‹ Contes fantastiques [microforme]Chapitre 5 sur 18 · AU · texte numérisé non relu

AU

cevoir un de mes pieds sous la solive servant de cale, ! et s'imaginait sans doute avoir découvert le chef des brigands, caché là pour Té égorger pendant la nuit. Ma résolution fut prompte: je me re- 5 dressai en murmurant:

«Madame, au nom du ciel! ayez pitié de moi.

Je suis....»

Mais alors, elle, sans me regarder, sans m'’écouter,se prit à jeter des cris de paon, des cris à vous

10 déchirer les oreilles? tout en grimpant l'escalier aussi vite que le lui permettait son énorme corpulence. De mon côté, saisi d’une terreur inexprimable, je m'accrochai à sa robe, pour la prier à genoux. Mais ce fut pis encore:

15 «Au secours! à l’assassin!# Oh! ah! mon Dieu! Lâchez-moi. Prenez mon argent. Oh! oh!»

C'était effrayant. J'avais beau lui dire: «Madame, regardez-moi. Je ne suis pas ce que VOUS pensez...»

20 Bah! elle était folle d'épouvante, elle radotait, elle bégayait, elle piaillait d'un accent si aigu que sinousn "eussions été sous terre, tout le qu quartier en eût été éveillé. Dans cette extrémité, ne consultant que ma rage, je lui grimpai sur le dos, et

25 j’atteignis avant elle la porte, que je lui refermai

servant de cale—as a block—for the cask to rest on.

%à vous déchirer, etc., idiom, as in English: ‘0 split your ears,

#le—implies de grimper—in English ontitted, or, £o do so.

# Au secours | à l'assassin, Æe/p/ Murarr!

sur le nez comme la foudre, ayant soin d’assujettir! le verrou. Pendant la lutte, la lumière s'était éteinte, dame Grédel restait dans les ténèbres, et sa voix ne s’entendait plus que faiblement, comme dans le lointain. . +4 5 Moi, épuisé, anéanti, je regardais Annette dont le trouble égalait le mien. Nous n'avions plus la force de nous dire un mot, et nous écoutions ces cris expirants, qui finirent par s'éteindre:* la pauvre femme s'était évanouie. 10 «Oh! Kasper, me dit Annette en joignant les mains, que faire, mon Dieu, que faire? Sauvetoi.... Sauve-toi... On a peut-être entendu... Tu l'as donc tuée?

— Tuée!... moi? 15 — Eh bien!....échappe-toi.... Je vaist’ouvrir.» En effet, elle leva la barre, et je me pris à courir dans la rue, sans même la remercier .... Ingrat! Mais j'avais si peur .... le danger était si pressant ....le ciel si noir! Il faisait un temps abomi- 20 nable : pas une étoile au ciel... pas un réverbère allumé. ... Et le vent....et la neige! Ce n’est qu'après avoir couru au moins une demi-heure, que Je m'arrêtai pour reprendre haleine... Et qu’on s’imagine ® mon épouvante quand, lévant les 25 yeux, je me vis juste en face du Pred.de-Mouton. Dans ma terreur, j'avais fait le tour du quartier, lassujettir, j'asten, clamp.

?finirent par s'éteindre, fna/ly died out, #qu'on s'imagine, you may imagine.

peut-être trois ou quatre fois de suite.... Mes jambes étaient lourdes, boueuses .... mes genoux

vacillaient.

L'auberge, tout à l’heure déserte, bourdonnait 5 s comme une ruche; des lumières couraient d’une t fenêtre à l'autre.... Elle était sans doute pleine a d'agents de police. Alors, malheureux, épuisé S par le froid et la faim, désespéré, ne sachant où . trouver un asile, je pris la plus singulière de 19 io toutes les résolutions :

es « Ma foi, me dis-je, mourir pour mourir!.... e+ autant être pendu que de laisser ses os en plein ‘ champ sur la route de la Forêt Noire!»

