LA CABINE ENC[HANTÉE
— L'homme que nous avons vu entrer dans la cabine était habillé comme ça, dirent les enfants.
A ces mots la figure de la femme se bouleversa. Elle fit un signe de croix et dit en regardant son mari :
— Jésus! Marie! Joseph! c'est l'âme du trépassé que les enfants auront vue !
A ce nouvel incident tout changea comme par un coup de théâtre. Le monde se porta vers le lieu du sinistre, tandis que notre héroïne, après avoir jeté à la dérobée un regard sur sa cabine, s'éloigna, suivant de près le dernier groupe qui se dirigeait du côté où le canot allait être mis à la mer.
Après plus de deux heures de recherches Tembarcation revint. On n'avait rien trouvé et la cabine n° 3 était toujours vide.
On recueillit alors les effets du mort, on y trouva une carte sans adresse au nom de Gaston de Rochekern, et le maire s'occupa de dresser son procès-verbal.
Toute la soirée on causa des événements de cette journée mémorable, et au moment oi^i le docteur Destombes expliquait à un auditoire attentif qu'il n'est pas difficile de citer des hallucinations comme celle qui avait trompé Timagination des deux enfants; au moment où,
166 LA CABINE ENCHANTEE.
poursuivant sa démonstration, le savant docteur ajoutait finement que bien des croyances populaires n'ont pas d'autre origine, Gaston de Rochekern, qui n'était pas mort mais enterré,, grimpait comme un chat le dernier escalier du remblai et parvenait à rentrer, sans être aperçu, dans le chalet qu'il occupait seul.
Il réfléchit une partie de la nuit.
Au petit jour, avant que personne fût levé, il remit son costume de bain^ alla se coucher au bord de la lame et attendit.
Environ une heure après, trouvé par un pêcheur matinal, le corps inanimé du noyé était emporté sur un brancard au Casino, où le docteur Des tombes, après une médication énergique, eut le bonheur de le rappeler à la vie.
Gaston raconta alors que la veille, au moment de regagner la plage, il avait été pris d'une crampe ; qu'il avait fait la planche ; que sa crampe avait duré fort longtemps ; que la marée l'avait emporté au large; qu'il n'avait pas pu regagner la terre ; qu'heureusement il avait pu attraper une épave qui l'avait soutenu sur l'eau jusqu'à ce que la marée montante l'eût reporté à terre... Enfin un conte à dormir debout mais auquel on ne pouvait rien objecter.
Maintenant voulez-vous que je vous explique comment il avait pu sortir de la cabine?
LA CABINE ENCHANTEE. 167
C'est bien simple : avec une patère à vis qu'il détacha de la cloison, il avait soulevé deux lames du plancher. A Taide de sa compagne, il avait creusé sous ce plancher un grand trou dont il avait repoussé les déblais dans le vide qui séparait le plancher du sol, s'était blotti dans le trou, et la dame, rabattant les planches, n'avait eu qu'à peser du talon de sa bottine pour faire rentrer sans bruit les clous dans leur ouverture, que Gaston avait pris soin d'élargir en se servant du pas de vis de la patère comme d'une vrille.
De son trou il avait entendu tout ce qui s'était passé. Il était resté enfoui jusqu'à la nuit, et alors, après avoir doucement dégagé d'abord sa tète pour observer le terrain, il avait rampé et presque nagé dans le sable jusqu'à l'escalier.
Je ne sais ce qui est arrivé depuis, mais, ou la baigneuse fut bien ingrate, ou elle l'aura royalement récompensé!
Chez la baronne ; trois salons, des tables de whist et d'écarté. Onze heures.
Un domestique, annonçant. — Madame des Aiigalleries! Mademoiselle Yseultdes Angalleries î Mademoiselle Irmingarde des Angalleries !
LiA BARONNE , accourant et manifestant la joie la plus vive.
