LES MÊMES, RUFFIANO SACRIPANTI
SaCRIPANTI, une espingole à la main. SeigUeUr Ca-
valier, vous avez déshonoré ma sœur.
Arthur. — Je vous croyais à la cave.
SaCRIPANTI, d'un ton amer et nasillard. Il y a tcmpS
pour tout. Vous allez l'épouser à Tinstant.
Arthur. — Je n'ai jamais eu de goût pour le mariage.
Sacripanti. — Alors il ne fallait pas la séduire.
Arthur. — C'est elle qui m'a fait des avances.
Sacripant!. — Parce qu'elle vous aimait, (ii le couche en joue.^ Mais puisquc VOUS ne voulez pas l'épouser, faites votre prière et préparez-vous à mourir, à moins que vous ne soyez disposé à réparer d'une autre manière le tort que vous avez fait à l'honneur de la famille.
Arthur. — Vous voulez de l'argent.
Sacripant!. — De l'argent ! Pour qui me prenez-vous? J'aimerais mieux vous tuer mille fois que de toucher des fonds souillés du déshonneur de ma race ! (Il pleure. Maîtrisant son émotion.)
Je désire seulement que vous lui fassiez une petite dot pour qu'elle entre dans un couvent.
Arthur. — Si vous m'aviez dit ça...
Sacripanti. — Ah! il fallait prévenir le seigneur
cavalier! (a Annunziata, qui parait être dans un état de complète
prostration.) Celle-là cst bicu bonne !
Annunziata. — Hélas!
Arthur. — Combien est-ce?
Sacripanti. — Cent... cinquante francs...
Arthur. — Cent cinquante francs! allons donc, ça ne vaut pas plus de cent francs!
Sacripanti. — J'ai plus de vingt-cinq francs de frais...
Arthlr. — J'ai déjà donné deux francs à la bonne. C'est fort désagréable.
Sacripanti, lui tendant cordialement la main. Bah!
donnez cent francs. C'est parce que c'est vous; je le jure sur l'épée de mon père!
Arthur, comptant vingt écus à Sacripanti, et à part. Singulier mélange d'honneur et d'abaissement! 0 Venise, toi qui fus reine de l'Adriatique, vois où sont descendus... tes descendants!
(Il sort.)
FANTAISIE VENITI^JNNE. 807