‹ Contes étrangesChapitre 4 sur 94 · JAMAIS PASSÉ DIX (P · texte numérisé non relu

JAMAIS PASSÉ DIX (P

CONTES /'.'/A' \NGES

le safre qui, dissous dans l'eau régale, et dilué dans quatre lois son poid donne une teinte \ ule de ( oball

dissous dans l'ai ide nitrique produit unecouleui rouge Ces couleurs disparaissent plus OÙ moins longtemps après que s'est refroidie la Ubstancesur laquelle on a écrit, niais redeviennent visibles dés qu'on soumet de nouveau cette substance à l'effet de la chaleur. J'examinai alors minutieusement la tête de mort. Ses contours extérieurs, j'entends

les contours du dessin qui étaienl le plus rapprochés du bord du vélin. — étaient de beaucoup plus distincts que le reste. Il était manifeste que l'effet de la chaleur avait été incomplet ou s'était inégalemenl réparti. Je fis aussitôt du feu, et j'exposai chaque portion du parchemin à une chaleur intense. Je n'arrivai tout d'abord qu'à faire ressortir davantage les traits les moins accentués du crâne. .Mais en persévérant dans mon expérience, je finis par découvrir à l'angle delà bande diagonalemeni opposé

à l'endroit ou Bé trouvait la tête de mort,

une silhouette qu'à première vue je pris pour celle d'une cl Mai l'ayant exa

minée de plus près je m'assurai que c'était un chevreau qu'on avail voulu dessiner. Ali ' ah ! m'é< i iai-je, j'aurais e\ idem nient mauvai I me moquer un

million et demi de dollars n'est point maplaisanterie ; mais vous n'allez pas, je suppose, ajouter l< i un troisième aune, m

;, \ o1 le ( li, mie . le-- | M ! . i 1 « - . \ OUS l'a \ oile m / i, oui rien ;i \on ave( les ( llêl res ; ( 'est

plutôt l'affaire de fermiers.

M, ii je \ iena de vous due que le de

h d'une ( li.\ le

Soit, de ( hôvre à i lie\ i< .ni, la différent e

I, « 1 pfl CI.IHOY

i' , dit OUte entendu

parler d'un i < i tain i apitaine Kidd 1 1 1. rdai Immédiatemenl la llhouet$e

<|e | el animal < oliiiue une 01 le de rél

!• 1 1 m I' di signature,

6ra< elle

i , i,, 1. 1, .i. moi i. bui

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d'un - ." i" I M péniblemcnl déçu

,,.,, l'ab ' I" • 'lu ■ m | du , d< I e qui ■ on IiIii.h!

1 1 ) Kidd ■ pronom i i

la partie essentielle de mon dominent suppose, par l'absence du texte de mon contexte.

Vous comptiez trouver, j'imagine, une lettre entre le cachel et la signature?

< lui, quelque chose de i e genre. Le fait es1 «pie je me sentais irrésistiblement frappé du pressentiment qu'il allait m'arriver une aubaine extraordinaire. Il m'eût été bien difficile de dire pourquoi. I'eut-être. après tout, était-ce plutôt un désir qu'un pressentiment véritable. Mais, le croiriez- VOUS, cette sottise ridicule de Jupiter qui disait que le scarabée était en or massif, avail produit sur mon esprit une impression singulière. Joignez à cela cette série • le conjectures et de coïncidences qui étaient véritablement si extraordinaires... Avez VOUS remarqué cette étrange fatalité grâce à laquelle tous < es événements se sont produits précisément le seul jour de l'année où il a fait froid, assez froid pour qu'on eiil du feu ? Avez-vous remarqué que sans ce feu ou même sans l'intervention subite du chien piste au moment où vous étiez auprès du ivu, je n'aurais jamais eu connaissance de la tête de mort, et ne serais jamais entre

en possession d\\ ti

Continuez de grâce, je vous écoute a ei impa i le l< c

Soi! ' VOUS devez avoil entendu conter les multiples légendes, les nulle el une

rumeurs vagues qui courent le pays au sujet de trésors qui auraient été enfouis quelque

part, sur la côte de l'Atlantique, par Kidd

i. Ces rumeurs de\ aienl ai où

quelque fondement , el s elles ,i\ a ienl i ou

ru si longtemps el ave< une telle persia

tan< e. i ■ tait i n ai is, uniquemenl

pan e que le trésor enfoui était ri

loin. Si Kidd n'a\ ait fait que < a< lier son

butin poui un certain temps, et l'avait repris ensuite, i es iiiiueiii . ne e raient pas parvenu* ju qu'à nous sous leui foi Aie ai tueiie ei m\ ,n lable \ ous obseï verei en effet ,|i iut( ces ni tolrea, U est fait mention d< gi n qui i hen henl d< tré qui en i rouvent. Si le pirate a\ ait repi 1 1 Bon bui in, l'affaire eût Uni 1 1 ,i h n'en eût plus été question |e m'.n l- :.,n qui quelque ai i ident . tel qu< la pi i te d'une note indiquant l'omplai ement du i,, oi avait pu lui retirer le moyen de li retrouver, < el • lent avait dû

S» LE SCARABÉE D'OR

ver aux oreilles des compagnons de Kidd car autrement ils n'auraient pu soupçonner l'existence d'un trésor caché) ; ils se seraient efforcés de s'en emparer ; mais comme rien r.e les guidait, leurs recherches auraient été vaines, et auraient donné naissance à ces légendes aujourd'hui si répandues dans la contrée... Avez-vous jamais ouï dire qu'on ait déterré un trésor de quelque importance le long de cette côte ?

— Jamais.

— Pourtant, il est de notoriété publique que Kidd avait amassé un immense butin. Je regardai donc comme un point acquis qu'il était encore confié à la terre ; et je ne vous surprendrai pas en vous disant que je conçus l'espoir, — espoir qui touchait à la certitude, — que le parchemin découvert dans de si étranges conditions portait les indications perdues sur l'emplacement où avait été déposé le trésor.

— Mais comment avez-vous procédé?