— Vous voilà donc, chère madame? Que vous êtes aimable de venir et de nous amener vos deux amours de filles I Sommes-nous belles! sommes-nous belles ! (D'un air consterné.) MaîS COmme
vous venez tard! Venez, venez, queje vous mette
là où je veux que l'on vous voie. (Elle les conduit dans une embrasure de porte que les robes des trois dames obstruent
complètement.) Là VOUS scrcz parfaitement. On vous verra des trois salons. Tout le monde passera devant vous.
Adhémar. — Baronne, permettez-moi de vous
no UNE SOIRÉE DE CACIQUES.
présenter M. Quériot, peintre, grand prix de Rome, mon ami.
IjA baronne, pivotant sur elle-même et submergeant sous sa traîne M''-^ Irmingarde des Angalleries. Monsieur, je
suis très heureuse, très heureuse... (Bas à Adhémar.) Voilà les Angalleries déposées ; vite trois hommes, trois hommes !
Le domestique. — Monsieur le comte Ladislas Karasnicki !
La baronne. — En voilà un. Allez le chercher, je vous présente à lui, et vous le présentez aux
Angalleries, allez. (EUe court recevoir une dame qui entre.)
Le domestique. — Madame la marquise de Todos Los Hombres !
La baronne, lul prenant les mains avec effusion. CllCre,
chère marquise! Que vous êtes aimable d'être venue! Vous ne sauriez croire le plaisir que j'ai de vous voir! Je me serais brouillée avec vous si vous n'étiez pas venue : car enfin j'aime bien tout ce monde-là, mais vous, vous, oh! vous
savez? (D'un air consterné.) Mais COmmc VOUS VCllCZ
tard! Venez, venez, que je vous mette là où je
veux qu'on vous voie. (Elle la met dans un coin, entre une jardinière et un entre-deux de Boule.)
L'aMIE, venant à la baronne. Boujour, cllèrc ;
vous voyez, me voilà fidèle à ma parole. Mais vous faites donc annoncer chez vous, maintenant?
La BARONNE. — Par exemple! Jamais : seulement aujourd'hui c'est trop amusant, ces noms. C'est comme à la lanterne magique, il ne manque plus que l'orgue de Barbarie.
L'amie. — Eh bien, qu'est-ceque je peux faire pour vous?
La baronne. — Faites pour le mieux.
L AMIE, parcourant des yeux les dames assises. ileUS !
voilà ime jolie personne, là. Qui est-elle?
La baronne. — Miss... miss... Ma foi, j^ai oublié son nom... une Américaine.
L'amie. — Elle me plaît, je vais causer avec elle.
Le domestique. — Monsieur le comte Guadalaçâo d'Alcazacantara ! Monsieur le docteur Steinkrauzbachflich ! Monsieur le chevalier Pietrinescki ! Monsieur et Madame Pouillard !
Un invité, au domestique. — Machor Tclitaïch...
Le domestique. — Monsieur Machor...
L'invité. — Tchtaïch!
Le domestique. — Monsieur Taillât!
L INVITÉ, furieux, annouyant lui-même d'une voix de tonnerre.
— Lé machor Tchtaïch !
Une heure. L'allégresse est complète et générale. Le ramage des hommes et des femmes caquetant et coquetant à qui mieux mieux retentit jusque sur l'escalier, avec un bruit de volière en délire. Des groupes, savamment mé-
nages par la maîtresse de la maison et docilement formés par les invités, offrent un tableau pittoresque, ou mieux un ballet par assis et levé, d'un aspect vraiment enchanteur. Chaque dame est entourée d'un ou de plusieurs cavaliers, les uns debout, le pied en avant et le gibus à la Vénus de Médicis, les autres , accroupis en grenouille ou en chien d'aveugle sur des poufs, des X, des tabourets trop bas. L' « homme considérable » est adossé à la cheminée, et pérore; les demoiselles des Angalleries se tortillent, sous les regards de feu de deux Péruviens, comme des anguilles à la poêle ; le comte Karasnicki parle beaux-arts avec le grand prix de Rome ; la marquise de Todos Los Hombres roucoule avec le secrétaire de la légation du sultan de Maduré; un attaché de l'ambassade de Tombouctou raconte à un étudiant en médecine ses impressions de voyage au Paraguay et en Beauce. La soirée est réussie, la victoire est à nous^ et la baronne, se laissant tomber épuisée sur un divan du boudoir, souffle un peu.
