‹ Contes fantastiques de Hoffmann, traduitsChapitre 3 sur 18 · LE CHANT D’ANTONIA · texte numérisé non relu

LE CHANT D’ANTONIA

Ce soir-là, les trères do joyeux club de Sérapion s’étalent réonis de bonne heure chez Théodore. Le vent d’hiver, tourbillonnant par longues rafales, fouettait de neige les vitraux ébranlés dans leurs châssis de plomb: mais un large brasier resplendit sous le manteau de la vieille cheminée; sa chaude clarté caresse de mille capricieux reflets les bahuts aux teintes brunes, qui contrastent par leur mine âgée avec la folle gaieté des habitants du logis. Bientôt les pipes fument, des sièges s’improvisent, par ordre d’ancienneté, autour d’un guéridon où flambe à pleine terrine le punch de l’amitié. L’assemblée est complète; nul ne manque à l’appel du doyen; la coupe de Bohême s’emplit et circule; la causerie se met en frais; le temps passe, mais le punch et les histoires se renouvellent; les imaginations s’exaltent peu à peu, l’excentricité gagne ses plus hautes régions.

— « Or çà, cher Théodore, s’écria tout à coup un des joyeux viveurs , la conversation va finir si tu ne nous gratifies d’une de ces histoires à faire dormir debout que tu contes si bien; mais il nous faut quelque chose de bizarre et d’attendrissant, de fantastique et d’antinarcotique... »

— « Trinquons, dit Théodore; j’ai votre affaire. Je veux, s’il vous plaît, vous conter une anecdote assez drolatique de la vie du conseiller Krespel. Ce digne personnage, qui a existé en chair et en os, était eu vérité l'homme le plus singulier que j’aie jamais rencontré. Lorsque je vins à l’université de IL..; pour y suivre les cours de philosophie, toute la ville ne s’entretenait que du conseiller Krespel, et l’on racontait de lui certaines particularités des plus surprenantes. Figurez-vous que M. Krespel jouissait, dès celte époque, de la réputation la plus distinguée comme savant juriste et comme diplomate exercé. Un petit prince d’Allemagne, dont la vanité débordait le do-

maine, l’avait fait venir à sa résidence pour lui confier la rédaction d’an mémoire destiné à justifier ses droits touchant certain territoire voisin de sa principauté, et qu’il comptait réclamer devant la cour impériale. L’issue de cette affaire fut si satisfaisante, que, dans l’excès de sa joie, le prince jura d’accorder à son favori, en récompense du fameux mémoire, le souhait le plus exorbitant qu’il voudrait former. L’honnête Krespel, qui s’était plaint toute sa vie de ne pouvoir trouver une maison à sa guise, imagina d’en faire construire une h sa fantaisie, dont le prince paierait les frais. Le gracieux souverain proposait même d’acheter le terrain que le conseiller choisirait; mais celui-ci voulut bien se contenter d’un petit jardin qu’il possédait aux portes de la résidence et dans un site des plus pittoresques. Il s’occupa tout d’abord de réunir et d’y fairé transporter tons les matériaux de son futur édifice ; dès lors ou le vit chaque jour, accoutré d’un bizarre costume qu’il avait fabriqué lui-même, délayer la chaux, tamiser le sable et ranger en tas les moellons.

Tous ces préparatifs s’achevèrent sans qu’il eût appelé aucun architecte, ni paru s’occuper d’aucun plan. Un beau matin, notre homme s’en vint choisir à la ville de H... un habile maître maçon, et le pria de conduire dès le jour suivant à son jardin le nombre d’ouvriers nécessaire pour édifier sa maison. Le maître maçon, qui voulait naturellemeut discuter ses prix d’entreprise et de main-d’œuvre, resta fort ébahi lorsque Krespel l’assura gravement que pareille précaution n’était rien moins qu’utile, et que tout s’arrangerait de soi-même, sans conteste et sans embarras. A l'aube du lendemain, quand le maître maçon arriva aux lieu et place indiqués avec ses travailleurs, il trouva un fossé tracé en forme de carré régulier, et Krespel lui dit : — « C’est ici que les fondements de ma maison doivent être creusés ; puis vous ferez élever les quatre murs d’enceinte jusqu’à ce que je les juge assez hauts... » — « Sans fenêtres ni portes, et sans murs de traverse? Y songez-vous ? » s’écria le maître maçon en fixant Krespel comme on regarde un fou, — « Veuillez faire ce que je vous dis, mon brave homme, » reprit froidement le conseiller ; «chaque chose aura son tour. »

