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CHAPITRE XXI

L'expédition de sauvetage.

Revenons maintenant à ces entrepreants chevaliers, Widgery, Dangle et 'hipps, et à cette beauté en pleurs

Thomas Plant agenet », si connue dans 3 monde, ainsi que disent les entrefilets, dus le nom de Mrs Milton.

Nous les avons laissés à la gare de Midurst, si je m'en souviens bien, où ils atsndent, avec une émotion convenable, i train pour Chichester.

Il était bien démontré pour l'expédition e sauvetage que Mrs Milton se comortait courageusement en face d'un charin absolument accablant.

Aussi les trois gentlemen rivalisèrent-ils 'expédients sympathiques.

Le volumineux Widgery tortillait sa îoustache, et lui exprimait la profondeur e ses sentiments au moyen de ses yeux runs, à la façon d'un chien dévoué.

L'efflanqué Dangle tortillait sa mousiche et tirait le meilleur parti possible de :s yeux gris dépourvus d'attrait.

Phipps n'avait malheureusement pas 3 moustache à mettre en jeu. En conquence il croisa les bras, et tint des •opos divers, d'un ton brave, détaché, i sujet de Londres, de Brighton, du îemin de fer de la côte du Sud, juste ,sez pour relever un peu le moral de la tuvre femme.

Mrs Milton elle-même éprouvait réelleent jusqu'au fond du cœur cette sorte : mélancolie « intensifiée » qu'elle s'innia à manifester de maintes façons :licates.

— Il n'y aura rien à faire tant que »us ne serons pas arrivés à Chichester, t Dangle, rien du tout.

— Rien du tout, dit Widgery.

Puis à part, à l'oreille de Mrs Milton :

— Vous avez à peine mangé, savezus ?

■ — Leurs trains ont toujours du retard, t Phipps, les doigts sur le bord de son ax col.

Dangle — vous devez le savoir —

était rédacteur principal d'une revue, et il mettait son orgueil à être le compagnon intellectuel de Thomas Plantagenet.

Widgery, le gros homme, dirigeait une banque. Il était très fort au jeu de golf. Mrs Milton ne le voyait jamais sans que ne lui vînt à l'esprit ce vieux vers si charmant : « Douglas, tendre et fidèle. » Il se nommait Douglas, — Douglas Widgery.

Et Phipps ?

Phipps était encore étudiant en médecine, et il mettait aux pieds de la dame un cœur d'homme du monde.

Elle se montrait bonne envers tous, à sa façon et insistait pour qu'ils restassent en rapports amicaux, malgré la disposition qu'ils montraient à se critiquer réciproquement.

Dangle regardait Widgery comme un philistin, qui n'appréciait que grossièrement les mérites d'Une âme affranchie.

Widgery estimait que Dangle était dépourvu d'humanité, — et qu'il était capable de parler sans franchise afin de placer un mot brillant.

Widgery et Dangle étaient d'accord pour voir en Phipps une sorte de moutard.

Quant à Phipps, il trouvait que Widgery et Dangle pontifiaient sottement.

— Ils auront dû arriver à Chichester assez tôt pour déjeuner, dit Dangle dans le train. Et il n'y a pas d'autre station sur la route. Dès que nous y serons, il faudra que Phipps s'informe dans les principaux hôtels pour voir si quelque personne répondant à leur signalement a déjeuné ici.

— Oh ! je m'informerai volontiers, dit Phipps. Je suppose que vous et Widgery vous tiendrez compagnie à...

Il vit sur la figure douce de Mrs Milton une expression de peine et s'arrêta court.

— Non, dit Dangle, nous ne resterons pas à tenir compagnie à Mrs Milton. Il y a dans Chichester deux endroits où pourraient aller des touristes : la cathédrale, et un musée fort remarquable.

J'irai à la cathédrale et je ferai une sorte d'enquête pendant que Widgery...

- Le musée ? Très bien ! Et après cela,

il y a une ou deux petites choses auxquelles

j'ai pensé, pour mon compte. ditWidgerv.

Pour commencer, ils menèrent presque

• VETRANOE AVENTURÉ

en procession Mrs Miltonà l'Hôtel Rouge et l'y installèrent devant une tasse de thé. Comme vous êtes bons pour moi, tous! dit-elle.