— Je soumis de nouveau le vélin au feu, aptes avoir augmenté l'intensité de la chaleur, mais rien n'apparut. J'eus alors l'idée que la couche de saleté dont il était couvert n'était peut-être pas étrangère à mon insuccès. Je lavai donc avec soin le parchemin : cela fait, je le plaçai dans une casserole de fer-blanc, le crâne en-dessous, et je posai la casserole sur un réchaud de charbons ardents. En quelques minutes, la casserole était chaude ; je retirai la feuille et ma joie fut inexprimable en la voyant tachetée de place en place par des caractères qui semblaient être des chiffres alignés. Je replaçai la feuille dans la casserole et je l'y laissai une nouvelle minute. Quand je la retirai pour la seconde fois, elle était dans l'état où vous pouvez la voir maintenant.

Là-dessus, Legrand, ayant encore une fois soumis le parchemin à l'action du feu, me le présenta. Les caractères suivants y apparaissaient grossièrement tracés, avec une sorte d'encre rouge, entre la tête de mort et le chevreau.

— Mais, lui dis-je en lui rendant la feuille de vélin, je ne suis pas plus éclairé qu'avant. Quand tout l'or de Golconde serait le prix attaché à la solution de cette énigme, je serais certainement incapable de le gagner.

— Et pourtant, dit Legrand, il s'en faut de beaucoup que la solution soit aussi difficile qu'on pourrait le croire à première vue. Ces signes, — n'importe qui s'en rendrait compte aisément, — ces signes composent un chiffre, — c'est à dire qu'ils ont une signification; mais, d'après ce qu'on sait de la personnalité de Kidd. je ne pouvais le supposer capable d'avoir inventé un cfyptogranirnè bien compliqué. Je me mis en tête d'abord que celui-ci était du genre simple, tel cependant qu'un marin illettré pût le considérer comme indéchiffrable à qui n'en aurait pas la clé.

— Et vous l'avez réellement déchiffré ?

— Oh ! très vite. J'en ai déchiffré d'autres dix mille fois plus complexes. Les circonstances et une certaine disposition d'esprit ont fait que je me suis toujours fort intéressé à ces sortes delogogriphes, et l'habileté humaine ne saurait à mon sens combiner des énigmes que l'habileté humaine ne puisse résoudre en y apportant une attention suffisante. Kn somme, une fois que j'eus une série de signes lisibles, c'est à peine si je m'inquiétai des difficultés d'en dégager le sens.

Dans le cas qni nous occupe, et toutes les fois d'ailleurs qu'il s'agit d'un texte cryptographique, le premier point consiste à établir quelle est la langue du cryptogramme : car les principes du déchiffrage, spécialement pour les chiffres peu compliqués, varient suivant le caractère de chaque idiome. En général, il n'y a pas d'autre moyen que de tâtonner en se guidant d'après les probabilités, et d'essayer, l'une après l'autre, les langues que l'on connaît jusqu'àcequ'on ait trouvé celle qui convient. Mais avec le chiffre que voici, la difficulté était résolue d'avance par la signature. Le calembour qui porte sur le mot Kidd n'est possible qu'en anglais. N'eût été cette circonstance, j'aurais essayé d'abord l'espagnol, puis le français, les deux langues dans lesquelles un secret de ce genre avait pu le plus naturellement être enfermé par un pirate des mers espagnoles. Mais dans

CONTES ETRANGl S

l'espèce, il y avait tout lieu de croire que le cryptogramme était en anglais.

Vous remarquerez qu'il n'y a pas d'intervalle entre les mots. Si les mots avaient été séparés, ma tâche aurait été notablement facilitée. Car j'aurais commencé par une comparaison et une analyse des mots les plus courts, et s'il s'étaitprésenté un mot d'une seule lettre, comme il arrive le plus souvent, — a ou /, par exemple {un ou je) j'étais assuré d'avance de la solution.

.Mais comme il n'y avait pas de séparations je m'océHpai en premier lieu de rechercher les lettres qui revenaient le plus fréquemment, et aussi les plus rares. Tout compte fait, je pus établir le tableau suivant :

Le signe 8 se présente 33 fois

§et)

+ et 1

q et 2

:et 3

I m en anglais, la lettre qui revient le plus souvent est l'e. Voici l'ordre dans lequel les autres se Buccèdent : a, 0, i, d, h, n, r, s, t, 11, y, c, f, g, l, m, w, b, k, p, q, x, z. La domine d'une façon si remarquable qu'on rencontre rarement une phrase d'une Certaine longueur OÙ ce ne soit le caractère le plus fréquent.

Non lavons dont , i< ide prime abord, pour asseoir notre travail une donnée qui vaut qu'une simple conjecture, il est certain qu'en géni rai on peul • sen ir de la tabk 1 1 de ma , mais dan a erj ptogramme partit olier, 1 '«• il à peint ; non aurons be .oui d'y ret oui ii I omme i< 1 le signe prédominant 1 I oui 1 omment erons

peu le < on iderei 1 omme étant V t de l'ail 'oui ■ ■ 1 ifiei 1 et te uj po

th. -,,,-, r |,rri lion , si le - n< outre

),., . redoublé, < ar la lettn 1 e I redoublée en anglai 1 dan 1 une (ouïe de mot pai exemple dan m mot - mut, fleel

seen, beeti, agrée, etc. Dans le cas ai tuel, nous constatons qu'il n'est pas redoublé moins de cinq fois, bien que le cryptogramme soit de brève dimension.

Considérons donc 8 comme représentant la lettre e. Maintenant, de tous les mots de la langue, the {le, la) est le plus usuel. Cherchons donc si nous ne voyons pas répété un groupe de trois signes disposés dans le même ordre, et dont le dernier soit 8. Si nous en rencontrons, il est fort probable que ces groupes représenteront le mot the. Après examen, je constate qu'il y a sept de ces groupes ; les signes sont 148. Nous pouvons donc supposer que ; représente t que 4 représente h et que 8 représente e. La signification de ce dernier caractère se trouve ainsi confirmée. Et maintenant, nous avons fait un grand pas.

