SIXIEME TABLEAU
Une chambre d'auberge où le voyageur est couché.
LE VOYAGEUR, UN AUBERGISTE, LE FRÈRE DE L'AUBERGISTE, puis UiN MÉDECIN.
Le voyageur. — Les fatigues et les émotions de cette course m'ont donné une fièvre de cheval. Je suis brisé par tout le corps, j'ai la tête
en feu, je suis très oppressé. Ne pourriez-vous pas me procurer un médecin?
L'aubergiste. — Il y en a bien un de Tautre côté de la montagne, mais on n'ira pas le chercher à moins de vingt francs.
Le voyageur. — Prend-il cher?
L'aubergiste. — Trois francs, mais iJ se rattrape sur les remèdes qu'il vend.
Le voyageur. — Je donnerai les vingt francs. Envoyez-le chercher.
Le frère de l'aubergiste, dans la pièce à côté, à haute
voix. — Ce voyageur paraît très dangereusement malade. Il faudrait peut-être écrire tout de suite à sa famille, car s'il venait à mourir ici ce serait bien désagréable pour nous.
L'aubergiste, entrant dans la chambre du voyageur. Oïl
est parti chercher le médecin. Faut pas vous inquiéter, ce ne sera rien. En attendant le médecin, voulez-vous qu'on aille vous chercher un prêtre? La soupe est trempée, je vas vous en apporter une bonne assiettée, ça vous donnera de la force.
Le voyageur. — Merci, j'aimerais mieux un peu de tilleul.
L'aubergiste. — Y en a pas ici. Nous ne sommes jamais malades, nous.
Le 3iédeci>', entrant. — Eh bicu , moiisicur, qu'avez- vous? C'est un refroidissement et une
courbature. Je vais vous saigner, vous purger et vous faire vomir. Avant huit jours vous pourrez vous lever. Yoici de l'ipécacuanha et de Faloès. Prenez garde de ne pas prendre le vomitif pour vous purger et le purgatif pour vous faire vomir. Je reviendrai vous voir trois fois par jour. J'espère que je vous sauverai. Si je pouvais vous donner un bain de vapeur je répondrais de vous, mais rétablissement le plus proche où on en puisse prendre est à vingt Heues d'ici et en faillite.