RAR RP AS
Bientôt une ombre profonde enveloppa la voiture, les pas des chevaux retentirent sous une voûte. Nous entrions à la Raspelhaus! . .,. des griffes de Rap je tombais dans un cachot, d'où
sbien peu de pauvres diables ont eu la chance de se tirer.
De grandes cours obscures; des fenêtres alignées comme à l'hôpital et garnies de hottes ;* pas une touffe de verdure, pas un feston de lierre, pas
romême une girouette en perspective . . .. voilà mon nouveau logement. Il y avait de quoi s’arracher 5 les cheveux à pleines poignées.
Les agents de police, accompagnés du geôlier, m'introduisirent provisoirement dans un violon. 13 Le geôlier, autant que je m'en souviens, s'appelait Kasper Schlüssel ; ‘ avec son bonnet de laine grise, son bout de PIBE entre les dents, et son trousseau de clefs à la ceinture, il me produisit l'effet du dieu Hibou ‘des Caraïbes Il en avait
‘la Raspelhaus (German), the /ockup. ‘‘calaboose.” The feminine is probably from association with /a maison. In these stories, as in other books of the same authors, the intimate mingling of French and German is to be sales
garnies de hottes, furnished with drains. ras
#11 y avait de quoi, etc., #/ was enough to make one, etc.
4 Schlüssel (German), A’ev—an appropriate name.
“dieu Hibou, 4e Owl god of the Caribbeans. Dr. Brinton (Myths of the New World)states thai the owl was regarded among the aborigines of America as sacred, and quotes Prescott (Conquest of Mexico), that ‘‘ Columbus found the natives of the Antilles wearing tunics, with figures of owls embroidered upon them.”
les grands yeux ronds dorés, qui voient dans la nuit, le nez en virgule! et le cou perdu dans les épaules.
Schlüssel m'enferma tranquillement, comme on serre des chaussettes dans une armoire, en rêvant 5 à autre chose. Quant à moi, les mains croisées sur le dos, la tête inclinée, je restai plus de dix minutes à la même place. Puis, je regardai ma prison. Elle venait d’être blanchie à neuf, et ses murailles n'offraient encore aucun dessin, sauf tro dans un coin un gibet grossièrement ébauché par mon prédécesseur. Le jour venait d’un œil debœuf situé à neuf ou dix pieds de hauteur; l'ameublement se composait d'une botte de paille
et d’un baquet. 15 Je m'assis sur la paille, les mains autour des genoux, dans un abattement incroyable . . ..
Presque au même instant, j'entendis Schlüssel traverser le corridor; il rouvrit le violon et me dit de le suivre. Ilétait toujours assisté des deux 20 casse-tête; aussi j'emboîtai le pas* résolûment.
Nous traversâmes de longues galeries, éclairées, de distance en distance, par quelques fenêtres intérieures. J'aperçus derrière une grille le fa-25 meux Jic-Jack, qui devait être exécuté le lende-
l'en virgule, curved, like a comma.
?j'emboîtai le pas—I locked step—followed close.— résolûment is ironical.—casse-tête here designates the persons themselves.
main. Il portait la camisole de force! et chantait d’une voix rauque:
rs
‘{ Je suis le roi de ces montagnes
En me voyant, il cria :
5 «Eh! camarade, je te garde une place à ma droite. »
Les deux agents de police et le dieu Hibou se regardèrent en souriant, tandis que la chair de poule * s'étendait le long de mon dos.
ro Schlüssel me poussa dans une haute salle très sombre, garnie de bancs en hémicycle. L'aspect de cette salle déserte, ses deux hautes fenêtres grillées, son Christ ? de vieux chêne bruni, les bras étendus, la tête douloureusement inclinée sur 15 l'épaule, m'inspira je ne sais quelle crainte religieuse d'accord avec ma situation actuelle, et mes lèvres s'agitèrent, murmurant une prière.
Depuis longtemps, je n'avais pas prié, mais le malheur nous ramène toujours à des pensées de 20 soumission... L'homme est si peu de chose!‘ En face de moi, sur un siége élevé, sc trouvaient assis deux personnages tournant 1: dos à la lumière, ce qui laissait leurs figures dans l'ombre.
lcamisole de force, sfrait-jacket.