Et j'entrai dans l'auberge, pour me livrer moi- 15 15 même à la justice. Outre les individus râpés,? aux .) chapeaux déformés, aux triques énormes, que j'air vais déjà vus le matin, et qui allaient, venaient, t! | furetaient et s’introduisaient partout, il y avait ?S- alors devant une table le grand bailli Zimmer, 1i- 20 20 vêtu de noir, l'air grave, l'œil pénétrant, et le re secrétaire Rôth, avec sa perruque rousse, sa grist mace imposante et ses larges oreilles plates €; comme des écailles d’huîtres. C'est à peine si* l’on Et Ë fit attention à moi, circonstance qui modifia tout és 25 25 de suite ma résolution. Je m'assis dans l’un des n. T, Imourir pour mourir, etc., as well die one time as another;

as well be hung as to leave ones bones, etc. In the last clause note the infin. forms.

?râpés, sAabby.

c'est à peine si—as heretofore : hardy, etc.

coins de la salle, derrière le grand fourneau de fonte, en compagnie de deux ou trois voisins, accourus pour voir ce qui se passait, et je demandai tranquillement une chopine de vin et un plat de choucroute,

Annette faillit ! me trahir:

«Ah! mon Dieu, fit-elle, est-ce possible? »

Mais une exclamation de plus ou de moins* dans une telle cohue ne signifiait absolument rien. ... Personne n'y prit garde; et, tout en mangeant ‘10 du meilleur appétit, j'écoutai l’interrogatoire que subissait dame Grédel, accroupie dans un large fautcuil, les cheveux épars et les yeux encore écarquillés par la peur.

«Quel âge paraissait avoir cet homme? lui de-15 manda le bailli.

— De quarante ù cinquante ans, monsieur....

C'était un homme énorme, avec des favoris noirs ....ou bruns....je ne sais pas au juste....le nez long ....les yeux verts.

— N'avait-il pas quelques signes particuliers . des taches au visage .... des cicatrices ?

— Non....jene me rappelle pas.... Il n'avait qu’un gros marteau ..,.et des pistolets...

— Fort bien. Et que vous a-t-il dit ?

— Il m'a prise à la gorge. ... Heureusement j'ai

lfaillit—failed, i.e. just failed : came near, etc.

? de plus ou de moins, #0ore or less.

5tout en mangeant—tout emphasizes the contrast: /oug, ctc.

crié si haut que la peur l'a saisi ....et puis, je me suis défendue avec les ongles .... Ah! quand on veut vous massäcrer ....on se défend, monsieur! ...

5 — Rien de plus naturel, de plus légitime, madame.... Écrivez, monsieur Rôth.... Le sangfroid de cette bonne dame a été vraiment admirable !»

Ainsi du reste de Îa déposition.

10 On entendit ensuite Annette, qui déclara simplement avoir été si troublée qu'elle ne se souvenait de rien.

« Cela suffit, dit le baïlli; s’il nous faut ! d’autres renseignements, nous reviendrons demain. »

15 Tout le monde sortit, et je demandai à la dame Grédel une chambre pour la nuit. Elle n’eut pas le moindre souvenir de m'avoir vu....tant la peur lui avait troublé la cervelle.

« Annette, dit-elle, conduis monsieur à la petite

20 chambre verte du troisième.* Moi, je netiens plus sur mes jambes,,... Ah! mon Dieu....mon Dieu ....à quoi n'est-on pas exposé dans ce monde !»

Elle se prit à sangloter, ce qui la soulagea.

25 Annette, ayant allumé une chandelle, me conduisit dans la chambre désignée, et quand nous fâmes seuls:

“Oh! Kasper....Kasper ....s’écria-t-elle naïve.

ls’il nous faut, if we need.

3 du troisième, o# fhe third floor.

ment ....qui aurait jamais cru que tu étais de la bande? Je ne me consolerai jamais d’avoir aimé

un brigand!

— Comment, Annette....toi aussi! lui répondis-je en m'asseyant désolé .... Ah! tu s

m'achèves ! »

J'étais prêt à fondre en larmes .... Mais elle, revenant aussitôt de son injustice et m’entourant de ses bras:

«Non! non! fit-elle....Tu n'es pas de laro bande .... Tu es trop gentil pour cela, mon bon Kasper.... Mais c’est égal!....tu as un fier courage tout de même d’être revenu!»

Je lui dis que j'allais mourir de froid dehors, et que cela seul m'avait décidé. Nous restâmes 15 | quelques instants tout pensifs, puis elle sortit pour | ne pas éveiller les soupçons de dame Grédel.

