DE SON FAUFKUÏL, H. AVAIT BRISÉ I.E CACHE! DE L'ENVELOPPE, DÉPLIÉ LA FEUILLE (P. Jj).

LA TRAGIQUE IVENTURE DU MIME PROPERCE

El le greffier en finit, avec la lecture de la quatrième et dernière lettre :

« Dieppe, dimanche, 4 heures du soir.

.Ma chère Amélie,

Voici la dernière lettre que tu recevras de moi. Je suis arrivée, hier soir. M. Properce, ainsi qu'il avait été convenu, est descendu à l'hôtel du Matelot Saxon. Il occupe, avec sa femme, une chambre à 1 ôté de la mienne... O dérision !

» Nous avons pu nous entretenir, hici, dès son arrivée, et aujourd'hui à plusieurs reprises, car sa femme est continuellement à courir les cafés, la malheureuse! Quelle triste vie, pour cet homme si doux, si distingu.' ! Comme je le plains, de tout mon cour !...

» J'ai passé une nuit épouvantable, une nuit de perpétuels cauchemars. J'ai pensé à l'avenir et l'avenir est impossible !... ( 'est fini, fini !... Il est plus persuasif, si possible, et il espère vaincre mes dernières rési tances, parce qu'il ne connaît pas la nature de ma résistance... Qu'il reste avec celle à qui son sort est lié el qui est mon portrait vivant. Le mieux esl d'eu finir '... je pas Ô îjà îoil de mourir, avant

de < onnaître M. Properi el

» ... Ce matin, je suis allée sur la de très bonne heure... La plage était d te... J'avais la fei me intention de me jeti r a la uni ... J 'ai eu peur...

[< nia entrée 1 hez un pharmacien...

| '■•>-. .m . dans ma poi he, une an< ienne 01 donnance, poui mes névralgie! d'il \ a six mois... On m'a délivré un fiai on d'a< 0 lutine, fe ail qu'on n'en doit prendreque mulet, en vingt-quatre heuri 1 e H.e on 1 11 1 ontient oixanti d l.uii tout, < 'est la iii"i i- la moi 1 que je ouhaite „ Et poui tant, 1 hésite... J'ai tant peui de louffi ir.. < ela doit être

| '.m m< m. du i' Mi'i la hauteui de où je suis lo .11 1.1 "in

tude de me tuei , immédiate uont en lu

tant sur la chaussée '... Mais il y a des cas -1 terribles, — où l'on survit.... J'ai peur, encore!

» Et pourtant il faut en finir!... j'aurai du courage — à force de n'en pas avoir.

» ... Je vais cacheter ma lettre, la porter à la poste : ce sera ma dernière sortie. J'entends, à travers la cloison, Mme Properce qui insulte le pauve garçon,.. Elle vient de lui dire : « C'est l'heure de l'apéritif, bonsoir !... Rase-toi, pendant ce temps-là ; tu me rases suffisamment toute la journée ! » C'est son esprit, à elle ! Et elle sort, en faisant claquer la porte...

» ... Il va se raser... Si... Son rasoir... Avec son rasoir!... Oh! non! je de\iens folle... J'ignore à quel dessein je vais m'arrêter. Mais ce qu'il y a de certain, ma chère Amélie, c'est qu'à l'heure où tu 1 ; cette lettre, je serai délivrée de la vie. Toi seule sauras le secret de ma mort ; ne le livre à qui que ce soit. Il ne tant pas que mon pauvre Maxime sache quelles raisons m'ont poussée au suicide! Il ne faut pas surtout (pie M. Properce appren te 1 il' ma mort. C'est une pudeur que, vivante, j'ai conservée, vis-à-vis de lui ; qu'elle ne »oit pas dévoilée, après ma triste fin !

- Adieu, ma chère Amélie; sois heureuse toi qui peux l'être, et garde à mou souvenu, ton amitié persévérante. Adieu, une dernière lois.

» Madi-i BINE. 1

El le 1 mer, d'un air béai . ouvi it larges mains vides, d'un an béai . mai,

ipt de malice et qui \oulai! signî-

hei : 1 h point ' 'est tout !

M. Marathon se gratta la tête, déi an géant inutilement l'h u monie de ses rares , heveux ; son regard .noue n'expi im.ui

plus ■ m de , seul i.ih-ni . divers qui

ieni ei su* cessive rient .in . . 1 . pui • la veille. M. Marathon n'a^ au P uni l'ait pei plexe, m 1 nport , m con- \ .nui 11. m désespéi M Marathon a.\ .ut l'ail idiol . Bimplemi ni 1 1 pii ota à droitdi

I A IMPLORÉ : ItEt'LÉL UISSIiZ ! JL SESAI COMME VOTEE PEÊRE... ( 1". yj).

s=. LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE

fixa un instant le visage placide et uniformément désolé de Mlle Amélie et, du fond de sa gorge, exhalant péniblement un soupir de détresse, trouva une phrase à lui. une phrase qui résumait sa détresse et son dérapement moral :

— Eh bien ! mademoiselle, vous pouvez vous vanter d'en avoir fait du joli !