# la chair de poule, 7 felt the flesh creep all down my back. 8 Christ, crucifix.
4“ si peu de chose—so small a thing—suck a poor creature.
Cependant je reconnus Van Spreckdal à son profil aquilin, éclairé par un reflet oblique de ia vitre. L'autre personnage était gros; il avait les joues pleines, rebondies, les mains courtes, et portait la robe de juge, ainsi que Van Spreckdal. s
Au-dessous était assis le greffier Conrad ; il écrivait sur une table basse, se chatouillant le bout de l'oreille avec la barbe ! de sa plume. A mon arrivée il s'arrêta pour me regarder d'un air curieux.
On me fit asseoir, et Van Spreckdal, élevant la 10 voix, me dit :
«Christian Vénius, d’où tenez-vous ce dessin ? »
1] me montrait l’esquisse nocturne, alors en sa possession. On me la fit passer. ... Après l'avoir cxaminée, je répondis : 15
« J'en suis l'auteur.»
Il y eut un assez long silence ; le greffier Conrad écrivait ma réponse. J’entendais sa plume courir sur le papier et je pensais: «(Que signifie la question qu'on vient de me faire? Cela n’a point 20 de rapport avec le coup de pied dans l’échine de Rap. »
«Vous en êtes l'auteur, reprit Van Spreckdal. Quel en est le sujet ?
— C'est un sujet de fantaisie. 26
— Vous n'avez point copié ces détails quelque part?
— Non, monsieur, je les ai tous imaginés.
1 la barbe, f4e feather—of a quill pen.
| provitre, joues ait la
écriut de n ar- (eux, nt [a 10
in?»
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voir
onime e la Jint 20 de
Sen etage sr io + Er
— Accusé Christian, dit le juge d'un ton sévère, je vous invite à réfléchir. Ne mentez pas!»
Je rougis, et, d’un ton exalte, je m'ecriai :
« J'ai dit la vérité.
s — Écrivez, greffier,» fit van Spreckdal.
La plume courut de nouveau.
«Et cette femme, poursuivit le juge, cette femme qu'on assassine au bord d'un puits..., l'avez-vous aussi imaginée !
io — Sans doute.
— Vous ne l’avez jamais vue?
— Jamais. »
Van Speckdal se leva comme indigné; puis se rasseyant, il parut se consulter à voix basse avec
15 son confrère.
Ces deux profils noirs, se découpant sur le fond! lumineux de la fenêtre, et les trois hommes, debout derrière moi.... le silence de la salle.... tout me faisait frémir.
20 Que me veut-on?? qu'ai-je donc fait?» murmurai-je. . ; US | : ne
Tout à coup Van Spreckdal dit à mes gardiens :
« Vous allez reconduire le prisonnier à la voiture ; nous partons pour la Metzerstrasse. »° |
.25 Puis s'adressant à moi:
«Christian Vénius, s'écria-t-il, vous êtes dans une voie déplorable.... Recueillez-vous et songez ot sur te fond, against the background.
1 Que me veut-on? what have.they against me À: = Metzerstrasse, Ger. Strasse, s/reet.
que si la justice des hommes est inflexible.... il vous reste la miséricorde de Dieu.... Vous pouvez la mériter en avouant votre crime !»
Ces paroles m'abasourdirent comme un coup de marteau .... Je me rejetai en arrière, les bras éten- ; dus, en m'écriant :
« Ah ! quel rêve affreux!»
Et je m'évanouis.
Lorsque je revins à moi, la voiture roulait lentement dans la rue; une autre nous précédait. Les 10 deux agents de sûreté ! étaient toujours là. L'un d'eux, pendant la route, offrit une prise de tabac à son confrére ; machinalement j'étendis les doigts vers la tabatière, il la retira vivement.
Le rouge de la honte me monta au visage, et je 1: détournai la tête pour cacher mon émotion.
«Si vous regardez dehors, dit l’homme à? la tabatière, nous serons forcés de vous mettre les menottes.
