IL DISCUTA DANS UN SENS LIBÉRAI LA FRÉQUENTATION DES OFFICES (P. IO
r> L'ÉTH.ISCE AVENTURE
grands hôtebi l'adulation des foules urbaines, de chercher le charme original et confortable d • la \ i ■ au \ illage.
Alors, ils se mettraient à trouver un certain je ne sais quoi de distingué à la femme qui avait franchi la porte, ainsi qu'au beau cavalier, à moustache Monde, aux yeux bleus, qui l'avait suivie, et ils échangeraient des regards.
— Je vais vous (lire ce qui en est.
dirait un vieillard comme on en voit dans les romans, où il sert d'organe à la pensée commune et l'exprime d'une voix contenue, pleine d'expression. Il s'agit ici d'un de ces baronnets qui s'amusent en cachette, peut-être même d'une personne di- plu> liant lignage.
Telle avait été, disais-je, la trame exquise, légère, des rêves de M. Hoopdriver, un instant axant d'entendre la remarque. Mais cette remarque le fit tomber des nuages où il se complaisait.
En quels termes était exprimée cette remarque ? nous n'avons pas besoin de le dire. C'était nue boutade satirique dn genre où se plaît Strephon. Si vous êtes curieuse, chère madame, de la connaître, il vous suffira de vous vêtir d'un costume de cycliste et d'aller faire une excursion, le prochain samedi soir, dans n'importe quelle auberge où se réunissent des gens bien portants et de laçons simples.
Vous y entendre/ plusieurs des choses
qu'entendil M. Hoo] driver, el peul être
plus que vous n'en voudrez.
Je doi-, ajouter que cette remarque
< onioi (lit M. Hoo] driver. Elle pai tait
qui é\ idemmenl . ne croj aient
nullement à son importance dans la
Elle démolit d'un eu! i oup tout l'édifù e omptueux, fanta i Ique, auquel son espril 'était complu. Tout ce vain bonhein V\ anouit comme un n ve Et il ne trouva rien â réplique] i ai on ne i .1 fa< ilement riposte â remai que mali< ieu e faite à bi ûl< poui | oint Peut-êtn a lui qui l'avait émi e eut il dan l'a H un é( i.iii d ati fai don, à l'idée qu'il a-, ait n mi â a pla< e un niais qui 'admirait lui n* me, mai il e I également po ible, qu'il ne i oit pa douté qut on i i.ui .e. ,ut toui ii' pi te,
11 l'avait lancé comme un entant lance une pierre à un oiseau et ce trait n'eut pas pour effet seulement de jeter à bas un sotte et agréable chimère, il lit encore nue blessure: car c'était une grossière insulte à Jessie.
Elle ne l'entendit point, autant qu'Hoopdriver en jugea par l'attitude qu'elle eut ensuite, mais pendant leur souper en tête à tête, dans la petite salle à manger, il fut préoccupé.
Des lambeaux de conversation indistincte et de temps à autre des rires arrivaient de la salle de l'auberge à travers les pélargoniums ombrageant la fenêtre ouverte.
Hoopdriver sentait que tout cela venait de la même inspiration, ("étaient elle et lui qui en faisaient les frais.
Il lui répondait avec distraction.
Elle étail lasse, dureste.et monta bientôt dans sa chambre.
M. Hoopdriver, toujours poli, lui ouvrit la porte et l'accompagna quelques pas.
Il resta un instant à écouter, craignant quelque nouvelle insulte, pendant qu'elle montait l'escalier et traversait le palier OÙ un baromètre était accroché au-dessous d'oiseaux empaillés.
Puis, il retourna dans la pièce et resta
debout sur la carpette devant la décoration en paj ier de la cheminée.
— Voyons, dit-il à demi-voix, avec une expression cinglante, au moment où lui arrivait, confusément, un nouvel éclat de
I lie.
Pendant tout le soupei . il a\ ait élaboré une repartie piquante, une phrase d'une ironie caustique pour flétrir ces propos, el
il c l'tait la prononcer. Il les relèveraft
ainsi qu'il convienl à un gentilhomme.
Des gens qui se disent Anglais el qui insultent une femme! ■
Et H prendrail peut être, leui s noms et leurs adresses, menacerait de parles nein du manoii . leui promet b ail qu'ils aillaient de ses nouvelles, el | arti
lait ainsi, laissant la coiistci nation dans
on Illage II fallait absolument qu'il
ae,it ainsi.
l'oiu leur apprendre, se disait il d'un ton farou< he, en tuant péniblement
a un ai i ai he.