Ils murmurèrent que tout ceci n'était rienetsedis] ersèrent pourleurs recherches.

Vers six heures ils revinrent, leur zèle un peu refroidi, et sans nouvelles.

Widgery rentra avec Dangle. Phipps fut le dernier cà reparaître.

— Etez-vous bien sûr dit Widgery, qu'il n'y a pas un point faible dans votre déduction 3

- Parfaitement sûr, dit Dangle, d'un ton un peu sec.

— Evidemment, dit Widgery, s'ils sont partis de Midhurst pour gagner Chichester, cela ne les empêche nullement de changer d'idce.

— Mon cher, cela les empêche... cela les empêche... parfaitement. Vous me reconnaîtrez bien assez d'intelligence pour admettre que je tiens compte des routes latérales, vous l'admettrez, n'est-ce pas? Eh bien! il n'y a pas une seule de ces routes latérales qui j missent les tenter. Il y a bien plus de choses inévitables que vous ne vous l'imaginez.

— Nous allons le savoir tout de suite, dit Widgery, de la fenêtre. Voici Phipps qui revient. Pour ma part...

-Phipps! dit Mrs Milton. Est-ce qu'il va vil I t-ce qu'il a l'air...

Dans son empressement, elle se leva, mordit sa lèvre tremblante, e1 se dirigea vers la feni I re.

Pas de nouvelles ! dit Phipps en entranl .

Ah I i:t Widgery.

Ain une ? demanda Dangle.

Voiu, dit Phipps. I h individu m'a donné un singulier renseignement :

hier un individu en < OStume cy< li

sait la même que tion, a peu prêt à pa

reille heure.

( np il. question ' dit Mi Milton, dan l'ombre de la leni I re.

Elle parlail a voix bas le pre que en ( inir notant.

Eh ! « elle ci: < Avez vou i vu une jeune dam.- en toili 1 t< gi i e de cycli te '

l Sangle poi ta la m. un .1 •> h vre inl rieore.

Qu'est-ce que cela veut dire? Ilun homme qui s'informait d'elle ? Qu'est-ce que cela peut signifier ?

Dieu le sait, dit Phipps, s'asseyant d'un air découragé.

— Quelle sorte d'homme ?

— Qu'est-ce que j'en sais ? « En costume de bicycliste disait cet individu.

— Mais sa taille, son teint de figure?

— ... N'ai pas demandé...

— Il n'a pas demandé ? Quelle sottisfl dit Dangle.

— Allez demander vous-même, dit Phipps. ("est un valet d'écurie au CéÊ Blanc, un homme courtaud, trapu, adosfll à la porte cochère! Sent le wisky ! Allez lui demander.

— Naturellement, dit Dangle, allant décrocher son chapeau de paille à la patère, au-dessus de l'oiseau « naturalisé i) posé sur le guéridon.

Et, se dirigeant vers la porte, il ajouta : — ■ J'aurais dû m'en douter.

\'iub .'tes fatigué, Monsieur Phipps,

j'en suis sûre, s'informa Mrs Milton.

Permettez que je sonne pour viui> taiie

servir un peu de thé.

M. Phipps eut la sensation d'avoir

commis quelque infraction aux lois de

la chevalerie.

J'étais agacé de la façon dont il

me rabroue tout le temps, dit-il, niais

l'en triais cent fois plus, madame

■1 1 la pouvait vous rapprocher un peu de votre fugitive.

Après un silence il ajouta :

Je prendrai bien un peu de thé.

[e ne voudrais pas l'aire naître des mecs illusoires, dit Widgei \ . mais je 11 crois pas du tout qu'ils soient jamifl venus à Chichester. Dangle est un gafl çon fort intelligent, sans doute, mais pai Eoi il a de < es déductioi

I 1 11 'du bi usquement Phipps.

Qu'e 1 ce qu'il \ a '

In chose (|ue |'ai oubli» e |i SUvS soi li tout droit d'i< i, je me mus minime , Lin ; tous les aul res hôtels d l'endrou et je n'ai pa eu l'idée Mai 1 .1 ne lait rien 1 1 d imuiut 1 ai au garçon quand il

clitl. l.l

Vou i ne voulez pas due...