Ce simple mot que nous venons de déchiffrer nous permet dès à présent de déterminer un point d'une tout autre importance. Je veux parler du commencement et de la fin d'un certain nombre d'autres mots. Ainsi, référons-nous à l'avant-dernier endroit où se rencontre la combinaison ; 48 pas bien loin de la fin du cryptogramme. Nous savons que le ; qui suit immédiatement est la première lettre d'un mot, et sur les six caractères qui viennent après le the, nous n'en connaissons pas moins de cinq. Substituons donc à ces caractères les lettres qu'ils remplacent, en laissant un espace pour l'inconnue.

t eeth

Nous voici déjà en mesure de rejetei ce

th qui ne peut taire partie du mot commençant pat le premier /. En effet, pour trouver une lettre susceptible «le s'adapter à ce u.uii on épuiserail tout l'alphabet sans réussir à former un mol où puisse

entier le ///.

Nous pouvons «loin limiter les lettres

du mot a

et après avoii de nouveau passé, s'il le faul bout L'alphabet en revue, nous arrivons au mot t><-< (arbn ), 1 omme a La seule solutit n pot ible Noua gagnon ain i une autre

i,i 1 re R îepo .eut. c p. n .un 1 que deux m. .1 , juxtaposée thé trie [l'arbn |, 1 n peu plus ba i, a peu de distant e de

CHACUN DE NOUS PRIT UNE PART A PEU PRÈS ÉGALE DE BUTIN, ET ON REPRIT LE CHEMIN DU LOGIS (P. 19).

ces mut- nous rencontrons rie nouveau la combinaison; 48 el nous l'employons comme terminaison de ce qui vient immédiatement avanl Nous obtenons cette suces-

theli J I the

En substituant les lettres de l'alphabet ordinaire qui nous sont déjà connues, nous

aurons :

the tree thr §}$hthe

Si maintenant, à la place des caractères inconnus, nous laissons des espaces blancs ou des points, nous lisons :

the tree thr... h the

Le mot through (à travers) s'impose aussitôt Cette découverte nous fournit trois nouvelles lettres o,u et g représentées par § ? et 3.

(lien lions maintenant minutieusement dans le chiffre les combinaisons de signes connus; nous trouvons, prés du commeni ement 1 ette disposition :

8 3 88 ou egree

qui est évidemment la fin du mot de grée (degré). Nous y gagnons une autre lettre d représentée par

Quatre lettres plus loin que ce mot nous voyons le groupe ; >6(;88*)

En traduisant les caractères connus, el en représentant les inconnus par des points 1 omi emm< nous li-

th.rtee.

combinaison qui nous suggère immédiatement le mot thirteen (treize), et nous livre eni ore deux nouveaux 1 ara< tères 1 el n,

I ai 6 et *

Si nous non au début du cryp-

togramme, non , I ioii\ on Ifl I oint

L'appli< al ion du même proi 1 dé de 1 ra du< lion nous donne

• Lui que la première lot tre e it ou a et . | u< |i . deux premiei ■ mot onl (un bo

ferons bien maintenant d< d

ce <pie nous connaissons de la clé en forme de tableau pour éviter toute confusion. Nous aurons ainsi :

5 représente a + » d

Nous n'avons donc pas moins de onze des plus importantes lettres, et il ne sera pas nécessaire de poursuivre les détails de la solution. J'en ai dit assez pour vous convaincre qu'on peut aisément résoudre ces sortes de crytogramtnes et pour vous donner une idée des procédés rationnels qu'on emploie pour les déchiffrer. Mais soye2 assuré que cet échantillon appartient au genre le plus simple. Je n'ai plus qu'à vous faire connaître la traduction complète du document comme si nous l'avions déi liiffré ensemble. T. a voici :

'"A good glass in the bis/top' s hostel in the devil's seul forty-one degrees and thirteen minutes northeast and by north main branch seventh liwb cas/ aide shoot /roui the left eye of t/ic death's-head a bee-line from the tree through the shot fifty feet out.'"

(i in bon verre dans l'hostel de l'éi ôque dans la chaise du diable quarante et an degrés et treize minutes nord-est-quart

de nord prim ip.de tige septième luan. lie

1 ôté est l.uss.v tomber pat l'œil gaui Inde La tète de mort une ligne d'abeille de l'ai tms à travers la balle « inquante p

m, us. dis je, l'énigme me paraît pei t tout aussi rébarbatil que |amal I on

1 1 e 1 d poa Ible de dégagei un

,,,Mi ce galimatias de chais* du diable, de têti >/• mort et d'hûêtêl d'évêqUt,

['avoue, répondit 1 egrand, que (a , i,,, , ., [«au encon éi i< u 1 ment obs< lire m l'un n'v jette qu'un coup d'oeil supei i,. tel. Ma première tentative fui de dh 1 tel

§> LE SCARABÉE D'OR «g

la phrase conformément aux intentions de l'auteur.

— Vous voulez dire de la ponctuer ?

— Quelque chose comme cela.

— Mais comment vous y êtes-vous donc pris ?

— Je réfléchis que l'auteur du chiffre s'était appliqué à aligner ses mots sans aucune division, histoire d'augmenter encore la difficulté du problème. Mais à moins de le supposer très perspicace, il devait sans doute, en poursuivant ce but, être porté à exagérer dans ce sens. Lorsque, dans le cours de sa rédaction, il se trouvait en présence d'un arrêt du sens exigeant naturellement une pause ou un point, il devait être enclin à resserrer ses caractères à cet endroit plus qu'à l'ordinaire. Si vous voulez examiner le manuscrit, vous y découvrirez facilement cinq endroits où les caractères sont ainsi serrés les uns contre les autres. Partant de ce principe, je divise le manuscrit de la façon suivante :

Un bon verre dans l'hostel de l'évêque dans la chaise du diable — quarante degrés et treize minutes nord-est-quart de nord — principale tige septième branche côté est — laissez tomber par l'œil gauche de la tête de mort — une ligne d'abeille de l'arbre à travers la balle cinquante pieds au large.

— Mais, dis-je, en dépit de votre division, je n'y vois pas plus clair que devant.

