‹ Contes étrangesChapitre 87 sur 94 · IL ÉTAIT ÉVIDEMMENT D'HUMEUR TRÈS LIANTE (P · texte numérisé non relu

IL ÉTAIT ÉVIDEMMENT D'HUMEUR TRÈS LIANTE (P

dit la main par- dessus le couvert du déjeuner.

Il la regarda avec hésitation et ne comprit pas très bien tout d'abord. Mais voyant l'éclair d'amitié qui brillait dans ses yeux, il se leva, en tenant la cuiller à marmelade et prit avec humilité la main qui lui était offerte.

— Seigneur! s'écria-t-il, si vous n'êtes pas assez...

— Je crois tout cela, maintenant.

Soudain une inspiration chassa l'envie de plaisanter qu'elle sentait en elle, et elle s'assit brusquement.

— Je comprends: vous avez agi ainsi, dit-elle, parce que vous teniez à me venir en aide. Et vous m'aviez jugée trop attachée aux conventions pour accepter l'aide de quelqu'un que je pourrais regarder comme inférieur dans la société.

— C'était bien en partie pour cela, dit M. Hoopdriver.

— Comme vous vous êtes mépris sur mon compte !

— Ça ne vous fâche pas ?

— C'était noble de votre part, ditelle. Mais je suis fâchée que vous m'ayez crue capable de rougir de vous, parce que vous avez une profession honorable.

— Je n'en savais rien, tout d'abord, vous voyez, dit M. Hoopdriver.

Cela le stupéfiait. Il se soumit passivement à ce rétablissement dans sa propre estime. Il était un citoyen utile dans la mesure de ses forces, et ses hâbleries partaientd'une bonne nature, il se mit à les considérer comme telles.

En outre, elle fit une nouvelle allusion au courage désespéré dont il avait fait preuve. Certainement, il se reconnaissait de la bravoure.

Le déjeuner se termina bien plus heureusement qu'il ne l'avait espéré.

Ce fut même un instant délicieux et ils quittèrent la petite ville de Blandford aux toits rouges, comme s'il n'avait jamais surgi le 112). moindre nuage entre eux.

g» L'ÉTRANGE AVENTURE

Mais pendant qu'ils étaient assis au 1 ord de la route parmi les pins, à mi-côte d'une rangée de collines entre Wimborne i t Ringwood, M. Hoopdriver remit sur le tapis le sujet de sa position dans le monde. - Trouvez-vous, dit-il tout à coup en ôtant de ses lèvres une cigarette commencée dans un moment de distraction, qu'un commis en nouveautés est un citoyen respectable ?

Pourquoi pas ?

— Il oblige les gens à acheter les choses dont ils n'ont pas besoin, par exemple.

Est-ce qu'il y est forcé ?

— C'est son talent de vendeur, dit M. Hoopdriver. Sans ça, il n'arriverait pasà gagner son traitement. C'est partout ainsi. Ça n'est pas une profession particulièrement honnête ou particulièrement utile. On ne la cote pas bien haut. On n'a ni liberté ni loisirs, ce qui ne fait pas beaucoup de marge pour vivre, n'estce pas ? Les vrais ouvriers se moquent dé nous. Quant aux gens éduqués, comme

nmis de banque, les clercs de soïKcitors, ils nous regardenl du haut de leur grandeur. A nous voir au magasin, on nous prend pour des gens bien traités, mais, le soir, on nous entasse dans des dortoirs connue des convkts. On nous nourrit de pain et de beurre, et on nous

bous* nie comme des esclaves. Il nous 1,-ste juste a -« ■/. de supéi iorité pour sentii que nous ne sommes pas des hommes supérieurs, e1 que nous n'avons ni capital, ni avénii . A peine un commis sut «eut ■ il à gagner assez poui se maa îei , iri( "ii < rrand Soleil ' potn i a lui donner ses bottine â i irei si ça lui plaît 'i il n ■ redri ei Kéchiro Voilà

Ce que SOnl les ( ■oiinuis de lioll\. .t 1 1 1 .

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Elle n' ré] ondil pa el . l'aii ombre, il re ta maître du terrain.

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Cela dit, il se tut. Elle détourna la tète et posa sa joue sur le creux de sa main. Elle avait dans les yeux une lueur qui lui donnait une expression tendre.

- Vous êtes si modeste, dit-elle, vous vous appréciez si peu vous-même.

- Je me suis misa réfléchir, répéta-t-il.

— Eh bien ?

- J'ai pensé à ça ce matin, dit M. Hoopdriver.

— Ah ! vraiment.

— Evidemment, c'est une sottise.

— Eh bien ! voyons...

- J'ai vingt-trois ans. Je suis allé à l'école jusqu'à quinze ans tout juste. Eh bien, cela me met en retard de huit ans. Est-ce trop ? A l'école, je n'étais pas des derniers. Je mordais à l'algèbre. J'ai appris le latin jusqu'aux verbes auxiliaires et le français jusqu'aux genres. J'ai été quelque peu défriché.

- Et maintenant, vous vous demandez si \ous devez continuer à travailler ?

Oui, dit M. Hoopdriver, c'est ça.

On ne peut pas arriver .à grand'chos* dans la nouveauté, sans capital, vous savez. Mais si je pouvais me dormei une véritable éducation...

Pourquoi pas? dit la jeune dame en gris...

M. Hoopdriver lut surpris de voir la ■ !:< «e sous ce jour.

Vous croyez ? dit-il.

Evidemment, dit-elle, VOUS êtes un homme, VOUS êtes libre.

Elle s'animait.

Je voudrais être à votre place pour

avoir cette chance dans la lutte.

Suis-je assez homme, dit tout haut.