DE M. HOOPDRIVER ^
Il repassa dans son esprit la remarque méprisante pour accroître son exaspération et répéta les principaux points de son interpellation.
Il toussa, fit trois pas vers la porte, puis s'arrêta, revint se placer sur la carpette. Tout bien considéré... il garderait le silence.
Pourtant, n'était-il pas un chevalier errant ? De telles gens partiraient-ils sans avoir reçu une admonestation ? une correction infligée par un baronnet se promenant incognito ?
De la magnanimité ? Laisser les choses aller leur train ? Des rustres qui ne méritaient pas qu'on s'occupât d'eux.
Non. c'était un subterfuge inspiré par la crainte. Il irait, tout bien considéré.
I ne voix intérieure j protesta, lui dit qu'il était un âne prêt à s'emballer, et cela au moment où il se dirigea de nouveau vers la porte. Mais il n'en marcha que plus résolument.
II traversa le vestibule, passa par le bar, puis entra dans la pièce d'où était partie la remarque.
Comme il ouvrait la porte brusquement et se plantait sur le seuil d'un air menaçant: «Vous n'arriverez qu'à faire du mélo grotesque!» disait en lui une voix sceptique.
Il y avait dans la pièce cinq hommes.
Un gros personnage avec une longue pipe, plusieurs mentons, assis dans un fauteuil près du foyer, souhaita le bonsoir à M. Hoopdriver d'un air très affable.
Un jeune homme fumait un cigare et allongeait ses jambes en les croisant.
Un petit homme barbu, au rire édenté, un homme d'âge moyen, aux yeux vifs, qui avait une jaquette de velours. Enfin, un jeune homme blond, très distingué, dans son complet de confection jaune brun, avec cravate blanche, complétait l'assistance.
— Hem ! fit M. Hoopdriver en prenant un air très sévère, très âpre.
Puis d'un ton impérieux, en homme qui ne permet pas de familiarités, il dit :
— Bonsoir !
— Nous avons eu une bien belle journée ! dit le jeune homme blond à la cravate blanche.
ELLE AVAIT DEMANDÉ COMMENT ON POUVAIT POURSUIVRE DES NÈGRES PENDANT LA NUIT (P. I06).
— Très belle, dit lentement M. Hoopdriver.
Puis prenant un fauteuil marron, il le posa très délibérément en face le foyer et s'assit. ,
« Voyons, pensait-il, tâchons de nous rappeler le commencement de cette interpellation! »
— Les routes sont fort agréables dans cette partie du pays, dit le jeune homme blond à la cravate blanche.
■ — Fort agréables, dit M. Hoopdriver, en le fixant d'un air sombre. (Il faut pourtant commencer.) Les routes sont très bonnes par ici, et le temps est également parfait, mais ce que je suis venu dire ici, c'est qu'il y a des gens déplaisants... diablement déplaisants.
— Oh ! dit le jeune homme aux guêtres en ayant l'air de faire mentalement l'inventaire de ses boutons de nacre.
Comment cela ?
M. Hoopdriver mit ses mains sur ses genoux, ses coudes à un angle très aigu.
Il éprouvait intérieurement un accès de rage folle contre la sottise qu'il commettait en narguant ces lions. Il n'y avait pas à dire, c'étaient des lions, — mais maintenant qu'il y était, il fallait marcher.
Grâce au ciel, sa respiration, qui coinmençait à devenir un peu agitée, ne s'arrêta pas tout à coup.
Il fixa les yeux sur le gros homme aux
multiples mentons et prit la parole d'une voix basse, impressionnante.
— Je suis venu ici, dit M. Hoopdriver et alors une pause pour enfler ses joues),
avec une dame.
l'nc très jolie dame, dit l'homme aux guêtRfl en se tournant un peu de côté pour admirer un bouton de nacre qui s était dissimulé derrière la courbure de son mollet, une très jolie dame, en effet.
— Je suis venu ici avec une dame, dit M. Hoopdriver.
— Nous l'avons bien vue, tant mieux pour nous, dit le gros homme aux multiples mentons. Je ne trouve rien d'extraordinaire à ça. Ne dirait-on pas que nous sommes aveuglés?
M. Hoopdriver toussa.
— Je suis venu ici, monsieur...
— Nous le savons déjà, dit d'un ton sec le petit homme bar>u qui se mit ensuite à rire en dedans aimablement.
Nous le savons par cœur, reprit le petit homme pour établir ce point.
M. Hoopdriver perdit un moment son fil. Il jeta un regard fixe, hostile au petit homme barbu et essaya de rattraper son discours.
Un silence.