( > 1 1 frappa. La poi te 'om 1 n.

DE M. H001'l>Rl\i:h'

Oui

— Le thé. madame ?

madame, dit le garçon.

- Une minute, dit Phipps, est-ce qu'une dame en gris, une dame bicycliste...

— S'est arrêtée ici hier ? Oui, m'sieu. A passé la nuit. Avec son frère, m'sieu. un jeune gentleman.

— Son frère ! dit Mrs M il ton.

à veux basse. Dieu merci !

Le garçon lui jeta un coup d'œil et devina bien des choses.

— Un jeune gentleman, m'sieu, et qui dépensait sans compter. A donné le nom de Beaumont.

Il continua par d'autres détails sans intérêt, et Widgery le soumit à un interrogatoire sur les projets du jeune couple.

— Havant ! Où est-ce, Havant ? dit Phipps. Il me semble que je me rappelle avoir vu ce nom quelque part.

— Est-ce que l'homme était de haute taille ? dit Mrs Milton d'un ton précis. Avait-il l'air distingué ? Une longue moustache blond très clair ? Parlait-il en traînant sur les mots ?

— Bon ! dit le garçon, qui se mit à réfléchir. Madame, il avait à peine de moustache, quelques poils par-ci par-là.

Il avait l'air très jeune.

- — Environ trente-cinq ans, n'est-ce pas ?

— Non, madame. On lui en aurait donné plutôt vingt-cinq que trente.

— Ah, mon Dieu ! dit Mrs Milton d'une voix altérée, en cherchant des sels et faisant preuve néanmoins du plus grand s?ng- froid. Ce devait être son frère cadet, ce devait être lui.

— Cela suffira, merci, dit Widgery avec empressement.

Il comprenait qu'elle supporterait mieux cette nouvelle surprise quand le garçon se serait éloigné.

L'homme fit demi-tour, et faillit heurter Dangle, qui rentrait, tout essoufflé, la figure animée, et tenant un mouchoir sur son œil droit.

— Holà ! fit Dangle, qu'y-a-t-il ?

DANGLE ETAIT BIEN AU-DESSUS DES PROPOS RAILLEURS QUE LUI LANCÈRENT LES GAMINS (P. 88).

— Ou'avez-vous reçu ? dit Phipps.

— Rien, — une simple querelle avec votre ivrogne de palefrenier. Il se figurait que c'était un coup monté jour le persécuter et que la dame en gris .é tait un personnage fabuleux.. Je me suis procuré un morceau de viande crue pour mettre sur mon œil... Vous avez des nouvelles, à ce que je vois ?

— L'individu vous a-t-il frappé ?

Mrs Milton se leva et s'approcha de

Dangle.

— Ne puis- je rien faire ?

Dangle fut héroïque.

— Rien que de me dire ce que vous savez, dit-il de dessous le coin de son mouchoir.

— Eh bien voici, commença Phipps, qui fit le récit d'une façon assez sotte.

Pendant qu'il narrait l'affaire sous le feu roulant des commentaires de Widgery, le garçon apporta le thé sur un plateau.

— Un indicateur pour Havant, dit aussitôt Dangle.

Mrs Milton versa deux tasses que Phipps et Dangle avalèrent rapidement.

Notre groupe n'eut que tout juste le temps de prendre le train et de s'embarquer pour Havant afin de continuelles recherches.

§> L'ÉTRANGE AVENTURE

Dangle s'enflait d'orgueil à la pensée que sa supposition d'Havant s'était trouvée juste. Partant de ce fait que passé Havant, la route de Southampton longe à droite sans interruption une côte en forte pente, il conçut un plan magnifique pour prendre de front les jeunes gens.

Lui et Mrs Milton iraient à Fareham ; Widgery et Phipps descendraient chacun aux gares intermédiaires de Cosliain et de Porchester, et arriveraient par le train suivant, s'ils n'avaient pas de nouvelles. Et s'ils n'arrivaient pas, une dépêche adressée au bureau de poste de Fareham expliquerait pourquoi.