Quand je fus seul, après m'être assuré que les fenêtres ne donnaient sur aucun mur et que le verrou fermait bien, je remerciai le Seigneur de 20 m'avoir sauvé dans ces circonstances périlleuses. Puis m'’étant couché, je m’endormis profondément.

IT

Le lendemain, je m'éveillai vers huit heures. Le temps était humide et terne. En écartant le 25 rideau de mon lit, j2 remarquai que la neige

1c'est égal, a// the same—no matter.

s'était amoncelée au bord des fenêtres: les vitres

en étaient toutes! blanches. Je me pris à rêver

tristement au sort de mes camarades; ils avaient

dû bien * souffrir du froid ....la grande Berthe et

5 sle vieux Brêmer surtout! Cette idée me serra le cœur.

Comme je rêvais ainsi, un tumulte étrange s'éleva dehors. Il se rapprochait de l'auberge, et ce n'est pas sans inquiétude que je m'élançai vers

10 ioune fenêtre, pour juger de ce nouveau péril.

On venait confronter la fameuse bande avec dame Grédel Dick, qui ne pouvait sortir après les terribles émotions de la veille. Mes pauvres com:pagnons descendaient la rue bourbeuse, entre

15 | 15 deux files d'agents de police, et suivis d’une | avalanche de gamins, hurlant et sifflant comme de vrais sauvages. Il me semble encore voir cette ; | scène affreuse : le pauvre Brêmer, enchaîné avec son fils Ludwig, puis Karl et Wilfrid, et enfin la 20 | 20 grande Berthe, qui marchait seule derrière et criait d’une voix lamentable:

« Au nom du ciel, messieurs, au nom du ciel... | ayez pitié d'une pauvre harpiste innocente! ... Moi....tuer!...moi....voler! Oh! Dieu!

25 est-ce possible ! »

Elle se tordait les mains. Les autres étaient mornes, la tête penchée, les cheveux pendant sur la face.

1 toutes—note the form—adjective or adverb?

avaient dû, etc., must have suffered much.

Tout ce monde s’engouffra dans l'allée sombre de l'auberge. Les gardes en expulsèrent les étrangers.... O1 refer na la porte, et la foule avide resta dehor.':: oieds dans la boue, le nez aplati contre les fer: ::. 5

Le plus protond :' 'nce s'établit alors dans la maison. M'étant habillé, j'entr'ouvris la porte de ma chambre pour écouter, et voir s’il ne serait pas possible de reprendre la clef des champs.

J'entendis quelques éclats de voix, des allées et 10 des venues aux étages inférieurs, ce qui me convainquit que les issues étaient bien gardées. Ma porte donnait sur Î: palier, juste en face de la fe-

“” nêtre que l’homme avait ouverte pour fuir. Je n'y fis d’abord pas attention.... Mais comme jers

restais là, tout à coup je m'aperçus que la fenêtre était ouverte, qu’il n’y avait point de neige sur son bord, et, m'étant approché, je vis de nouvelles traces sur le mur. Cette découverte me donna le frisson. L'homme était revenu!... Il revenait 20 peut-être toutes les nuits: le chat, la fouine, le furet.... tous les carnassiers ont ainsi leur passage habituel. Quelle révélation ! Tout s’éclairait dans mon.esprit d'une lumière mystérieuse.

«Oh! si c'était vrai, me dis-je, si le hasard ve-,; nait de me livrer le sort de l'assassin... mes pauvres camarades seraient sauvés !»

Et je suivis des yeux cette trace, qui se prolon-

! reprendre ja clef des champs, phrase: fo make my escape again.

geait avec une netteté surprenante, jusque sur le toit voisin.

En ce moment, quelques paroles de l’interrogatoire frappèrent mes oreilles.... On venait d'’ou-

5 s vrir la porte de la salle pour renouveler l'air...

J'entendis :

«Reconnaissez-vous avoir, le 20 de ce mois, participé à l'assassinat du sacrificateur Ul: .:t Élias?» Puis quelques paroles inintelligibles, io (Refermez la porte, Madoc, di: !1 voix du bailli.... referméz la porte..., Maainme est souffrante....»

Je n’entendis plus rien.

La tête appuyée sur la rampe, une grande réso.