L'homme considérable, à un groupe de curieux qui le regardent avec une déférence niaise. iVlOl , SI j avaiS
l'honneur de connaître monsieur le maréchal, j'irais le trouver et je lui dirais...
Un jeune GATEUX, à une dame de quarante-cinq ans vêtue magnifiquement de jaune et de rouge. Madame, VOUS
avez la beauté des fées, et le son de votre voix est plus doux que les soupirs de la harpe de David . . .
Une Mexicaine, roulant des yeux en boule de loto. — Oh !
oh! You se bieng quou lé Frrracé sont dé trrrrompadorès !
Un GOMMEUX, se croyant sportsman. Je VOUS dis
que Saltarelle est devenue première favorite : je viens de rencontrer Gontran, qui a lu la dépêche. Scamp? Allons donc! 100/12, j'en suis parfaitement sur...
Un entomologiste bavarois, à monsieur David.
Ché serais bien vladé t'endrer en relations gondre fos drafaux t'endimolochie, pource gu'îne home si tisdinqué gué montsir lé brofseur ïafit. . .
Monsieur David. — Vous êtes bien honnête, monsieur, mais je ne suis pas professeur d'entomologie : je suis employé au ministère de la guerre.
L'entomologiste bavarois, avec candeur. — Ah! diens! z'est édonnant, pien édonnant! Ché n' lé sâfais bas ti dont, ti dont ! Fous téfez édre pien ogubé. en ce moment?
Monsieur David, avec bonhomie. — En ce moment? Pourquoi?
L'entomologiste bavarois. — Ché n'sais bas... Ch'fous temante...
Adhémar, au colonel. — Yoycz doiic là-bas ce
monsieur qui cause avec une dame en bleu : savez-vous qui c'est?
Le colonel. — Je ne sais pas, mais j'ai vu cette figure patibulaire quelque part... Oui... c'est lui; mais il était blond. Tâchez donc de vous approcher de lui et de voir de près ses cheveux.
(Adhémar se glisse peu à peu du côté de l'inconnu.)
Un Russe. — Il n'est pas plus russe que vous; en Angleterre il se fait passer pour polonais, et ce n'est pas plus vrai; ce qui est vrai c'est que personne ne sait d'où il vient et qu'on le trouve partout. Moi, je suis bien sûr que c'est...
La baronne, qui a; saisi ces derniers mots. \jQ QUI
parlez-vous là?
Le Russe. — De ce monsieur à cheveux rouges, là-bas, qui cause avec cette grosse dame.
La baronne. — Yous le connaissez?
Le Russe. — Madame la baronne, je crois de mon devoir de vous dire que c'est un homme qu'on ne reçoit pas...
Adhémar, revenant; bas au colonel. Il CSt tciut , IcS
cheveux poussent blonds au pied.
Le colonel. — Je savais bien, parbleu : c'est l'abbé Taïfori, un prêtre italien défroqué.
Le Russe, à la baronne. — . . .parce qu'il a été croupier àliombourg.
POUILLARD, à la miss américaine. Il lui parle à l'oreille en
souriant. — Mlss, je suis bien fâché, mais mon ami Tif fléau ne peut plus attendre, et si vous ne le soldez pas il est décidé à faire un éclat.
La MISS. — Oh! je souis bien malheureuse, en vérité, môsieur Pouillard. Mes rentrées né se font pas ; mes claïenntes né veulent pas mépéyer.
PouiLLAiu). — Ça m'est bien égal. Je vous ai mise en relations avec Tiffleau, moi, je réponds pour vous^ moi, et je ne me soucie nullement de payer pour vous. Fallait rester à Cincinnati avec les cochons de monsieur votre père, et gagner de Targent d'abord, puisque vous aviez la rage de venir en France.
La miss. — Mais mon pécotille dé gants est arrivée tout piquée, et j'ai été obligée dé lé faire vendre à dé vil prix à New-York.