Le plan de combat était digne de Napoléon, et Dangle était bien au-dessus des propos railleurs que lui lancèrent les gamins des rues de Havant à la vue du mouchoir qui couvrait encore son oeil endommagé.

En outre, tout réussit à merveille.

Il s'en fallut de l'épaisseur d'un cheveu que les fugitifs fussent pris. Ils étaient devant l'Ancre d'or à Fareham, et se disposaient à monter, quand Mrs Milton et Dangle tournèrent l'angle en sortant de la gare.

— C'est elle, dit Mrs Milton.

Elle fut sur le point de jeter un cri.

— Chut ! dit Dangle en saisissant vivement le bras de la dame, ce qui fit glisser le mouchoir, et laissa voir bui "H o il le morceau de viande, spectacle extraordinaire donl la vue inattendue parul la calmer.

Du sang-froid, dit Dangle, l'œil brillanl sous la viande. Il ne faul pas qu'ils non-, voient. Autremenl ils vont non é( happe! , Y a I il des voitures à

re ?

Le jeune < ouple monta la < ôte el tourna l'angle de la route de Winchest» i Si Mi - Milton n'avait pas redouti une e i lan die publit , elle e erait é\ anouie.

— Sam i . la, dit elle.

Ali' une voiture! dit Dangle. Je revien i â l'in tant

Il la lai .1 dan la po ■• la plus pat hé tique, la h. .un ' omprimant le bat tements de "ii < ,e1 ' lança dan VA >>< re d or,

i n dog i .h t lui .iii. L < n dix minute i

et l'on partit. Maintenant Dangle ne songe plus à sa tranche de viande et sous son œil on voit gonfler la meurtrissure.

— Je vous ramène à la gare. Je reviens ici et je les rattrape. Vous, vous arrêtez au passage Widgery et Phipps, et vous leur dites que je suis lancé après eux.

Elle fut entraînée comme dans un tourbillon à la gare, et laissée là sur un banc. Elle se sentait fatiguée, agitée, et elle était couverte de poussière.

Sans nul doute, Dangle était très énergique, très dévoué, mais pour les attentions, les petits soins, parlez-moi de Widgery !

Pendant ce temps-là, Dangle, la figure toute dorée par le soleil couchant, conduisait du mieux qu'il pouvait un grand cheval noir attelé à une sorte de véhicule appelé gig, et il suivait la direction du nord, vers Winchester.

Dangle, à part son oeil enflé, était un petit homme à l'air raffiné. Il portait une casquette de chasseur de daims, et un complet gris foncé. Il avait le cou long et grêle.

Peut-être savez-vous ce que sont des gigs, — de grandes voitures lourdes, en bois, et très volumineuses.

Le cheval lui aussi était énorme, très haut sur des jambes noueuses, la tête longue, la bouche dure, et une allure bizarrement saccader. 11 allait ainsi, secouant, secouant, secouant la voiture sur la route, et arrive près de l'église, il iit un brusque écart devant une voiture à bras couverte d'une bâche.

A |ui in de i e moment, l'histoire du sauvetage s'embrouille.

Il pai.ui que Widgery lui extrêmement indigné de re1 rouvei Mi s Milton abandonnée sui le quai de la gare de Fareham. I .i \<<\w née l '.i n ait quelque peu énei vé. i 'e t un être qui ne procède que

p. m l'ai n-. n. di .m \\ idgei j Quel

d.' p.n i préi ipito ' El je suppose que nous

aillons a al tendie son retOUl ' 1 1 est si

égoïsti d I >angle ! Il s'aj range toujours pour tout faire de tra^ ei >.

Il a l'intention de m'être mile, dit Mi s Milton, avec une légère intonation d< lepio. lie el en tout liant le

i.i .i dt Widgi

DE M. HOOPDRIVER

Mais Widgery n'était guère d'hunieur à se calmer tout d'un coup.

— Il n'avait pas besoin de me retenir, dit-il.

Et il se tut un instant.

— Bavarder ne mène à rien, voyezvous, et puis, vous êtes fatiguée.

— Je puis marcher, dit-elle avec vivacité, pourvu seulement que nous la retrouvions.

— Pendant que j'attendais sous l'orme,

sait à aucune autre localité de quelque importance.