— Il en fut ainsi pour moi pendant plusieurs jours, répondit Legrand. Je les employai à une enquête active dans le voisinage de l'île Sullivan à l'effet de savoir s'il n'existait pas quelque habitation portant le nom d'Hôtel de V Eve que ; car je n'eus garde de m'arrêter à la forme désuète du mot hostel . Comme je ne recueillais aucun renseignement à ce sujet, j'étais sur le point d'élargir le champ de mes investigations et de procéder d'une manière plus systématique, lorsque, un matin, il me vint tout à coup à l'idée que ce Bishop's hôtel avait peut-être bien quelque rapport avec une ancienne famille, du nom de Bessop qui, de temps immémorial, possédait un vieux manoir à environ quatre nulles au nord de l'île. Je me rendis à la plantation et

je questionnai les plus vieux nègres de la localité. Enfin, l'une des femmes les plus âgées me dit qu'elle avait entendu parler d'un lieu dit Bessop' s castle (château de Bessop), et qu'elle croyait pouvoir m'v mener, mais que ce n'était pas un château, ni un hôtel, mais bien un rocher fort élevé.

Je lui offris une bonne récompense pour son dérangement, et après avoir quelque peu hésité, elle consentit à m'y conduire. Nous trouvâmes l'endroit sans grande peine et quand j'eus congédié la vieille, je me mis à faire l'inspection des lieux. En fait de château, il y avait là un groupe irrégulier de rochers dont l'un attirait l'attention par sa hauteur, par sa position isolée et par sa configuration pour ainsi dire artificielle. J'en escaladai le sommet et je me trouvai fort perplexe, ne sachant ce qui me restait à faire. Pendant que je me livrais à mes réflexions, mes yeux s'arrêtèrent sur une étroite plateforme ménagée dans le côté est du rocher, à un yard environ au-dessous du sommet où je me trouvais assis. Cette plate-forme constituait une saillie d'environ dix-huit pouces, et n'avait guère plus d'un pied de largeur ; une excavation pratiquée juste au-dessus, dans le roc, la faisait ressembler grossièrement à l'une de ces chaises à dossier concave dont se servaient nos pères. Je n'hésitai point à penser que c'était là cette chaise du diable à laquelle il était fait allusion dans le manuscrit, et il me sembla que dès lors je possédais le secret de l'énigme.

Je savais que le bon verre ne pouvait désigner autre chose qu'une longue- vue, car le mot glass est rarement employé dans une autre acception par les marins. Je pensai donc qu'il me fallait prendre une lunette, et que je devais m'en servir dans une direction bien déterminée, n'admettant aucune variation. Je n'hésitai pas davantage à conjecturer que ces mots quarante et un degrés et treize minutes, et nord-est-quart de nord indiquaient la direction suivant laquelle il fallait pointer la lunette.

Vivement surexcité par cette série de découvertes, je regagnai mon logis en toute hâte, je me munis d'une longue-vue et je retournai à mon rocher.

Je me laissai glisser sur la plate-forme,

munis qu'il n'était possibk. d'y res-

jia que dans une position particulière.

Cette observation confirma mon idée préconçue. Je me mis alors en devoir de me servir de la lunette. Il va sans dire que les quarante c-: un degrés et treize minutes ne pouvaient se rapporter qu'à l'élévation au-dessus de la ligne d'horizon visuel, puisque la direction dans le plan horizontal était nettement indiquée par les mots nord-est-quart de nord. Cette direction, je la déterminai aussitôt à l'aide d'une boussole de poche ; puis je pointai ma lunette avec un angle approchant aussi exactement que possible de quarante et un degrés d'élévation; je la haussai ou l'abaissai tour à tour avec toutes sortes de précautions, dans le plan vertical, jusqu'à ce que mon attention se fixât sur une sorte d'ouverture ou de baie circulaire dans le feuillage d'un grand arbre que l'on voyait dans le lointain, dominant tous ceux d'alentour. Au milieu de cette ouverture, je discernai une petite tat lie blanche, mais ne pus tout d'abord reconnaître ce que c'était. Après avoir mis au point le foyer de ma lunette, je regardai de nouveau et je m'aperçus que c'était un • râne humain.

Cette découverte m'inspira assez de confiaiu e pourque le problème mesemblâtrésolu; car les mots : principale tige, septième branche, côté est, ne pouvaient se rapporter qu'à la disposition de la tête de mort sur l'arbre ; tomber pur l'œil gauche de la tête de mort ne comportaient de même qu'une seule interprétation, étant donné

qu'il s'agissait de découvrir un trésor enfoui

Je compris qu'il fallait laisser tomber

une balle de l'œil gauche du crâne, et qu'une

ibeille (autrement di1 une ligne droite)

• iu point i«: plus rapprot hé du tronc

•> im. i y . in balh c'( it-à-dire passant pai

l'endroit ou tomberait la bail i el prolongé)

nouante pieds

indiquerai! l'emplat emeni prêt is

m duquel il était vraisemblable!

.1 mon • en . qu'un tré 01 iiît «m or< i ofoui

'I ont | ela, dis j< • l me ni

- laii et < a mi me temp i Lng< nieu k iimpl< <:t loi t explicable Mai aprt i votre dépai i de VHÔU / dt VÊVi qtn , qu'a^ i

Lut '

|< repérai ■> • c loin la po titiou di

l'arbre et je revins au logis. Du moment où je fus hors de la chaise du diable, l'ouverture circulaire disparut, et j'eus beau me retourner de toutes les façons, il me devint dès lors impossible de l'apercevoir. Ce qu'il y a de plus ingénieux dans tout ceci, à mon sens, c'est ce fait, qui m'a été confirmé par des expériences réitérées, c'est ce fait dis-je, que l'ouverture circulaire ne peut être aperçue d'aucun point accessible, autre que l'étroite plate-forme située sur le flanc du rocher.

