CHAPITRE XX
L'anecdote inattendue du Lion.
jusqu
Ils poursuivirent leur route Cosham, où ils firent un lunch léger mais coûteux.
Jessie sortit pour jeter à la poste la lettre adressée à son institutrice.
Puis, la pente verte de Portsdown Hill les tentant, ils laissèrent leurs ma chines au village, et grimpèrent la côte jusqu'au silencieux fort de briques dont elle était couronnée.
De là, ils voyaient se déployer Portsmouth et tout un groupe de villes, ses | sœurs, les goulets encombrés du port, le Soient, et l'île de Wight, qui
semblait un nuage bleu à travers buée chaude.
Jessie, par je ne sais quel mira cle, s'était transformée dans l'au
berge de Cosham en une femme enjuponnée.
M. Hoopdriver s'allongea gracieusement sur le gazon, fuma une cigarette marque « Hareng saur », et regarda avec insouciance la ville fortifiée qui se déployait autour d'eux comme une carte étendue, la ligne intérieure des défenses qui avec ses fortifications minuscules semblaient sortir d'une boîte de jouets.
A droite, après les bas-fonds du port, la ville de Porchester apparaissait parmi les arbres.
L'anxiété de M. Hoopdriver se réfugia dans quelque coin profond de son cerveau, et cette fantaisie créatrice, où sa volonté n'avait qu'une part minime, se partagea la scène avec l'image de Jessie.
Il se mit à étudier l'impression qu'il produisait. Il évalua une fois de plus dans le sens optimiste son complet, et passa en revue, avec une certaine complaisance, ses actes des dernières vingt-quatre heures. De cet examen, il sortait ébloui à la pensée de ses perfections infinies. ]^Elle n'avait cessé de l'observer tranquillement, mais de près, pendant une heure ou deux. Elle ne le regardait pas
LE BOUTIQUIER RÉUSSIT A LUI VENDRE, GRACE A SES RECOMMANDATIONS CHALEUREUSES (P. 8 I ).
& L'ÉTRANGE AVENTURE
directement parce qu'il avait toujours les yeux vers elle.
soucis s'étaient calmés un instant, et sa curiosité paraissait s'éveiller au sujet de ce monsieur en marron si chevaleresque, si dévoué, mais un peu singulier.
Elle s'était rappelé aussi l'incident curieux de leur première rencontre. Elle éprouvait de la peine à s'expliquer à elle-même le personnage. Vous vous souvenez que ce qu'elle savait du monde se réduisait à moins que rien, car elle ne l'avait appris que dans les livres.
Il ne faut pas taxer de sottise cette sorte d'ignorance. Elle avait fait d'abord quelques expériences et acquis la certitude, par exemple, que les connaissances compagnon, en français, se bornaient à prononcer « siwerplay » 4 ; il avait l'air de trouver dans ces simples mots une excellente plaisanterie propre à égayer les repas.
En anglais son langage était douteux, mais il ne ressemblait pas à celui que les livres lus par elle attribuaient aux classes Inférieures. Le jeune homme lui paraissait avoir, en somme, de bonnes maniérée, avec une politesse légèrement exagérée e1 passée de mode.
fois il l'appela « madame ».
On pouvait le prendre pour un homme qui avait des ressources et du loisir, mais il ignorait absolument les concerts, les théâtres, les li\ res nouveaux.
I )ue laisait-il de son temps .J
II était certainement chevaleresque, el il avait l'esprit un peu simple...
Elle s'imagina (tel est l'effet que produit un changement d « ostume) qu'elle n'avait jamais rencontré jusqu'alors un homme pareil. ( |ue pouvait-il i trel
Mono, ni 1 lens< ni : dit elle après un
sikiM e.
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Fait* ■ "ii de la pi inl ure ? Eti \un un ai n te '
( )h ! (pause pru lent* • [i n'ii ai |..i pi qu'à me dire un artt >ic fe pein un peu ei je « roque pa ablemeni , vous savez de petite cho& .1 la volée.
(t) Mauvaise prononciation plaît >•
11 anai lia un brin d'herbe, qu'il se mit à grignoter.
Il y avait dans ses paroles moins de mensonge qu'en son imagination trop prompte, qui lui souffla d'ajouter:
— Dans les journaux, ici ou là.
— Je vois, dit Jessie, en le regardant avec attention.
« Sans nul doute, la classe des artistes est fort mêlée et le talent comporte quelquefois une certaine bizarrerie, »
pensait-elle.
11 évita ce regard et se remit à mâchonner son brin d'herbe.