— Mais M. D angle ?

— Il ira tout simplement de l'avant jusqu'à ce qu'il rencontre quelque chose, et alors il se cassera le cou. J'ai déjà vu Dangle conduire. Il est très peu probable qu'un dogcart, et surtout un dogcart de louage, rattrape des bicyclettes filant par la fraîcheur du soir. Comptez sur moi, Mrs Milton.

— Je suis entre vos mains, dit-elle avec emphase, se faisant toute petite.

LA GARE DE BOTLEY SE TROUVE DANS UNE TRANCHl'.E. LA ROUTE PASSE PAR DESSUS (P. 90).

à Cosham, j'ai acheté une carte du comté. Il la tira et la déploya.

— Tenez, vous voyez, voici la route qui part de Fareham.

Du ton calme et décidé de l'homme d'affaires, il se mit en devoir d'exposer un projet qui consistait à prendre tout de suite un train pour Winchester.

— Ils doivent nécessairement aller à Winchester, expliqua-t-il.

La chose était inévitable : le lendemain, un dimanche, la visite à la cathédrale, à Winchester, étant presque obligatoire. Enfin aucune route ne condui-

Aussi oublia-t-il, pour un instant, sa journée d'exaspération.

Pendant cette conversation, Phipps était resté dans une attitude un peu découragée. Il s'appuyait sur sa canne, tâtait son faux col, regardait alternativement les deux interlocuteurs. L'idée de laisser Dangle en arrière lui paraissait excellente.

— Nous pourrions laisser un billet à l'endroit où il a pris le dogcart, suggéra-t-il.

Cette proposition obtint une adhésion enthousiaste.

Mai- on ne dépassa pas Botley.

En effet, au moment même où leur train entrait en gare, on entendit un bruyant roulement, l'n grand cri. L'emresta bouche bée sur le quai, et Phipps, avançant la tête par la portière, s'écria :

Le voici. Et il s'élança hors du wagon.

Mrs Milton, alarmée, le suivit.

Quant à Widgery, il était placé de manière à ne pas voir.

La gare de Botley se trouve dans une tranchée. La route passe par-dessus.

A travers les jaunes citron et les coloration- rouge vif du soleil couchant; se dessinait une grosse masse noire formée par un véritable cheval de jeu d'échecs avec une longue tête ; par les parties supérieures (l'un gig, où Dangle était secoué de l'avant à l'arrière.

l'n ombre monstrueuse le reproduisait en caricature sur la tranchée.

Tout à coup, en l'espace d'une seconde on vit Dangle sauter, rester en l'air un instant, et disparaître. Puis on entendit un bruit terrible.

.Mieux vaut sortir, dit Phipps à Mrs Milton, qui restait comme pétrifiée sur le seuil de la gare.

Un instant après, ils se hâtaient de l.m;i\ n les marches.

11- trouvèrent Dangle sans chapeau, debout, étendant ses v< tements tailladé-, qu'un officieux petit garçon était occupé à brosser.

1 : large el laide route descendait en pente rapide el formait une longue i tive.

A quelque distance un groupe d'habitants de Botle} maintenaient le gros ( ne val.

Même â cette distance, on pouvait u i m les traits du monstre l'expn ion de l'orgueil satisfait.

il bien le < he\ al à t< te de bois dan toute -on hoi reui Les animaux qui, dan la I oui de I ondres, sei \ ent à Buppoi tei k , mannequin i uira i

qui l j'ai i rouvé quelque an ■ lui là.

M. n < <■ ne i point le < Ih\ al qui doit

n ccuper, c'< I I >angl<

Ble -•'■ ? demanda av« i mpre

:- /:f:ih'.i\(,h aventure

sèment Phipps qui venait le premier.

Hallo ! dit Dangle, sans montrer la moindre surprise. Content que vous soyez venus. Je peux avoir besoin de VOUS. Ça s'est un peu embrouillé, notre affaire. Je suis dans un bel état, hein 5 Mais je les ai rattrapés, là à l'endroit même où je les attendais.

— Rattrapés! dit Widgery, où -ontils ?

