CHAPITRE V
Ce que le. professeur me dit ajouta encore aux soupçons que m'avaient fait concevoir les relations d'Antonia avec le conseiller. Je pensai même que la mort d'Antonia devait peser lourdement sur la conscience de Crespel. Je ne voulais pas quitter H... sans lui avoir reproché le crime dont je le croyais coupable ; je voulais l'ébranler jusqu'au fond du cœur, et le forcer à me faire l'aveu de son attentat. Plus je songeais à cette affaire, plus il me paraissait évident que ce Crespel devait être un scélérat , et le discours que je devais lui adresser prenait, de plus en plus, une couleur vive et ardente. A la tin, c'était un vrai chefd'œuvre de rhétorique.
Ainsi préparé à ma harangue, éebauffé par mon imagination, je cours chez Crespel : je le trouve occupé à tourner, avec un visage calme et riant, plusieurs jouets.
« Comment , lui dis-je avec violence , comment pouvezvous garder un instant de paix dans votre âme, quand la pensée d'une affreuse action devrait vous torturer? »