Pouillard. — Tout ça ne me regarde pas, il me faut mon argent. Quand on ne sait pas faire le commerce on ne s'en mêle pas, et voilà !
La miss. — Mais je né fais pas lé commerce. Mais tout est si chéer à Paris, il faut bien gaigner quelque chose...
Pouillard, toujours souriant. — Oui , pour porter des robes de Worth et pour aller en premières loges à l'Opéra!
QuÉRiOT, à Adhémar. — Yoilà qui cst bicu drôle ; tu vois cette espèce d'escogriffe frisé et basané, couvert de décorations ? Il vient de me demander
qui est ce gros blond mollasse quia une énorme chaîne de montre et un diamant sur son gant.
Adhémar. — Eh bien?
QuÉRiOT. — Eh bien, en entrant sous la porte cochère, je les ai vus se prendre la main et se parler à l'oreille.
Adhémar. — Diable ! il n'y a pas à hésiter, il faut avertir la baronne.
Un Anglais, causant avec un gommeux. — Ce damc, je... trouve... là-bas... Oh! oui, vous, monsieur, s'il vous plaît... La soçaiété perfêtement, extrêmement... Oh! Péris est perfêtement joli soçaïété... Je vendrais... lé... sustentif... non... ce dame là, jaune? Je vous démande pâdon, je pâle mal...
Le gommeux. — Mais du tout, monsieur, vous parlez très bien. Cette dame jaune? Ah! elle a du chien, c'est vrai.
L'Anglais. — La... diou... chien... Un nom très drôle, très drôle... en vérité.
Le gommeux. — Ce n'est pas ça : du chien. Dog'.
L'AXGJ^AIS, hébété. — Dog? Oôôôô!
L ESCOGRIFFE, debout dans une embrasure de porte et lorgnant une dame dans le grand salon. ExCUSCZ-moi,
monsieur^ pourriez-vous me dire quelle est cette charmante femme qui est assise là, en blanc et noir, entre les deux fenêtres?
Le monsieur se penche obligeamment pour regarder. Pendant ce temps l'escogriffe touche du doigt la main du gros blond, qui est dos à dos avec lui, tourné vers le petit salon du jeu.
Le MONSIEUR. — Je crois qu'elle est du Monténégro... ou valaque... On m'a dit son nom, mais je ne me le rappelle pas.
AdHÉMAR, à la baronne. Quédot l'a VU de SCS
yeux!
La baronne. — Ah! mon Dieu! Je vous en prie, Adhémar, surveillez-les.
L'escogriffe et le gros blond se sont rapprochés de la table d'écarté.
Le gros blond, tenant les cartes. Je COUpe, et
atout. Le partenaire. — Cœur.
Le GROS BLOND. AtOUt.
Le partenaire. — Pique.
Le gros blond. — Je coupe et atout.
Pendant ce temps l'escogriffe, penché fiévreusement sur le jeu du partenaire, tiraille l'une après l'autre chacune des croix de sa brochette. Adhemar et Quériot l'observent. La partie finit. Le grand blond ramasse dix louis, et l'escogriffe frappe sur la table d'un air de grand seigneur dépité.
AdhéxMar, à Quériot. — Ils s'euteudent, c'est évident.
Quériot. — Mais comment savoir?
Adhémar, bas. Tu vas voir. (Ilaut, et se reculant
de manière à se rapprocher du gros blond.) Ils allaient ensemble dans une soirée, et faisaient semblant
de ne pas se connaître. Ils se mettaient à une table d'écarté ; l'un jouait, l'autre pariait, et celui qui pariait signalait le jeu de son partenaire en touchant de quatre façons les sept croix de sa brochette, qui représentaient les sept figures.
(Le gros blond devient blanc comme un linge et va pour se précipiter vers l'escogrifFe.)
Adhémar, àQueriot. — Tu vois ! Je crois que je peux lâcher la phrase de rigueur, (ii prend le bras du
gros blond, le mène devant l'escogriffe, et les regardant en face l'un après l'autre il leur dit : ) MeSsieurS, CS u'est paS ici
votre place.
