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CHAPITRE XVII

I 'IN i i RM] mi- l'i M RB] rON.

Ici, grâ< e a l.i magnifique institution du ommeil se produit une nouvelle interruption dans l'aventure

Voici ces ah iurde jeunes gens bien tapis sous leurs corn ei I are la tête pleine

DE M. HOOPDRIVER €

de brillantes sottises, sans doute ; par exemple, la suite de l'aventure n'est point sujette à de nouvelles complications qui les obligeraient à quelque initiative, durant les huit heures au moins qui vont suivre.

Voici la jeune fille, — Mme Lynn Linton (') seule est capable de dire où s'arrêteront les jeunes filles de notre temps.

— Elle est en compagnie d'un homme qui lui est absolument inconnu, homme de basse extraction, à la parole commune.

Elle n'a point de chaperon, mais elle n'en est point déconcertée.

Elle se figure vraiment qu'elle ne court aucun danger, et même, elle serait un peu fière du rôle qu'elle a joué dans ces combinaisons.

Et voici encore notre M. w

Hoopdriver, cette fleur de sottise.

Il est en possession d'une bicyclette volée, d'une jeune dame volée, de deux noms volés, et il est installé avec tout cela dans un hôtel dont les prix ne sont nullement à sa portée, et tout en somnolant, il est immensément fier de ces énormes folies.

C'est là une de ces occasions où un romancier qui aime à moraliser en est réduit à se tourner les pouces et à laisser les événements suivre leurs cours.

Tout ce que sait M. Hoopdriver, tout ce qui le touche, c'est que la première chose qui peut lui arriver demain matin, c'est d'être arrêté pour le rapt de la bicyclette.

Puis, voici, abandonné à Bognor, mélancolique débris, Béchamel, avec qui notre compte est réglé, grâce à Dieu.

Il y a également par là une Taverne- Café où M. Hoopdriver a commandé une côtelette qui a fini par être brûlée jusqu'à l'os. Son paquet enveloppé de taffetas américain est resté dans une chambre à coucher, et sa propre bicyclette soigneusement enfermée dans le grenier à foin pour servir de garantie.

(i) Mme Lynn Limon (1822-1898), romancière anglaise de l'école féministe.

IDGERY SE DISTINGUA DANS LES INTERROGA- TOIRES (P. 73).

Demain, il passera à l'état de Mystère, et l'on recherchera son corps le long de la plage.

Jusqu'à présent nous n'avons pas jeté un regard sur le foyer désolé de Surbiton où la malheureuse belle-mère...

Cette belle-mère, nous devons le dire, vous est parfaitement connue. C'est une petite surprise que je vous ai préparée.

C'est « Thomas Plantagenet », l'authoress de talent qui a écrit ce livre plein d'esprit et d'audace qui a pour titre Une âme affranchie.

C'est une excellente femme, à sa façon. Seulement cette façon est bien compliquée.

Son véritable nom était Milton.

Veuve, et charmante veuve, ayant à peine dix ans de plus que Jessie, elle ne manquait jamais de dédier ses livres les plus hardis : « A la mémoire sacrée de mon mari » afin de démontrer ainsi qu'il n'y avait point de personnalité en jeu.

Etant donné sa réputation littéraire, c'était une des femmes les plus respectables qu'on pût imaginer.

Elle avait un ameublement discret, elle s'habillait correctement, ne se liait qu'à bon escient avec les personnes qu'elle

g> L'ÉTRANGE WENTURE

pouvait rencontrer, fréquentait même L'église.

Elle ('levait Jessie avec tant de vigilance qu'elle ne lui permit pas la lecture d'Une âme affranchie.

Naturellement Jessie se délecta secrètement de cet ouvrage qui tut. pour elle, le point de départ d'un régal de littérature avancée.

Mrs Milton apportait non seulement un soin vigilant, mais même un certain esprit rétrograde dans l'éducation de Jessie, si bien que celle-ci, à dix-sept ans, n'était encore qu'une écolière intelligente, à "la tête bourrée de lectures, ainsi que nous l'avez vu, demeurée une vraie gamine et occupant la région la plus reculée du petit cercle littéraire de célébrités insignifiantes dont « Thomas Plantagenet »

était l'ornement principal.

Mrs Milton savait que Béchamel passait pour un homme dangereux, mais elle accord ni aux hommes de pratiquer une morale particulière. Elle lui permettait de venir chez elle afin de lui prouver qu'elle n'avait pas peur, et elle ne songeait point à Jessie.

Aussi, quand eut lieu cette fugue imprévue, ce fut pour elle une double déception, car une sorte d'instinct lui lit deviner là-dessous l'œuvre de Béchamel.

Elle se conduisit avec correction.

La correction, comme VOUS le savez, consiste à prendre des &a< res, sans regarder à la dépense, à pleurer, à dire, dans le cercle des amis intimes, que vous m avez qite faire.

Elle n'aurait pas multiplié davantage

le i '.m i , elle n'eût | as pleuré davantage, si Jessie avait été sa propre fille. Elle manifesta l'état d'esprit qui convenait le mieux et elle le ressentit sin- ■ nt.

