‹ Contes fantastiques d'HoffmannChapitre 47 sur 87 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

« Hubert a' installa dans l'appartement qui lui avait été assigné, et parut vouloir y séjourner longtemps, au grand déplaisir de son frère niné. On remarqua qu'il avait de longs et fréquents entretiens avec Daniel, et qu'il l'emmenait avec lui à la chasse. Du reste, il se montrait peu, et évitait de se trouver seul avec son frère , Ce qui convenait fort à ce dernier. V... sentait tout ce qu'il y avait de pénible dans cette situation ; il était forcé de s'avouera lui-même que les façons singulières et le langage d'Hubert troublaient toute idée de joie , et il comprit alors l'effroi que le baron éprouvait chaque fois qu'il voyait entrer son frère.

Un jour, V... était assis seul dans la salle d'audience et occupé à revoir différents actes, lorsque Hubert entra plus grave, plus réfléchi que de coutume, et lui dit , avec un accent de tristesse : « J'accepte les dernières propositions de mon frère; faites que je reçoive aujourd'hui même les deux mille frédérics d'or ; je veux partir cette nuit, seul, à cheval.

« — Avec cette somme? demanda le justicier.

« — Vous avez raison, répondit Hubert, je vois ce que vous voulez dire; donnez-moi une lettre de change sur Isaac Lazare à K...; cette nuit mêmeje pars. Les mauvais esprits ont été ici lancés par le vieux.

« — Voulez-vous parler de votre père, monsieur le baron? » dit le justicier d'une voix sérieuse.

a Hubert frissonna et s'appuya sur une chaise, puis tout à coup reprenant sa fermeté : « Aujourd'hui donc , monsieur le justicier ; et en disant ces mots il s'éloigna. — Il

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voit donc maintenant, dit le baron, que toute illusion est inutile, qu'il ne peut rien contre ma ferme volonté! » et U signa gaiement la traite sur Isaae Lazare.

« Le départ de son frère parut le délivrer d'un lourd fardeau ; il se montra an souper plus gai qu'on ne l'avait jamais vu; Hubert avait refusé d'y venir : personne ne le regrettait.

« Le justicier occupait une chambre écartée dont les fenêtres s'ouvraient sur la cour du château. Pendant la nuit, il fut tout à coup réveillé par des gémissements lointains; mais il écouta en vain, tout semblait plongé dans un profond silence , et il pensa qu'il avait été le jouet d'un rêve. Cependant un sentiment d'anxiété et de terreur le dominait lellement , qu'il ne put rester dans son lit ; il se leva et s'approcha de la fenêtre. Un instant après, la porte du château s'ouvrit, et un homme portant un flambeau à la main traversa la cour. V... reconnut le vieux Daniel, et il le vit entrer dans l'écurie et en sortir avec un cheval sellé. Un autre personnage , enveloppé dans une large pelisse et la tète couverte d'un honuet de renard, apparut alors : c'était Hubert; il causa vivement avec Daniel, puis se relira. Daniel reconduisit le cheval dans l'écurie et referma la porte de la cour. Il était évident qu'Hubert avait voulu partir, puis avait pris une autre détermination; il était évident aussi qu'il entretenait des relations secrètes avec le vieil intendant. V..., attendit impatiemmment le jour pour raconter au baron tout ce dont il avait été témoin ; il s'agissait de se mettre en garde contre les projets d'Hubert, que l'avocat jugeait sévèrement.

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