MA HUE HAUT! H ET SES OGVUIKHS
même institut une porte s" ouvrit, et ftosa, la fille unique du tonnelier, s'avança vers lui.
Puisses-tu, cher lecteur, te rappeler a présent les chefsd'œuvre de notre grand Albert Durer! puisses-tu revoir les nobles figures de jeunes filles avec leurs grâces, leur dignité, leur expression de douceur et de piété, telles ' qu'elles apparaissent dans ses tableaux ! Pense à ces tailles majestueuses et fines, à ces fronts blancs et arrondis , 11 cet incarnat de rose .répandu sur leurs joues, à ces lèvres vermeilles comme In cerise , à ces regards où se peint un pieux désir, et dont la prunelle brille entre des cils bruns comme le rayon de la lune entre les verts feuillages ; pense à ces cheveux soyeux, nattés avec tant de soin ; pense à la céleste beauté de ces jeunes filles , et tu auras une idée de lïosa. Comment le narrateur de cette histoire pourrait-il te décrire cette charmante enfant? Mais qu'il lui soit permis de rappeler encore un jeune et habile artiste , dans le sein duquel a pénétré la lumière de ces bons vieux temps; je veux parler du peintre Cornélius : « Je ne suis ni noble', ni belle, o Telle apparaît dans les desseins de Cornélius la Marguerite de Goethe , au moment où elle prononça ces paroles; telle était Itosa au moment où, dans sa naive timidité, elle cherchait à se soustraire à des hommages trop . empressés.
Rosa s'inclina humblement devant le conseiller, lui prit la maiïi et la porta à ses lèvres. Les joues pâles de t'aumgartner se colorèrent vivement, et comme les derniers rayons du jour empourprent tout à coup une verdure sombre, le feu de sa jeunesse passée brilla dans ses yeux.
«.Ah! mon cher maître Martin, s'écria-t-il gaiement, vous êtes un homme riche ; mais le plus beau don que le uiel vous ait fait, c'est votre charmante fille Rosa. Si nous autres, vieux conseillers, nous ne pouvons détourner nos regards de cette aimable enfant , peut-on savoir mauvais gré aux jeunes gens de rester immobiles 'et comme pétri-
liés lorsqu'ils rencontrent votre tille dans la rue, d'oublier, en la voyant à l'église, le prédicateur, et, chaque fois qu'il y a une fête , d'oublier pour elle toutes les autres jeunes tilles , de la poursuivre de leurs soupirs, de leurs regards et de leurs hommages? Allons! vous pouvez choisir votre gendre parmi nos patriciens et partout où vous voudrez. »
A ces mots, le visage de maitre Martin prit une sombre expression; il ordonna à sa fille d'aller chercher une bouteille de bon vieux vin, et lorsqu'elle s'éloigna, les regards baissés, il dit à Paumgartner : h H est vrai, mou cher sire, que ma Rosa est douée d'une grande beauté , et que le ciel m'a fait riche ; mais comment pouvez-vous parler ainsi devant cette jeune fille? Quant au gendre patricien, il n'en sera rien.
— Taisez-vous, maitre Martin , répondit le conseiller en souriant, taisez-vous] Quand le cœur est plein , il faut que les lèvres s'ouvrent. Groiriez-vous que mon sang refroidi s'échauffe dans mon cœurqunnd je vois Rosa! Et si je dis franchement ce que je pense, ce qu'elle doit bien savoir elle-même , quel mal y trouvez-vous î »
Rosa apporta le vin et deux verres précieux. Maître Martin tira au milieu de la chambre une lourde tjible chargée d'admirables' ciselures. A peine les deux vieillards avaient-ils pris place, à peine les verres étaient-ils remplis, ■qu'on entendit A In porte le bruit des pas d'un cheval. Un cavalier s'arrêta, et l'on distingua dans le vestibule le son de sa voix. Rosa descendit à la bâte et revint bientôt annoncer que le chevalier Henri de Spangenbcrg était là, et désirait parlera maitre Martin.
h Bien, dit Martin, voici une heureuse soirée, puisqu'une de mes plus anciennes et de mes meilleures pratiques •arrive chez moi. C'est sans doute pour une nouvelle commande. M
En disant ces mots, il alla aussi vile que ses forces le lui permettaient il la rencontre de cet hôte respecté.
t 11AITBE MÀKTIR ET SES OUV1UEBS. 233
COMMENT MAITHE MARTIN ÉLEVAIT AU-DESSUS DE TOU'H-S ' LES AUTRES SA PROFESSION.
Le \ in de Hwheimbrillaitdaiis les verres ciselés, et déliait la langue etle cœur des trois vieillards. De temps a autre le vieux Spangenberg, qui, à un âge avancé, avait encore conservé lafraichenr et la vivacité de la jeunesse, racontait quelques joyeusesjiistoires de son bon temps, et égayait si bien maître Martin, que son gros ventre se balançait joyeusement , et que dans ses éclats de rire les larmes iui venaient aux yeux. Paumgartner oubliait aussi plus que de coutume sa gravité de conseiller, et prenait plaisir à goûter le bon vin et à entendre ces légers propos. Mais lorsque Rosa revint apportant une corbeille, d'où elle tira une nappe blanche comme la neige , lorsque marchant ça et là d'un pied léger, elle se mit à déposer sur la table des mets épiées, et qu'elle pria, avec un doux sourire, les hôtes de son père de ne point dédaigner une collation préparée à la hâte, les propos et les rires cessèrent. Spangenberg et le conseiller suivaient d'un regard êtincelant l'aimable jeune fille , et maître Martin lui-même , appuyé sur son fauteuil et les mains jointes, l'observait avec un sentiment de satisfaction.
Au moment où Rosa allait se retirer, le vieux Spangenberg se leva avec la légèreté d'un jeune homme, et, la prenant par la main, lui dit avec des larmes dans les yenx : a 0 douce et belle entant, chère fille, ange charmant I » Puis il la baisa deux ou trois fols sur le front, et retourna s'asseoir pensif à sa place. Paumgartner but âla santé de Rosa.
« Oui, dit le chevalier lorsque Rosa fut sortie, oui, maître Martin, le ciel, en vous donnant cette fille, vous a doté d'un trésor que vous ne pouvez assez apprécier. Elle vous vaudra quelque jour de grands honneurs ; car, qui ne voudrait être votre gendre, de quelque rang qu'il fût?
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