Dans mon exploration à l'Hôtel de l'Évêque, j'étais accompagné de Jupiter, qui avait sans doute, depuis quelques semaines, remarqué mon air absorbé, et qui prenait grand soin de ne pas me laisser seul. Mais te lendemain, je me levai de très bonne heure ; je réussis à lui fausser compagnie, et je m'enfonçai dans les collines à la recherche de mon arbre. J'eus beaucoup de peine à le retrouver. Revenu chez moi, à la nuit tombante, je vis Jup qui s'apprêtait à me donner du bâton. Quant au dénouement de cette aventure, je pense que vous êtes aussi bien fixé que moi à cet égard.

— Je présume, dis-je, que si vous vous êtes trompé quant à l'emplacement exact lors de notre première fouille, ce fut par la sottise de Jupiter, qui avait fait glisser le scarabée par l'œil droit, et non par l'oeil gauche du crâne.

— Précisément. Cette sottise entraînait une erreur d'environ deux pouces et demi quant au point de chute de la balle, c'est-àdire quant à la position de la i b< \ ille la plus voisine de l'arbre : el si te trésor avait dû 9e trouver sous i e point-là, L'erreui .un. m été de peu d'importance; mais la balle ainsi que le point le plus proche du tronc a'étaienl que deux points destinés à di tei

miner une ligne de dire a Naturelle-

iiM-ni ici i*-ni , bi. ii qu'insignifiante au poinl dedi part b'i tissait à mesure que l'on prolongeait i.i ligne et loi que noir, eûmes part oui ii i inquante pieds, non étions o un pi t. mi ut fourvoyés N'eût étt cette idét profond* iiM-iit .un n e dans ma < ervelle, qu'il j .i\ ail là quelque I réBoi t a< hé, tout uot re travail eût étt probablement en pure pei !<■

m. h . votre ton Inspirt etcetaii Bolennel a < ■ lequel vous mar< biez en lai tant tout ..in insecte, qui ignifiait ut et bi

g> LE SCARABÉE D'OR

zarreries ? J'étais persuadé pour ma part crue vous étiez devenu fou. Et pourquoi ivez-vous insisté pour que Jupiter fît tomaer le scarabée au lieu d'une balle ?

— Eh bien, pour être franc, je me sentais quelque peu mortifié des soupçons jue vous ne dissimuliez guère au sujet ie mon état mental. J'ai voulu m'en venger i ma façon par un peu de mystification Dien inoffensive. C'est pour cette raison ]ue je faisais tournoyer l'insecte et que j'ordonnai à Jupiter de le faire tomber lu haut de l'arbre. La remarque que vous iviez faite aii sujet de son poids m'avait mggéré cette dernière idée.

— Oui, je comprends ; et à présent, il l'y a plus qu'un détail qui me tracasse.

Que faut-il penser des squelettes que nous avons trouvés dans la fosse ?

— Quant à cela, je n'en sais pas plus que vous. Je n'entrevois guère qu'une explication plausible et cette explication supposerait une atrocité assez peu ordinaire. Il est évident que Kidd, — si c'est véritablement Kidd qui a caché ce trésor, ce qui pour moi ne fait pas l'ombre d'un doute, — il est évident que Kidd a dû se faire aider dans cette opération. Mais, le travail achevé, il a pu juger bon de se débarrasser de gens qui possédaient son secret.' Deux bons coups de pioche ont dû suffire pendant que ses acolytes étaient occupés dans la fosse. Peut-être en fallut-il une douzaine. Qui nous le dira ?

Dessin de J. win

L AFP \iki. in LA 1

lit ,i la main mi fort gourdin </- chêne, mais ne paraissait pa

(i i ,n un . (/'. 55).

L'AFFAIRE DE LA RUE MORGUE

|*. Quelle chanson (limitaient les Sirènes.' ou quel nom. avait pris Achille quand il se cachait parmi les femmes? — Questions embarrassantes, certes, mais qui ne sont pas inaccessibles à toute conjecture.

Sir Thomas Bro\vne.

Les facultés intellectuelles que l'on appelle analytiques sont en elles-mêmes bien peu susceptibles d'analyse. Nous ne les apprécions que par leurs effets. Nous saxons d'elles, entre autres choses, qu'elles sont toujours, pour celui qui les possède à un degré au-dessus de l'ordinaire, une source de très vives jouissances. De même que l'homme robuste triomphe dans la conscience de sa force physique, et prend plaisir à des exercices qui mettent ses muscles en action, l'analyste se délecte dans cette activité spirituelle dont la fonction propre est de dégager l'inconnu. Il sc(complaît même aux occupations les plus triviales quand elles

ont pour effet de mettre en jeu ses talents. 11 est épris d'énigmes, de rébus, d'hiéroglyphes, montrant dans chacune de ses solutions un tel degré de pénétration qu'il apparaît comme surnaturel au regard du vulgaire. Ses résultats déduits par l'esprit et la subtilité de la méthode ont réellement tout à fait l'air de véritables intuitions.

Cette aptitude à la résolution des problèmes peut être fortifiée par les mathématiques, et spécialement par l'étude de cette très haute branche des mathématiques qui, de façon impropre, et uniquement en considération de sa méthode rétrograde,

est dénommée analyse comme si clic constituait l'analyse par excellence. Cependant, iler n'est pas analyser. Un joueur d'échecs, par exemple, fait l'unsanss'efforcer à l'autre. Il s'ensuit que le jeu d'échecs, dans ses effets sur l'intellect, est fort mal compris. Je n'écris pas ici un traité philosophique, mais je fais débuter le récit d'une histoire assez singulière par des observations jetées au courant de la plume et qui me serviront de préface. Je veux cependant saisir cette occasion de dire que les hautes facultés de réflexion intellectuelle sont plus nettement et plus utilement mises en œuvre par l'humble jeu de dames que par la futilité laborieuse des échecs. Dans ce dernier jeu, où les pièces ont des mouvements différents et bizarres, ainsi que des valeurs diverses et variables, la complexité, par une erreur assez commune, est réputée pour de la profondeur. L'attention y est fortement mise en jeu. Si elle fléchit un seul instant, une bévue est commise qui détermine un état d'infériorité ou la perte de la partie. Les mouvements possibles étant, non seulement nombreux, mais compliqués, les chances de telles bévues sont multiples, et neuf fois sur dix, c'est le joueur le plus capable d'attention, plutôt que le plus habile, qui triomphe. Aux daines, au contraire, OÙ la marche est unique et susceptible de peu de variations, les possibilités d'inadvertanon1 réduites au minimum, el la simple lac ulté d'attention trouvanl relativement ercei les a> antages obtenus par lui, .1. i joueui lonl dus uniquement à une plus grande perspicacité de sa part. Pour être moins abstrait, supposons une partie de dam< . où le nombr< des pièces est réduit à quatre dames, et où, naturellement ,au< une inadvei tan< e n'est I prévoir. Il est i lait qu'il i, la vii toire m p< ut être di |. i jou< ui ■ étant d '• ga ii Eorct que pai une i ombinai on Bubtile résultat de quelqui o ireux effort d'û I '