F 18 15 lution se débattait alors en moi. «Je puis sauver

mes camarades, me disais-je ; Dieu vient de m'in-

diquer le moyen de les rendre à leurs familles. .…

Si la peur me fait reculer devant un tel devoir,

c'est moi qui les aurai assassinés. ... Mor repos,

20 | 20mon honneur, seront perdus à jamais,... Je me

| jugerai le plus lâche....le plus vil des miséra-

l bles!» Longtemps j'hésitai ; mais tout à coup ma

| résolution fut prise.... Je descendis et je pénétrai dans la cuisine.

25 25 «N'avez-vous jamais vu cette montre, disait le bailli à dame Grédel; recueillez bien vos souvenirs, madame.»

‘Sans attendre la réponse, je m'avançai dans la salle, et, d’une voix ferme, je répondis:

3o «Cette montre, monsieur le baïilli..., je l'ai vue

entre les mains de l'assassin lui-même.... Je la re. connais.... Et, quant à l'assassin, je puis vous le livrer ce soir, si vous daignez m'entendre. »

Un silence profond eétsbfé autour de moi; tous les assistants se regardaient l’un l'autre avec 5 stupeur ; mes pauvres camarades parurent se ranimer.

« Qui êtes-vous, monsieur? me demanda le bailli revenu de son émotion.

— Je suis le compagnon de ces infortunés, et je 10 n'en ai pas honte, car tous, monsieur le bailli, tous, quoique pauvres, sont d'honnêtes gens.... Pas un d’entre eux n'est capable de commettre les crimes qu'on leur impute. »

Il y eut un nouveau silence. La grande Berthe 15 se prit à sangloter tout bas ; le bailli parut se re. cueillir. Enfin, me regardant d’un œil fixe:

«Où donc prétendez-vous nous livrer l’assas:'n ? — Ici même, monsieur le bailli.... dans cette maison..., Et, pour vous convaincre, je ne de-20

mande qu’un instant d'audience particulière.

— Voyons,» dit-il en se levant.

Il fit signe au chef de la police secrète, Madoc, de nous suivre, aux autres de rester. Nous sortimes. 25 Je montai rapidement l'escalier. Ils étaient sur mes pas. Au troisième! m'arrêtant devant la fenêtre et leur montrant les traces de l’homme imprimées dans la neige :

! au troisième, i.e. étage.

« Voici les traces de l'assassin, leur dis-je... Gest ici qu'il passe chaque soir..., Il est venu hier à deux heures du matin .... Ilest revenu cette nuit!,.,. 1] reviendra sans doute ce soir.»

s Le bailli et Madoc regardèrent les traces quelques instants sans murmurer une parole.

« Et qui vous dit que ce sont les pas du meurtrier?» me demanda le chef de la police d’un air de doute,

io Alors je leur racontai l'apparition de l'assassin dans notre grenier. Je leur indiquai, au-dessus de nous, la lucarne d’où je l'avais vu fuir au clair de lune, ce que n'avait pu faire Wilfrid, puisqu'il était resté couché.... Je leur avouai que le hasard seul

15 m'avait fait découvrir les empreintes de la nuit précédente.

«C'est étrange, murmurait le bailli; ceci modifie beaucoup la situation des accusés. Mais comment nous expliquez-vous la présence du meurtrier dans

20 la cave de l'auberge ?

— Ce meurtrier, c'était moi, monsieur le bailli !»

Et je lui racontai simplement ce qui s'était passé la veille, depuis l'arrestation de mes camarades jusqu’à la nuit close, au moment de ma fuite.

23 («Cela suffit,» dit-il.

Et se tournant vers le chef de la police:

«Je dois vous avouer, Madoc, que les dépositions de ces ménétriers ne m'ont jamais paru con-

1 cette nuit, Zasf night.

cluantes; elles étaient loin de me confirmer dans l'idéede leur participation aux crimes... D'ailleurs, leurs papiers der pour plusieurs, un alibi très difficile à démeñtir. Toutefois, jeune homme, (À malgré la vraisemblance des indices que vous nous 5 W donnez, vous resterez en notre pouvoir jusqu’à la vérification du fait.... Madoc, ne le perdez pas de vue, et prenez vos mesures en conséquence»! }/,

Le bailli descendit alors tout méditatif, et, repliant ses papiers, sans ajouter un mot à l'inter- 10 rogatoire :

«Qu'on reconduise les accusés à la prison, »

dit-il en lançant à la grosse cabaretière un regard de mépris.

