‹ Contes fantastiques (volume 2)Chapitre 17 sur 21 · U HOMME ET LA FOURMI · texte numérisé non relu

U HOMME ET LA FOURMI

— Qu'il vive, dit le lion, mais qu'il respecte nos droits et notre liberté, s'il ne veut pas que je fasse sur lui, comme il l'a fait sur nous, l'épreuve de mes ongles et de mes dents! C'est le meilleur parti qu'il puisse prendre, si j'en crois ma force; car les lâches avantages qu'il a usurpés jusqu'ici reposent sur des artifices indignes du vrai courage.

Et en même temps le lion apprit à rugir, et battit ses flancs de sa queue.

— Il n'y a point d'avantages que nous ne possédions bien mieux, dit la biche. Il s'est vainement fatigué à poursuivre le plus petit de mes faons, celui dont la tête s'élève à peine au-dessus des plus modestes bruyères, et je l'ai vu tomber, haletant et rebuté, après quelques efforts maladroits.

— Je construirai comme lui, quand il me plaira, dit le castor, des maisons et des citadelles.

— Je lui opposerai une cuirasse qui ne redoute pas ses atteintes, dit le rhinocéros.

— J'enlèverois, s'il m'en prenoit envie, ses nouveau-nés dans les bras de leur mère, dit le vautour.

— Il ne me suivra pas dans les eaux, dit l'hippopotame.

— Ni moi dans les airs, dit le roitelet. Je suis foible et petit, mais je vole.

Les ambassadeurs, assurés des dispositions de leurs commettants, se rendirent à la demeure de l'homme qui les attendoit, et qui s'étoit tenu en mesure de les recevoir.

Il les accueillit avec cette perfidie caressante et fardée qu'on a depuis appelée de la politesse.

Le lendemain, il mit un chaperon au faucon, un mors et une bride au cheval, au bœuf un joug, des ceps à l'éléphant, et il s'occupa de construire sur

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son dos une tour pour la guerre. C'est ce jour-là que cet exécrable mot fut inventé.

Le chien, qui étoit de son tempérament paresseux, glouton et couard, se coucha aux pieds de Thomme, et lécha indignement la main qui alloit Tenchaîner. L'homme jugea le chien assez méprisable pour le trouver bon à devenir son complice. Mais, comme tout méchant que fût le dernier des animaux créés, il avoit du moins apporté avec lui quelque vague sentiment du bien et du mal, il imprima, au nom de son vil esclave, un sceau éternel d'infamie qui ne s'est effacé dans aucun langage.

Ces conquêtes achevées, il s'enhardit au crime par la facilité de le commettre. Il fit profession de la chasse et de la guerre, inonda du sang des animaux la riante parure des prairies, et n'épargna pas même dans sa rage ses frères et ses enfants. Il avoit travaillé un métal meurtrier qui perçoit et coupoit la chair; et il lui avoit donné des ailes en le munissant des plumes de l'oiseau. Il ne négligeoit pas, pendant ce temps-là, de s'envelopper de nouvelles forteresses, et les enfants qui sortoient du monstre alloient plus loin construire d'autres villes et porter d'autres ravages.

Et, partout où l'homme arrivoit, la création désolée poussoit des hurlements de douleur.

La matière inorganisée elle-même parut sensible à l'affreuse détresse des créatures. Les éléments se déchaînèrent contre l'homme avec autant de fureur que s'ils avoient pu le connoître. La terre qu'il avoit vue encore si paisible et si magnifique fut incendiée par des feux souterrains, foudroyée par les météores de l'air, et noyée par les eaux du ciel.

Et quand le phénomène avoit disparu, l'homme se retrou voit debout.

Le petit nombre d'animaux qui s'étoient sous-

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