ordinairi i, l'ai . • ai I ni

dan ■ Vt ipi h di 'identifie

.'.eut d'un eu) i oup d'à il

■ a unique, moj i a qui e il

pai fois 'I une implii it< fri lant l'ab urd(

. auquel U peut l'am< aei â une faute on

l'induin < n qui \<\ ié< ompte,

bief a depui • longtemp la n puta •

tion de développer ce qu'on appelle la puissant e i ali ulatrice, et l'on a vu des hommes de l'intelligence la plus élevée y goûter des plaisirs en apparence inexplicables, et renoncer aux échecs qu'ils jugeaient futiles. Et de fait, il n'y a pas de jeu assurément qui exerce davantage les facultés d'analyse. Le meilleur joueur d'échecs de la chrétienté ne peut guère être quelque chose de plus que le meilleur joueur d'échecs ; mais la force au whist est un gage de succès dans les opérations les plus importantes où deux intelligences se trouvent aux prises. Quand je dis : la force au whist, j'entends parler de cette perfection dans le jeu qui consiste à embrasser toutes les combinaisons dont on peut tirer un avantage légitime. Ces combinaisons ne sont pas seulement multiples, mais encore complexes, et comme elles se dissimulent souvent dans les replis les plus obscurs de la pensée, elles sont hors de la portée des intelligences communes. Observer attentivement est une condition nécessaire pour se rappeler distinctement, et à cet égard, le joueur d'échecs, capable d'une attention concentrée, jouera bien au whist, car les règles de Hoylc, qui sont fondées elles-mêmes sur le simple mécanisme du jeu, sont suffisamment et généralement compréhensibles. Ainsi, po di-r une mémoire fidèle el se guider d'après le « livre », sont des points communément regardés comme étant toul ce qu'il faut pour bien jouet Mais c'est sur un terrain situé

au-delà des limites de la simple règle que

se mont ie l'habile ti de l'anal) ste. Il fait en il. -n. e quant ité d'obseï \ at ions dont il tire li . . onclusions. il en e il peut i tre de m me de ses partenaires, et la différence dans l'étendue i gn< ments obtenus ne

...n i te pa tant dans la \ aleui de3 i on . lusion - que dan - la qualité de l'obsen a t ion ( e qui impoi te, c'< I di avoir ce qu'il faut ob ei \ ei Mot re joueui ne se i onfine pa .lu tout dans un ordre détei mine d'obser-

\ ations, et qi lue le jeu en soit le pi in< ipal

objel il m doit pa ■ rejetei l< i dédui lions |.io\ enant de circon es au

jeu. I I examine la I onl.n.iiK e de OU pal 1e-

ii. m. la . omparant oigm u eme il

d( es adversain 11 considère i om-

ment II . |"ii' m groupont lein - l

..un, il . ompti IOUA Mil lOI

CE MATIN, VERS TROIS HEURES, LES HABITANTS DU QUARTIER SAINT-ROCH FURENT TIRES DE LEUR SOMMEIL PAR DES CRIS TERRIFIANTS (P. 39).

'.:■, CONTES ÉTRANGES g

atouts et les honneurs d'après les regards que leur accordent ceux qui les reçoivent. 11 note tous les changements de physionomie pendant la marche de la partie, se constituant ainsi tout un capital de menues remarques d'après différentes expressions de certitude, de surprise, de triomphe ou de désappointement. A la façon de ramasser une levée, il devine si le même joueur est en mesure d'en faire une autre par la suite. 11 reconnaît ce qui est joué par feinte à la façon dont cela est jeté sur la table. Un mot échappé ou involontaire, une carte qui tombe ou qu'on retourne accidentellement, l'expression d'inquiétude ou d'insouciance qu'on met à la cacher ; la façon de compter les levées, l'ordre dans lequel on les range, l'embarras, l'hésitation, la vivacité, l'agitation, — ■ tout fournit à son diagnostic, en apparence intuitif, — des indications sur l'état des affaires. Les deux ou trois premiers tours une fois joués, il connaît à fond ce qui est dans chaque main, et à partir de ce moment, il jette ses cartes avec une pré) ision aussi absolue, en vue du but qu'il se propose, que si les autres joueurs jouaient tes <l< < ouvertes.

La faculté analytique ne saurait être ( onfondue ave< la simple ingéniosité; car tandis que l'analyste est nécessairement Ingé* Dieux, l'homme ingénieux, est parfois remarquablement incapable d'analyse. Le pouvoir de consti une ou de combiner, par lequel l'ingénio ité .se manifeste d'ordinaire, el auquel les phrénologw i ont assigné, à tort, selon moi un organe spé< ial, le < onsidéranl « orn me une fa< ulté pi unordi.de a l'.n a i hei d<

dont l'intelligence confine â l'idiotie dan un nombre de < as Buffisanl pour .i j>|k-l'i i attention général des ê rivain i I