— Je ne fais pasgrand'chose.enrésumé.
— N'est-ce pas votre profession ?
— Oh ! non, dit Hoopdriver, qui tenait maintenant à se garer. Ce n'est pas pour moi une affaire régulière. Tout au plus quand il me vient une idée entête... Aussitôt ça y est. Non, je ne suis pas un artiste proprement dit.
— Alors vous n'exercez aucune profession définie ?...
M. Hoopdriver la regarda dans les yeux et vit leur expression tranquille, exempte de soupçon. Il eut une vague idée de reprendre le rôle de détective.
— C'est un peu çà, dit-il, pour gagner du temps. Seulement j'ai mie suite de profession. ...oh! pas grand'chose... vous savez...
— Je vous demande pardon de cel interrogatoire en règle.
l'as la peine, dit M. Hoopdriver.
Seulement je ne peux pas très bien...
1 m'en rappoi te à \ ous. Je ne tiens pas .> 1 11 faire un si grand ni\ stère.
Fallait-il résolumenl faire le plongeon et devenir un homme de loi ? > ela, c'était, à t"ut prendre, assez beau Mais si elle s'entendait un 1 eu en droit I...
Je croi qu je pourrais de\ mer 1 e que \ 1 >u
Eh Lien, devinez! du M. Hoopdri
\ el .
Vous venez d'une des 1 olonies F Ah ' mon Dieu ' du M. Hoo] dri
UVei liant .[^l \ en! i x >i i \ eau < "in
m. m l'avez-\ ous deviné ?
Notr< liomme, le lecteui s'en sou\ ienl . 1 tait nai il d'un faubourg de l undres. |'ai deviné.
DE M. HOOPDIUYER
Il releva les sourcils pour faire l'étonné
et cueillit un autre brin d'herbe.
— Vous avez été élevé à la campagne.
— Encore exact ! dit Hoopdriver, en le redressant de nouveau sur son coude. Vous êtes une clair... voyante...
Il mâcha le brin d'herbe en souriant.
— Quelle colonie était-ce ?
— Cela, je ne le sais pas. Il faut le deviner.
— L'Afrique du Sud, dit-elle, je penche fortement pour l'Afrique du Sud.
— L'Afrique du Sud, fit-il, c'est un bien grand pays.
— Mais l'Afrique du Sud, c'est bien cela.
— En tout cas, vous brûlez, dit Hoopdriver, dont l'imagination battait depuis un instant cette nouvelle province.
— Mais l'Afrique du Sud, c'est bien cela, insista-t-elle.
Il fit encore un tour sur lui-même, et hocha la tète en lui adressant un sourire d'encouragement.
— Ce qui m'a fait penser à l'Afrique du Sud, vous savez, c'était le roman d'Olive Schreiner: l'Histoire
d'une ferme africaine '. Gregory Rose vous ressemble si bien !...
— Je n'ai jamais lu Y Histoire d'une ferme africaine, dit Hoopdriver, je la lirai. De quoi cela parle-t-il ?
— Il faudra lire ce livre. Mais c'est un pays extraordinaire avec ses mélanges de races, avec sa civilisation toute neuve qui coudoie l'antique sauvagerie. Habitiez-vous dans le voisinage de Khama ?
— Il était établi bien loin de chez nous, dit M. Hoopdriver, nous axions une petite ferme à autruches, plusieurs centaines environ, à quelque distance de Johannesburg.
— Dans le Karroo, est-ce bien cela?
— C'est bien le nom. Une partie était pays vierge, tout de même. Autrefois nous nous tirions très bien d'affaire.
Mais maintenant il n'y a plus d'autruches à la ferme.
Au moment où il s'arrêta, il pensait
(i)L' Histoire d'uni ferme afi laine, d'Olive Schreiner, fut un des gros succès littéraires de 1883. Les débuts de l'auteur furent encouragés par George Meredith.
fortement à parler d'une mine d'or, mais il se tut pour laisser quelque travail à l'imagination de la jeune fille.
En outre, il avait songé soudain qu'il mentait, et cette pensée lui avait donné une sorte de secousse morale.
DANGLE, RENTRAIT TOUT ESSOUFFLE, LA FIGURE ANIMÉE (l>. 87).
— Que sont devenues les autruches ?
— Nous les avons vendues quand nous axons quitté la ferme.
— Ax-iez-xous des noirs et des Boers autour de vous ?
— Des tas, dit M. Hoopdriver en frottant une allumette sur sa semelle.
La petite flamme lui suggéra que déjà le terrain s'échauffait sous ses pieds, grâce à la responsabilité nouvelle qu'il venait d'assumer.