— Que le diable t'étrangle, infernal gredin ! » 20 pensai-je en moi-même. Et comme la voiture venait de s'arrêter, l’un d'eux descendit, tandis que l'autre me retenait par le collet; puis, voyant son camarade prêt à me recevoir, il me poussa rudement dehors. 25
Ces précautions infinies pour s'assurer de ma personne ne m'annonçaient rien de bon; mais j'étais loin de prévoir toute la gravité de l’accusation qui pesait sur ma tête, quand une circonstance
1 agents de sûreté, po/icemen. ‘à, with.
Re ee
affreuse m'ouvrit enfin les yeux, et me jeta dans le désespoir.
On venait de me pousser dans une allée basse, à pavés rompus, inégaux ; le long du mur coulait s un suintement jaunâtre, exhalant une odeur fétide, Je marchais au milieu des ténèbres, deux hommes derrière moi. Plus loin apparaissait le clair-obscur d'une cour intérieure.
À mesure que j'avançais, la terreur me pénétrait
10 de plus en plus. Ce n'était point un sentiment naturel: c'était une anxiété poignante, hors nature ! comme le cauchemar. Je reculais instinctivement à chaque pas.
«Allons donc! criait l’un des agents de police sen m'appuyant la main sur l'épaule ; marchez!»
Mais quelle ne fut pas * mon épouvante, lorsque
au bout du corridor, je vis la cour que j'avais des-
sinée la nuit précédente, avec ses murs garnis de
crocs, ses amas de vieilles ferrailles, sa cage à
20 poules et sa cabane à lapins.... Pas une lucarne grande ou petite, haute ou basse, pas une vitre fêlée, pas un détail n'avait été omis!
Je restai foudroyé par cette étrange révélation.
25 Près du puits se trouvaient les deux juges, Van Spreckdal et Richter. A leurs pieds gisait la vieille femme, couchée sur le dos....ses longs cheveux gris épars .... la face bleue .... les yeux
l'hors nature, #nnatural.
* quelle ne fut pas, English without neg.—wAat was,
22 L'ESQUISSE MYST'ÉRIEUSE
démesurément ouverts....et la langue prise entre les dents.
C'était un spectacle horrible!
«Eh bien! me dit Van Spreckdal d’un accent solennel, qu’avez-vous à dire ?» s
Je ne répondis pas.
«Reconnaissez-vous avoir jeté cette femme, Thérésa Becker, dans ce puits, après l'avoir étranglée pour lui voler son argent ?
— Non, m'écriai-je, non! Je ne connais pas cette 10 femme, je ne l'ai jamais vue. Que Dieu me soit en aide !!
— Cela suffit,» répliqua-t-il d'une voix sèche.
Et, sans ajouter un mot, il sortit rapidement avec son confrère. 15 Les agents crurent alors devoir me mettre les
menottes. On me reconduisit à la Raspelhaus, dans un état de stupidité profonde. Je ne savais plus que penser....ma conscience elle-même se troublait ; je me demandais si je n'avais pas assas- 20 siné la vieille femme!
Aux yeux de mes gardiens, j'étais condamné.
Je ne vous raconterai pas mes émotions de la nuit à la Raspelhaus, lorsque, assis sur ma botte de paille, la lucarne en face de moi et le gibet en 25 perspective, j'entendis le watchmann crier dans le silence : « Dormez, habitants de Nuremberg, le Seigneur veille! Une heure!... deux heures!.., trois heures sonnées !»
1 Que Dieu, etc., "ay God help me—our ‘‘ sohelp me God.''
Chacun peut se faire l’idée d’une nuit pareille.
Le jour vint; d’abord pâle, indécis, il éclaira de ses vagues lueurs l’œil-de-bœuf.... les barreaux en croix,!... puis il s'étoila contre la muraille du
sfond. Dehors la rue s’animait ; il y avait marché ce jour-là: c'était un vendredi. J'entendais passer les charretées de légumes, et les bons campagnards chargés de leurs hottes. Quelques cages à poules caquetaient en passant, et les marchandes de
io beurre causaient entre elles La halle en face s'ouvrait.... on arrangeait les bancs.