Il sortit suivi de son secrétaire. 15

Madoc resta seul avec deux agents.

«Madame, dit-il à l’aubergiste, vous garderez le plus grand silence sur ce qui vient de se passer. De plus, vous rendrez à ce brave jeune homme la chambre qu'il occupait avant-hier.» 20

Le regard et l'accent de Madoc n'admettaient |, pas de réplique: dame Grédel promit de faire ce ! que l'on voudrait, pourvu qu'on la débarrassât des brigands.

«Ne vous inquiétez pas des brigands, répliqua 25 Madoc ; nous resterons ici tout le jour et toute la nuit pour vous garder.... Vaquez tranquillement à vos affaires, et commencez par nous servir à

l'en conséquence, accoraingly.

déjeuner .... Jeune homme, vous me ferez l'hor.. neur de déjeuner avec nous?»

Ma situation ne me permettait pas de décliner cette offre .... J'acceptai.

5 Nous voilà donc assis en face d'un jambon et d'une cruche de vin du Rhin. D'autres individus vinrent boire comme d'habitude, provoquant les confidences de dame Grédel et d'Annette ; mais elles se gardèrent bien de parler ! en notre présence,

10et furent extrêmement réservées, ce qui dut leur paraître fort méritoire.

Nous passâmes toute l'après-midi à fumer des pipes, à vider des petits verres et des chopes ; personne ne faisait attention à nous.

15 Le chef de la police, malgré sa figure plombée, son regard perçant, ses lèvres pâles et son grand nez en bec d’aigle, était assez bon enfant? après boire. Il nous racontait des audrioles avec verve et facilité. Il cherchait à saisir la petite Annette au

20 passage À chacune de ses paroles, les autres éclataient de rire; moi, je restais morre, silencieux.

«Allons, jeune homme, me disait-il en riant,

ubliez la mort de votre respectable grand'mère....

25 Nous sommes tous mortels, que diable !{,.. Buvez un coup et chassez ces idées nébuleuses.»

1 se gardèrent bien de parler, {004 good care not to speck. 3 bon enfant, good fellow.

3 au passage, as she passed.

4 que diable—elliptical: What the devil—e::}#ake if

D'autres se mêlaient à notre conversation, et le temps s’écoulait ainsi au milieu de la fumée du tabac, du cliquetis des verres! et du tintement des canettes.! h

Mais à neuf heures, après la visite du wacht- 5 mann, tout changea de face ; Madoc se leva et dit : id

«Ah! çà! procédons à nos petites affaires...

Fermez la porte et les volets.... et lestement! Quant à vous, madame et mademoiselle, allez vous 10 coucher !»

Ces trois hommes, abominablement déguenillés, semblaient être plutôt de véritables brigands que les soutiens de l’ordre et de la justice. Ils tirèrent de leur pantalon des tiges de fer, armées 15 à l'extrémité d’une boule de plomb.... Le hbrigadier Madoc, frappant sur la poche de sa redingote, s’assura qu’un pistolet s’y trouvait .... Un instant après, il le sortit pour y mettre une capsule. ou 20

Tout cela se faisait froidement .... Enfin, le chef de la police m’ordonna de les conduire dans mon grenier.

Nous montâmes.

Arrivés dans je taudis, où la petite Annette avait2s eu soin de faire du feu, Madoc, jurant entre ses dents, s'empressa de jeter de l’eau sur le charbon; puis m'indiquant la paillasse :

l yerres — canettes (= Petits verres and chopes, above), meaning brandy and ôeer.

«Si le cœur vous en dit,! vous pouvez dormir.» Il s'assit alors avec ses deux acolytes, au fond de la chambre, près du mur, et l’on souffla la lumitie.

5 s Je m'étais couché, priant tout bas le Seigneur d'envoyer l'assassin.

Le silence, après minuit, devint si profond, qu’on ne se serait guère douté ? que trois hommes étaient là, l'œil ouvert, attentifs au moindre bruit comme

10 des chasseurs à l'affût de quelque bête fauve. Les

heures s'écoulaient lentement ....lentement ..….

