CHAPITRE XI
Un Intermède
Laissons maintenant pour un moment I. Hoopdriver dans la sombre rue du 'ord, à Midhurst, et revenons aux deux ersonnes arrêtées près du pont du cheîin de fer entre Milford et Haslemere.
L'une d'elles était une jeune fille de dixuit ans, brune, aux traits fins, aux eux brillants, éclairant le visage aux )ns chauds. Ses yeux ne prenaient que lus d'éclat sous les larmes dont ils taient noyés.
L'homme avait trente-trois ou trenteuatrc ans. Il était blond. Son nez un eu trop long descendait jusque sur sa loustache claire. Ses yeux étaient d'un leu pâle, et son crâne bombé. Il se telit debout, les pieds un peu écartés, 13 main sur la hanche, dans une attiîdî qui dénonçait à la fois la défense : l'agression.
Le groupe suivit des yeux Hoopdriver isqu'à ce qu'il ne fût plus en vue.
RENTREZ ÇA! DIT M. HOOPDRIVER EN S'ARRÊTANT ET FAISANT FACE AU TENTATEUR (P. 49).
Cette interruption inattendue avait tari le flot des larmes.
L'homme caressait son épaisse moustache et regardait avec calme la jeune fille, qui continuait à détourner la tête, étant fermement résolue à ne point parler la première.
— Votre conduite attire l'attention sur vous, remarqua-t-il enfin.
Elle se tourna vers lui, les yeux enflammés, les joues empourprées, les poings serrés.
— Oh ! indigne personnage, dit-elle d'une voix étranglée, en frappant la terre de son petit pied.
Puis elle se tut, haletante.
— ■ Indigne personnage ! Ma chère enfant, il se peut que je sois un indigne personnage. Oui donc ne le deviendrait pas ? Pour vous...
— Chère enfant! Comment avez-vous l'audace de me parler ainsi ? Vous...
— Te ferais tout au monde...
— Oh!
Il y eut un instant de silence.
Elle le regarda bien en face, les yeux brillants de colère et de dédain, et peutêtre rougit-il un peu. Il caressa sa moustache et, avec un effort, parvint à conserver son sang-froid effronté.
— Soyons raisonnables, dit-il.
L'ÉTRANGE AVENTURE
- — Raisonnables ! Cela signifie tout ce qu'il y a en ce monde de bas, de lâche, de grossier.
— Vous voilà bien comme toujours, avec votre façon de généraliser. Mais examinons les réalités de la situation, -î vous le voulez bien.
D'un geste impatient elle lui fit signe ■de poursuivre.
— Eh bien ! dit-il, vous vous êtes échappée.
— J'ai quitté mon domicile, rectifiat-elle avec dignité. J'ai quitté la maison parce que je ne pouvais plus y tenir, parce que cette femme...
— Oui, oui, mais le point principal, c'est que vous vous êtes enfuie avec moi.
— Vous ("tes parti avec moi. Vous prétendiez '-tic mon ami. Vous m'avez promis de m'aider à gagner ma vie en écrivant, ("'est vous qui avez dit: « Pourquoi un homme et une femme ne: seraientils point amis ? » Et à présent, vous osez... vous osez...
— Vraiment, Jessie, ces airs que vous prenez, cette innocence outragée !
— Je veux revenir. Je vous défends...
je vous défends de vous mettre en travers de ma route...
— Un instant! J 'avais toujourscru que ma petite élève avait au moins l'intelligence claire. Il y a néanmoins bien des choses que vous ne savez pas, n'est-ce pas ?
Écoutez-moi nu moment.
- Ne vous ai je pas <'< outé? El vous n'avez fait que m'insulter. Vous ne m'avez parlé que d'amitié, et insinué à peine quelque i hose de pins.
Oui, mai. VOUS a\<v | j
demi-mol tout de me me. Vous .i\ iez '
U •.. El ' i la ne vou .1 pa ai rêté<
Arrêtée ? Vous \ avez pris goût. Vous
hoir, ii /. l.i ( ho e amusante. Je vou \
aimais, el je ne pom ai \ ou le dire.
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I ont < ela vou l'av< z d jâ dit.
vou ju tiflei .un i ' < • n '■ ,i pa tout l 'ai pris mon parti, oui .. j'ai ré olu de rendre les< ban< e C'est ainsi qu< "KKêié
o tte fugue, je m'j ai a o< ii ji i inventé une o ui à Midhui t. fe vous
préviens, je n'ai pas de sœur. J'avais un but.