Enfin le grand jour se fit? et le vaste murmure de la foule qui grossit, des ménagères qui s’assemblent, leur panier sous le bras, allant, ve-
15 nant, discutant et marchandant, m'annonça qu'il était huit heures du matin.
Avec la lumière, la confiance reprit un peu Île dessus ® dans mon cœur. Quelques-unes de mes idées noires disparurent; j'éprouvai le désir de
20 voir ce qui se passait dehors.
D'autres prisonniers, avant moi, s'étaient élevés jusqu’à l’œil-de-bœuf ; ils avaient creusé des trous dans le mur pour monter plus facilement... J'y grimpai à mon tour, et quand, assis dans la baie
25 ovale,‘ les reins pliés, la tête courbée, je pus voir
1 les barreaux en croix, f4e crossed iron bars (of the œil-debœuf)}—##en shone dimiy against the opposite wall.
? Je grand jour, éroad day.
* reprit un peu le dessus, revived a little.
“la baie ovale, the oval recess in the wall (where the window was cut).
la foule, la vie, le mouvement....des larmes abondantes coulèrent sur mes joues. Je ne songeais plus au suicide... j'éprouvais un besoin de vivre, de respirer, vraiment extraordinaire.
«Ah! me disais-je, vivre, c’est être heureux!.... Qu'on me fasse traîner la brouette,! qu’on m'attache un boulet à la jambe.... Qu'importe! pourvu que je vive!...»
Or, pendant que je regardais ainsi, un homme, un boucher passa, le dos incliné, portant un énorme quartier de bœuf sur les épaules ; il avait les bras nus, les coudes en l'air, la tête penchée en dessous .... Sa chevelure flottante me cachait son visage, et pourtant, au premier coup d'œil, je tressaillis. . .. 15
«C'est lui!» me dis-je.
Tout mon sang reflua vers le.cœur....]e descendis dans la prison, frémissant jusqu’au bout des ongles, sentant mes joues s’agiter, la pâleur s'étendre sur ma face, et balbutiant d’une voix 20 étouffée :
«C'est lui! Il est là....1à....et moi je vais mourir pour expier son crime....Oh Dieu!...
que faire?*...que faire?...»
Une idée subite, une inspiration du ciel me tra- 25 versa l'esprit .... Je portai la main à la poche de mon habit !... ma boîte à fusain # s’y trouvait.
lla brouette, i.e. in the chain-gang.
que faire, absolute (elliptical), infin. ; wat is to be donef or, wvhat shall I do ?
#boîte à fusain, crayon-box.
L'ESQUISSE MYSTEÈRIEUSE 25
Alors, m'élançant vers la muraille, je me mis à tracer la scène du meurtre avec une verve inouïe. Plus d'incertitudes, plus de tâtonnements. Je connaissais l'homme... Jele voyais....Il posait
s devant moi.
À dix heures, le geôlier entra dans mon cachot. Son impassibilité de hibou fit place à l’admiration.
«Est-ce possible ? s'écria-til, debout sur le
ro seuil.
__ Allez chercher mes juges, » lui dis-je en poursuivant mon travail avec une exaltation croissante.
Schlüssel reprit :
«Ils vous attendent dans la salle d'instruc-
15 tion. ? |
— Je veux faire des révélations,» m'écriai-je en mettant la dernière main au personnage mystérieux.
Il vivait ; il était effrayant à voir. Sa figure,
20 de face, en raccourci ? sur le mur, se détachait sur le fond blanc avec une vigueur prodigieuse.
Le geôlier sortit.
Quelques minutes après, les deux juges parurent. Ils restèrent stupéfaits.
23 Moi, la main étendue et tremblant de tous les membres, je leur dis:
« Voici l'assassin !»
1 salle d'instruction, court-room.
‘en raccourci, foreshortened.—se détachait, sfood out—in
contrast.—fond, éackground.
Van Spreckdal, après quelques instants de silence, me demanda ::
«Son nom ?
— Je l’ignore.... mais il est, en ce moment, sous la halle....il coupe de la viande dans le troisième étal, à gauche, en entrant! par la rue des Trabans.
— Qu'en pensez-vous? dit-il en se penchant vers son collègue.
— Qu'on cherche cet homme, » répondit l’autre d'un ton grave.