— Là haut, lit-il en indiquant la route derrière lui, d'un mouvement de tête, environ à un mille sur la montée. Je Irai quittés. Il a bien fallu...

— Je ne comprends pas, dit Mrs Milton, retrouvant son regard extatique et douloureux. Avez- vous retrouve Jessie ?

— Je l'ai retrouvée. Je voudrais bien aller quelque part pour sortir le gravier de mes mains... Voici ce qui s'est passé. Je tombe subitement sur eux à un tournant. Le cheval s'est effarouché à la vue des bicyclettes. Pour eux ils étaient assis sur le bord de la route en train d'examiner des fleurs. J 'ai eu juste le temps décrier: «Jessie Milton, nous sommes à votre recherche ! » Cette maudite bête s'est emballée. Je n'ai pas osé faire demi-tour. J'avais tontes les peines du monde a

évitei d'être jeté à bas moi-même, ce que je n'ai pu empêcher, vous voyez] Tant que j'ai pu crier, j'ai crié: Revenez auprès de vos amis: tout sera oublié. Kt me voilà lep.n ti. galopant . galopant. I mt-

ils entendu ?

Conduisez-moi près d'elle, dit Mrs Milton, appuyant sur les mots, et s'adrea sanl à Widgery.

Certainement, dit Widgery, retrouvant de l'activité. Est ce bien loin.

Dangle ?

\ un mille et demi, deux milles. | ', i.n si résolu à les retrouver... Ri ai dez me- m, uns. Mais je VOUS demande

pardon, Mis Milton.

l'm 'adri mi à Phipps :

I >ite don< . Phipps, où poui i ai JG

di bai ra ei mes mains de ce gra\ iei '

et donnei un coup d'oeil sui mon genou!

Voici la gare, du Phipps, d< venant

n able

l (angle fit un pa el montra un genod i udon]

DE M. HOOl'DRIYER

— Prenez mon bras, dit Phipps.

— On pourrons-nous trouver an véhicule D demanda Widgery à deux bambins.

Les deux bambins ne comprenaient pas. Ils se regardèrent l'un l'autre.

— Il n'y a rien en vue, pas un cab, pas un char à banc, dit Widgery. C'est le cas de s'écrier : « In cheval, un cheval ! mon royaume pour un cheval ! »

— Il y a un cheval arrêté là-bas, chanta un des bambins avec un geste de la main.

— • Savez-vous où nous pourrions louer une voiture ? demanda Widgery en regardant fixement un des enfants pendant près de dix secondes.

— Ou bien un char à banc, n'importe quoi ! dit Mrs Milton.

— Il y a John Hooker, qui a un char, mais personne ne veut le lui louer, parce qu'il est toujours saoul et qu'il démolit tout, dit le plus âgé des bambins en contemplant la route. Puis, sur un ton de mélopée il reprit :

— Et papa aussi. Il s'est cassé la jambe.

— ■ Pas même un char à bancs! Ou'allons-nous faire ?

Mrs Milton en vint à se dire que si Widgery était l'homme des petits soins, Dangle avait infiniment plus de ressources.

— Je suppose, dit-elle timidement, que si vous vouliez bien prier M. Dangle...

Ce fut alors que Widgery perdit tout son sang-froid.

Il répondit avec une brusquerie visible :

— Au diable Dangle ! Ne nous a-t-il pas assez mis dans le pétrin ? Ne voil?.-t-il pas qu'il a jugé à propos de courii après eux en char-à-banc pour les informer que nous sommes là. Et à présent vous voulez que j'aille lui demander...

Les beaux yeux bleus de la dame s'emplirent de larmes.

Il s'arrêta tout à coup, puis il reprit :

— Je vais demandera Dangle, fit-il d'un ton bref, si vous y tenez.

Il partit à grands pas vers la gare, descendit les marches,

Laissant Mrs Milton sur la route où les bambins la contemplaient, immobiles.

Elle composait mentalement une sorte de ballade : « Où sont les chevaliers d'antan ? » Elle se sentait à demi morte de fatigue ; elle avait faim ; elle était couverte de poussière, toute défrisée; bref, elle se jugeait dans la situation d'une martvre.

Je me sens le cœur ému en achevant le récit de cette journée.

