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CHAPITRE XIII La Rencontre a Midhirst

Nous avons laissé M. Hoopdriver à la porte de la petite boutique où l'on débite du thé, des jouets et du tabac.

N'allez pas vous imaginer que j'abuse du procédé des coïncidences si je vous apprends que la première maison après celle de Mrs Wardor, — ainsi se nomme la petite vieille dame aux yeux vifs chez laquelle M. Hoopdriver s'est arrêté. — est l'hôtel de l'Ange, et que c'est là à l'hôtel de l'Ange que M. et Mrs Beaumont, alias Béchamel et Jessie Milton étaient descendus, le soir même où M. Hoodpriver arriva à Mulhurst.

D'ailleurs, la coïncidence est des plus vraisemblables.

r> L'ÉTRANGE AVENTURE

En effet, quand on passe par Gueldford, on n'a pas à choisir entre un grand nombre de routes pour aller au sud.

( >n peut se rendre par Petersfield à Portsmouth, ou par MidhurstàChichester.

En dehors de ces grandes lignes, il ne reste plus que des routes secondaires pour gagner Petworth ou Pulborough, et des raccourcis dans la direction de Brighton.

Or, quand on arrive à Midhurst par le nord, on voit l'entrée de l'hôtel de l'Ange, toute prête à engloutir nos très distingués cyclistes, et tout à côté, l'engageante théière de Mrs Wardor, non moins attrayante pour ceux qui doivent compter avec leurs maigres ressources.

Mai-, pour des gens qui ne connaissent

très bien les routes du Sussex, — et

c'était le cas pour les trois personnages de

ce récit, — la rencontre ne devait pas

apparaître comme aussi inévitable.

Béchamel s'aperçut le premier de leur rapprochement pendant qu'il assujettissait sa chaîne, dans la cour de l'Ange, après le diner.

Il vit Hoopdriver passer lentement devant l'hôtel, la tète auréolée de fumée de cigarette, et disparaître dans la rue montante.

Immédiatement une nuée de soup-

çons indécis et inquiétants, qui s'étaienl

dissipés en partie pendant la journée,

reparurent < I se < ondensèrent en une

m ion pré< i e.

Bé< hamel mit a < lei anglaî e dan a po( li'-, fran< liit 1 .11 c lie et pa ;sa dans la me, pour régler l'affaire séance tenante, ( ai il se piquait de dé< ision.

Hoopdrivei i promenait, tout simplement , et il e rencontrèrent face a l.i< i

A la v ne d< "M advei saire, Hoopdrivei hésita entre mie moue de dégoûl et une envie folle d'é< lad : de i ire. Son animoité en tomba du < oup.

. : ' \ '.M . voilà ein ore ' dit il avec

un un <|iu 'Minait faux, à l'adresse d'un

lia ard plein de malice.

L'homme eu mai ron l 'ai rêta i "m i en le e de .M. H""i drivei en |<- regardanl

,' ut.

. ionomie pi m une expresion de menai e < ontenue.

— Vous apprendrai-je quelquechose de nouveau, lui dit-il avec une infinie politesse, en vous faisant remarquer que vous nous suivez ?

M. Hoopdriver, pour quelque raison inconnue, résista au besoin de s'excuser qui était dans son caractère.

Il tenait à agacer l'homme en marron et une phrase qui s'était gravée dans sa tête, à la suite de quelque représentation théâtrale, monta fort opportunément à ses lèvres :

— Depuis quand, dit M. Hoopdriver en mesurant ses mots, mais en articulant la phrase d'un ton de bravoure, depuis quand avez-vous acheté le comté de Sussex ?

— Puis-je vous faire remarquer, dit l'homme en marron, que je trouve des inconvénients... que nous trouvons des inconvénients... non seulement à ce que vous vous trouviez dans notie voisinage, mais encore... vous avez l'air de nous suivre, dans un but...

— Vous pouvez toujours, dit M. Hoopdriver, faire volte-face, et vous en retourner par le chemin par lequel vous êtes venus.

— Oho ! dit l'homme en marron, ça y est ! c'est bien ce que je pensais.

— Vous dites 'J fit .M. Hoopdriver, «ai train de se noyer, mais faisant i< le courageu: i ment à l'inconnu.

( >iî don< l'homme en marron voulait-il tai venir ?

Je Vois, dit son interlocuteur. Je

i nu- doutais déjà, façons changèrent brusquement pour faire place a des airs amicaux mais soupçonneux...

