LE BOIVHËUH AU JEU
« Le chevalier se tut, le colonel continua le jeu, et presque toutes les cartes réussirent aux joueurs.
« Cela va, » dit le chevalier nu Colonel, lorsque la nouvelle taille commença ; et il mit la dame sur la table.
o Au premier coup la dame avait perdu.
« Le chevalier se recula en grinçant des dents, et s'approcha de la fenêtre, la mort peinte sur le visage.
ii Le jeu était fini. Le colonel s'approcha de Ménars, cl lui dit d'une voix ironique : « En bien! qu'allons nous faire ?
.h — Ah ! s'écria le chevalier hors de lui-même, vous m'avez réduit à la mendicité ; niais il faudrait que vous fussiez fou pour vous figurer que vous pouviez gagner ma femme. Sommes-nous donc dans un pays sauvage, et ma femme est-elle une esclave, pour être livrée au caprice d'un homme qui peut la jouer et la marchander? Mais H est vrai que vous deviez me compter vingt mille ducats . si la dame avait gagné, et je n'ai, par là, plus aucun droil sur ma femme, si elle cousent à m' abandonner et à vous suivre. Venez avec moi, et désespérez, si elle vous repousse avec horreur et refuse de devenir votre maitresse.
a — Désespérez vous-même , chevalier , si Augéla vous rejette avec indignation, vous qui avez fait son malheur, et si elle se précipite avec délices dans mes bras. Désespérez vous-même, quand vous saurez que nos vœux sont accomplis, que l'Église a béni notre union. Vous me nommez insensé Ohl oh ! je voulais seulement gagner
le droit de prétendre à la main de votre femme ; son cœur m'appartenait. Apprenez que votre femme et moi nous nous aimons d'un amour inexprimable ; apprenez que je suis ce Duvernet élevé avec Angéla, attaché à elle par les liens du cœur, ce Duvernet que vous avez chassé par vos artifices diaboliques. Lorsque je partis , Angéla reconnut ce que je valais; je sais tout : il était trop tard. L'n démon fatal m'inspira l'idée de recourir au jeu pour vous perdre ;
a 12 CONTES' FANTASTIQUES.
je. -vous suivis it Gènes, et j'ai réussi. Allons trouver votre femme.
« Le chevalier resta anéanti et comme frappé par la foudre. Le secret qui lui avait été dérobé se révélait a ses yeux, et il comprenait toute l'étendue des douleurs qu'il . avait amassées dans l'âme de la pauvre Angéla. ■*
h Angéla décidera, » dit-il d'une voix sourde; et. il suivit le colonel. En arrivani dans la maison, celui-ci saisit la sonnette ; le chevalier l'arrêta, et lui dit; «Ha femme dort; voulez-vous troubler son doux sommeil?
« — Hum ! répondit le colonel, Angéla a-t-elle jamais joui d'un doux sommeil depuis que vous l'avez précipitée dans l'infortune? »
«En disant ces mots, il s'avaneait vers la chambre de la jeune femme. Le chevalier se. jeta à ses pieds, et lui dit avec désespoir : » Soyez compatissant, vous avez fait de inoi un mendiant, laissez-moi ma femme 1
« — C'est ainsi que le vieux Vertua était devant, vous, être dénaturé, et ne pouvait attendrir votre cœur de pierre. Que la vengeance du ciel tombe sur vous I
» Le colonel lit encore quelques pas du coté de la chambre d'Angéla.
» Le chevalier s'élança vers la porte, l'ouvrit, se jeta sur le Ht où sa femme reposait, tira vivement les rideaux en s' écriant : « Angéla ! Angéla ! » Puis il se pencha vers elle, lui prit les mains, et, tout tremblant, murmura d'une voix terrible: « Regardez! vous avez gagné le cadavre de ma femme I » ■
« Le colonel s'approcha du lit avec effroi.... Nulle trace de vie, Angéla était morte ! -' •
«Le colonel éleva ses mains vers, le ciel, poussa un profond gémissement et disparut. Jamais depuis on n'a entendu parler de lui. n
■ ■ ls honhluh au jeû. :in
Lorsque l'étranger eut terminé son récit, il quitta le banc ou il était assis sans que le banni, vivement ému, pût lui adresser une parole.
l'eu de jours après, l'étranger fut frappé d'une attaque d'apoplexie, et deux heures plus tard il était mort. On reconnut par ses papiers que cet homme, qui avait pris le nom de Beaudasson, était le malheureux chevalier Ménars.
Le baron rendit grâces au ciel, qui lui avait envoyé, au moment ou il s'approchait de l'abîme, cet inconnu pour le sauver, et if promit de résister désormais à toutes tes fascinations trompeuses du jeu.
Jusqu'il ee jour il a fidèlement tenu parole.