Les fugitifs s'évanouirent dans l'immensité de la campagne.

Il n'y avait plus de trains. Les gens de Botley dévisagèrent les voyageurs d'un air peu sympathique et même avec une pointe de raillerie. Et tous leur refusèrent des moyens de transport.

Le lendemain était un dimanche. La chaleur d'une journée d'été avait froissé le faux col de Phipps, poudré de gris la toilette de Mrs Milton et jeté un nuage sur les radieuses sensations de toute la troupe.

Dangle, avec son emplâtre et son œil poché, sentait tout ce qu'il y avait d'ab-

RESTA UN INSTANT SUR SON LIT A EXAMIX1 AVEC DÉGOÛT SON FAUX-COL (P. 94).

§> L'ÉTRANGE AVENTURE

anale à poser pour le chevalier bl<

I y renonça après un léger effort.

Peut-être, les récriminations ne prient-elles pas une place prédominante lans la conversation, mais elles perçaient :omme les éclairs d'été sur les propos •changés et il y avait au fond de tous es cœurs un profond sentiment de ridi- :ule.

Jessie, d'après eux, méritait un blâme iévère.

Il semblait en outre, que l'issue redouable, celle qui eût fait de l'affaire une ragédie, ne se produirait pas.

— Voilà donc une jeune femme, — me jeune femme, ai-je dit? — non, une oute jeune fille qui avait mis dans sa été de quitter une demeure confortable

Surpiton et tous les charmes d'une ociêté raffinée, intellectuelle, de partir )récipitamment, de nous traîner tous après lie, de nous faire accomplir à l'envi des âches fatigantes, et maintenant que nous unîmes éreintés, maltraités par la tem- •érature, elle nous glisse entre les doigts, e nous laisse que « la poussière de ses un samedi soir, dans ce détesable village.

> conduite ainsi, c.Vst implemenl poui faire un coup de îte, sans autre motil en un mot que d'on ragei le -dis commun.

E1 pourtant, malgré tout cela, nous avons traitée dans notre conversation omme une personne qui nous a mis au omble de l'inquiél ude, comme un agneau

Bref, Mrs Milton qui avait mangé, tntinua .1 faire preuve des sentiments >s plus délit al

Elle était installée dans le fauteuil api tonné, le siège le plus confortable

n'il V eÛI dan- la ;

■ impagnons, au < onl 1 aire, étaienl

II équilibre, ui de meubles remboui n

<• crin, i n* o.\ ablem< m dm ., aux do ei di -i"1 ' était ni u icéi <l- têtièn pai <■ bandi i ouleui < m ion La < onvei .n mu

emblait' 1 ependanl aux bonne \ i> Ml' m eri< de Sui biton, Elle était a 1 e en fa< e de la i< ni tr<

n-. 1 1 ti (li • était 1 < aime 1 1 1

haude) e1 la lui m incertain! (cai on

n'alluma point de lampe) lui allait admirablement bien.

Elle parlait d'un ton de lassitude et avait tout l'air de plaider en faveur d'Une âme affranchie.

C'était une de ces soirées qui vivent toujours dans un souvenir sympathique, mais elle parut, toutefois, un peu longue.

— Je sens, dit Mrs Milton, que j'ai des torts. C'est moi la cause de tout. Mon premier livre, — je me garderais bien, remarquez-le, d'en retrancher un seul mot, ■ — a été mal compris, mal appliqué.

— C'est vrai, dit Widgery, en prenant l'air aussi attentif que le comportait l'obscurité, il a été mal compris de parti pris.

Xe dites pas cela, fit la dame. Ce n'est pas de parti pris. Je veux croire à la bonne foi des critiques. Ils parlent selon leurs lumières, — je ne songeais pas aux critiques. — Mais elle, veux-je dire...

Elle s'arrêta connue pour interroger.

— C'est possible, dit Dangle en examinant son emplâtre.