M. Hoopdriver, se parlant à lui même... Il v a ces huit ans...

Vous pouvez les rattraper. . Ces gens que vous appelez des gens éduqués ne \ ..m guère «le l'.i\ anl Vous pouvez les atteindre. Ils s'en tiennent à ce qu'ils sdiit . | < .11.1 .m golf, cher* hei à i >lai ai di (luises spirituelles, qu'ils disent à de i' mine < 01 e ma belle rm re,

Cl dlll'l e|| \ |||e VOUS êtes p||| . ,l\ ,ll|( V

qu'eux, .m moins sut un 1 oinl 1 1 i raient qu'il .i\ eut t< iu1 vous ne le croj ez pas. E 1 il .i\ eni de -i petite ; chosi Vou • . vous ét( 'I- lei min . prompt...

DE M. HOOPDRIVER ^

— Seigneur! dit M.

Hoopdriver, comme vous en couragez les gens.

— C'est votre modestie qui vous retient. Et si je pouvais seulement vous aider... dit-elle en s'interrompant par un éloquent silence...

Il redevint pensif.

— Il est parfaitement clair que vous ne faites pas grand cas de la profession de commis en nouveautés, dit-il brusquement.

— Non, pas pour vous, dit-elle, mais certains grands hommes sont sortis des derniers rangs de la vie. Voyez Burns, un laboureur, et Hugh Miller, un maçon, et tant d'autres. Dodsley a même été valet de pied.

— Mais des commis en nouveautés !

nous sommes trop... de pauvres en habit noir, pour pouvoir nous élever. Nos habits et nos manchettes pourraient se froisser...

— N'y a-t-il pas eu un Clarke qui a écrit sur la théologie ? C'était un commis en nouveautés.

— Il y a un Clarke qui a monté une usine de fil à coudre, le seul dont j'aie entendu parler.

— Avez-vous lu les Cœurs révoltés !

— Jamais, dit M. Hoopdriver.

Il n'attendit point qu'elle développât sa pensée. Il se lança tout de suite dans l'énumération de ses connaissances, en littérature.

— Le fait est que j'ai très peu lu. On n'a pas beaucoup les moyens de le faire dans la situation où je suis. Nous

JE VIENS JUSTEMENT DE HISSER MA MACHINE JUSQU'ICI AVEC UN CORDON DE SOULIER. (P- 114).

avons une bibliothèque à la maison et je l'ai lue. J'ai lu surtout du Besant, une quantité de miss Braddon, de Rider Haggard, et de Marie Corelli, et...Ouida, quelque chose comme ça. Ce sont, certes, des histoires intéressantes, des écrivains de premier ordre, mais il ne me semble pas que cela m'ait beaucoup avancé.

Il y a un tas de livres dont on parle et que je n'ai pas lus.

— Ne lisez-vous pas d'autres livres que des romans ?

- Bien rarement. On est fourbu à la fin de la journée, et puis on ne peut avoir les livres. Naturellement, j'ai été à quelques conférences de vulgarisation, par exemple, à celle « sur les auteurs dramatiques du temps de Lisabeth, » mais ça m'a paru de trop haute envolée. Alors, j'ai renoncé et j'ai fait de la sculpture sur bois. Mais ça ne me menait à rien non plus. Je me suis coupé au pouce et j'ai abandonné les cours du soir.

Il était décourageant à voir, avec sa figure anxieuse, ses mains maladroites.

Elle eut un moment de doute involontaire.

Elle dut faire un effort pour se rappeler que c'était le même homme qui avait tenu tète, comme un lion furieux, aux butors de l'auberge. Et il trouvait que ce n'était rien !

— Came soulève lecteur, dit-il, devoir comme j'ai été abruti. Mon vieux maître

^ L'ÉTRAXGE AVENTURE

d'école aurait mérité une bonne raclée.

C'est un coquin. Il prétendait faire de moi un homme et il m'a volé vingt-trois ans de ma vie. Il m'a rempli le cerveau de copeaux, de balayures, et me voilà ! Je ne sais rien de rien. Je ne suis bon à rien et le temps de m'instruire est passé.

- Est-il passé? dit-elle. Pourquoi serait-il passé 5

Mais il semblait ne pas l'entendre.

Mes vieux n'en savaient pas plus long. Ils sont allés payer trente livres trente livres de perdues — pour faire de moi cela. Le « Grand Soleil » a promis de m'apprendre le commerce et il ne m'a jamais appris que le métier de commis.

C'est comme cela que l'on traite les apprentis en nouveautés. Si l'on mettait en prison tous les filous, eh bien ! vous ne sauriez plus où acheter du fil et du coton. C'est très joli de me citer Burns et les autres, mais je ne suis pas tellement sot que je n'eusse pas pu devenir quelque chose de mieux. avec de l'instruction.

Je me demande ce que seraient les gaillards qui blaguent et raillent les gens comme nous, s'ils avaient été abrutis comme je l'ai été. A vingt-trois ans c'est un démarrage dit tu Lie.

Il leva les yeux avec un sourire glacial. C'était un Hoopdriver plus mélancolique vraimenl et plus sage que celui de ses brillantes hallucinations.

I i -I VOUS qui m'amène/ à i ela, dit-il. VOUS êtes vraie. Et cela me lait penser à Ce que Je suis réellement et à ce

que j'aurais pu êtr< .1 apposer que loin eut été autrement.

Sa modestie i ut pu réellement être mal ( omprise de quit onque l'eut entendu ;ive< d'autres disposition- que Jessie.

Elle le - un el répondit :

Faites qu'il en soil autrement.

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Ah ' fil Hoopdrivei en la regardanl du < oui de l'a il El même alors... non, décidément irai! à rien. Il

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