‹ Contes fantastiques d'HoffmannChapitre 48 sur 87 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

« Le lendemain, à l'heure où le baron avait cou tume de se lever, V... entendit le bruit de différentes portes qife l'on ouvrait et refermait , et des paroles confuses et des cris. Il

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sortit pu toute hàffi de sa chambre et rencontra des domestiques qui, courant, le visage pâle , sans le regarder, du haut en bas des escaliers, traversaient toutes les salles ; il apprit qu'on cherchait en vain le baron depuis plusieurs heures. II s'était couché en présence de son chasseur, puis il s'était relevé et était sorti avec ses pantoufles, sa robe de chambre et on flambeau , car ou ne retrouvait pas ces objets. V..., tourmenté par un funeste pressentiment, courut dans la grande salle, prés de laquelle Wolfgong avait, de même que son père, établi sa chambre à coucher. La porte de la tour était ouverte, et V... s" écria avec terreur : « Il est là ! écrasé au fond du gouffre ! » Cela était vrai' : la neige était tombée pendant la nuit, et on ne pouvait apercevoir qu'un bras raidi qui s'élevait au milieu des pierres. Les gens de la maison employèrent, au péril de leur vie, plusieurs heures à descendre par des échelles liées l'une a l'autre , et à retirer le cadavre. Dans les convulsions de la mort , le baron avait serré fortement le candélabre, et la main qui le tenait était la seule partie de son corps qui n'eût pas été fracassée sur les pierres aiguës.

« Hubert arriva, le visage décomposé par une sorte de désespoir. 11 trouva le corps de son frère étendu sur une table dans In salle même où , quelques semaines auparavant, gisait le vieux baron. Accablé par cet affreux spectacle, il s'écria : « Mon frère I mon pauvre frère! Non, ce n'est pas là ce que je demandais au démon qui planait sur moi. »

<c V... tressaillit à ces paroles. Il crut voir dans Hubert le meurtrier du jeune seigneur.

« Hubert était tombe sans mouvement sur le parquet. On l'emporta dans son lit, et il reprit péniblement ses forces. Quelques instants après, il entra, la figure pale, les regards éteints, dans la chambre du justicier, et lui dit, eu se laissant aller sur un fauteuil : « .l'ai désiré la mort de mon frère , parce que mon pere lui a\ ait. , par une folle instituts.

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tion , livré la meilleure part de son héritage. Maintenant il a succombé d'une façon terrible , me voilà le maître du majorât ; mais mon cœur est brisé, et je ne- serai jamais heureux. Je vous confirme dans votre emploi, et vous aurez de pleins pouvoirs pour administrer cette propriété, où il m'est impossible de séjourner. »

« A ces mots , il quitta le justicier , et quelques heures après î! était en route pour K.,..

« On crut que le malheureux WoHgnng avait voulu entrer pendant la nuit dans un autre cabinet où se trouvait une bibliothèque; que, sommeillant encore à demi, il s'était trompé de porte, et précipité dans le gouffre; mais cette opinion était peu vraisemblable.

ii Hélas ! dit François , en entendant ainsi expliquer la mort du baron devant les autres domestiques , les choses ne se sont point passées de la sorte.

« — Comment donc? » demanda le justicier.

«François, qui était si dévoué à son maître qu'il aurait pu le suivie dans le tombeau, ne voulut point s'expliquer plus au long en présence des gens, et déclara qu'il ne confierait ce. qu'il savait qu'au justieier.

« V... apprit alors que le baron parlait souvent des précieux trésors qu'il croyait enfouis dans les décombres ; que souvent, poussé comme par la puissance des démons, il ouvrait pendant la nuit la porte dont Daniel lui avait remis la clef, et jetait des regards avides sur les profondeurs du gouffre. Il paraissait certain que, dans cette malheureuse nuit, le baron , après nvoir renvoyé son chasseur, s'était de nouveau avancé au bord de la tour , et que, surpris par un étourdissement, il était tombé dans l'abîme. Daniel, quise montra très-affecté de la mort du baron , dit que pour prévenir de nouveaux malheurs, il serait prudent de faire murer la porte fatale, et l'on suivit son conseil .

«Hubert alla s'établir enCourlande. V... reçut des pouvoirs illimités pour régir le majorât. La construction du

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nouveau château* fut abandonnée. Ou se content» de réparer aussi bien que possible l'ancien.

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