— Eh bien ?
— Celui de vous compromettre.
Elle tressaillit.
Cette façon de présenter les choses était toute nouvelle.
Pendant une demi-minute, tous deux restèrent silencieux.
Puis elle reprit d'un ton où il y avait du défi :
— Et je suis bel et bien compromise.
Naturellement... je me suis conduite comme une sotte.
— Ma chère enfant, vous êtes encore dans la période ensoleillée de vos dixhuit ans, et vous connaissez bien peu le monde, moins que vous ne croyez le connaître. Mais vous vous instruirez.
Avant d'écrire tous ces romans dont nous avons parlé, vous aurez à vous instruire. Voilà le premier point.
Il hésita.
— Vous avez tressailli et rougi quand cet homme, à déjeuner, vous a dit « madame. » Vous avez pris cela pour une erreur amusante, mais vous n'avez rien dit, parce qu'il était jeune et ému; cependant l'idée d'être ma femme choquait votre modestie. Vous avez fait semblant de ne point vous en apercevoir. C'est que, voyez- vous, je vous avais désignée sous le nom de Mrs Beaumont.
Il avail tout l'air de s'excuser en dépit de son attitude effrontée.
— Mrs Beaumont, répéta-t-il, en ti-
i.uit sa moustache eouleiir de lin, et remaniant l'effel produit.
Elle le regarda dans les yeux, interdite, muette.
fe m'instruis vite, «ht elle enfin, ave< lenteur.
Il (i ut le moment venu de la prendre j ,n les entiments.
[e [( . dit il en changeanl soudain de voix, je ai que toul < ela est ba . i I \ il Mais me croyez vous < apable d'avoii
combiné toul i plol ians avoù d'autre
objel !....
i Ue n'a\ ait pas l'aii d'écoutei et dit bru quement :
[e \ .n retoui n< i à La mai Aupn d
E M. HOOPDRIVER <3
La jeune fille fit une grimace.
— Songez donc, reprit-il, à tout ce l'elle pourra vous dire, après cela.
— En tout cas, je vais vous quitter ir-le-champ.
— Oui?... Et vous irez?
— J'irai n'importe où, gagner ma vie, re une femme libre, vivre indépeninte des conventions.
— Ma chère enfant, pas : grands mots. Vous n'a- :z pas d'argent. Vous avez pas de crédit. Pernne ne consentirait à ms recevoir. Vous n'avez îe deux alternatives: ou tourner chez votre belleère, ou... avoir confiance i moi.
— Comment le pouris-je ?
— Alors, il vous faut tourner chez votre belleère. Il se tut un instant, in de donner à cet arguent le temps d'agir par i-même.
— Jessie, je n'avais îllement l'intention de re ce que j'ai dit. Sur on honneur, j'avais per- 1 la tête quand j'ai parlé nsi. Pardonnez-moi, je jus promets...
— Comment puis-je me :r à vous ?
—Mettez-moi à 1 epreu- ;, je puis vous assurer...
n tout cas, revenez avec oi... Maintenant... nous rons été, certes, assez ngtemps sous l'ombre de :t horrible point.
— Oh ! laissez-moi réfléchir, dit-elle, i se détournant un peu de lui, et en jrtant sa main à son front.
— Réfléchir ? Voyons, Jessie, il est x heures. Conclurons-nous une trêve squ'à une heure?
Elle hésita, demanda ce que c'était l'une trêve, et finit par consentir. Ils montèrent à bicyclette, et partirent en lence, sous le grand soleil, par la lande.
Tous deux se sentaient fort mécontents, déçus.
Elle était pâle, éprouvait à la fois de la crainte et de la colère. Elle savait qu'elle avait donné dans un piège et cherchait en vain le moyen d'en sortir. Pour le moment elle ne pouvait se débarrasser l'esprit d'une comparaison grotesque entre le singulier crâne de son compagnon et une noix de coco, qui aurait été albinos ! De son côté, il sentait en elle de la résistance. Il reconnaissait que cette romanesque aventure de séduction devenait tout à fait banale.
En tout cas, chaque jouipassé de compagnie avec lui ne pourrait qu'avancer ses affaires. Peut-être les choses étaient-elles pires en apparence qu'en réalité : c'était déjà une consolation.