La certitude d’être payé généreusement put seule décider le maître à entreprendre cette construction, qui lui semblait ab-

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surdc ; ies ouvriers sc mirent gaiement à la besogne en faisant des gorges chaudes aux dépens du propriétaire; ils travaillèrent jour et nuit, buvant bien et mangeant de même aux frais du conseiller, qui ne les quittait guère. Les quatre murailles montaient, montaient toujours, jusqu’à ce qu’un matin Krespei cria : — a C’est assez! » Aussitôt les travailleurs s’arrêtèrent comme de véritables automates, et, quittant leurs échafaudages, vinrent se ranger en cercle autour de Krespei, et d’un air goguenard chacun semblait lui dire : «Maître, qu’allonsnous faire?... » — « Place! place! » s’écria le conseiller après deux minutes de réflexion; et, courant à un bout du jardin, il revint ensuite à pas comptés vers son carré de murailles; puis, hochant la tête d’un air mécontent, il renouvela celte pantomime sur chaque ,face de l’enceinte , jusqu’à ce qu’enfin , comme frappé d’une idée subite, il se rua tête baissée contre un point de la muraille, en criant de toutes ses forces : « Par ici, par ici, mes gaillards, prenez la pioche et me trouez une porte! » Il charbonnait en même temps sur le mur la dimension exacte de l’issue qu'il demandait. Ce fut l’affaire d’un moment. Alors il entra dans la maison, et sourit eu homme ravi de sou chef-d'œuvre, lorsque le maître maçon loi lit observer que les quatre murailles avaient tout juste la hauteur d’une maison à deux étages. Krespei se promenait dans l’espace- intérieur, suivi des maçons portant marteaux et pioches ; il mesurait, calculait, ordonnait tour à tour : — «Ici une fenêtre, six pieds de haut, quatre de large; là une moindre ouverture, trois pieds de haut, deux de large!» Et l’oeuvre suivait la parole.

Or donc, mes bons amis, c'est au moment de ce bizarre travail, dont tout le monde causait, que j’arrivai à H...; et rien, en vérité, n’était plus réjouissant que de voir quelques centaines de badauds, le nez collé aux grilles du jardin de Krespel , poussant des hourras chaque fois qu’une pierre se détachait sous le pic, chaque fois qu’une nouvelle fenêtre trouait le mur çà et là, comme par enchantement. Tous les autres travaux de celte fameuse maison s'exécutèrent de la même manière, sans plan raisonné d’avance, et selon les inspirations toutes spontanées du cerveau de maître Krespei. La singularité piquante de celte entreprise, la persuasion acquise qu’elle réussirait eu définitive au delà de toute espérance, et, plus que toute autre chose, lu générosité do conseiller Krespei, ani-

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niaient le zèle de ses ouvriers; aussi, grâce à leur activité, la maison ful>elle bientôt terminée; elle oiïrait au dehors la plus bizarre irrégularité; car pas une fcoèlre ne ressemblait à l’autre, et chaque détail semblait disparate ; mais, examinée intérieurement, c'était en vérité l’habitation la plus commode qu’il fût possible d’imaginer; et j’en tombai d’accord moimème quand, après quelques jours de plus ample connaissance, maître Krespel m’en fit les honneurs. Il couronna son œuvre par un repas de cérémonie auquel furent seuls admis les maçons, compagnons et apprentis qui avaient exécuté ses plans. Ce festin splendide dut offrir le coup d’œil le plus original. Les mets les plus recherchés y furent dévorés à belles dents par des bouches assez peu faites pour apprécier de telles friandises ; après le gala, les femmes et les filles de ces braves gens improvisèrent on bal, auquel M. Krespel ne se fit pas faute de danser en personne ; puis, quand ses jambes un peu revêches lui refusèrent leur service, il s’arma d’un violon, et fit sauter ses hôtes jusqu’au jour, comme de vraies marionnettes.