— Oui, un mot en particulier. Vous \ oudrez bien, j'esp re, m'a< i ordei dû minutes.

l ii horizon de choses extraordinaires s'om i il devant M. 1 foo] di ivei Poui qui l'homme le prenait il ? Voilà enfin qui

('•lait de la réalité. 1 1 hé Ha Puis il pensa

a une phrase admirable :

Vi ai i avez quelque i ommunical ion...

Appelons cela une communication, i. pliqua l'autre

h pni VOUS d ei dix minutes,

ut ave< dignité M. Hoopdi ivei .

DE M. HOOPDRIVER <g

— Par ici, dit l'homme en marron, et ils descendirent lentement la rue du Nord, dans la direction de l'école primaire.

11 y eut un silence, peut-être de trente secondes. L'homme caressait nerveusement sa moustache.

L'instinct dramatique était maintenant tout à fait éveillé chez M. Hoopdriver. Il ne comprenait pas très bien dans quelle intrigue on l'entraînait, mais il s'agissait évidemment de quelque chose de sombre et de mystérieux.

Le docteur Conan Doyle, Victor Hugo, Alexandre Dumas, étaient certes des auteurs à la portée de M. Hoopdriver et ce n'était pas en vain qu'il les avait lus .

— Je serai tout à fait franc avec vous, dit l'homme en marron.

— La franchise est toujours la meilleure ligne de conduite, dit M. Hoopdriver.

— ■ Eh bien ! alors... qui diable vous a chargé de cette affaire ?

— ... M'a chargé de cette affaire ?

— Ne faites pas la bête. Quel est votre patron? Oui vous a pris à son service pour cette besogne ?

— Mais... dit M. Hoopdriver, abasourdi, non, je ne puis dire...

— Est-ce bien sûr ?

L'homme en marron lança un regard significatif sur sa propre main.

M. Hoopdriver suivant machinalement ce regard, aperçut le contour guilloché d'une pièce d'or, qui reluisait au demi-jour.

Les commis de magasin sont au-dessus du pourboire, mais juste d'un cran audessus, de sorte qu'ils montrent à cet égard une susceptibilité très vive.

M. Hoopdriver rougit beaucoup, et ses yeux rencontrant ceux de l'homme en marron exprimaient la colère.

— Rentrez ça ! dit M. Hoopdriver en s'arrêtant et faisant face au tentateur.

— Quoi ! dit l'homme en marron, surpris. Eh bien ! En attendant, la pièce disparut dans la poche de la culotte.

— Alors, vous vous figurez que je me laisserai corrompre ? dit M. Hoopdriver dont l'imagination amplifiait rapidement la situation. Parbleu, c'est pour le coup que je vais vous suivre !

— Mon cher monsieur, dit l'homme au

complet marron, je vous demande pardon.

Je me suis mépris sur votre compte. Vraiment, je vous demande pardon. Reprenons notre promenade. Dans votre profession...

— Qu'est-ce que vous avez à redire à ma profession ?

— Eh ! vous le savez du reste. Il y a des détectives d'un rang inférieur, des fileurs. Toute la séquelle. Renseignements confidentiels. — Je ne m'imaginais pas.

J'espère bien que vous passerez pardessus ce qui était, après tout, vous le reconnaîtrez bien... une indiscrétion toute naturelle. Les gens d'honneur ne sont pas si communs que cela en ce monde... dans quelque profession que ce soit.

Il était heureux pour M. Hoopdriver qu'à Midhurst on n'allumât point de réverbères en été; sans cela celui qu'ils dépassèrent l'eût trahi.

En tout cas, il se vit obligé de porter promptement la main à sa moustache pour dissimuler l'envie démesurée de rire qui surgit en lui par vagues bouillonnantes.

Malgré l'obscurité, Béchamel devina un rire étouffé, mais il s'expliqua cela par les mots « gens d'honneur «qui avaient diverti son interlocuteur.

— Il marchera, bon ! se dit à part Béchamel. Il veut me faire aller jusqu'au billet de cinq livres.

Il toussa.

— Je ne vois pas qu'il y ait quelque chose de blessant pour vous, à vous demander le nom de celui qui vous emploie.

— Vous trouvez ? Moi je le trouve.

— Comme vous êtes vif ! fit Béchamel d'un ton de connaisseur. Maintenant voici l'affaire, telle que je veux vous la présenter... réduite à sa plus simple expression. Vous n'aurez qu'à ne pas répondre si ça ne vous convient pas. Si je vous dis ce que je tiens à savoir, il n'en peut résulter aucun inconvénient.

Est-ce moi, ou est-ce miss Milton que vous êtes chargé de filer ?

— Je ne suis pas de ceux qui se laissent tirer les vers du nez, dit M. Hoopdriver, éprouvant une joie immense à garder le secret qu'il ne connaissait pas.

