CONTES PAS TACTIQUES
même moment sa coupe ville à «lté d'elle ; ses regards rencontrèrent les miens, et une voix diabolique me murmura à l'oreille :
« Malheureux ! elle t'aime pourtant.
Un des convives se leva, et porta, selon l'usage du Nord, la santé de la m al tresse de maison. Les verres furent choqués avec des acclamations de joie.
Le ravissement et le désespoir brisaient mon cœur. Le vin enflammait mes sens ; tout vacillait autour de moi ; il me semblait que je devais me précipiter devant elle, et exhaler ma vie à ses pieds.'
« Qu'avez-vous donc, » mon cher ami ? me dit un de mes voisins. Cette question me rappela à moi; mais Séraphine avait disparu.
Je voulais m'éloigner. Adélaïde était là, qui me retint et me dit je ne. sais quoi. Je ne comprenais aucune parole : elle me prit.par les deux mains, et me glissa en riant quelques mots à l'oreille. Je restai stupéfait, immobile et silencieux . Je ne sais comment il se lit que je reçus machinalement des mains d'Adélaïde un verre de liqueur, que je me précipitai hors de la salle, et que je courus dans la forêt. La neige tombait à gros tlocons; l'orage mugissait entre les sapins ; j'errais comme un insensé en poussant des cris sauvages.
Qui sait combien de temps aurait dure mon extravagance, si je n'avais entendu prononcer à haute voix mon nom. L'orage avait cessé; la lune brillait entre les nuages, j'entendis les chiens aboyer ; je vis un homme qui s'avançait vers moi; c'était le vieux chasseur.
« Ah ! monsieur Théodore , me dit-il , pourquoi vous étes-vous ainsi égaré dans la neige? M. le justicier vous attend avec impatience. »
Je suivis le vieux domestique, et trouvai mon oncle qui travaillait dans la salle d'audience.
« Tu as bien fait, me dit-il, dp prendre un peu l'air pour
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LE Mi JOB A T. - 183
te rafraîchir. Une autre fois, ne bois pas tant ; à ton âge, cela ne vaut rien. »
Je m'assis, sans répondre un mot, ù sa table de travail.
« Mais, dis- moi, cher neveu, ce que le baron voulait de toi. »
Je lui racontai tout mon entretien , et je terminai en ajoutant que je ne voulais pas me charger de la tache qu'il m'aviiit imposée.
« Sois tranquille, me répondit-il, nous partons demain de bonne heure. » Nouspartimes, en effet, et je ne revis plus Séraphine,