Le mardi suivant, je rencontrai maître Krespel chez le professeur M.... Rien n’était plus étrange que la figure qu’il faisait ce soir-là. Chacun de ses mouvements était empreint d’une si brusque gaucherie, que je tremblais à chaque instant de lui voir causer quelque accident; mais on était sans doute accoutumé à ses lubies, car là maîtresse du logis ne s’effraya pas le moins do monde de le voir tantôt s’agiter auprès d’un cabaret de porcelaine de Chine, tantôt jouer des jambes en face d’une glace de plain-pied, ou bien traîner ses longues manchettes parmi des cristaux qu’il faisait tournoyer l’un après l’autre à la clarté des bougies. Au souper, la scène changea. De curieux qu’il était, Krespel devint bavard; il sautillait sans cesse d’une idée à une autre, et causait de tout avec volubilité, d’une voix tour à tour glapissante ou voilée, brève ou traînante. On parla de musique et d’un compositeur à la mode. Krespel sourit et dit eu gazouillant : — « Je voudrais que cent millions de diables emportassent ce croque-notes au fond de l’enfer I » Puis il s’écria tout à coup d’une voix de tonnerre : — « C’est un séraphin pour l’harmonie! c’est le génie du chant! » Et, eu disant cela, ses yeux s'humectaient de larmes furtives. Il fallait, pour ne pas le croire plutôt fou que distrait, se rappeler qu’une

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heure auparavant il avait parlé avec enthousiasme d’nne célèbre chanteuse. Un lièvre ayant paru sur la table, Krespel mit à part les os, et réclama les pattes, que la fille du professeur, charmante enfant de cinq ans, lui porta joyeusement. Les enfants du logis semblaient affectionner le conseiller, et Je ne tardai pas à en savoir la cause, quand, après le souper, je vis Krespel tirer de sa poche une boite qui contenait un tour d’acier, avec lequel il sc mit à tourner, dans les os du lièvre, une foule de jouets lilliputiens que ses petits amis, rangés en cercle à trois pas de loi, se partageaient avec des cris de plaisir.

Tout à coup la nièce du professeur M... s’avisa de dire : — a Que devient donc, cher monsieur Krespel, notre bonue Ântonia? » Le conseiller fit la grimace comme un gourmand qui mord une orange aigre : ses traits se rembrunirent, et sa mine devint fort désagréable quand il répondit entre ses dents : — « Notre... notre chère Antonia?... » Le professeur, qui s’aperçut de l’effet qu’avait produit la malencontreuse question, jeta sur sa nièce un regard de reproche, et, comme pour faire diversion à la mauvaise humeur de Krespel , — «Comment vont les violons?» s’écria-t-il en serrant avec amitié les mains de son convive. Krespel se dérida sur-le-champ.

— « Ils vont au mieux, cher professeur. J’ai commencé de démonter le célèbre violon d’Âmati, qu’un heureux hasard m’a procuré dernièrement ; j’espère qu’Ântonia aura fait le reste. » — «Antonia est une aimable enfant, » reprit le professeur. — « Oui , certes , c’est un ange ! » s’écria Krespel en sanglotant; et, prenant brusquement sa canne et son chapeau, il s’en alla précipitamment , comme un homme désolé. Tout saisi de cette étrangeté, je questionnai le professeur sur l’histoire da conseiller.

— « Ah I me dit-il , c’est on homme bien singulier, qui fait des violons aussi habilement qu’il rédige ses mémoires I dès qu’il a fini un de ces instruments, il l’essaie pendant une heure ou deux, et c’est une délicieuse musique à entendre ; puis il l’accroche au mur à la suite des autres, et n’y touche plus. S’il parvient à se procurer le violon d’un mnitre célèbre, il l’achète, en joue une fois, le démonte pièce à pièce, et en jette les morceaux dans un grand coffre qui en est déjà rempli.