ologui i nt pb l'ingénio ilté el la

Uv ulté analytique, U Eai1 une

diii-' ren< <• beaui oup plus grande qu'entre

la Cantal le et l'imagination, mais une

différent i d'un i anu b ra ab olument am

i a en ommi que l'homme

ijoui i • apabb da Cantal la

<t que le véritabli Imaginatii n'a I [amaii

•mi 1 1 « . ho e qu'un ans

I • récit qui \ s un re era poui le ta teui

quelque < ho e i ommi ommentairi

nai ure ■' mettre en lumii re l< i on idi ra tion qu< je » ien d't aom et

En résidence à Paris pendant le printemps et une partie de l'été de 18.., je fis la connaissance d'un certain C. -Auguste Dupin. Ce jeune gentleman étaiL d'une excellente famille, d'une famille illustre même; mais toute une série de malheurs le réduisirent à une telle pauvreté que l'énergie de son caractère avait succombé sous le poids et qu'il cessa de se pousser dans le monde et de prendre souci de rétablir sa fortune. Grâce au bon vouloir de ses créanciers, il resta en sa possession quelques bribes de son patrimoine, et sur le revenu qu'il en tirait, il fit en sorte, au moyen d'une scrupuleuse économie, de s'assurer le nécessaire pour vivre, sans se préoccuper du superflu. Les livres, en réalité, étaient son seul luxe, et à Paris, on se les procure si facilement.

Notre première rencontre cm lieu dans un modeste cabinet de lecture de la rue Montmartre, où le hasard voulut que nous recherchions tous deux un même volume très rare et très remarquable, et ce l.iit amena entre nous les plus étroites relations. Nous nous revîmes mainte et mainte fois. Je fus profondément intéressé par ses histoires de famille qu'il me détailla avec toul l'abandon

ingénu qui caractérise la Français quand

il est amené à parler de Bes petiti affaire Je fus également émerveillé de la vaste i u udua 'i' i loi ' ure el pai dessus tout, je me sentis entraîné par l'impétueux enthousiasme et la vive fraî< heur de son Imagi

nation. Etant donné l'objet des éludes qui

m'intéressaient aloi i à l 'ai \s, je sentis que

la société d'un tel homme mi.hI pour moi

un 1 1 « "i inappn i iable, et je lui ha pai I en toute i onfiani e, de i ette manière de n où il fut, à la longue, dé» ld< que nous habite

rions ensemble tOUt le temps de mon léJOUl

a l 'a 1 1 < i i omma mes affaires i taient quel que peu moin i embai ra m e - que les siennes, il ma fut permis da prendre a me ■ frais le soin da louai et da meublei , dan i un stj le qui i on\ nit a la 1 1 1 h e fantaaqua da uot re tempérament i ommun, une | et Ita ma di u< ta i ' blxai ra abandonm i depui longtemps en raison d< upei il il ions que ne i hen hftmi pa A i onnattre, une mai on tombant prei qui en i uine dan • une partie écai ■ ilitaire du fauboui -

I a i main.

1 ■AFFAIRE DE LA RUE MORGUE

Si le traintrain de notre existence en ce logis eût été connu du monde, on nous aurait considérés comme fous, — ■ peut-être, espércns-le, — fous d'une nature inoffensive. Notre réclusion était complète. Nous ne recevions aucune visite. En fait, le lieu de notre retraite avait été caché comme un secret à mes anciens camarades, et il y avait des années que Dupin avait rompu avec toutes ses relations parisiennes. Nous n'existions que l'un pour l'autre.

Par un caprice fantasque de mon ami (car quel autre nom donner à cela ?) il aimait la nuit pour elle-même ; et je cédai volontiers à cette bizarrerie, comme à toutes les autres, me laissant aller avec le plus entier abandon à la remorque de ses singulières lubies. La sombre déité ne pouvait pas demeurer perpétuellement avec nous, mais nous en faisions une contrefaçon à notre usage. Aux premiers rayons de l'aurore, nous fermions tous les massifs volets de notre vieille bicoque, nous allumions une couple de bougies fortement parfumées qui ne jetaient qu'une lumière très pâle et très faible. Au sein de cette clarté, nous livrions nos âmes à leurs rêves, lisant, écrivant ou causant jusqu'à ce que nous fussions avertis par l'horloge de l'arrivée de l'authentique Nuit. Alors, nous sortions, dans les rues bras dessus bras dessous, poursuivant les sujets de conservation de la journée, errant jusqu'à une heure avancée, cherchant parmi les caprices d'ombre et de lumière de la populeuse cité les innombrables occasions d'excitation intellectuelle que peut fournir l'observation dans le calme de la nuit.

En ces circonstances je ne pouvais m'empêcher de remarquer et d'admirer, — quoique, de sa somptueuse intelligence, je fusse préparé à tout attendre. — l'aptitude particulière de Dupin en vue de l'analyse. Il semblait même prendre un ardent plaisir à l'exercer, — sinon à en faire étalage, — et n'hésitait pas à confesser le plaisir qu'il y trouvait. Il se vantait à moi, avec un petit rire intérieur, que la plupart des hommes, au regard de lui, avaient une lenêtre à la place du cœur, et il avait coutume d'appuyer de telles assertions sur des preuves topiques et vraiment saisissantes qui établissaient la. connaissance intime

de mon moi. Ses manières à ces momentslà étaient froides et distantes, ses yeux étaient vides d'expression, tandis que sa voix qui, d'ordinaire, était d'un riche ténor, montait jusqu'à l'aigu et eût donné une impression de volubilité sans la circonspection et l'absolue netteté de l'articulation. L'observant dans cet état, je m'arrêtais souvent-à "méditer sur le vieux système philosophique/de l'âme bi-partite, et je m'amusais à concevoir un double Dupin, — le créateur et l'analyste.

Qu'on n^suppose pas, d'après ce que je viens de/dire, que je vais dévoiler quelque mystère ou écrire quelque roman. Ce que j'ai décrit dans ce Français était l'effet d'une intelligence surchauffée ou peut-être .morbide. Mais le caractère de ces remarques, à l'époque dont il s'agit, sera mieux précisé par un exemple.

Une nuit, nous flânions le long d'une rue sordide dans le voisinage du Palais- Royal. Occupés l'un et l'autre, semblait-il, par nos pensées respectives, nous n'avions pas prononcé une syllabe depuis quinze minutes au moins.

Tout à coup, Dupin s'écria :

— C'est un bien petit nabot, en effet, et qui ferait mieux au théâtre des Variétés.

