Vous les avez entendus
converser.
Les voilà qui filent côte à côte, dans la direction de Haslemere, — pas trop près toutefois l'un de l'autre; ils gardent un silence gênant.
Et ce chapitre tout à fait superflu sera consacré à ces curieuses petites chambres de leur crâne où tout un conseil fonctionne, où les mobiles sont examinés, où les actes sont discutés et votés.
Mais tout d'abord, ouvrons une païen-
thèse à propos de perruques et de fauss< s dents.
Certain plaisant, se fondant sur le nombre croissant des cas de calvitie et de vue basse, a prédit une perspective extraordinaire aux enfants des hommes.
L'homme, à l'entendre, serait une créature qui perd ses cheveux vers quarante ou cinquante ans.
Si, dit-il, nous remplaçons les cheveux par une perruque, nous comblons aussi toutes les autres lacunes de la nature.
Celui-ci est-il desséché, nous le ca] i tonnons.
Celui-là n'a-t-il plus de dents. Vite un râtelier, monté sur or.
Cel autre perd-il un membre? Noiife avons à sa disposition un beau membre artificiel tout neuf.
A-t-il une indigestion ? Nous ayons sous la main un liquide digestif artificiel soit bile, soit pancréatine, suivant te cas.
Des verres de lunettes tiennent lieu de cristallins hors de service et des tympans artificiels et invisibles sont placés dans les oreilles défaillantes.
Notre homme passait ainsi en revue notre charpente anatomique et finissait par non-, présenter une étrange machine toute faite de pièces et de morceaux, un simulacrum, un corps humain artificiel, auquel il ne restait plus et encore! qu'un germe de chair vivante, dissimulé quelque pari en ses profondeurs.
Voilà, selon lui, à quoi nous tendions.
Mais jusqu'à quel poinl peut-on pratiquer sur un corps ce procédé de substitution ?
Il fut un temps où les hommes a\ aient
m] li des désirs aussi naturels
que l( mi yeux, une 1 1 tite mai . raisonnable dose de philanthropie, une p< tite mai rai onnable dose d'amoui de leuj nil un . de goût poui le bi< n i tré, de la vanité i < rsonnelle dans nue proportion décente, une aine et suffi .11,0 t. ndan< e au < ombal , et aim i de
silite.
Maintenanl non . ■ ubi on di année ■ 1 1 di anné< d'< n i ignemenl el de di < ipline, et pai uite nou i mployot lire, et ;, Un en< ore, toul le temp qui
§> L'ÉTRANGE AVENTURE
nous laisse quelque occupation fiévreuse, bien propre ta détruire nos nerfs.
Lasuggestion quai i-Iivpnotiquc.la pédagogie, la suggestion par la chaire et par la scène, la suggestion par les li\res, la suggestion par les journaux, nous assiègent de toutes parts.
Ce sucre que vous mangez, on vous dit que c'est de l'encre, et aussitôt vous le crachez avec un suprême dégoût.
Cette noire potion de labeur sans salaire, c'est le vrai bonheur, nous l'avalons en manifestant tous les symptômes du plaisir.
Ibsen, dit-on, est ennuyeux à un point incroyable, et nous voilà bâillant et nous étirant sans contrainte.
Pardon, fait un interrupteur, Ibsen est profond et charmant.
lu non-, voilà rivalisant à qui se montrera le plus captivé.
Et si nous ouvrons les têtes de ces deux jeunes gens, nous n'y trouverons point un motif direct, nous y reconnaîtrons moins une âme qu'une sur-âme, un Zeit Geist (esprit du temps), un amas complexe d'idées acquises.
Cette jeune personne est toute décidée sa propre vie ; expression que vous avez sans doute entendue déjà.
( 'liant à l'homme, il a l'ambition suffisamment perverse d'être un personnage sans illusion, un artiste de l'espèce la pins inaccessible à l'émotion. Il se flatte entre antres choses de produire chez sa compagne l'éveil de la passion. Les manuels qu'il a étudies, lui ont enseigné que la passion a besoin d'être réveillée. Il sait qu'elle admire son génie,
niais il ne se doute pas qu'elle n'a aucune
d'admiration i our la conformation de "n i râne.
A Londres, il est critique d'aï I di itin
gui et a ren< on1 ré Jessie chez la 1 1 lèbre
■• re qu'elle a poui bell< mère, et
\ "il.i ' i eut vous les v o\ «v embarqués
pour les aventun
I I u\ en sont à la | '1 i Mil. le
du répertoire et vous a\ ez peutêtre pai exj i" i , que cette phase
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E M. HOOPDRIVER
ins une sorte d'isoleent voulu qui neproet rien de bon pour
marche normale de Iventure.
L'homme devine qu
agi trop précipitamment, mais il rit que son honneur est engagé.
i conséquence, sa rouerie romanesque rant bien perdu de son éclat, il médite
préparation d'un nouvel assaut.
Et la jeune fille ?
Elle n'en est point au réveil.
Ses déterminantes sont empruntées à s livres qui ont été écrits par un ndicat d'auteurs groupés au hasard, ■s romanciers, des biographes, sur 5 pages blanches de son inexpérience.
Elle est une sur-âme artificielle, qui •urrait bientôt éclater en laissant apervoir la véritable créature qu'elle est.
C'est une écolière qui s'intéresse plus veinent à un vieillard causeur qu'à un une homme dont la langue est parafée ; le fait d'être extrêmement forte
mathématiques, par exemple, ou de riger un journal quotidien, lui apparaît mme le but le plus beau auquel puisse étendre l'ambition d'une jeune fille.
Elle comptait sur l'aide de Béchamel >ur y arriver par la route la plus courte,
maintenant le voici à côté d'elle lettant des axiomes énigmatiques au jet de la passion, la regardant de l'air plus étrange, et même une fois, ce qui été son tort le plus grave, prétendant mbrasser.
En tout cas il s'est excusé.
Ainsi que vous le voyez, elle se rend à peine mpte de l'embarras où elle a été mise.