\h - Milton, en tant que petite authoi accès et veuve encore plus à succès

de lient, di n\ ans (« / homas Plantagenet ■■ est une femme charmante, telle était l'expression invai iable des < rit ique i qui lui < ..n a< raient des ai ticl< . loi qu'il pai lait ni d'elle en tei mes n .ii.l. i \h Milton 1 1 on \ .m que < ette |e ii , qui ne 1 1 ait de e dév< loppci et commençai! â devenu femme,

lui causait un insupportable ennui et n'eût pas demandé mieux que de la tenir à l'arrière-plan. Et Jessie qui avait réglé leurs relations, dès ses quatorze ans, avec des préjugés tout généraux contre les belles-mères, n'avait pas été longue à manifester son ressentiment.

La rivalité, l'antagonisme s'étaient développés, au point qu'il eût suffi d'une épingle à cheveux tombée à terre ou d'un livre coupé avec un couteau pour faire éclater entre elles une querelle des plus vives.

Il y a bien peu de méchanceté voulue dans le monde. Sans doute notre egoïsme stupide produit des résultats analogues % ceux de la méchanceté, mais dans le 1 laboratoire moral, il donne des réactions toutes différentes. , Et lorsque la catastrophe eut lieu, Mrs Milton éprouva des remords vraiment sincères de la part qu'elle avait pu prendre dans ces discordes intimes.

Vous vous imaginez aisément quelles consolations prodiguèrent les amis, et quel bourdonnement naquit de cette aventure à West Kensington et à Nohing Kill, ces faubourgs littéraires, ces pénitenciers décents d'une profession jadis classée dans la bohème.

Ses <• fidèles a car en sa qualité

de charmante dame de lettres, elle avait tout naturellement un corps organisé, lurent immensément émus. Ils se montrèrent sympathiques, empressés, énergiques, pleins de suggestions, alertes, selon l'idéal que la nature de chacun d'eux lui imposait.

A i mi des nouvelles de Jessie?

ainsi débutèrent une douzaine de conversations mélancoliques mais débordantes d'intén t.

Elle ne se montra pas aussi attendrie jusqu'aux larmes avec « ses fidèle qu'avec ses amie mais elle fui . à moins de frais, e e pins touchante.

Pendant troi joui », < 'est à dire le mercredi, le jeudi el le vendredi, on n'apprit rien des fugitifs.

( )n s.i\ .ni que fessie, poi tant un costume brevet» avec juj s à bouton - et

montant une bicy< let te â i adre I >iamant . de ureté, et pneus l >unlop, avec -elle

DE M. HOOI'Dlx'll'ER

capitonnée de loofah, était partie de grand matin, emportant environ deux livres sept shillings en monnaie, une grande sacoche d'excursion bien fermée.

Ajoutons à ce signalement l'envoi d'un court billet à sa belle-mère, une déclaration d'indépendance, disait-on, une affirmation de sa personnalité établie sur des extraits étendus et fort embarrassants d'I'ne âme affranchie mais sans indices bien nets sur ce qu'elle comptait faire.

A cela se réduisait tout ce qu'on savait d'elle.

Le billet fut montré à peu de personnes,

inspiration ! Il faut que j'aille tout de suite la trouver ! dit la belle-mère d'une voix brisée et en portant la main sur son cour.

— Ce soir c'est impossible. Il n'y a plus de trains, je m'en suis assuré en regardant l'indicateur.

— Un amour de mère, dit-elle, voilà ce qu'est le mien pour elle.

— Je le sais, je le sais.

— C'est plus qu'elle ne mérite.

— Oh ! ne la jugez pas si sévèrement. Elle a écouté de mauvais conseils.

Il se conduisait vraiment comme un

MRS MILTON DESCENDIT A L'ANGE. ELLE FUT TRES TRISTE, TRES CHARMANTE. ET WTDGERY PAYA LA NOTE (P. J 3).

et encore sous le sceau du secret le plus absolu.

Mais le vendredi soir, accourut tout essoufflé, un ami, de la bande des « fidèles », YVidgerv, un de ses correspondants, qui avait été l'un des premiers à connaître la peine de l'écrivain.

Il était allé faire une excursion dans le Sussex — il avait encore son havresac au dos — et il certifia à la hâte qu'en un endroit appelé Midhurst, au comptoir d'un hôtel appelé l'Ange, il avait entendu une fille de comptoir faire une description fort animée d'une jeune dame en gris.

Les signalements concordaient. Mais l'homme en marron, qui était-il ?

— La pauvre enfant, quelle mauvaise

ami. Il déclara qu'il regrettait seulement de ne pas en savoir davantage sur elle. Irait-il à sa recherche pour la ramener? Il était venu trouver Mrs Milton parce qu'il savait combien elle était inquiète.

— Quelle bonté de votre part ! ditelle en lui prenant et lui serrant instinctivement la main. Quand on pense à cette pauvre enfant ! La nuit! C'est terrible!