La phrase, dans son ambiguïté, suscita l'intérêt neuf de toute l'assistance, personne ne comprenant au juste ce qu'elle voulait exprimer. Et Amélie de Piccadilly, n'étant pas plus douée de perspicacité que le reste de l'assemblée, s'étonna :

— Je ne saisis pas bien, monsieur le juge, ce que vous voulez dire...

— Ah ! vous ne saisissez pas ! surenchérit M. Marathon... Vous ne saisissez pas qu'avec vos intempestives révélations, vous mettez la Justice, ici représentée par moi et par M. Percevent — la Police que figurent, avec tant d'éclat, ces trois messieurs, inspecteurs de la Sûreté — et la Famille, si j'ose dire, en la personne unique de M. Maxime Haubourg... vous ne saisissez pas que vous nous mettez tous, tant que nous sommes, Justice, Police, Famille, et caetera, dorénavant, à la merci de l'assassin présumé ?... Vous ne comprenez donc pas que le mime Properce peut désormais nous raconter tout ce qui lui passera par la tête, et que nous serons obligés, oui, mademoiselle, obligés de le croire !... Ah ! vous en avez fait du joli !

L'assistance, en général, et Amélie de Piccadilly, en particulier, se résignèrent à comprendre. Me Aubin et Me Wachs, les habiles défenseurs, avaient soif de montrer leur habileté. Ils sentaient l'affaire s'effondrer, la parole leur échapper et la gloire qu'ils avaient rêvée s'évanouir... Et ils voulurent profiter de leurs derniers moments de notoriété pour glisser quelque

chose d'insignifiant... M. Marathon comprit leur intention, les entrava, d'un geste :

— Inutile !

Il avait tiré à lui deux feuilles de papier à en-tête imprimé ; il s'arma du porteplume que lui prêta obligeamment le greffier et d'un ton solennel, déclara :

— Je suis tout disposé à signer, des deux mains, deux non-lieu en faveur des deux accusés... à moins que la famille de la victime ne fasse des réserves...

— Signez ! signez ! s'écria Maxime Haubourg avec précipitation... La situation de M. Properce est trop épouvantable... et je ne voudrais pas...

— Vous n'avez pas à vouloir, interrompit l'extraordinaire M. Marathon... et je signerai les deux non-lieu, à une condition... C'est que le mime Properce nous dise, enfin.de quelle façon la chose s'estpassée... Ce n'est tout de même pas Mlle Haubourg qui, une fois morte, a fait voyager sa propre tête, quand le diable y serait !

Il regarda, avec une sorte de pitié et de mépris, l'assassin qui n'en était plus un, et l'encouragea ironiquement :

— Parlez ! parlez ! mon garçon... Vous n'avez rien à craindre, dorénavant, d'une justice à qui Mlle Amélie de Piccadilly vient de lier les mains !... Vous pouvez nous raconter, à loisir, l'histoire du Chat Botté ou du Petit Poucet... Il n'y a pas un juge d'instruction, en France, capable de vous reprendre... Vous êtes, avec ces lettres, le maître de la situation... et nous ne sommes plus que vos obéissants serviteurs !... Parlez, mon garçon !...

Alors sans s'attarder au ton goguenard de cette invite, le mime parla.

LE MIME l'A KL K

— A mon tour, fit le mime Properce, d'une voix lente, monotone, qu'il conserva jusqu'à la fin de son récit — je dois dire, avec le respect que je peux avoir pour la Justice, que jenesaisis pas très bien l'intention de M. le juge d'instruction... Si pénible que soit, pour moi, le récit détaillé de l'horrible suicide de Madeleine Haubourg, L-t-il pas plus pénible encore, pour le malheureux frère de la victime ?... Il y a peut-être des cruautés nécessaires, dans l'exercice de la Justice ; je m'y conformerai, pour obéir à la Justice que je dois respecter.

Et, <c (lisant, il avait adressé au violoncelliste et au magistral goguenard, un double salut, en guise de préambule.

Qu'on veuille bien < onsidérer, continua-t-il, que tout le drame repose sur un malentendu i ntre moi et la \ jctime et

non pas, Comme VOUS l'ave/, cru, entre

vous et moi. J'ignorais la passion de

Mlle Haubourg ; elle « onnaissail 1 i

mienne. Il n'est donc pas surprenant qu'an bénéfice de l'ignorance, je fusse, vis-à-vis d'elle, dans un étal d'infériorité... Si Mlle Haubourg avait en le coui i m'avouei ses sentiment *, i omme i '.i \ aïs eu l'audace de lui révélei les miens, sans trop présumei des sentiments vaj iables m le fond 'l'- la nature humaine, et sans préjuger un dénouement trop fa< île. il est aisé- de prédire que le .h .1 ne 1 ni ubi des iiioditH ations impôt tantes \ ou

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