Plusieurs gardiens, restés dans le corridor, obéi-.
rent à cet ordre. Les juges restèrent debout, regardant toujours l’esquisse. Moi, je m'affaissai
sur la paille, la tête entre les genoux, comme
anéanti.
Bientôt des pas retentirent au loin sous les voûtes. Ceux qui n’ont pas attendu l'heure de la délivrance et compté les minutes, longues alors comme des siècles .... ceux qui n’ont pas ressenti les émotions poignantes de l'attente, la terreur, l'espérance, le doute.... ceux-là ne sauraient concevoir les frémissements intérieurs que j'éprouvai dans ce moment. J'aurais distingué les pas
du meurtrier, marchant au milieu de ses gardes, 25
entre mille autres. Ils s’approchaient.... Les juges eux-mêmes paraissaient émus.... Moi, j'avais relevé la tête, et le cœur serré comme dan: une main de fer, j'attachais un regard fixe sur la
len entrant, as you enter.
porte close. Elle s’ouvrit....L'hommeentra..., des joues étaient gonflées de sang, ses larges mâchoires contractées faisaient saillir leurs muscles jusque vers les oreilles, et ses petits yeux, s inquiets et fauves comme ceux du loup, scintillaient sous d’épais sourcils d’un jaune rc'ssûtre. Van Sprec:dal lui montra silencieusement l’esquisse.
Alors, cet homme sanguin, aux larges épaules 10 ayant regardé, pâlit.... puis, poussant un rugissement qui nous glaça tous de terreur, il écarta ses bras énormes, et fit un bond en arrière pour renverser les gardes. Il y eut une lutte effrayante dans le corridor; on n’entendait que la respiisration haletante du boucher, des imprécations sourdes, des paroles brèves, et les pieds des gardes, soulevés de terre, retombant sur les dalles. Cela dura bien une minute.
Enfin, l'assassin rentra, la tête basse, l'œil san- 20 glant, les mains garrottées sur le dos. Il fixa de nouveau le tableau du meurtre .... parut réfléchir, et, d’une voix basse, comme se parlant à luimême :
«Qui donc a pu me voir,! dit-il, à minuit?» 25 J'étais sauvé! il...
Bien des années se sont écoulées depuis cette terrible aventure. Grâce à Dieu! je ne fais plus
la pu me voir, can have seen me,
de silhouettes, ni même de portraits de bourgmestre. À force de travail! et de persévérance, j'ai conquis ma place au solei!,! et j: gagne honorablement ma vie en faisant des œuvres d'art, le seul but, suivant moi, auquel tout véritable artiste 5 doit s’efforcer d'atteindre. Mais le souvenir de l'esquisse nocturne m'est toujours resté dans l'esprit. Parfois, au beau milieu? du travail, ma | pensée s’y reporte. Alors, je dépose la palette
et je rêve durant des heures entières! 10
Comment un crime accompli par un homme
que je ne connaissais pas.... dans une maison
que je n'avais jamais vue....a-t-il pu se repro-
duire sous mon crayon, jusque daïis ses moindres ‘ détails ? 15
Est-ce un hasard? Non! Et d’ailleurs, le hasard, qu'est-ce, après tout, sinon l'effet d’une cause qui nous échappe ?
Qui sait? La nature est plus audacieuse dans ses réalités que l'imagination de l’homme dans 20 sa fantaisie !
l'au soleil, :# #4+ sunlight (of prosperity.) au beau milieu, phrase: £# he very midst.
5 In these latter days such instances are still more freely 4 quoted, and such questions more urgently ask:d ; yet the answer seems to be as far off as ever. A somewhat similar theme is found in the next story, Za Montre du Doyen.
fées rs me sas = PT nm ET 0 re ner a
Le jour d'avant la Noël! 1832, mon ami Wilfrid, sa contre-basse en sautoir, et moi mon violon sous le bras, nous allions de la Forêt Noire sa Heidelberg. Il faisait un temps de neige ex- \ traordinaire ; aussi loin que s’étendaient nos re. gards sur l'immense plaine déserte, nous ne découvrions plus de trace de route, de chemin, ni | de sentier. La bise sifflait son ariette stridente j roavec une persistance monotone, et Wilfrid, ja besace aplatie sur sa maigre échine, ses longues jambes de héron étendues, la visière de sa petite casquette plate rabattue sur !e nez, marchait devant moi, fredonnant je ne sais quelle joyeuse 18 chanson. J'emboîtais le pas, ayant de la neige jusqu'aux genoux, et je sentais la mélancolie me à gagner insensiblement.