- Vous disiez, lit le jeune homme blond à cravate blanche avec politesse, que vous étiez venu ici avec une dame.
Une dame, répéta d'un air méditatif l'homme qui contemplait ses guêtres.
L'homme en jaquette de velours qui portait ses regards vifs et brillants de l'un à l'autre des interlocuteurs, se mit a un- « mu, m. • m ..h v. -naît de marquer un j,.,uit et <\. ita .M. Hoopdriver à parler, .h |r fixant d'un oeil interrogateur.
( Quelque .il'- voyou, dit M. Hoopreprenanl -on propos e1 passant brusquement au ton des plu agn ii a lait une remarque Lorsque nous sommes devanl cette porte.
I >om emenl ' dit le gentleman aux multiples menton ne non-, dites pas ii \mii plaîl i m minute ' 'lu M I [oopdi iver, . , h', i | a moi qui .h .lu l.- premiei des
e,ios i,
• mi don» aloi ? demanda L'homme
g» L'ÉTRANGE AVENTURE
— Ce n'est pas vous que je qualifie de sale vaurien, ne vous emballez pas sur cette expression. Seulement, il y a dans cette chambre un individu qui a lâché une expression qui prouvait qu'il n'était même pas bon à essuyer des bottes, et en m'adressant avec tous les égards possibles à des gentlemen qui sont des gentlemen (et M. Hoopdriver jeta un regard autour de lui pour trouver un appui moral), je tiens à savoir quel est celui-là.
— Ça signifie ? dit le jeune homme à la cravate blanche.
— Que je vais essuyer mes bottes sur lui et tout de suite, dit M. Hoopdriver avec un regain de colère, mais avec un léger grattement dans le gosier, — car la menace d'une telle menace personnelle était bien la chose du monde la plus éloignée de sa pensée au moment où il était entré dans la chambre.
Il disait cela parce qu'il n'avait pas trouvé autre chose à dire et il porta les coudes en dehors pour qu'on n'aperçût pas sa défaillance.
C'est chose bien singulière de considérer comment les situations nous entraînent...
— Hallo ! Charlie, dit le petit homme, lu le gros homme :
— ■ Oh! ma mère !
— Vous allez essuyer vos hottes sur lui, dit le jeune homme blond d'un ton de douce surprise.
— Certainement, dit M. Hoopdriver d'un ton tenue, résolu, en jetant un regard terrible au jeune homme.
— C'est juste, c'esl raisonnable, dit L'homme à la jaquette de velours, si vous pouvez.
L'intérêt de la réunion sembla se reporter sui le jeune homme à La crar vate blanche.
Naturellement, si vous ne pouvez trouver qui «'est. je suppose que vous êtes prêt à i iiyer vos bottes, comme il convient, sm tous ceux qui sont dam
cette pièce, dil Le jeune h te du ton
dont on répond quand on ne veul rioB
prendre i i soi I e genl leman, < ^-^^
pion de poids légers...
\\ .ai. i Ii. ii lie, dil le jeune homme aux guêtres en relevanl légèrement les
DE M. HOOPDRI VER
yeux et ne fais pas languir les gens qui valent mieux que toi. C'est juste et c'est carré ! Pas moyen d'en sortir.
— Alors c'est ce... commença M. Hoopdriver.
— Naturellement, dit le jeune homme à la cravate blanche, quand on parle d'essuyer les bottes...
— Je n'en parle pas, je vais le faire, dit M. Hoopdriver.
Il jeta un regard circulaire sur le groupe.
Ce n'étaient plus des adversaires, c'étaient des spectateurs.
Il fallait agir, agir maintenant. Mais ce ton d'agression personnelle contre l'auteur de la remarque avait triomphé jusqu'à un certain point du sentiment d'accablement que M. Hoopdriver éprouvait contra munditm.
Selon toute apparence, il aurait à se battre contre l'un d'eux. Aurait-il un œil poché ? Lui ferait-on beaucoup de mal ? Plût au ciel qu'il n'eût point affaire à ce robuste gaillard en guêtres ! Se lèveraitil pour commencer ? Que penserait-elle s'il paraissait le lendemain au déjeuner avec un œil poché ?
— C'est cet homme là ? dit M. Hoopdriver du ton calme dont on règle une affaire et en accentuant l'angle de ses coudes.
— Mangez-le! dit le petit homme barbu.
Mangez-le tout cru !
— Doucement ! dit le jeune homme à cravate blanche, doucement, une minute.
S'il m'est arrivé de laisser échapper une remarque...
— Alors, c'est vous qui l'avez faite ? dit M. Hoopdriver.