— Cela ne fait pas de doute, répondis-je inconsciemment, et sans remarquer tout d'abord, (tant j'étais absorbé dans mes réflexions,) l'extraordinaire façon dont ces paroles tombaient d'accord avec mes pensées. Au bout d'un instant, je m'en rendis compte, et mon étonnement fut profond :

— Dupin, dis-je gravement, voilà qui dépasse ma compréhension. Je ne rougis pas de dire que je suis stupéfait, et j'ai peine à en croire mes sens. Comment est-il possible que vous sachiez que je pensais à.... ? »

Ici je m'arrêtai pour bien mettre hors de doute qu'il savait réellement à qui je songeais.

— ■ ... A Chantilly dit-il, pourquoi vous arrêtez-vous ? Vous remarquiez en vousmême que l'exiguïté de sa taille le rendait impropre à la tragédie.

C'était de la façon la plus précise le sujet même de mes réflexions. Chantilly était un ex-saveticr de la rue Saint-Denis qui. pris de belle passion pour le théâtre, s'était attaqué au rôle de Xerxès, dans la tragédie

de Crébillon qui porte ce nom, et n'y avait gagné que de se faire outrageusement tourner en ridicule.

Au nom du ciel, dites-moi la méthode, si méthode il v a, par laquelle vous avez pu, dans l'espèce, pénétrer ainsi jusqu'au tréfonds de mon âme »

En réalité, j'étais encore plus saisi que je ne voulais en avoir l'air.

t le fruitier, répondit mon ami, qui vous a amené à conclure que ce raccommodeur de semelles n'a point la taille suffisante pour jouer Xerxôs, et id genus <»nnc{i ).

— Le fruitier! Vous me surprenez, je ne connais aucun fruitier que ce soit.

— L'homme qui s'est jeté contre vous en courant comme nous entrions dans cette rue, il y a environ quinze minutes.

Je me rappelai, en effet, qu'un fruitier, portant sur la tête un grand panier de pommes, avait failli me jeter par terre par pure maladresse, comme nous passions de la rue ('... à celle où nous nous trouvions; mais qu'y avait-il là de commun avec Chantilly, voua < <• qu'U ne m'était pas possible «le « omprendre.

Il n'y avait pas le moindre charlatanisme dans le ( as de Dupin : « Je vais vous expliquer <c|; , dit-il, e1 pour <|"(; vous puissiez

comprendre le toul plus clairement, nous

allons d'abord remonter i<- cours de vos

pari ii' du moment ou je \ un .

ai adre lé la parole jusqu'à votre rem on1 re

le fruitier dont il s'agit. Les chaînons

j. plu aillants de la lent,

ainsi l hantilly, Orion, Epicure, s/i tomie, Ut pa

Il y a peu de pei onne qui, •< un moment queli onque de leui exi iten< e ne ••<• Boient ■ tap pai "u i« m propre intelligi ■ " neminée

poui aboutii a quelque i ont lusion pai fci- , niière Cett< oo upat • enl pleine

d'intt !• ' et ■ < lui qui s'y i taie pour la première toi t est < tonm p»i l'éloignemenj <-n appareni e illimité el l'ab ten< e de toul i,i). port \ i ible < litre le point .i< dépai t i I le point d'arrivée. Qu'on imagine don. ma Ea< non d'entendre mon Françai i parlei . omme il venait de le Caire el m'obligei .1

( i ) Et tout .. 1 1 1 1 > rôli i

reconnaître qu'il avait dit l'exacte vérité Il continua :

— Nous avions parlé de chevaux, si j'ai bon souvenir, au moment précis où nous quittions la rue C... Ce fut notre dernier sujet de conversation. Comme nous entrions dans cette rue-ci, un fruitier, avec un grand panier sur la tête, nous frôla précipitamment, et vous fit reculer vers un tas de pavés qui se trouve à un endroit où la chaussée est en réparation. Vous avez mis- le pied sur un des blocs détachés qui vous fit glisser ; vous vous êtes légèrement tordu la cheville ; vous avez eu la mine vexée et de mauvaise humeur; vous avez grommelé quelques mots, et après avoir jeté un coup d'œil en arrière sur le tas de pavés, vous avez repris votre chemin en silence. Je n'étais pas d'une façon particulière attentif ce

que vous faisiez, mais l'obse „uon est devenue depuis longtemps pour moi une sorte de besoin. Vous gardioz les yeux fixés à terre, regardant avec un certain agacement les trous et les ornières du pavage (je voyais donc bien (pic vous y pensiez encore), jusqu'à ce que nous atteignîmes le petit passage Lamartine, qui a été pavé, à titre d'essai, avec des blocs de recouvrement assemblés l'un à l'autre, [ci, votre

figun i ua, et en vo\ .ml VOS I

remuer, |<- ne pus douter .pie nous niui

muriez le mot stéréotomie, - un terme tort pédantesque qui désigne « e mode de p.i\ âge. Je s.i\ ais que vou s ne pom iez pronom er eu \ ous-même le mot de béréo tonne i sans être amené à songer aux atomes, , i par tut.' .m ■ - bème d'Epi are . i omme lors de la discussion que nou ■ eûme ujel H n'y .i pas bien longtemp je \ oua i.ni remarque! . à titre de > m io ité i e fait ingulier que, malgré le peu d'étendue

, onnai an< e • ■•> lentifique le • i ; philo ■ avait < mi • bui i e point

de \ ague conje turea qui I rou> aient l< ai pleine i onfii mat ion dur. la plus rét enta

1 1 1 • ..il. ... mog qu< m le n< bul< u i

pre ■ 1 1 1 1 . que vou i ne poui riei vou ■ empe- . iin de lei er les yeux > ei • la grande nébui, u e d'< 'i Ion, • i je m'at tendai • a> et i ei lit u. i.- .i • e que vou . le G iez. Vous n'y avez pa • manqui . et l'étai i assuré, dès lors, de \ ou ■ .i \ "u t ica1 t- in. ut ui\ i. pa ■ â pa ■

L'AFFAIRE DE LA RUE MORGUE

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