‹ Contes fantastiques d'HoffmannChapitre 49 sur 87 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

« Plusieurs années s'étaient écoulées, lorsque Hubert revint à Her... et, après s' être en fermé plusieurs jours avec te justicier, repartit pour la Courtaude, En passant à K..., il avait déposé son testament entre les mains des autorités du pays. Pendant son séjour a Her le baronparut complètement changé et parlait souvent du pressentiment de sa mort prochaine. Ses prévisions se réalisèrent. Il mourut avant la fin de l'année. Son fils, qui portait comme lui le nom d'Hubert, arriva en toute hate avec sa mère et sa sœur pour prendre possession du majorât. Ce jeune homme semblait réunir en lui tous les défauts de ses ancêtres. H était orgueilleux, violent, dur et avare. Dès son arrivée au château, il voulut réformer tout ce qui ne lui convenait pas entièrement. Il chassa le cuisinier et voulut battre le cocher, qui, sentant la force de ses poignets, ne se résigna point aux mauvais traitements. Enfin il menaçait d'user sévèrement de ses droits de maître, lorsque V... s'opposa avec fermetén ses rigueurs, et lui dit que pas une chaise ne serait dérangée dans le château nvant l'ouverture du testament.

« CominentI s'écria l'impatient jeune homme, vous osez vous opposer au maitre du majorât! »

. aV... le laissa paisiblement exhaler sacolère, puis lui dit: «Pas tant de précipitation, monsieur le baron. Vous n'avez aucun droit de souveraineté avant l'ouverture du testament. Jusque-là je suis ici le maitre de ces lieux, et je repousserai la force par la force. Souvenez- vous qu'en ma qualité d'exécuteur testamentaire de votre père, je puis vous interdire le séjour de Her..., et pour vous éviter des affaires désagréables, je vous engagea vous retirera K... »

•2i'2 CONTES FANTASTIQUES.

u Le ton . sévère et décidé du justicier imposa air baron, qui se résigna à ajourner l'exercice de son pouvoir.

k Trois mois s'étaient écoulés, le jour vint où, selon In volonté du défunt, le testament déposé à K... devait être ouvert. Après les gens de jusliee, le baron et V..., on vit arriver un jeune homme, d'une figure noble, qui portait un rouleau de papiers et que l'on prit pour le secrétaire daV...

« Le baron le regarda dédaigneusement etdeinandaqu'on supprimât toutes les formalités ennuyeuses et les préambules inutiles. Il ne concevait pas qu'il pût être question d'un testament pour l'héritage d'un majorât inaliénable. . a On lui présenta l'écriture et le sceau de son père, qu'il regarda d'un air impatient, et, tandis que le greffier se -préparait à lire le testament, l'orgueilleux Hubert, étendu sur son fauteul, promenait ses yeux de coté et d'autre, et tambourinait sur ie tapis vert de la table.

« Après un court exorde, le baron Hubert déclarait qu'il n'avait jamais été possesseur réel du majorât; qu'il l'avait seulement régi au nom du fils unique de Woli'gang, nommé Rodrigue, comme son père ; que c'était à lui que le château devait appartenir. Wolfgang, disait le testateur, avait, dans le cours de ses voyages, rencontré à Genève mademoiselle Julie de Saint-Val, et s'était épris pour elle d'un si violent amour qu'il n'avait pu se résoudre à la quitter. Elle était pauvre et d'une famille noble, mais obscure. Il ne pouvait espérer (pie le vieux Rodrigue consentit à ce mariage. Cependant, il lui écrivit de Paris pour lui faire part de ses désirs. Ce qu'il avait prévu se réalisa. Sou père lui déclara qu'il lui avait déjà choisi une femme, et qu'il ne pouvait jamais être question d'une autre. Wolfgang. avec sa nature inflexible, retourna à Genève, sous le nom de Boni, et épousa Julie, qui lui donna, un an après, le fils auquel devait revenir le majorât. Hubert, qui savait tout; garda le silence, et se flatta de l'espoir de s'approprier

lui-même le majorât par différents motifs dont Wolfgang lui démontra plus tard le peu de solidité.

h Le burou, en écoutant ce récit , parut comme frappé d'un coup de foudre. Quand la lecture fut finie, le justicier prit par la main le jeune étranger, et dit aux assistants : « Messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter le jeune baron Rodrigue Her..., seigneu: du majorât.»

« Hubert lança un regard étincelant sur le jeune bomme, qui semblait tomber du ciel pour lui enlever le riche majorât, la moitié du domaine de Courlande, et, serrant les poings avec colère, s'élança hors de la salle sans prononcer une parole, Rodrigue produisit alors les documents qui devaient le faire reconnaître, comme héritier légitime. ]| présenta l'extrait des regisliTs de l'église, qui constataient le mariage de son père avec mademoiselle Julie de Saint- Val. Tl présent» ensuite son acte de baptême et différentes lettres crue sa mère, morte depuis longtemps, avait reçues du baron, et qui n'étaient signées que d'un W...

a Le justicier regarda d'un air inquiet tous ces papiers, et dit, après les avoir parcourus : « Allons, Dieu nous aidera. »

« Le lendemain, Hubert adressa,, par l'entremise d'un avocat de ses amis, une protestation aux autorités deK.... contre le testament. L'avocat expliquait très en détail toutes les raisons qui devaient frapper de nullité les prétentions du jeune étranger.

« Malgré l'autorité du testament, les tribunaux décidèrent que le majorât ne serait point remis à Rodrigue avant qu'il eut fourni des titres plus complets que ceux qu'il venait de présenter.

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