Miss Milton, c'était son nom.

|> L'ÉTRANGE A VEh i i RE

Peut-être l'homme dirait-il quelque chose de plus ?

— Vous perdez votre temps à vouloir me faire parler. Est-ce à cela que vous voulez en venir ? continua M. Hoopdriver.

Béchamel avait une haute idée de ses talents diplomatiques.

Il tenta de saisir au vol une indication par l'appât d'une confidence..

— Je tiens qu'il y a deux personnes intéressées à surveiller cette affaire.

— Quelle est la seconde ? dit M. Hoopdriver d'un ton câline, mais en comprimant avec un immense effort intérieur l'estime qu'il s'accordait à lui-même.

« Quelle est la seconde ? » était, pensait-il, un vrai coup de maître.

— Il y a ma femme, et sa belle-mère.

— Et vous voulez savoir de laquelle il s'agit. Eh bien, dit M. Hoopdriver, incapable de maîtriser plus longtemps son exaltation, et répondant du tac au tac. Eh bien ! c'est de toutes deux.

— Je donnerais un billet de banque de cinq livres pour connaître exactement la vraie situation.

— Je VOUS ai dit de rentier ça, lit .M. Hoopdriver d'un ton menaçant.

Et prenant un air superbement mystérieux pour dire une chose qui et. m La vérité même :

— Vous ne savez pas du tout à qui vous avez affaire, mais vous l'apprendrez.

Il parlait avec une telle conviction qu'il était sur le point de croire à l'existence de son bureau de renseignement 3

dan- Bakei -tiret .

Là se tei mina l'entrer ue.

Bé« hamel, fort troublé, retoui na à

Au diable le dé tei tives ! pestait-il.

Quant à Hoopdriver, les yeux arrondis, un ourire d'étonnement aux lèvres, il continua .1 promenade jusqu'à L'endroit où Li eau du moulin miroitaient an • Lait de lune.

Pui , apri avoii médité un certain temp , ;•' 1 <>ii<i/ m Le pat apet <ln pont .

tout en UU Liant pai int< 1 \ ail. R

gnemenl < onfidi nt tel «célébrité de di 1 1 rétion et aul re expri ion de 1 1 p are H r< • mi à La ville, en mettant du m\ -.tère in < 1 1 m dan ta façon de mai( hei .

M. Hoopdriver était en proie à cette sorte de jubilation qui s'exprime par le soulèvement des sourcils et des siffiotements étouffés.

Il en oublia quelque temps les larmes de la jeune dame en gris.

Pour un nouveau jeu, c'était un nouveau jeu, un vrai nouveau jeu!

M. Hoopdriver dans le rôle d'agent <le police privée ! devenu un autre Sherlock Holmes et tenant en observation ces deux personnes !

Il s'éloigna du pont à pas lents jusqu'à ce qu'il se trouvât vis-à-vis de VAnge et resta là debout pendant dix minutes au moins, à contempler cet établissement, à jouir de toutes les sensations étranges que comporte cette situation merveilleuse, mystérieuse, terrible.

Le moindre incident allait occuper sa place dans le système qu'iléchafaudait. Il avait naturellement, par une sorte d'instinct, adopté le travestissement de cycliste, et comme moyen de locomotion, il avait lait main-basse sur la première vieille mécanique venue. Puis il s'efforça de se rendre compte exactement de ce

qu'il était en train d'es| ionner.

— Ma femme... sa belle mère.

Ensuite il se rappela les yeux baignés de larmes.

Soudain survint un îlot de colère qui h- surprit, emporta Les prenûères assises du rôle '1'- détective et le laissa redevenu

M. I lOOpdl l\(T tollt (OUI t.

Cet homme en marron. ave< se-- nia

ai re confiantes, ce demi-souverain il

facilement soi 11 (que le diable IViiip.'i te1!

('('■tait un pas grand'» li" e, car pourquoi 1 ion\ .ut U iii.niN ais qu'on eut l'oeil

sur lui '

[1( tait mai Lé I E Lie n'était pas sa Bœur !

1 1 comment ait à tprendre,

1 n hon ible s( iU] içon de la sit nation 1 d< Lnait d m la tête d M l loopdi lv©l , 1 et tainement Les 1 ho e n'en 1 taienl pa .n 1 n êe Là M 1 tait déti ctive. M é< lain irait < 1 la, < omment (allait 11 b'j prendre ?

DE M. HOOrpRTVER «5

A DE LONGS INTERVALLES, UN PROMENEUR ATTARDE RENTRAIT A GRANDS PAS LES ÉCHOS (P. 52).

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