/ •/. il; ING1 l VI NI URE
— Comme c'est intéressant! Vous savez, je ne suis jamais sorti' d'Angleterre, excepté pour aller à Paris, à Menti in et en Suisse.
On se fatigue de voyager (uneboufquand on en a tâté, naturellement .
Il faut que vous me parliez de votre ferme dans l'Afrique du Sud. Cela met mon imagination en train, de penser à ces pays-là. Je me représente toutes ces grandes autruches menées par un berger noir... pour brouter, je suppose. Comment se nourrissent les autruches ?
— Ali ! dit Hoopdriver, nourriture assez variée. Elles ont leurs caprices, voussavez. Il leur faut des fruits, naturellement, et des choses de ce genre; elles aiment aussi la nourriture que l'on donne ici aux poussins, et ainsi de suite, il faut savoir choisir.
Avez-vous jamais vu un lion ?
[ls n'étaient pas très communs dans notre district, dit Hoopdriver avec la plus grande modestie, mais naturellement, j'en ai VU. I ne fois ou deux.
Je m'imagine cela : voir un lion !
N'avez-vous pas en peur ?
.Maintenant M. Hoopdriver se repentait amèrement d'avoir accepté le système de l'Afrique du Sud.
Il lança coup sur coup plusieurs bouf- 1 jeta un regard languissant -aille Soient, tout en réglànten son for intérieur !<• -oit de ce lion.
| '.n eu toin juste le temps de l'apei (•■voir. Le tout n'a duré qu'une minute. Continue/, dit-elle [( traversais l<- paddock intérieur, ou se trouvenl le-- aul ; u< hes engrai • i
Alors vous mangez les aùti uches ?
Je n-- avais pas- Si on les mange ? ' lui, souvenl Et • 'est exi ellent aussi, quand elles sont bien fan tes. Cou. non, ou plu tôt moi... je traversai ci par< quand j'aperçoi une silhouette qui e dti ait au ( laii de lune el qui me regardait... M l [oo] drivei suait maintenant â oui t< 5a fa< ulté inventn e
emblail [flée
Heiin u temenl je tenais le fu il de mou père. Néanmoin i'.i\ ai » 1< trac, je pui vou le din [Bouffée de fumée.)
Je visai à l'endroit où je croyais apercevoir une tête, lu je tirai (bouffée de fumée) et, vous savez.ça y était. Mort ?
Tout ce qu'il y a de plus mort.
Ce fut un des plus beaux coups de fusil que j'aie jamais tiré. Et alors je n'avais guère plus de neuf ans.
Moi, j'aurais jeté un cri et je me serais sauvée.
— • Il y a des choses dont on ne peut pas sortir avec ses jambes, dit M. Hoopdriver. Se sauver, c'était la mort.
■ — Je ne crois pas avoir jusqu'à présent rencontré un tueur de lions, dit-elle, en se faisant de lui une idée évidemment plus avantageuse.
Il y eut un silence. Elle semblait préparer des questions nouvelles.
M. Hoopdriver se hâta de tirer sa montre. Il la lui mit sous les yeux.
Dites, ne trouvez-vous pas que nous ferions mieux de nous mettre en route ?
Il avait la figure rouge, les oreilles pourpres. Elle attribua sa confusion à sa modestie.
Il se leva après avoir ajouté ce lion au poids qui lui chargeait la conscience, et il tendit la main à Jessie afin de l'aider à se remettre debout.
Ils retournèrent à Coshain, reprirent leurs machines et longèrent d'une allure mesurée le quai nord du vaste port. Mais M. Hoopdriver avait cessé d'être heureux.
Cel horrible, cet affreux mensonge était incrusté dans sa mémoire. Pourquoi ? l'avait-il fait.
Elle ne lui demanda plus d«- détails sur l'Afrique du Sud. heureusement, jusqu'au moment, du moins, où l'on attei gnii Porchestei Sa conversation se borna à décrire combien les usages pesaienl sur les gens, connue des chaînes, et à d< " ( c de nouveau « vivre sa vie
E lie i au ait merveilleusement, et cela
lit Ici nieiiter l'esprit de M. I [OO] di i\< Il
Aux em Irons du château, M. I fooj dri \ ci prit plu i' m cral es dans les | etit< 9 flaque du rivage.
Ils s'. n n tèrent à Fan hampton pour
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endroil vers le i oucher du soleil, sous
l'influent e de < in onstam e \ foi tifiantea
que vous connaîtrez en temps op] ioi I un,
DE M. HOOPDRIVER <§