! Les hauteurs de Heidelberg commençaient à i 1la Noël=la fête de Noël.
* en sautoir, s/ung across his shoulders.
+ jambes de héron, crane legs.
poindre tout au bout de l'horizon, et nous espéri.
ons arriver avant la nuit close,! lorsque nous
entendimes un cheval galoper derrière nous. Il | était alors environ cinq heures du soir, et de gros | flocons de neige tourbillonnaient dans l'air grisâtre. Bientôt le cavalier fut à vingt pas. Il ralentit sa marche, nous observant du coin de l'œil; de notre part, nous l'observions aussi. ;
Figurez-vous un gros homme roux de barbe et | de cheveux, coiffé d'un superbe tricorne, la capote 10 | brune, recouverte d’une pelisse de renard flot- | tante, les mains enfoncées dans des gants fourrés : | remontant jusqu'aux coudes: quelque échevin ou bourgmestre à large’ panse, une belle valise établie sur la croupe de son vigoureux roussin. 15 Bref, un véritable personnage.
«Hé! hé! mes garçons, fit-il en sortant une de ses grosses mains des moufles suspendues à sa ( rhingrave,* nous allons à Heidelberg, sans doute, pour faire de la musique?» 20
Wilfrid regarda le voyageur de travers et répondit brusquement :
«Cela vous intéresse, monsieur ?
in
lla nuit close, »ig4/fall.
?rhingrave (Germ. Rheingraf), a word now obselete, meaning a kind of wide breeches. Molière (Le Misanthrope, 1. 485, etc.) ridicules the fashion of the ‘‘ vaste rhingrave” of that day. We might here say : suspended to his watst.
8 cela vous intéresse, fs ‘hat any business of yours? re- À senting the familiar nous allons, above.
— Eh! oui..../J'aurais un bon conseil à vous donner.
— Un conseil?
— Mon Dieu .... Si vous le voulez bien. »
s Wilfrid allongea le pas sans répondre, et, ae mon côté, je m'aperçus que le voyageur avait exactement la mine d'un gros chat: les oreilles écartées de la tête, les paupières demi-closes, les moustaches ébouriffées, l'air tendre et paterne.
io «Mon cher ami, reprit-il en s'adressant à moi, franchement, vous feriez bien de reprendre la route d’où vous venez.
— Pourquoi, monsieur ?
— L'illustre maëstro! Pimenti, de Novare, vient
15 d'annoncer un grand concert à Heidelberg pour Noël; toute la ville y sera, vous ne gagnerez pas un kreutzer. »
Mais Wilfrid, se retournant de mauvaise humeur, lui répliqua :
20 «Nous nous moquons ? de votre maëstro et de tous les Pimenti du monde. Regardez ce jeune homme, regardez-le bien! Ça n’a pas encore un brin de barbe au menton; ça n’a jamais joué que dans les petits Zouchons de la Forêt Noire pour
25 faire danser les bouren;rrédel* et les charbonnières:
imaëstro. Italian (#aster), artist, musician.—Novare, Novara, Italian city.
?nous nous MmoqUONS, we don't care for.
8ça, familiar: #kat fellow, he.
“bouchons, Zof-houses, small taverns. — bourengrédel
Eh bien, ce petit bonhomme, avec ses longues boucles blondes et ses grands yeux bleus, défie tous vos charlatans italiens; sa main gauche renferme des trésors de mélodie, de grâce et de souplesse .... Sa droite a le plus magnifique coup 5 d’archet! que le Seigneur-Dieu daigne accorder parfois aux pauvres mortels, dans ses moments de bonne humeu:.
— Eh! eh! fit l’autre, en vérité?