— Alors tu recules, Charlie ? dit le jeune homme aux guêtres.
— Pas du tout, dit Charlie, certainement, nous admettons la plaisanterie jusqu'à un certain point.
— Je vais vous apprendre à garder vos plaisanteries pour vous, dit M. Hoopdriver.
— Bravo ! dit l'homme au troupeau de mentons.
— Charlie va souvent un peu loin avec ses plaisanteries, dit le petit homme barbu.
— C'est absolument dégoûtant, dit M. Hoopdriver revenant à son discours.
Une dame ne peut pas parcourir une route à bicyclette, ou porter un costume qui
sorte de l'ordinaire sans que le premier imbécile venu ne se croie autorisé à lui crier des insultes...
— Je ne me doutais pas que la jeune dame entendrait ce que j'ai dit. Sûrement on peut parler sans contrainte, entre amis. Comment pouvais-je me douter que la porte était ouverte ?...
Hoopdriver se douta dès lors que son antagoniste était encore plus inquiet, si c'était possible, que lui-même à la perspective d'une lutte violente, et son courage s'accrut d'autant. Ces individus-là avaient besoin d'une leçon.
— Naturellement, vous saviez que la porte était ouverte, riposta-t-il avec indignation. Naturellement vous pensiez que nous entendrions ce que vous disiez. N'allez pas essayer de nous en conter là-dessus. Ça ne vous servira à rien de tenir des propos de ce genre. Vous avez fait le beau plaisant, et vous l'avez voulu faire. Et moi, j'entends vous donner une leçon.
— Par ce temps chaud, |dit le petit homme barbu à la jaquette de velours, d'un ton confidentiel, la bière au gingembre mousse beaucoup : partout elle fait éclater les bouteilles.
— Ça ne vaut rien de se cogner dans une auberge, dit Charlie en faisant appel à la société. Quant à une bataille en règle, sans danger d'être dérangé, je m'en fiche, si le gentleman y tient.
Evidemment cet homme avait une peur horrible.
M. Hoopdriver devint truculent.
— Où vous voudrez, dit M. Hoopdriver, n'importe où vous voudrez.
— Vous avez insulté le gentleman, dit l'homme en velours.
— Ne fais pas l'idiot, Charlie, dit l'homme en guêtres. Si tu n'as pas tes seize livres de plus que lui, tu n'en as pas une once.
— Voici ce que je dis, dit l'homme aux mentons exubérants, qui s'agitait sur son fauteuil pour obtenir son tour de parole. Si Charlie a dit des choses... il faut qu'il les soutienne. Voilà ce que je dis. Ça m'est parfaitement égal qu'il ait dit des choses... Mais il doit être prêt à les soutenir.
£> L'ÉTRANGE AVENTURE
— Je les soutiendrai jusqu'au bout, dit Charlie, en appuyant sur le mot soutenir. Si le gentleman veut venir de mardi en huit.
Xenni, interrompit Hoopdriver. A présent.
— Ecoutez, écoutez! dit l'homme aux mentons.
— Ne renvoyez jamais au lendemain.
Charlie. ce que vous pouvez faire le jourmême, dit l'homme à la jaquette de velours.
— Vous vous êtes mis dans l'obligation de vous aligner, Charlie, dit l'homme aux guêtres, inutile de tergiverser.
Ah ! c'est comme cela, dit Charlie, faisant appel à tous ceux qui étaient là, sauf à Hoopdriver. Je suis obligé de me trouver demain soir au dîner chez Sa Seigneurie. Quelle figure y ferai-je avec un œil poché et ensuite avec une lèvre fendue, pendant la promenade en voiture ?
Si tu ne voulais pas qu'on te détériore la figure, Charlie, tu n'avais qu'à te taire, dit le personnage en guêtres.
— C'est bien cela, dit M. Hoopdriver en appuyanl la riposte. Pourquoi n'avezvous pas ternir votre vilain bec?
— C'est une histoire à me faire perdre ma place, protesta Charlie.
Il fallait y penser auparavant, dit Hoopdriver.
Il n'y a pas de quoi faire tanl de bruit, dit Charlie. Je ne voulais que plaisanter entre gentlemen... Je suis fâché que le gentleman ait été vexé...
I oui le monde se mit à pai lei â la lois. M Hoopdriver tortillait sa moustache.
Il trouvait que Charlie.en le re< onnaissant poin un gentleman, atténuail -<•- torts Mais la pose qu'il s'étail donnée l'obligeait a poursuivre vivement, sans relâche, son ennemi en déroute. Il lança une phrase insultante pai de u li tapage:
Il esl -. raiment abj< i I ' l a confu ion redoubla.