ï Je ne dormais pas.... Mille idées terribles me

passaient par la tête.... J'entendis sonner une

P heure .... deux heures....et rien.... rien n’ap- 5 15 15 paraissait !

; A trois heures, un des agents de police bou-

° gea....je crus que l’homme arrivait..., mais

1 tout se tut de nouveau. Je me pris alors à penser

: que Madoc devait me prendre pour un imposteur,

20 20 qu'il devait terriblement m'en vouloir,* que le len-

demain il me maltraiterait.... que, bien loin d’a-

voir servi mes camarades, je serais mis à la chaîne.{

Après trois heures, le temps me parut extrême-

ment rapide; j'aurais voulu que la nuit durât tou-

85 1, 25 jours, pour conserver au moins une lueur d'espé-

| rance.

1 si le cœur, etc., if you feel so inclined (en = de le faire). ? ne se serait guère douté, wou/d hardly have suspected.

* devait—m'en vouloir, s”ust be angry with me.

# mis à la chaîne, pus in chains.

Comme j'étais ainsi à ressasser ! les mêmes idées pour la centième fois....tout à coup, sans que? j'eusse entendu le moindre bruit.... la lucarne s’ouvrit.... deux yeux brillèrent à l'ouverture... rien ne remua dans le grenier. $ 5

« Les autres se seront endormis,» * me dis-je.

La tête restait toujours là....attentive....On

eût dit que le scélérat se doutait de quelque chose .... Oh! que mon cœur galopait ....que le sang coulait vite dans mes veines....et pourtant le 10 froid de la peur se répandait sur ma face .... Je ne respirais plus!

Il se passa bien quelques minutes ainsi.... puis ....subitement....l’homme parut se décider ....il se glissa dans notre grenier, avec Ja même rs prudence que la veille.

Mais au même instant un cri terrible ....un cri bref, vibrant ....retentit :

«Nous le tenons!»

Et toute la maison fut ébranlée de fond en 2o comble....des cris....des trépignements....

des clameurs rauques.... me glacèrent d'épouvante.

... L'homme rugissait....les autres respiraient

haletants.... puis il y eut un choc qui fit craquer

le plancher....je n’entendis plus qu’un grincement 25

de dents....un cliquetis de chaînes... «De la lumière !» cria le terrible Madoc.

PR

1 22 EN ‘ j'étais à, was engaged in.

? sans que, subjunctive idiom : wi{hout my having, etc.

8 se seront endormis, 2ave probably fallen asleep.

ce” Et tandis que le soufre flambait, jetant dans le ne : réduit sa lueur bleuâtre, je distinguai vaguement 6 : les agents de police accroupis sur l’homme en 5 . manches de chemise: l’un le tenait à la gorge, sl’autre lui appuyait les deux genoux sur la On poitrine; Madoc lui serrait les poings dans des Dse menottes à faire craquer les os ; ! l'homme semblait ng inerte; seulement une de ses grosses jambes, nue le 10 depuis le genou jusqu’à la cheville, se relevait de Je iotemps en temps et frappait le plancher par un mouvement convulsif .... Les yeux lui sortaient uis littéralement de la tête....une écume sanglante der s’agitait sur ses lèvres.

me 16 À peine eus-je allumé la chandelle, que les 15 agents de police firent une exclamation étrange. cri «Notre doyen!...»

Et tous trois se relevant....je les vis se regarder pâles de terreur.

en 20 L'œil de l'assassin bouffi de sang se tourna vers -o Madoc....Il voulut parler.... mais seulement te. au bout de quelques secondes....je l’entendis nt murmurer :

er «Quel rêve! ... mon Dieu.... quel rêve!»

nt 25 Puis il fit un soupir et resta immobile.

25 Je m'étais approché pour le voir....C'était bien lui.... L'homme qui nous avait donné de si bons conseils sur la route de Heidelberg...

Peut-être avait-il pressenti que nous serions la

1 à faire craquer les os, #i// his bones cracked.

cause de sa perte: on a parfois de ces pressentiments terribles! Comme il ne bougeait plus et qu'un! filet de sang glissait sur le plancher # poudreux, Madoc, revenu de sa surprise, se :

: pencha sur Jui et déchira sa chemise ; nous vîimes 5

alors qu'il s'était donné un coup de son grand couteau dans le cœur.