— C'est comme je vous le dis,» s’écria Wilfrid, 10 se remettant à courir, en soufflant dans ses doigts rouges,
Je crus qu'il voulait se moquer du voyageur, qui nous suivait toujours au petit trot.
Nous fimes ainsi plus d’une demi-lieue en silence. 15 Tout à coup l'inconnu, d'une voix brusque, nous dit :
«Quoi qu'il en soit? de votre mérite, retournez dans la Forêt Noire; nous avons assez de vaga-
Î bonds à Heidelberg, sans que vous veniez en2o grossir le nombre .... Je vous donne un bon conseil, surtout dans les circonstances présentes...,.
| Profitez-en !» |
Î Wilfrid indigné allait lui répondre, mais il avait pris le galop et traversait déjà la grande avenue 25
(Germ. Bauerngrédel), Peasant girls (Grédel, familiar for Margrédel, Margaretha).
| 1 coup d'archet, that is, D/ays the finest bow.
quoi qu'il en soit, Aowever it may be—with; or whatever may be, etc. |
Résa DasthaeRoa es done dl
de l'Électeur.! Une immense file de corbeaux venaient de s'élever dans la plaine, et semblaient suivre le gros homme, en remplissant le ciel de leurs clameurs,
s Nous arrivâmes à Heidelberg vers sept heures du soir, et nous vimes, en effet, l'affiche magnifique de Pimenti sur toutes les murailles de la ville: «Grand concerto, solo, etc.»
Dans la soirée même, en parcourant les brasse-
1 ries des théologiens et des philosophes? nous rencontrâmes plusieurs musiciens de la Forêt Noire, de vieux camarades, qui nous engagèrent dans leur troupe. Il y avait le vieux Brêmer, le violoncelliste ; ses deux fils Ludwig et Karl, deux bons
15 seçonds violons; Heinrich Siebel, la clarinette ; la grande Berthe avec sa harpe; puis Wilfrid et sa contre-basse, et moi comme premier violon.
Il fut arrêté que nous irions ensemble, et qu’après la Noël, nous partagerions en frères. Wilfrid
20 avait déjà loué, pour nous deux, une chambre au sixième étage de la petite auberge du Pred-de- Mouton, à quatre kreutzers® la nuit. A propre. ment parler, ce n'était qu’un grenier; mais heureusement il y avait un fourneau de tôle, et nous
25 y fimes du feu pour nous sécher.
il'Électeur, Germ. Kurfürstenallée.
des théologiens et des philosophes is a playful reference to the students of Heidelberg University.
#kreutzer, a copper coin of various value, here best left untranslated.
Comme nous étions assis tranquillement à rôtir des marrons et à boire une cruche de vin, voilà que! Ja petite Annette, la fille d'auberge, en petite jupe coquelicot et cornette de velours noir, les joues vermeilles, les lèvres roses comme un bouquet de cerises.... Annette monte l'escalier quatre à quatre? frappe à la porte, et vient se jeter dans mes ras, toute réjouie.
Je connaissais cette jolie petite depuis longtemps, nous étions du même village, et puisqu'il ro faut tout vous dire, ses yeux pétillants, son air espiègle m'avaient captivé le cœur.
« Je viens causer un instant avec toi, me dit-elle, en s’asseyant sur un escabeau. Je t'ai vu monter tout à l'heure, et me voilà!» 15
Elle se mit alors à babiller, me demandant des nouvelles de celui-ci, de celui-là, enfin de tout le village: c'était à peine si j'avais le temps de lui répondre. Parfois elle s’arrêtait et me regardait avec une tendresse inexprimable. Nous serions 20 restés là jusqu’au lendemain, si la mère Grédei Dick ne s'était mise à crier dans l'escalier :
«Annette! Annette! viendras-tu ?
— Me voilà, madame, me voilà!» fit la pauvre enfant, se levant toute surprise. Elle me donna 25 une petite tape sur la joue et s'élança vers la porte; mais au moment de sortir elle s'arrêta:
voilà que, a lively form of expression—suadenty, ctc. Note the infin. idiom, à rôtir, roasting.
quatre à quatre, four steps at a time—on the run. c'était à peine si, idiom: 7 kardly had time, etc.
LE
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