L'escogriffe et le gros RLOND, saluant d'un alrnobl©
et gracieux. — Je VOUS remercie, monsieur.
(Us sortent.)
La Monténégrine, chantant au piano.
Zidz, kara moledo barioï!
Zidz, kara moledo bâââ... rioï!
Zîîîîdz! ka-ra-mo-le-do bâ! ha! rioï, Tcha, litcha litcha litcha litcha litchââââ Mééé-kidi djâ, tlô ran gué!
Tiditiditi!!!
Tout le monde, — Ah! brava! brava! bravissima! charmant! Oh ! c'est exquis! Quelle voix ! De qui est-ce?
La baronne, à la Monténégrine. — Oli ! chèrc madame, c'est délicieux! c'est admirable! Que
VOUS êtes bonne! Mais vous ne nous laisserez pas là-dessus?
La Monténégrine. — Pas tout do souite : oun pou plous tard. Zou souis si griTrippée...
La baronne. — Grippée? Je vais vous envoyer
une glace... (Un jeune homme vient lui parler.) G'cst Cela,
chère madame, à tout à l'heure.
Un invité, à figure dramatique. La ITiarqulse de
Todos Los Hombres? Elle est connue sur tous les trottoirs de l'Europe.
Son interlocuteur. — Mais enfin que dit-on?
L'invité, riant dun rire:satanique. — Ou 110 dit paS,
on fait.
L'interlocuteur. — Oh ! ! !
L'invité. — C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire. Un jour une de ses amies vient pour lui rendre visite : elle trouve tout ouvert, elle entre, pousse la porte du salon, et qu'est-ce qu'elle voit? Le chasseur de madame la marquise, traînant madame la marquise par les cheveux et la cravachant, et la traitant! Au reste, pauvre femme^ elle a toujours été comme cela. Ce n'est pas sa faute... c'est une maladie.
(Deux heures. — Les salons se dégarnissent rapidement. — Les demoiselles des Angalleries sont en coquetterie réglée avec l'attaché de Maduré et le comte Karasnicki.)
Un invité, à son voisin. — Karasuiclvi, je ne
connais que ça, parbleu! 11 a été attaché à l'état-major de Garibaldi comme intendant en chef des chemises rouges. Ils l'ont pendu pour ses vols. Je ne sais qui l'a décroché... Depuis, il est entré dans les chemins de fer de... l'Afrique équatoriale, je crois...
Madame des AnGALLERIES, au comte Karasnicki.
Monsieur le comte, je suis chez moi le mardi dans la matinée et le samedi soir. Puisque vous êtes musicien, mes filles seront charmées de vous accompagner, et si je ne suis pas trop enrouée...
AdHÉMAR, assis dans le petit salon à côté de Quériot.
Certainement... certainement... ce monde-là est un monde à part. C'est triste à dire, mon cher, mais la haute société a son écume aussi ; et s'il est vrai qu'on peut dire qu'en général c'est l'élite qui voyage, il n'est pas moins vrai qu'à sa suite, et couverts du prestige de grands noms et de titres qu'ils empruntent ou qu'ils déshonorent, il y a un certain nombre de ces personnages équivoques qui forment, entre le monde et le demi-monde, une classe intermédiaire : les uns sont inofï'ensifs, les autres, simplement ennuyeux, et jusque-là il n'y a pas grand mal. Mais quelques-uns sont dangereux, et on ne les connaît pas. On rencontre isolément tantôt l'un tantôt l'autre; on n'y fait pas attention jusqu'à
ce qu'on les trouve dans une bonne maison. Ils demandent à la maîtresse de maison de les présenter à vous : elle vous les donne au prix qu'ils lui ont coûté, et en voilà un, deux, d'admis. Et puis, au bout de deux ou trois ans qu'on les a reçus, qu'on les a vus partout, ils présentent des amis... ,
Et c'est ainsi que, dans toutes les capitales de l'Europe, se forme ee bas-fond flottant de gens qui connaissent tout le monde, que tout le monde connaît, et qui en définitive ne sont que des inconnus.