« Eh! fit Madoc avec un sourire sinistre, M. le doyen a fait banquezoute à la potence 2... I! con-

PE

HE naissait la bonne place et ne s’est pas manqué!510 si Restez ici, vous autres..../Je vais prévenir le bailli. »

Puis il ramassa son chapeau, tombé pendant la lutte, et sortit sans ajouter un mot.

Je restai seul en face du cadavre avec ies deux 15 ‘ agents de police.

Le lendemain, vers &:t heures, tout Heidelberg apprit la grande nouvelle. Ce fut un événement pour le pays. Daniel Van den Berg, doyen des drapiers,{ jouissait d'une fortune et d'une con- 20 sidération si bien établies, que beaucoup de gens se refusèrent à croire aux abominables instincts qui le dominaient,

On discuta ces événements de mille manières

let que repcats comme : and as, ? fait banqueroute à la potence, chcated the gallows. 3 la bonne place, ‘4e right spot (for the fatal blow). * doyen des drapiers, dean—chief officer—of the guild of -lothiers,

es NE UE

différentes. Les uns disaient que le riche doyen était somnambule, et par conséquent irresponsable de ses actionis....les autres, qu'il était assassin par amour du sang, n'ayant aucun inté-

5 rêt sérieux à commettre de tels crimes.... Peutêtre était-il l’un et l'autre!

Quoi qu'il en soit, mes compagnons furent :endus à la liberté. On cita la petite Annette, pendant quinze jours, comme un modèle de dé-

ivouement. Elle fut même recherchée en mariage par le fils du bourgmestre Trungott, jeune homme romanesque, qui fera le malheur de sa famille. Moi, je m'empressai de retourner dans la Forêt Noire, où, depuis cette époque, je remplis les

is fonctions de chef d'orchestre au bouchon du Sabre-Vert, sur la route de Tubingue. S'il vous arrive de passer par là, et que * mon histoire vous ait intéressé, venez me voir....nous viderons deux ou trois bouteilles ensemble ....et je

20 vous raconterai certains détails, qui vous feront dresser * les cheveux sur la tête! ...

1 Quoi qu'il en soit, Mowever that may be.

3 et que, with subjunctive, repeating se.

3 feront dresser, will make your hair stand on end.

CS Ca EE DS ECS

Il était environ dix heutes du soir, lorsque les buvéufs sortirent de la brasserie du Cygne? Théodorée fit comme les autres et descendit lé Village siléhicieux. Les petites fénétres se feralent au loin,

sét j'oh entendait les bonnes cominètes crier dans la nuit eh tirant leufrs volets: «Bonsoir, Orchel! bônsüir, Grédel! Dormez bien !»

Puis tout se tut, ét Théodofe festa seul dans la tué sombre, lés étoiles innombrables sur sa tête,

soles arbres frémissants à ses côtés, le long de la fouté .... fegardant, écoutafit et rêvañit.

Que dé chôses fugitives la nuit nous révèle!

Écoutez ce Vague murihufeé. :: : Ce chat qui fuit... cet oiseau qui gazouille si bas, si bas.,,. qué la

15 fouine toujours à l'affût peut à peine l'entendre.

Théodofe aimait la nuit; ilallait quelques pas...

s'arrêtait....se retournait..., prétant l'ofeille. ...

1 Gretchen, German diminutive and affectionate name, for Margareta, Of the same kind are Grédel, Orchel, below.

? brasserie du Cygne, 74e ‘Swan brewery''—hete also beer shop—the escutcheon, or sign, bein, the figüré of a swan, painted or carved.

Les paroles de Conrad le tisserand, lorsqu'il regardait le ciel, revenaient à sa mémoire :

«Conserve ton âme! conserve ton âme!»

Mais quand il regardait la terre, quand il respirait les doux parfums de l'automne, des foins cou- 5

. pés, des arbres au feuillage brun, alors il songeait à Gretchen, à la jolie Gretchen, si fraîche, les lèvres humides et roses, les grands yeux bleus si riants, si limpides.... l'éclat de rire si franc!.... Qu'elle lui paraissait belle alors, et comme son cœur 10 galopait ! Il lui semblait la voir courir d’une table à l’autre, et verser la bière dans les grandes chopes luisantes, le bras haut, blanc comme de l'’ivoire .... la taille bien cambrée,! les deux tresses de ses blonds cheveux flottant jusqu’au bas de sa petite 15 jupe coquelicot,? les dents éblouissantes'comme un pur émail.