Au moin n'allez | ■ croire que j'ai peur... d'un boul d'homme pareil, ave( , jambt • '-n in eau « cria^ harlie part i que je iuis...
( nangemenl de front I pensa 1 loop < 1 1 1 \ . i dé< ontenan< é. ( »u allon non '
— Ne restez pas là à dire des injures, dit l'homme en velours. Il a offert de cogner sur vous et si j'étais à sa place, je vous cognerais tout de suite.
— Alors, très bien, dit Charlie en changeant soudain d'attitude, puisqu'il le faut, allons-y.
Sur ces mots, Hoopdriver, le fils de la Destinée, se leva aussi, une horrible sensation l'avertissant que son mentor intérieur'avait eu raison.
Les choses avaient changé de face.
Lui et Charlie étaient à six pieds de distance, séparés par une table, et tous deux avaient la respiration haletante, l'air farouche.
Une bataille vulgaire dans une auberge et cela avec un individu qui était trop évidemment un valet de pied ! Voilà donc cette admonestation, pleine de dédain, de dignité ! Et comment diable cela est-il arrivé 3
« Il faut donc que je fasse le tour de la table pour l'attaquer! »
Mais avant que la querelle eût pu aboutir, l'homme aux guêtres intervint.
— Pas ici, dit-il en venant se mettre entre les adversaires.
Tout le moud;' s'était levé.
Charlie est adroit, dit le petit homme barbu.
Dans la cour de huiler, dit l'homme
aux guêtres en prenant la direction avec l'aisance el l'empressemenl d'un professionnel exercé ! Si le gentleman trouve
bon...
La cour de Huiler semblait laite tout exprès.
Eh bien, nous allons arrange] ça comme il faut, dans les règles, s'il vous
plait.
l- 1 ,i\ ant que I foopdi iver se fui exacte* ment rendu compte de ce qui se passait, il .p. .m été < onduil de l'ai i ière salle de l'au berge au premier, à l'unique combat à coup de poing qui devait être l'honneur
de sa \ie.
\ i h jug< i extéi ieurement pai ce qua
montrail la kimiîre Intermittente de la
lune Hoopdi Ivei était i aime et toul
à la lutte Mais en lui-même
s'agitail un chaos d'idi e i onfuses.
Les remarques ai 1 1\ aient en se sun anl
DE M. HOOP DRIVER
de si près qu'il avait grand' peine à se rendre compte de la marche des événements. Il se rappelait qu'il était allé d'une pièce dans l'autre, en prenant une pcv.e digne, aristocratique même, prêt à se répandre en une éloquente apostrophe bien faite pour cingler de misérables rustauds. Puis les incidents avaient succédé aux incidents jusqu'au moment où il se trouva dans un sentier éclairé par la lune, silhouette mince et noire, s'avançant d'un air froid et préoccupé vers je ne sais quel horrible événement dans la cour de Buller. Des poings ? C'était étonnant, c'était terrible.
Devant lui se dressait la pâle figure de Charlie et il vit que l'homme en guêtres tenait doucement mais fermement le bras de Charlie.
— C'est assommant, disait Charlie, de jouer du poing pour une affaire semblable! Ça va très bien pour lui. Il est parti en vacances. Il n'a pas ce maudit dîner à servir demain soir, comme moi. Je ne tiens pas à avoir le bras lourd, n'est-ce pas ?
Ils franchirent la porte qui donnait dans la cour de Buller.
Il v avait dajis la cour de Buller des
hangars mystérieux dont la lune ne parvenait pas à peicer les obscurités.
Une odeur d'étable en montait. Une pompe projetait son ombre nette et noire sur le mur blanchi à la chaux.
Hoopdriver sentait que c'était le comble de la sottise que de venir là se faire contusionner, mais comment en sortir ?
Son imagination ne lui favorisait aucune issue. Et pourtant, après ?... pourrait-il se représenter devant elle ?
Il passa la main sur son complet norfolk et prit son champ, le dos tourné à l'entrée. Comment engager le combat ?
A supposer qu'il tournât les talons et s'enfuît à l'instant même et courût à toutes jambes à l'hôtel s'enfermer dans sa chambre à coucher ? Ils n'arriveraient certainement pas à l'en déloger et s'ils le faisaient il pourrait les poursuivre pour agression.
Comment s'y prenait-on pour faire un procès pour agression?
Il vit Charlie à qui la lune faisait une figure d'une pâleur fantastique qui se plantait devant lui.
Il reçut un coup sur le bras, et céda du terrain. Charlie serra de près. Puis