— J'écris un livre. Je constate une situation. Je demande aux gens de penser comme moi, mais, non pas d'agir comme je le conseille. Ce n'est là que de l'enseignement ; je ne fais que le mettre sous forme de récit. Ce que je veux, c'est enseigner des idées nouvelles, des leçons nouvelles. Puis quand les idées se seront répandues... les choses s'accompliront. Seulement c'est folie que de se poser en adversaire de l'ordre établi. Vous le savez, Bernard Shaw a expliqué ■ ela en i e qui concei ne le socialisme. Nous savons tous qu'il est piste de gagnei ce que nous consommons et qu'il esj

iinnioi.il de vi\ n' d'un capital placé. I OU

tefoi 1 ne poui rons comment e]

tant que nous scions en aussi petit nom

bre Ce onl les aul r<

I'k'( Isémenl . «Lit Widgei 5 . ce sonl aul res. Il laui qu'ils commencent Li premiers.

El en at tendant . \ ous « ont inuerez ire de la banque.

si je n'en 1,11 .n pas, quelque ant re en ferait à ma 1 >la< e,

DE U. HOOPDRIVER ^

- Et moi je vis de la lotion de M. Milton, tout en m'évertuant à prendre

pied dans la littérature.

Vous évertuer, dit Phipps, mais c'est chose faite.

Et Dangle dit en même temps que lui :

— C'est chose bien différente.

- Vous êtes si lions pour moi. Mais dans cette affaire-ci... Naturellement dans mon livre, Georgina Griffiths vivait seule dans un rez-de-chaussé'e à Paris, fréquen-

- Il faudra étouffer la chose! fit Dangle.

- Il me semble (pie la vie se compose uniquement .d'individus, et de cas individuels. Nous devons apprécier chaque personne d'après les circonstances où elle se trouve. Les règles générales ne sont pas applicables.

— Je reconnais bien souvent la force de cette vérité, dit Widgery.

— Voilà les règles. Naturellement, mes livres...

— C'est différent, absolument différent, dit Dangle, un roman traite de cas typiques.

JE VAIS VOUS APPRENDRE A GARDER VOS PLAISANTERIES POUR VOUS, DIT M. HOOPDRIVER (P. 99).

tait les cours artistiques et recevait des amis, mais elle avait alors vingt et un ans.

— Jessie n'en a que dix-huit et avec cela elle est d'une gaminerie... dit Dangle.

— Cela change tout. C'est une enfant.

Il en va tout différemment d'une femme. Et Georgina Griffiths n'a jamais fait parade de sa liberté... à bicyclette sur les routes. Dans ce pays-ci. tout le monde est si ombrageux!... C'est terrible. Si cela vient à se savoir, ce sera sa perte certaine.

— Sa perte ! approuva Widgery.

— Personne ne voudrait épouser une jeune fille pareille ! dit Phipps.

— Et la vie n'a rien de typique, dit Widgery, avec une incalculable profondeur.

Alors, soudain, sans la moindre intention, et plus surpris, plus choqué qu'aucune des personnes présentes, Phipps bâilla.

Cette faiblesse fut contagieuse. L 'assemblée s'étant saturée de propos assommants, se dispersa sous divers prétextes. Mais ce ne fut pas pour se coucher tout de suite.

A peine Dangle fut-il seul qu'il se mit à examiner avec un profond dégoût son œil au beurre noir, car, en dépit de son

r ÉTRANGE AVENTURE

énergie, ce petit homme tenait à des apparences irréprochables.

Phipps resta un instanl sur son lit à contempler avec un égal dégoût, un faux col que vingt-quatre heures auparavant il eût trouvé magnifiquepour un dimanche.

Mrs Milton rêva à la mort qui s'en prend même aux gros hommes gras, avec de bons yeux de chiens.

Et Widgery fut malheureux de s'être montré si grognon à la gare; et parce qu'il était convaincu qu'en agissant ainsi il n'avait pas gagné d'avance sur Dangle, il en voulut à Dangle.

Alors ces quatre personnages, dont lame se nourrissait surtout de l'apparence des choses, se sentirent avec douleur à une très modeste distance des gens de Botley, narquois, défiants, pendant que se retirait à l'arrière-plan l'esprit humoristique de Londres, et l'esprit raisonneur de Surbiton.

Est-ce que, vraiment ils se conduisaient d'une façon absurde ? Et s'ils ne se conduisaient pas d'une façon absurde, d'où leur venait cette irritation, cet embarras!

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