Elle contempla le feu qu'elle avait allumé lorsqu'il était entré.

La chaude lumière tombait sur sa robe pourpre foncé, et lui laissait la figure dans une ombre chaude.

Elle avait bien l'air d'une créature légère, fragile, à laquelle il fallait éviter de tels ennuis.

L'ÉTRANGE AVENTURE

Sa résolution semblait magnifique.

— Je n'ai personne pour m'accompagner.

Il faudra qu'il l'épouse.

Elle n'a pas d'amis. Nous n'en avons point. Après tout... deux femmes sont si désarmées.

Telle était la petite femme blonde qu'on qualifiait d'audacieuse et même de révolutionnaire parmi les gens qui la connaissaient seulement d'après ses livres. Widgery était en proie à l'émotion indicible qu'elle lui inspirait par sa situation.

Mrs Milton. dit-il, Hetty !

Elle le regarda : la digue allait se rompre,

— Pas maintenant ! pas maintenant !

reprit-elle. Il faut d'abord que je la retrouve !

Oui, dit-il, avec une émotion intense. (C'était un de ces grands et gros hommes qui ressentent les émotions les plus délicates.) Mais permettez-moi de vous aider.

Mais avez-vous du temps à perdre, dit-elle, pour moi ?

— Pour vous...

Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'estce que nous pouvons faire ?

Aller a Midhurst. La suivre. Trouver sa traie Elle y était jeudi soir, la nuit dernière. Elle est partie de la ville à bicyclette. Courage! dit-il, nous la sauveron encore.

Elle tendit la main et serra de nouveau celle de son interlocuteur.

' ourage ! ré] éta-t-il en se voyant si bien a< < ueilli.

On entendait au dehors des pas inquiets. Elle tourna le dos au feu. Il ;i brusquemenl dans le grand fauteuil, qui s'adaptait admirablement à e dimen ion . Puis la | orte 'o\x\ i il e1 la dome i ique introdui n I '.mêle, dont le 'I alla < m ieusemenl de l'un â l'autre Il y eu1 une minute d'hésitation.

Dangle a\ ait entendu le fauteuil gémir 1 1 Mi Milton, la figure rouge, mon trait un empressement suspect à pliquei

Voua au i dit elle, \ ous êtes un <\> me bon ami E I nou a> on enfin de ses nouvelle

Il était évident que, par sa promptitude, Widgery avait l'avantage, mais

Dangle résolut de montrer qu'il était un homme de ressources et il réussit à se faire agréer pour l'expédition à Midhurst, ce qui contraria énormément Widgery. Et le jeune Phipps, un blancbec à la parole rare, aux faux cols impeccables, au dévouement sans bornes lut aussi enrôlé avant la fin de la soirée.

Ils devaient battre le pays tous les trois.

Mistress Milton parut se rassurer un peu, mais elle était profondément touchée, cela se voyait bien.

Elle ne savait ce qu'elle avait pu faire pour mériter de pareils amis.

Sa voix trembla légèrement. Elle fit un mouvement vers la porte, et Phipps, qui était un jeune homme d'action plutôt que de paroles, s'élança et l'ouvrit, — fier d'être le premier.

— Elle est cruellement peinée, dit Dangle à Widgery.

■ — Nous devons faire tout notre possible pour elle.

— C'est une femme extraordinaire, dit Dangle, quelle finesse ! quelle complexité! en quelle multitude de facettes se reflète son âme! Elle est profondément affectée.

Le jeune Phipps ne disait rien, mais il

n'en sentait que davantage.

Pourrait-on affirmer après cela que le temps de la chevalerie est passé !

Mais ceci n'est qu'un intermède, introduit pour donner à nos voyageurs le temps de se reposer par un honnête et bon sommeil.

Pour le moment donc, nous ne nous occuperons pas de la troupe des « fidèles» éclaireurs secouristes qui se mel en route, non plus que du costume gris, si seyant, de Mis Milton. non plus que du robuste Widgerj . avec sa jaquel te de norfolk et ses grosses bottes, non plus qui de l'attit ude énergique du mince Dangle, ni des pantalons étonnamment quadrillés qui faisaient valoir si bien li jambes de Phipps, en tenue de joueur di goli

Ils sont à notre poursuite. Dans un ment ils nous aurons atteint.

DE M. H00PD1UVER «|

Bornez-vous à vous représenter le mieux que vous pourrez les reconnaissances rivales que menèrent à Midhurst Widgerv, Dangle et Phipps, et comment Widgery se distingua dans les interrogatoires, et Dangle dans les déductions, comment Phipps se montra remarquablement inférieur en toutes choses, au point qu'il s'en aperçut et resta une grande partie de la journée à bouder Mrs Milton, ainsi que l'eût fait n'importe quel jeune sot.

Mrs Milton descendit à Y Ange. Elle fut très triste, très charmante, très intelligente, et YVidgery paya la note.

Dans l'après-midi du samedi, les chercheurs arrivèrent à Chichester. Mais à ce moment-là nos fugitifs... ainsi que vous allez l'apprendre tout de suite

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