— « Mais qu’est-ce qu’Autonia? » demandai-je avec impatience. — « C’est un mystère, reprit gravement le professeur.

Le conseiller vivail, il y a quelques années, dans une maison isolée de la rue ***, avec une vieille gouvernante. La singularité de ses nooeiirs excita la curiosité de son voisinage. Pour s’y soustraire, il fit quelques connaissances et se montra dans quelques salons. Il se fit aimable, on l’aima ; on le croyait célibataire, il ne parlait jamais de sa famille. Au bout d’un certain temps, il fit une absence de plusieurs mois. Le soir du jour qu’il revint ici, on remarqua que son appartement était comme illuminé; puis une ravissante voix de femme mêla ses accords à ceux d’un clavecin qu’accompagnait un violon puissamment animé sous l’archet. Les passants s’arrêtaient dans la rue, et les voisins écoutaient aux fenêtres dans un silence plein de charmes. Vers minuit, le chant cessa ; la voix du conseiller s’éleva dure et menaçante; une autre voix d’homme semblait lui faire des reproches, et, de temps en temps, les plaintes d’une jeune fille interrompaient la discussion. Tout à coup un cri perçant, poussé par la jeune fille , termina cette crise; puis un bruit singulier, comme de gens qui se heurtent, s’entendit sur l’escalier. Un jeune homme sortit de la maison en pleurant, se jeta dans une chaise de poste qui l’attendait à quelques pas, et tout rentra dans un morne silence. Chacun se demandait le secret de ce drame. Le lendemain, Krespel parut calme et serein comme à son ordinaire, et nul n’osa le questionner. Mais la vieille gouvernante ne put résister à la tentation de dire tout bas, à qui voulut l’entendre. que M. le conseiller avait amené avec lui une belle jeune fille qu’il appelait Antonia; qu’un jeune homme, éperdument amoureux d’Antonia, les avait suivis, et qu’il n’avait fallu rien moins que la colère du conseiller pour le chasser de la maison. Quant aux rapports d’Antonia avec le conseiller, c’était un secret dont la bonne vieille n’avait pas la clef. Seulement, elle disait que maître Krespel la séquestrait odieusement , ne la quittait jamais de l’œil , et ne lui permettait même plus de chanter.'^’pour se distraire , en s’accompagnant du clavecin. Aussi le chant d’Antonia, qui ne s’était fait entendre qu’une seule fois, devint la légende merveilleuse du quartier; et pas une cantatrice ne parviendrait aujourd’hui à se faire applaudir dans notre ville : il n’y a, dit-on, qu’Antonia qui sache chanter. »

Tout ce que m’avait dit le professeur fit une si forte impres-

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sion snr mon esprit, qae j’en rêvais chaqae noit. Je devins follement amoureux, et je ne songeais plus qu’aux moyens de m’introduire, à quelque prix que ce fût, dans la maison de Krespel , pour y voir la mystérieuse Antonia , lui jurer un amour éternel, et la soustraire à son tyran. Malheureusement pour mon roman, les choses tournèrent d’une façon très-paciflque; et à peine eus-je rencontré deux ou trois fois le conseiller et flatté sa manie en causant de violons, qu’il me pria lui-même, et tout à fait simplement, de venir le voir à son logis. Dieu sait ce que j’éprouvai alors ; je crus que le ciel s’ouvrait. Maître Krespel me fit examiner en détail tous ses violons, sans me faire grâce d’un seul, et certes il y en avait pluâ de trente I L’un d’eux, de très-vieille structure, était suspendu plus haut que les autres, et orné d’une couronne de fleurs. Krespel m’apprit que c’était le chef-d’œuvre d’uu maître inconnu, et que les sons qu’on en tirait exerçaient snr les sens en magnétisme irrésistible, dont l’influence forçait le somnambule à révéler tons les secrets de sa pensée. — « Je n’ai jamais eu le courage, me disait-il, de démonter cet instrument pour en étudier la structure. Il me semble qu’il y a en lui une vie dont je serais le meurtrier ; j’en joue bien rarement, et seulement pour mon Antonia, qui éprouve, en l’écoutant, les sensations les plus douces, v Au nom d’Antonia, je tressaillis. — a Mon bon monsieur le conseiller, loi dis-je avec l’accent de l'insinuation la plus caressante, ne me feriez-vous point la grâce d’en jouer devant moi un seul instant?» Krespel prit un air ironique, et, d’une voix nasillarde, il me répondit en appuyant sur chaque syllabe : — « Non , mon bon monsieur l’étudiant. » Cette façon me décontenança. Je ne répliquai rien, et Krespel acheva de me montrer les curiosités de son cabinet.