Gretchen riait avec tout le monde, excepté avec M. Théodore ; à peine le voyait-elle entrer, qu’elle devenait grave; mais en même temps ses grands 20 yeux bleus prenaient une telle expression de tendresse, que le cœur du pauvre garçon fondait d’amour....Ilen perdait la respiration ® et balbutiait des paroles inintelligibles.

Théodore rêvait à ces choses ; il revoyait aussi le 25

! bien cambrée, we//-turned, graceful.

* coquelicot (without inflectio..): orange-red (color).

3 en perdait la respiration ; en (=for it, from this cause) is hardly translatable, except by circumlocution; as : à4 {ook away his breath, etc.

vieux Reebstock, le père de Gretchen, coiffé de sa grande perruque grise, le regard candide, plein d’une fine bonhomie.... et la taverne fumeuse aux poutres basses. .. . l'horloge à cadran de faïence... 5 la lampe suspendue au plafond, dorant tous ces bruns visages de buveurs, de vignerons, le chapeaut enfoncé sur les yeux, et le petit gobelet d'étain dans leurs larges mains roides et crevassées. «La vie est sur la terre, se disait-il: cette vie 10 fraîche, cette vie d'amour, de sentiment, de bienêtre....Le vin, les beaux fruits, les parfums... et Gretchen....tout cela, c’est la vie terrestre!» Il frissonnait en songeant à la jeune fille: il se la représentait si bien, qu'il aurait pu compter 15 chaque fil de sa robe, chaque grain de son collier, chaque inflex'on de son sourire à fossettes roses.? Aucune nuance ne lui échappait : il regardait les étoiles, et voyait Gretchen....Il écoutait la brise, et entendait la voix de Gretchen....Il rêvait au 20 monde, et Gretchen était là....toujours là... écoutant sa pensée, y répondant....O amour!

...amour!...qu'es-tu?...d’où viens-tu ?

Et Théodore allait ainsi par la nuit lumineuse, derrière le village, longeant les buissons, parcou- 25 rant les petites allées bordées de palissades, s’échappant sur la plaine fraîchement fauchée, regardant les maïisonnettes avec leurs constructions

1 le chapeau. . . le gobelet—note the singular, ‘heir hats, etc.; but the plural, yeux, mains.

3 à fossettes roses, 4er rosy-dimpled smile.

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bizatres, irrégulières, leufs éscaliers extérieurs, leurs balustrades vérmoulues, leurs basses-cotits, leurs grands toits avancés!....toùt cela bordé d’ornbrés noires, mystérieuses !

Par un immense détour il était revenu lenté: 5 ent Vers la demeure de Reebstock ; il s'était ar. têté derrière l’'échoppe, sous la fenêtre de Gretchen, et se disait, regardant, tout en haut du volet,’ le trou rond qui donne du jour à l’intérieut :

« Elle est là!» to

Et pensant qu’elle était là, son esprit devenait si fixe, si pénétrant, qu’à le voir, Vous eussiez supposé qu'il regardait quelque chose d’étrange, de curieux ....Mais il né regardait rien.,..il pétisait : ts

« Elle est là! »

Et, du haut du ciel, la lune blanchissait son front, creusait l’arcade dé ses yeux,‘ argentait sa petite barbe blonde, ét ruisselait sûr son costuñie d’artisté, un peu négligé, un peu flüttant .. ,. mafs 20 plein d'élégance libre et pittoresque ; il tenait à la main gauche son large feutte gris, dont la plume dé cod balayait la terre, et, de la droite, il énvoyait son âthe à Gretchen dañs un baiser !... Puis, au bout d’uti quart d'heure de cette contemplation as silencieuse, il enjamiba les petites palissades du

l'avancés, overhanging.

ttout eh haut, dr r4é very top,

s à le voir—as in Eñglish==/o 526 AËmt:

4creusâit, étc.=drépénrd his éyebrobé

to

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