Avant de nous séparer, il tira d’une cassette ou papier plié, qu’il me remit en disant fort gravement : — « Jeune homme, vous aimez les arts; acceptez donc ceci comme un précieux souvenir. » Puis, sans attendre de réponse, il me pouss.a tout doucement du côté de la porte, qu’il me ferma au nez. J’ouvris le papier : il conten^ un petit morceau d’une quinte, long d’un huitième de pouce, avec celle inscription : « Fragmenl de la quinte à laquelle le divin Slamitz avait monté son violon lorsqu’il joua son dernier concert. » Malgré le congé un peu

antasqae dont m’avait gratifié le conseiller, je ne pus résister au désir de retourner chez lui ; et bien m’en prit, car, dès celte seconde visite, je trouvai Antonia près de lui, occupée à ranger les pièces d’un violon qu’il démontait. C’était une jeune fille d’une extrême pâleur, qu'un souffle eût fait rougir, et qui redevenait après blanche et froide comme l’albâtre. Je fus tout étonné de trouver dans Krespel, ce jour-là, nne aisance et une cordialité qui contrastaient fort avec la jalousie fyranniqne dont m’avait parlé le professeur. Je causai librement devant lui avec Antonia, sans qu’il parût s’en fatiguer; mes visites se succédèrent et furent bien accueillies; une douce et franche intimité s’établit même entre nous, à l’insu des bavards qui n’auraient pas manqué d’en médire. Les bizarreries de Krespel m'égayaient assez souvent; mais j’avoue qu’Antonia seule était l’aimant qui m’attirait chez lui , et qui me faisait tolérer ce que son caractère avait parfois de trop quinteux. Chaque fois que j’amenais l’entretien sur la musique, il s’irritait comme un chat qu’on agace, et, bon gré mal gré, il fallait lui céder la place et m’en aller l’oreille basse.

Certain soir, je le trouvai d’humeur gaie ; il avait démonté nn vieux violon de Crémone, et découvert un secret important pour l’art. Profitant de sa vive satisfaction , je parvins cette fois à le faire causer de musique ; nous critiquâmes le jen prétentieux d’une foule de virtuoses que la foule admirait. Krespel riait de mes saillies ; Antonia fixait sur moi ses grands yeux. — a N’est-ce pas, lui dis-je, que, pour le chaut ni l’accompagnement, vous ne suivez l’exemple d’aucun de nos prétendus vainqueurs de difficultés?» Les joues pâles de la jeune fille se nuancèrent d'un doux incarnat ; et, comme si quelque chose d'électrique eût parcouru tout son être, elle s’élança près du clavecin... ouvrit les lèvres... elle allait chanter... lorsque Krespel, la tirant en arrière et me poussant par les , épaules, me cria d’une voix stridente : — « Petit ! petiti petit ! » Puis, reprenant tout à coup ses façons cérémonieuses de l’autre jour, il ajouta : — «Je suis vraiment trop poli, cher monsieur l’étudiant, pour prier le diable qu’il vous étrangle ; mais il est assez tard, comme vous voyez, et il fait assez sombre pour que vous puissiez vous rompre^ cou sans que je prenne la peine de vous jeter au bas de l’escalier. Ainsi donc, faitesmoi l’amitié de retourner chez vous, et gardez un bon souvenir

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